‹ Thérapeutique de la fievre typhoideChapitre 131 sur 137 · MODES DE TRANSMISSION · texte numérisé non relu

MODES DE TRANSMISSION

(Pévent des fosses d'aisances^ des fumiers peuvent propager la fièvre typhoïde; mais le plus habituellement le transport des germes se fait par l'intermédiaire du sol et de l'eau.

A la campagne, les fumiers sur lesquels on jette si souvent les selles dçs typhiques, sont lavés par les eaux pluviales qui entraînent les germes dans les puits ou les sources du voisinage. Les germes typhiques conservent longtemps leur vitalité dans le fumier ; ils persistent plus longtemps dans les matières fécales desséchées que dans les déjections liquides ; ils disparaissent donc plus vite des fosses étanches.

Dans Zesonebacilletyphiqueseconservelongtemps, plus ou moins suivant la sécheresse ou l'humidité du terrain, l'acidité ou l'alcalinité, la température. Fette?iJcofer, — qui avait émis autrefois une théorie, démontrée fausse sous sa forme première, d'après laquelle des oscillations de la nappe d'eau souterraine influenceraient le développement des maladies infectieuses en amenant à la surface du sol par capillarité les germes pathogènes, — a soutenu ensuite qu'en influençant la sécheresse et l'humidité de la surface, ces oscillations contribuent à la maturation de ces germes parce qu'elles accroissent leur virulence.

Le rôle de l'eau de boisson dans la transmission de la fièvre typhoïde paraît établi d'une façon incontestable pour un grand nombre d'épidémies. Les observations recueillies antérieurement aux travaux bactériologiques avaient mis le fait en évidence. Ceux-ci ne l'ont pas infirmé et ne peuvent que servir à en modifier l'interprétation.

Lorsque la fièvre typhoïde éclate dans une localité, on doit faire pratiquer Y analyse iactèriologique des eaux; si l'on y trouve des coli-bacilles, elles doivent être

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lenues pour suspectes cl capables de transmellre la tlèvre typhoïde.

En application des axiomes précédents, il faut, pour prévenir ou faire cesser la fièvre typhoïde dans une localité :

1° Préserver l'eau de boisson de toute SOuillure, et

plus spécialement de toute contamination possible par les matières fécales.

Pour protéger l'eau des puits et des citernes contre les infiltrations dangereuses, on ne devra jamais tolérer dans leur voisinage les fosses d'aisances, les fumiers.

Les eaux à ciel ouvert des rivières et des étangs ne pouvant jamais être préservées contre les contaminations par les eaux ménagères, les vidanges, le blanchissage, on devra assurer aux habitants des villes de l'eau de source ; cette eau doit être captée dans des conditions qui ne permettent pas à des germes nocifs de pénétrer dans la source elle-même. M. Dujardin- Beaumetz a formulé à l'Académie de médecine le vœu qu'une loi fixât \m périmètre de protection autour des sources.

Elle doit être amenée dans des conduites étanches, où ne puissent s'infiltrer les germes du sol qu'elles traversent.

Dans les établissements publics (casernes, hôpitaux, écoles) les bornes-fontaines et les robinets de^ vraient porter l'une des mentions suivantes : « Eau propre à la boisson » pour les eaux de source, et « Eau dangereuse à boire » pour les eaux de rivière.

Les eaux de source et les eaux de rivière doivent

circuler dans des canalisations distinctes^ et il devrait être interdit aux municipalités et aux compagnies fermières des eaux de mettre en communication celles-ci sous prétexte d'insuffisance des eaux de source.

Tant que les constructions actuelles, vicieuses à ce point de vue, n'auront pu être modifiées, on exigera que la population soit avertie du changement d'eau et prévenue de la nécessité de faire bouillir Veau des boissons^ non seulement pendant qu'elle est d'origine fluviale, mais encore plusieurs jours après.

On assurera autant que possible l'installation de filtres de jjorcelaine; mais on n'y ajoutera pleine confiance que s'ils sont nettoyés ou changés souvent.

L'impossibilité d'assurer l'étanchéité des fosses d'aisances fixes doit faire rejeter désormais leur construction; \es fosses mobiles deyvonl être exigées des architectes dans toutes les constructions publiques.

2" Prévenir on supprimer les causes d'infection du sol et des habitations.

Les déjections des malades, et plus particulièrement des malades atteints de fièvre typhoïde ou de diarrhée, ne devront pas être projetées à la surface du sol ou sur les fumiers ; la même précaution doit être prise pour tout ce qtfi émane du corps de ces malades {urines, crachats). Ces produits .doivent être mélangés dès leur émission avec des substances antiseptiques énergiques et peu coûteuses. On en versera dans les fosses d'aisances en grande quantité. - Un très bon désinfectant est le lait de chaux, qui présente l'avantage d'être très économique. D'après

les expériences de Chantemesse, dans la proportion de 20 % , il stérilise en une demi-heure les selles typhiques, mieux que le chlorure de chaux à 5 % , le sublimé à 1 pour 1000, même additionne de. o pour 1000 d'acide chlorhydrique, suivant la méthode de Laplace : « Voici, dit-il, la meilleure façon d'avoir toujours à sa disposition un lait de chaux actif. On fait se déliter de la chaux de bonne qualité, en l'arrosant peu à peu avec la moitié de son poids d'eau. Quand la délitescence est effectuée, on met la poudre dans un récipient • soigneusement bouché et placé dans un endroit sec; Comme 1 kilogramme de chaux, qui a absorbé 500 grammes d'eau pour se déliter, a acquis un volume de 2 litres 200, il suffit de le délayer dans le double de son volume d'eau, soit i litres 400, pour avoir un lait de chaux à 20 % , ce liquide doit être employé tout frais ; on peut le conserver pendant quelques jours (trois au. moins), à la condition de le maintenir dans un vase bouché. Lorsqu'on n'est pas sûr de la qualité du lait de chaux qu'on a à sa disposition, on peut l'essayer en l'ajoutant aux matières à désinfecter, jusqu'à ce que le mélange bleuisse nettement le papier de tournesol.

« Il suflit lorsqu'on veut désinfecter des selles typhiques de verser sur elles une proportion de ce lait de chaux, égale en volume à 2 % . Il n'est pas nécessaire de ménager beaucoup le liquide désinfectant, attendu qu'à Paris le kilogramme de chaux vive coûte 5 centimes et qu'avec cette faible somme on peut désinfecter 250 litres de matières. On ne peut stériliser par ce procédé que les selles liquides. Lorsqu'on aura à désinfecter une fosse dans laquelle auront été vidées des selles typhiques, il suffira de verser par le haut le lait de chaux dans la proportion

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indiquée. Si les matières de la fosse sont en putréfaction, il se dégagera d'aiîord des torrents d'ammoniaque que la chaux déplace de ses combinaisons salines et une partie de la chaux sera perdue pour la désinfection. On brasse le liquide avec une perche pour faciliter le départ de l'ammoniaque et pour rendre le mélange homogène. On verse le lait de chaux jusqu'à ce qu'on obtienne une réaction nettement alcaline au papier de tournesol. » [Traité de médecme, t. I, p. 740.)

On désinfectera les sièges des cabinets et des chaises percées par le lessivage au sublimé, la peinture ou le vernissage.

Les drajjs, les chemises, les linges de pansement souillés seront recueillis dans une cuve spéciale pleine d'eau, et aussitôt que possible on les soumettra à l'action de l'eau bouillante pendant une demi-heure.

Les vêtements qui ont servi au malade pendant la période d'incubation, les objets de literie, matelas, couvertures, oreillers, devront passer dans une étuve à vapeur sous pression.

Les précautions à prendre pour l'entourage du malade sont énumérées page 3.

Désinfection des locaux.

Les chambres où ont été soignés les typhoïsants, les locaux où ont pris naissance les épidémies (chambrées de casernes, dortoirs) doivent être désinfectés. Le procédé le plus recommandable est le lessivage des parois des pièces avec une solution de sublimé à 1 /lOOO : les services municipaux projettent d'abord le liquide désinfectant en pluie au moyen d'une pompe d'arrosage, et avec desbrosses emmanchées on frotte ensuite. Dans certains cas il est bon

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de repeindre, ou de reblanchii- les murs, ou de faire remettre des papiers de tenture neufs.

Le plancher doit être brossé et lavé avec la solution de sublimé; dans certains cas où le plancher csL fissuré, il est prudent de lever les feuilles du parquet et de faire lessiver l'intervalle des solives ; les poussières imbibées de liquides antiseptiques sont jetées au feu.

On peut encore utiliser pour désinfecter les locaux l'acide sulfureux : on fait brûler 60 grammes de soufre par mètre cube d'air dans la chambre fermée hermétiquement, puis au bout de 24 heures on ventile largement.

Dans les agglomérations humaines, comme les casernes et les écoles, l'évacuation des locaux est indispensable en cas d'épidémie, afin de permettre l'exécution rapide et complète des mesures de désinfection.

3" Empêcher la souillui-e de l'aîi'.

Il faut d'abord éviter la dissémination possible des germes pathogènes desséchés : par conséquent, les mesures indiquées précédemment, comme de recueillir les déjections et les linges souillés dans des liquides antiseptiques, de ne pas laisser des matières lëcales se dessécher à l'air libre, y contribueront; on ne devrait pas balayer à sec les planchers et le sol.

On empêchera que les tuyaux de ventilation des fosses d'aisances et des égouts soient en communication avec l'intérieur des habitations ; cette communication n'aurait pas seulement pour effet d'exposer l'ail- des appartements à la contamination par l'ascension de germes pathogènes; l'étude des conditions étiologiques nous a montré que les gaz

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méphiliques, même sans ôlre vecleurs de microbes peuvent favoriser l'aulo-infoclion en intoxiquant les individus qui les respirent.

Outre le méphitisme des fosses et des égouts, il faut éviter celui qui résulte de l'encombrement; les découvertes de Brown-Séquard et d'Arsonval sur le poison volatil qui s'accumule dans l'air expiré, et les observations de Rochard sur le rôle de l'encombrement dans les navires au point de vue étiologique sontde nature ànous faire prévenirces mauvaises conditions, en assurant la ventilation des locaux habités et un cubage d'air suffisant à chacun des habitants. 40 Préserver les aliiucnls eoiiire les souillures. Pour éviter la contamination spécifique, on empêchera les personnes qui soignent un typhoïsant de prendre leurs repas dans sa chambre; on les obligera à se laver soigneusement les mains dans la solution de sublimé à j/000 et à se brosser les ongles avant d'aller à table.

Dans les hôpitaux, on interdira aux infirmiers qui soignent les typhiques d'aller porter les boissons ou les aliments à d'autres malades sans s'être désinfecté les mains au préalable.

On évitera non seulement l'eau suspecte, mais on se défiera des liquides qui peuvent être mélangés d'eau : le lait, le vin, les tisanes, le cidre.

Pour le lait, il sera prudent de ne le consommer que bouilli.Des peines, plus sévères que celles qui existent, devront être édictées non seulement contre les laitiers qui falsifient leur lait par addition d'eau, mais on devrait leur interdire le lavage de leurs seaux autrement qu'à l'eau bouillante, Il faudrait vulgariser parmi les laitiers, nourrisseurs et fermiers, les dangers résultant de la traite malpropre : on obtiendrai!

peuL-èlrc alors que les filles de ferme qui soignent des malades n'aillent pas ensuite traire les vaches ou manipuler le lait sans s'être désinfecté les mains.

Il faut aussi se défier du beurre et du fromage.

L'eau employée à la confection du pain est moins dangereuse ; car il y a lieu d'admettre que les germes pathogènes sont détruits par le séjour de la masse de pâte à une température de 60 degrés pendant plusieurs heures.

On évitera aussi la souillure des aliments par tous les germes de putréfaction, et par des microbes saprophytes; car il est possible, nous l'avons vu, que l'introduction de certains microbes dans l'économie rende virulent le coli-bacille, ou que certains poisons alimenta ires (viandes et fruits gâtés) rendent f organisme vulnérable au bacille d'Eberth ou au coll.

Enfin on doit, en temps d'épidémie :

5» Mettre les îniividns dans le meiUeur état de pésîstaiiec organique.

Ce que nous avons dit sur la fatigue, le surmenage, l'insuffisance de nourriture et les excès, le confinement, les refroidissements, les émotions dépressives, comme facteurs importants de prédisposition morbide, implique la nécessité d'écarter autant que possible ces influences multiples.

Introduction

Brandisme systématique et éclectisme méthodique. Faible valeur des statistiques actuelles au point de vue de la démonstration du meilleur traitement à instituer dans chaque cas particulier. Influences qui font varier la mortalité

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