‹ Thérapeutique de la fievre typhoideChapitre 110 sur 137 · DÉLIRE PARTIEL ET SYSTÉMATISÉ · texte numérisé non relu

DÉLIRE PARTIEL ET SYSTÉMATISÉ

certains vins trop slimulanls (Champagne); quelque fois c'est par l'emploi de la quinine à doses trop élevées ou trop rapprochées, de l'acide salicylique, de la caféine, que le délire peut être expliqué. On pourra faire ici le diagnostic de la cause du délire, en constatant qu'il augmente ou disparaît après chaque nouvelle dose médicamenteuse. Cette cause soupçonnée, on fera l'épreuve de supprimer ou de diminuer le médicament suspect.

. Une variété de délire qui n'est pas sans causer de sérieuses inquiétudes, est le délire partiel et systématisé^ qui peut revêtir les formes les plus diverses : religieux et mystique, idées de persécution, mégalomanie.

C'est d'ordinaire pendant le troisième septénaire que se manifestent ces conceptions délirantes systématisées; sur tout autre sujet, le malade cause convenablement avec son entourage, il ne refuse pas de se laisser soigner, si on ne le contrarie pas dans ses idées.

Le pronostic au sujet de la durée et de la gravité de ce genre de délire'parait subordonné aux antécédents héréditaires et personnels du malade; on s'informera soigneusement de l'état psychique de ses ascendants et collatéraux proches, de son passé et de sa tournure d'esprit habituelle.

Au point de vue du traitement, il y a peu de chose à faire. Cependant, si les conceptions délirantes peuvent avoir pour corollaires des actes nuisibles au malade, il faudra exercer sur lui une surveillance attentive et continue, nuit et jour, pour éviter par exemple une tentative de suicide ou de fuite, qui peut aboutir à une chute par une fenêtre.

Si la nature du délire peut amener le patient

au refus des aliments ou des médicamenls, on devra d'ahord essayer de redresser la fausseté de ses conceptions en les lui présentant comme des conséquences de sa fièvre et en lui prouvant, s'il est possible de lui en fournir la preuve, que ses idées sont injustifiées; mais le plus souvent on échouera dans celte tentative, et il pourra être utile ou nécessaire de ne point le contrarier et môme d'abonder dans son sens, de lui donner certaines satisfactions apparentes pour obtenir qu'il se laisse nourrir et soigner. Ainsi un de mes malades s'était imaginé que, pendant sa maladie, il était devenu acquéreur d'importantes collections artistiques dont la vente devait l'enrichir, et qui étaient contenues dans des caisses volumineuses. J'avais vainement essayé à plusieurs reprises de lutter contre l'obsession de cette idée fixe ; mais il n'en voulait pas démordre, refusant de s'alimenter et de se soigner tant qu'on ne lui aurait pas montré les fameuses collections; sa femme eut l'idée de faire placer dans une caisse des bijoux qu'on déballa devantlui et qu'onluilaissamanier. Il retrouva ainsi le calme passagèrement, mais bientôt il voulut savoir si les ordres donnés par lui pour la vente aux enchères avaient été exécutés, et quel en était le résultat, ce qu'en disaient les journaux, etc. 11 fallut lui lire des comptes rendus fictifs de vacations à la salle Drouot et écrire sous sa dictée des instructions à son avoué pour l'emploi des fonds. Quand la convalescence fut confirmée, on prit un jour le parti de détromper hardiment le songeur éveillé, qui, après le désagrément naturel de la désillusion, fut le premier à rire de son rêve prolongé.

En variant la conduite à tenir suivant la nature du délire systématisé, on pourra ainsi gagner le

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