II. — La mort subite
Ce sont là des désastres, qui surviennent, imprévus ou imprévisibles, au cours de l’opération ou dans les heures qui la suivent : une pâleur subite avec dilatation pupillaire, faiblesse et arythmie du pouls et en quelques minutes l’arrêt cardiaque et respiratoire devient définitif.
Les anciens auteurs les connaissaient bien (Bonnet, Rehn, Kocher, Capelle).
Ils semblent cependant peu fréquents: Porter, en 1923, signale seulement 2 cas de mort rapide, un qu’il attribue au choc opératoire, l’autre au status thymicus avec
kyste de la glande pinéale et il compte à côté 13 décès par hyperthyroïdisme.
Kuttner accuse 3 morts sitôt l'intervention terminée,
Pemberton en compte 2 cas seulement, l’un attribué à l’hyperthyroïdisme aigu, l’autre à une désad£ptation cardiaque.
Nombreuses ont été les discussions sur le mécanisme de-celte mort rapide : toutes les hypothèses soulevées en pareil cas ont été suggérées : on ne peut invoquer une décharge de produit toxique puisque la mort a pu survenir avant toute manœuvre sur le corps thyroïde.
M. Lenormant éludie à plusieurs reprises le rôle du thymus dans ces cas : Capelle, en 1908, faisant l’autopsie de 22 malades ayantsuccombé rapidement après Popération d’un æoitre exophtalmique, relève 21 fois l’hypertrophie du thymus.
Kronlein, Eiselsberg, Riedel interprètent de même la syncope mortelle : le gros thymus comprimant les nerfs el les vaisseaux au cours de l'intervention.
Garré et ses élèves Mosès et Capelle regardent l'hypertrophie thymique comme une contre-indication absolue à toute opération dans le goitre exophtalmique. Cette hypertrophie est d'ailleurs difficilement reconnue ; dans certains cas on observera un état thymico-lymphatique (Paltauf) qui doit mettre en garde. Lapointe conseille dans ces cas une injection préalable de scopolamine pour éviter l’émotion inséparable des préparatifs de l'opération. Mais bien souvent la palpation de la région sus-sternale, la percussion, la radioscopie ne donnent aucun renseignement. L’aggravation des signes base-
dowiens sous l’action de l’opothérapie thymique est un symptôme très inconstant malgré Capelle. C'est donc là un diagnostic difficile et il semble vraiment exceptionnel de pouvoir discuter l'opportunité d’une intervention préliminaire sur le thymus, opération qui a été discutée, puis'abandonnée à l’heure actuelle,
La théorie thymique semble, d’autre part, perdre du terrain :
Kocher en 1909 a pu opérer et guérir par hémithyroïdectomie une malade atteinte de Basedow grave et présentant tous les signes de l’état lymphaticothymique, en faisant simplement précéder l'opération par un traitement à base de phosphore et d'extrait thymique. Von Eiselsberg a opéré de même, avec de bons résullats, 4 malades.
Il ne semble pas admis actuellement que la persistance du thymus soit dans tous les cas à la base de ces morts rapides : Melchior, en particulier, constate rarement l’hypertrophie du thymus chez les basedowiens et s'explique mal son mode d’action, il remarque d’ailleurs la rareté de ces cas, fréquents autrefois.
Porter, en 1923, ne signale qu’un cas de status thymicus.
Pemberton n’en compte pas.
Doerfler ne semble pas l'admettre.
Kulenkampf (1924) décrit pourtant à nouveau le 1ableau de la mort thymique à la suite des thyroïdectomies.
Le mécanisme de ces morts subites soulève toujours
le même problème, il ne semble pas très différent dans les interventions portant sur le corps thyroïde et dans les interventions sur toute autre région. Peut-être cependant, les basedowiens sont-ils plus sensibles ? Peut-être existe-t-il une inhibition mortelle ? Peut-être y a-t-il des lésions organiques ? C’est là un problème dont la solution est ardue et qui a été longuement étudié au Congrès de Médecine Légale de 1925 par MM. Duvoir et Charles Richet fils.
Bien d’autres causes ont d’ailleurs été invoquées, depuis l’embolie gazeuse, fréquente pour Pemberton, jusqu'aux morts causées par une asphyxie suraiguë (Doerfler).
Mais ce sont surtout les lésions cardio-vasculaires qui sont le plus généralement incriminées : 3 cas sur 9 pour Doerfler, 1 cas sur 11 de Pemberton.
Les lésions anatomiques étudiées récemment dans les parois du ventricule gauche du cœur thyréoloxique par Sansone Drago expliquent que ces troubles atteignent leur maximum chez les basedowiens opérés. Ce sont soit des crises de tachycardie effrayante, soit une fibrillation auriculaire, soit un brusque collapsus cardiaque, (ces lésions peuvent d’ailleurs préexister à Pintervention et ne seraient pas pour Dunhill une contreindication opératoire). Joll, de Londres, estime que si la fibrillation auriculaire préexiste, elle n'est pas d’un trop sombre pronostic, mais si elle se manifeste dans les suites opératoires immédiates, elle est fatale.
Complications secondaires
RésuMÉ. — Les lésions pulmonaires. La fièvre. L’hémorragie. Les lésions du récurrent. La tétanie, Le myxædème. Les complications rares.