CHAPITRE PREMIER
Hyperclilorliytlrîe.
Définition. - L'hyperchlorhydrie, c'est l'excès l'acide chlorhydrique dans le suc gastrique ; ce n'est pas une maladie, c'est un symptôme commun à des états gastriques différents.
Toutefois, dans un certain nombre de cas, cette hyperchlorhydrie est le phénomène symptomatique le plus accentué, c'est celui qui sert ajuste litre pour désigner l'état morbide tout entier. Son évolution dans le temps et sa proportion caractérisent des formes cliniques particulières.
Il faut distinguer trois cas principaux : i'' L'hyperchlorhydrie ne se montre que dans les périodes de digestion; elle disparaît à jeun.
2° L'hyperchlorhydrie procède par accès à la façon des crises gastriques ou des accès de migraine.
3° Elle s'accompagne d'hypersécrétion et de dilatatalion de l'estomac, et cette hypersécrétion continue se poursuit à jeun dans l'intervalle des repas (hyperchlorhydrie avec hypersécrétion continue, maladie de Reichmann) (1).
Les dénominations par lesquelles on a proposé de désigner l'hyperchlorhydrie et les divers types cliniques sous lesquels elle se i)résente doivent être
(1) BouvERET el Devic. La dyspepsie par hypersécrétion yaslrique. 1892.
llVPKRCIlLORnYDHrE
réalité fort simple M \ZT P^""
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Nous restons donc ,ci en présence de V/,„m,rHor
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QO
HYPERSÉCRÉTION CONTINUE
appellent la Morhydrie; l'expression est commode
it'malades ont souvent des phénomènes très analogues à ceux de la dyspepsie -rvo-molr.^ sin.ple : pesanteur, malaise après le repas, flatulence renvois, constipation ; mais ils ont tendance à avou plus que les dyspeptiques nervo-moteurs, des douleurs tardives, survenant trois àcmq heures après le repas. Cependant, dans l'hyperchlorhydne simple intermittente, ils se débarrassent complètement du contenu de leur estomac dans l'intervalle des repas; ils n'ont ni hypersécrétion contmue, m stase permanente.
L'hyperchlorhydrie simple peut se rencontrer dans divers états morbides chez les neurasthéniques etdes névropathes de divers ordres, chez les chlorotiques, chez les alcooliques, dans la gastrite, plus rarement, exceptionnellement même, dans le cancer de l'estomac, etc. Enfin elle est probablement, dans bien des cas, le premier degré de l'hypersécrétion continue.
Hypersccrétioa conUimc. — L'hypersécrétion continue est caractérisée , ainsi que cette dénomination l'indique, par une sécrétion exagérée et continue du suc gastrique, avec un excès de la proportion d'acide chlorhydrique. Cet acide est combiné avec des substances albuminoïdes tant qu'il s'en trouve dans l'estomac ; il est libre lorsqu'il ne trouve pas à se combiner : la chose importe en somme assez peu, et il n'y a aucune utilité à distinguer des formes différentes suivant que l'HCl est libre ou combiné. Â une période avancée de la maladie, sans doute lorsque la lésion glandulaire est suffisamment avancée, l'hypersécrétion persiste, mais l'hyperchlorhydrie disparait, ou diminue sensiblement. On peut alors trouver
ÛYPERCULORUYDRIE
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uypkuséciiktion continuk 85
lions : le spasme du pylore dû à l'irritation produite par un suc gastrique livperacide ; l'atonie nervomotrice d'origine névropatiiique ; l'accumulation de liquide et de particules alimenlaires non digérées ; la gastrite, primitive ou secondaire.
Quelle est la nature de l'iiyperchlorliydrie ? Cette question très débattue, encore indécise, ne peut nous arrêter longtemps ici.
On voit l'hyperchlorhydrie se montrer ciiez les névropathes à la suite d'émotions morales vives, chez les tabétiques au moment des crises gastriques. D'autre part, à l'autopsie, on a toujours trouvé de la gastrite, il est vrai qu'on ne possède actuellement que des autopsies faites tardivement.
L'élément névropatiiique n'est pas douteux dans bien des cas ; l'élément gastrite était certain dans les cas suivis d'autopsie, y a-t-il des hyperchlorhydries dues exclusivement à la névrophatie à détermination stomacale, des hyperchlorhydries dues exclusivement à la gastrite (catarrhe acide de Jaworski)? C'est une question qu'il est impossible de tranchei-, avec les éléments dont on dispose actuellement. Heureusement, cela importe assez peu, en somme, pour le traitement.
Il semble toutefois que, dans les cas d'hypersécrétion continue avec dilatation permanente, la gastrite finisse en tous cas toujours par se produire, ce que l'irritation de la muqueuse gastrite par le contact d'un liquide hyperacide suftiraitdu reste àexpliquer. Nous pensons, pour notre compte, que bien souvent il y a simplement hypersécrétion névropathique au début et plus tard gastrite. C'est la névrose mixte de M. Rémond (de Metz).
Quoi qu'il en soil, l'hyperchlorhydrie simple, si
HYPERCllLORUYDRIE
elle persiste, est sans doute destinée à passer à l'hypersécrétion continue, et l'hypersécrétion continue aboutit à la gastrite. Cette gastrite devient la cause de l'ulcère simple, complication fréquente de l'hyperchlorhydrie ; elle aboutit à sa phase terminale à la destruction du système glandulaire de l'estomac et par conséquent à la dilatation incurable avec hypochlorhydrie.
L'hypersécrétion continue est donc une maladie très grave, incurable lorsqu'elle est invétérée et de grande intensité, et il faut s'eflbrcer de l'empêcher de s'établir à demeure. Il faut donc traiter avec méthode, sévérité et persistance, même la simple hyperchlorhydrie, et cela le plus tôt possible.
Diagnostic. — On ne peut faire en toute certitude le diagnostic de l'hyperchlorhydine sans examen chimique du suc gastrique. Cependant certainesparticularités cliniques, l'influence heureuse du régime et du traitement, peuvent rendre extrêmement probable l'existence de l'hyperchlorhydrie.
Dansl'hyperchlorhydrie simple, il y a des douleurs tardives calmées par l'ingestion des liquides, des aliments ou des alcalins. Les substances albuminoïdes sont mieux tolérées que les substances amylacées.
Dans l'hypersécrétion continue, les douleurs sont plus intenses, souvent suivies de vomissements. Elles surviennent souvent la nuit et réveillent les malades. L'estomac est dilaté et renferme du liquide à jeun. Les malades maigrissent, quelquefois même se cachectisent, bien qu'ils aient conservé de l'appétit et (|ue parfois môme ils mangent beaucoup. L'urine des hyperchlorhydriques qui se nourrissent bien est riche en urée. La survenue d'une hématémèse peut
indiquer l'apparition d'un ulcère simple, complication de l'hyperclilorhydrie.
Toutes ces probabilités extérieures peuvent quelquefois tromper et il nous est arrivé plusieurs fois de trouver l'hypochlorhydrie avec hyperacidité organique là où, à priori, nous avions diagnostiqué hyperchlorhydrie. Certains malades ont une véritable hyperesihésie de la muqueuse gastrique, et le contact d'une quantité môme relativement faible d'acides organiques peut donner lieu chez eux aux mêmes phénomènes symptomatiquesquel'hyperacidité chlorhydrique.
Par contre il y a des cas latents d'hyperchlorhydrie, et on trouve un excès d'HCl lorsque la clinique simple faisait plutôt soupçonner l'hypochlorhydrie.
Ilfautdonc, autantquepossible, pratiquer l'examen chimique du suc gastrique : l'hyperchlorhydrie est une maladie assez sérieuse, d'un pi"onostic assez grave pour que ça en vaille la peine. Lorsque la chose est impossible,on se guidera sur la symptomalologie et l'examen des urines pour établir un traitement d'essai.
Rappelons, en terminant ce sommaire de pathologie et de diagnostic, que, d'après les recherches de MM. Bouveret et Devic, la tétanie serait le plus souvent la conséquence symptomatique de l'hyperchlorhydrie.
xiiéi-apeuti<iue. — Les indications thérapeutiques se tirent facilement des notions acquises sur l'hyperchlorhydrie et l'hypersèci-étion continue. Ici encore nous ne pourrons guère les séparer l'une de l'autre.
Il faut :
1° Diminuer les causes d'excitation sécrétoire de la muqueuse gastrique ;
UYl'ERCULORIIYDRIE
2° Saturer l'acide en excès et, si possible, diminuer saproduction, de façon à épargner àla muqueuse son contact irritant ;
3" Donner une alimentation en rapport avec l'état chimique de l'estomac (régime) ;
4" Combattre, lorsqu'ils existent, les phénomènes d'atonie gastro-intestinale ;
5° Combattre la douleur par des moyens dirigés directement contre elle, lorsque le traitement simple du symptôme hyperchlorhydrie ne suffît pas à la faire disparaître.
Nous allons exposer maintenant quels sont les moyens hygiéniques ou médicamenteux par lesquels on peut se proposer de remplir ces indications.
1° Diminuer les causes d'excitation sécrétoire de la muqueuse gastrique. — Ces causes sont directes ou indirectes. Nous entendons par causes directes celles qui peuvent produire une excitation locale, immédiate, de l'estomac; par causes indirectes, celles qui agissent par l'intermédiaire du système nerveux en provoquant par voie réflexe une irritation sécrétoire de la muqueuse stomacale.
Les causes d'irritation directe sont fort nombreuses. La muqueuse stomacale peut être irritée mécaniquement par des mets grossiers ou grossièrement mâchés, insuffisamment divisés.
Chez certains malades, on n'a pu trouver, comme cause del'hyperchlorhydrie, qu'une mastication insuffisante (Bouveret etDevic, A. Mathieu). Les choses, il est vrai, sont souvent très complexes, comme tout ce qui touche à la biologie. Les personnes qui mâchent mal sont souventforcéespar la nature de leurs occupations de prendre leurs repas très rapidement; elles sont soumises ù un surmenage et à des préoccupa-
TUKKAI'KIJTIOIIK
lions susceptibles d'engemlrcr la neurasthénie. Quelquefois les personnes qui mangent trop vite, sans mâcher, sont déjà des névropathes qui manquent de méthode dans la prise de leur repas comme elles en manquentpourtoute autre chose. Enfin, la mastication
insuffisante s'accompagne d'une insuffisante insalivation, et certaines expériences semblent nettement démontrer que la présence de la salive est nécessaire au bon fonctionnement chlorhydropeptiqiie de l'estomac.
Les substances susceptibles d'irriter la muqueuse stomacale sont extrêmement nombreuses ; énumérons les principales : l'alcool, les liqueurs fortes, les épices, les condiments de tout ordre, un grand nombre de médicaments, les iodures, les bromures, les sels ferrugineux, le naphtol (Hayem), etc., etc. Dans la même catégorie on peut ranger peut-être aussi les alcaloïdes toxiques d'origine animale ou végétale ; d là l'action nuisible des mets faisandés, des fromage forts, des acides minéraux ou organiques. Les acides que renferme spontanément l'estomac peuvent sans douteavoirla même intluence etl'on peutsedemander si l'acide chlorhydrique ne provoque pas, par un véritable cercle vicieux, la sécrétion d'une quantité plus grande encore de ce même acide.
U est certain que tous les individus ne sont pas également sensibles à ces irritations; il y a dans certains cas une évidente prédisposition. On peut se demander du reste si celle prédisposition n'est pas souvent, en tout cas, la conséquence et l'expression d'un état particulier d'irritation névropathique.
On doit admettre, en effet, que les émotions vives, les chagrins, les préoccupations, le surmenage intellectuel, sont souvent la cause du début ou des exacerbationsdel'hyperchlorhydrie.Lescriscsgastriques
nYPERCnLORIIVDltlK
(les lal)éliques s'accompagnenl parfois d'une sécrétion exagérée d'acide chlorhydrique, ainsi qu'en témoigne l'examen des subLances pourries. On peutvoirse développer simultanément des accidents de dyspepsie hyperchlorhydriquc et de neurasthénie. Il serait dimcde,dans cesconditions,de subordonner celle-ci à celle-là.
On comprend combien plus se montrera active la réunion de ces divers ordres de facteurs, combien plus seront exposés à, l'hyperchlorhydrie les névropathes, les neuro-arthritiques, les neurastliéniques soumis à des irritations répétées chimiques ou physiques, de la muqueuse stomacale (par l'alcool, par exemple), soumis encore à des influences susceptibles d'augmenter leur état névropathique : le surmenage intellectuel, les vifs chagrins, les préoccupations de santé ou d'argent, etc.
On comprend donc qu'il conviendra, avant tout, de supprimer dans la mesure du possible, toutes les causes d'irritation directes et indirectes.
A propos du régime dont nous nous occuperons tout à l'heure, nous dirons comment on doit réduire au minimum l'irritation alimentaire de l'estomac.
Suivant le degré de la maladie, il conviendra de soustraire plus ou moins le malade à ses préoccupations habituelles. Il faudra supprimer toutes les causes possibles de fatigue cérébrale ou d'angoisse morale. Dans les formes graves, dans les cas d'hypersécrétion continue avec tendance à la cachexie, le malade devra quitter complètement ses occupations, ses affaires, et garder le repos absolu, sinon au lil, du moins à la chambre. — Cela d'autant plus qu'un sera obligé souvent de prescrire une alimentation qui serait insulTisante pour une existence active.
TnÉRAPEUTIQUE
C'est pour le médecin une lâche parUculièremenl (lolicale que d'amener le malade à ce repos physique, mental et moral. Il lui faudra heaucoup de tact souvent pour la remplir convenablement. Il lui faudra gagner toute la confiance de son malade, et posséder une appréciation aussi exacte que possible des conditions de son existence, au point de vue moral autant qu'au point de vue matériel.
2" Saturer l'acide en excès et, si possible, climinwr m production. — L'action sur la muqueuse de l'estomac d'un liquide surchargé d'HCl a certainement des conséquences fâcheuses. C'est certainement à l'acide chlorhydrique en excès que sont dues les douleurs tardives éprouvées par les malades plusieurs heures après la digestion, lorsque cet acide ne trouve plus dans l'estomac de liquide qui le dilue ni de substances azotées qui le saturent. L'irritation causée par ce contact permanent peut à la longue engendrer la gastrite et l'ulcère rond. De plus, si, en général, les substances azotées se digèrent bien dans ce milieu riche en HCl, et sans doute aussi en pepsine, il n'en est pas de môme pour les substances amylacées qui, dans un milieu trop acide, cesseraient d'être normalement influencées par la salive. Elles se gonflent et restent en partie retenues dans le liquide qui, séjourne dans l'estomac dilaté, et elles donnent lieu souvent à des fermentations, qui ajoutent l'hyperacidité organique à l'hyperchlorhydrie.
Ce n'est pas tout, il est vraisemblable que le flot hyperacide de liquide gastrique, qui se trouve versé dans le duodénum, gêne la digestion intestinale. Les hyperchlorhydriques sont donc en réalité privés de substances liydrocarburées ; de là leur amaigrissement, en dépit de leur appétit quelquefois excessif.
IIYPEROULORHYDRIE
Le médecin doit donc se proposer de saturer cet excès si nuisible d'HCl et de restreindre sa production. Il est beaucoup plus facile de remplir la première que la seconde partie de ce programme.
Médication alcaline anliacide. — Les aliments
azotés, le lait surtout, contribuent dans une largo mesure à saturer l'acidité gastrique, et par conséquent à protéger la muqueuse contre le produit de sa propre sécrétion. Ils ne peuvent pas suffire : en effet dès qu'ils sont digérés, l'HCl devient de nouveau libre et agressif. Or on ne peut ni multiplier indéfiniment le nombre des repas, ni donner le lait en quantité indéterminée à des malades qui ont ou qui auront de la dilatation et de la stase gastriques. Force est donc de recourir aux alcalins pour saturer l'excès d'HCl. On peut même, quand on alimente exclusivement les malades par le lait et la poudre de viande, comme M. Debove, se proposer de supprimer complètement la digestion stomacale. Cette indication est très nette lorsqu'il y a ulcère, ou menace d'ulcère simple.
Il est certain, d'autre part, qu'on ne doit pas continuer indéfiniment l'administration des alcalins à haute dose. Ils ne sont indiqués que lorsque la douleur existe et que le régime ne suffit pas à la faire disparaître. Autant que possible l'usage des alcalins doit être passager, ou loutau moins intermittent.
Nous allons chercher d'abord quelle peut être la quantité d'acide qu'on doit annihiler; et nous indiquerons, ensuite, par quels alcalins et par quelles doses de ces alcalins, on pourra atteindre ce but.
On sait mal encore quelle est la quantité de suc gastrique que sécrète l'estomac de l'homme.
« Un chien qui pesait 18 kilogrammes, dit Béclard.
MÉDICATION ALCALINE ANTIACIDE 93
nous a donné en moyenne 72 grammes de suc gastrique à l'heure. , >
«Laquantité de suc gastrique sécrétéedans 1 espace luunaine a été évaluée à plus de 500 grammes à l'heure par MM. Bidder et Schmidt sur une femme atteinte de fistule gastrique. En tenant compte du poids, ce sont là à peu près les mêmes proportions que pour le chien (1). »
En supposant que celte sécrétion se continue dans cette proportion pendant seulement 3 heures après chaque repas, on arriverait ainsi aux 4 ou 5 litres de suc gastrique, sur lesquels M. Debove a basé son traitement de l'ulcère rond par les alcalins à haute dose.
En admettant une acidité de 3 1/000, chiffre souvent dépassé dans l'hypersécrétion chlorhydrique, on arrive ainsi à un chiffre beaucoup plus élevé que celui qu'on aurait pu supposer a pHori : c'est 12 à 15 grammes au moins d'HCl qu'il s'agirait de saturer pour amener la neutralisation du suc gastrique.
Si l'on rapproche les équivalents chimiques, on voit que, pour saturer 1 gramme d'HCl, il faut employer 1 gr. -47 de bicarbonate de soude. On voit donc que les chiffres de 20 à 25 grammes de bicarbonate de soude n'ont rien d'exagéré.
Comme ce sel a parfois des inconvénients, que 25 grammes de bicarbonate de soude ne sont que difficilement absorbés par certains malades, on a recherché s'il ne serait pas plus avantageux de se servir d'autres bases alcalines.
Boas (2), en prenant également pour point de
(1) BÉCLARD, Traité de phijsiolor/ie,T édition, t. I, p. 90.
(2) AlU/cineine Diagnostik und Thérapie der Magenkranhheiien, 1890'.
'■^"^ UYPEHCHLOHUYDRIIi
départ les équivalents chimiques, a comparé au bicarbonate de soude la magnésie calcinée et le phosphate ammoniaco-magnésien.
A quatre, parties de bicarbonate correspondraient um partie de magnésie calcinée et deux parties de phosphate ammoniaco-magnésieu.
D'après cela un mélange ainsi constitué :
Magnésie calcinée. ... , ^
Phosphate ammoniaco-magnésien... ....... 2^ — '''
correspondrait à 8 parties de bicarbonate de soude. Un mélange représenté par :
Magnésie calcinée ^ ^
Phosphate amnioniaco-niagnésien o
Bicarbonate de soude ,
correspondrait à 12 grammes de bicarbonate de soude.
On obtiendrait donc un résultat équivalent avec un poids de médicament moins considérable. Il est vrai que ni la magnésie ni le phosphate ammoniacomagnésien ne sont solubles dans l'eau, ce qui est un inconvénient.
Nous avons à plusieurs reprises employé avec succès des mélanges semblables à ceux que nousvenons d'indiquer.
La magnésie calcinée serait particulièrement indiquée dans les cas où il y a tendance à la constipation, ou encore, en vertu de son grand pouvoir absorbant, dans les cas où il y a une pneumatose marquée de l'estomac et de l'intestin.
Quant au phosphate ammoniaco-magnésien, M. Hayem fait remarquer avec raison qu'on ne connaît pas l'eflet que produit sou action prolongée sur la muqiieuse.
MÉDICATION ANTIACIDE 9^
Ces trois substances ne sont du reste pas les seules que l'on puisse ordonner : citons encore plusieurs sels de soude, les sels de potasse, les sels de cliaux, les autres variétés de magnésie, le sous-nitrate de bismuth.
Sels de sonde. — Le bicarbonate de soude est do beaucoup le sel le plus usité, malgré ses quelques inconvénients. Sa saveur le rend désagréable à certaines personnes, mais il est rare cependant que l'on soit, à cause de cela, obligé de renoncer à son administration. On peut le donner dans de l'eau, dans du lait ou dans des cachets médicamenteux. Au contact d'un suc gastrique hyperacide, il peut- donner lieu à un dégagement abondant d'acide carbonique, de là un tympanisme désagréable de l'estomac, et, parfois, je l'ai vu, une véritable sensation d'étouffement. Certains malades ont, sous l'influence déliantes doses de bicarbonate de soude des douleurs dans les reins et de l'irritation de la vessie. Tout cela n'est pas bien grave et l'on ne craint plus guère actuellement la cachexie alcaline dont Trousseau et Pidoux ont effrayé les médecins. Cependant on peut être obligé de suspendre l'usage du bicarbonate et d'avoir recours à d'autres alcalins.
Rabuleau a essayé de faire adopter le sesquicarbonate, mais il n'a pas réussi à détrôner le bicarbonate.
Beaucoup d'autres sels de soude, par exemple les benzoates, les lactates, les malates etc., pourraient sans doute être substitués au bicarbonate et avoir dans certains cas des avantages spéciaux. C'est ainsi, que les benzoates seraient employés lorsqu'il y a des fermentations organiques; que l'acide lactique des lactates pourrait avoir aussi une action utile. Ce
IIYPERCULORUYDUIE
sont là des hypothèses qui demandent à être vérinhees par la clinique.
Pour terminer cette énumération des sels de soude i nous aut citer le savon médicinal ou savon amyg! daim à base de soude. Il a été prescrit en piJes par Senator, dans le but dalcaliniser le suc intestinal (Hayem.)
Sel^ de potasse. - On se sert peu en France des sels de potasse dont on redoute l'action toxique et en particulier l'action toxique sur le cœur. Cependant plusieurs auteurs signalent la liqueur de potassse des Anglais, et se demandent si elle ne pourrait pas être employée avec quelque avantage Voici la formule de cette liqueur :
Carbonate de nola.ssc . . .
^1 . ' 5< 0 er.
Chaux vive "
Il se fait ainsi de la potasse caustique de telle sorte que I gramme de liqueur renferme 0,085 de potas.se. Il faudrait 15 grammes de liqueur potassique pour saturer un gramme d'acide chlorhydrique. Pour saturer l'HCl des hyperchlorhydriques, c'est 15 à 20 grammes de potasse, c'est donc 200 à 300 grammes de liqueur de potasse qu'il faudrait donner, ce qui est évidemment impossible
Si la liqueur de potasse des Anglais est utilisable dans d'autres conditions, lorsque les alcalins sont indiqués à faible dose, elle n'est donc pas utilisable lorsqu'il s'agit d'administrer ces alcalins à haute dose.
Sels de calcium. — Les sels de calcium sont depuis longtemps d'un usage commun dans la thérapeutique des maladies de l'estomac. Dans ces derniers
EAU DE CUAUX
leinps, M. G. Sée a préconisé en particulier le cblo.rure et le bromure (1).
L'eau de chaux est fréquemment employée; c'est une solution saturée qui ne renferme cependant que 1 gr. 28 de chaux par litre à la température de -f- 15°. D'après la valeur des équivalents cliimiques-, il est facile de calculer qu'un litre de cette eau de chaux ne saturerait guère plus d'un gramme d'HGl. Pour correspondre aux 20 ou 25 grammes de bicarbonate de soude donnés dans l'ulcère rond par M. Debove, c'est plus de dix litres d'eau de chaux par jour qu'il faudrait faire prendre! Et cependant cette eau produit d'excellents effets dans l'hyperchlorhydrie et l'ulcère simple! Comme on ne la donne qu'à des doses faibles, en général (100 à 200 grammes), il faut bien admettre qu'il y a dans son action favorable un autre élément que son pouvoir alcalinisant. Il est probable que ses bons efl'ets sont dus au rôle que joue la chaux dans la coagulation du lait en présence de la présure stomacale; peut-être aussi produit-elle sur la muqueuse une action véritablement calmante.
L'eau de chaux va donc tout naturellement avec le lait auquel on l'ajoute habituellement.
La chaux se dissout dans l'eau sucrée en proportion beaucoup plus considérable que dans l'eau pure : on admet la formation d'un saccharate. On a utilisé cette propriété pour administrer la chaux sous une forme plus concentrée que l'eau de chaux qui l'est si peu. Trousseau donnaitaux enfants de 1 à 2 grammes de saccharate de chaux, 5 à 10 grammes aux adultes. M. Debove a également rangé le saccharate de chaux parmi les médicaments alcalins que l'on peut em-
(1) G. Sée, Académie de Médecine, 8 mars 1892.
98 IIYPERCULOHll VDRIK
ployer pour amener la neulralisalion du suc gastrique.
Carbonate de cbau.v. — On a beaucoup utilisé autrefois la poudre cC yeux d'écrevisse et aussi la craie lavée. Actuellement on ne se sert guère que de craie préparée obtenue par précipitation. On mélange souvent la craie préparée au bicarbonate de soude. Il importe que ce mélange soit très intime, d'après M. Debove, si l'on veut éviter la production possible de concrétions dans l'intestin.
Comment seront administrées les substances alcalines?
En principe, lorsqu'elles sont dirigées contre l'hyperchlorhydrie elles seront données longtemps après le repas, avant l'heure à laquelle apparaissent habituellement les douleurs stomacales. Elles devront être données à doses successives de façon à saturer l'HCl au fur et à mesure de sa production. De cette façon encore, on remplacera successivement dans l'estomac les bases alcalines qui auront pu être éliminés par évacuation pylorique ou par absorption. En agissant ainsi, on sature l'HCl au moment où il est en excès, au moment où il n'est plus chimiquement masqué par les substances albuninoïdes en voie de digestion. Si l'on veut faire prendre des alcalins pendant le repas, ils devront n'être donnés qu'à un degré faible de saturation, sous forme d'eau de Vichy ou d'eau de Vais, ])ar exemple.
La quantité d'alcalins administrée sera en rapport, autant que possible, avec la quantité absolue d'HCl fournie par la muqueuse. On en donnera donc moins dans la simple hyperchlorhydrie que dans l'hyperchlorliydrie avec hypersécrétion continue. Il ne sera pas très diiricile d'établir à pou près la proportion