ALCALINS
qu'elle est donnée peu de temps avant, un quart d'heure ou une demi-heure. 11 en est autrement lorsqu'elle est donnée une heure avant : dans ce cas, en effet, il y a excitation de la sécrétion, et augmentation de la production de l'HCl. Lorsque l'eau alcaline est donnée au chien après la viande, il y a alors retard de la digestion.
Ces résultats, on le voit, sont encore incomplets; ils ne fournissent que des indications sommaires. Il y aurait lieu de rechercher ce qui se passe chez l'homme dans des conditions analogues, et, non seulement chez l'homme sain, mais aussi dans les différentes variétés de dyspepsie. Il conviendrait aussi de ne pas se borner à relever la quantité proportionnelle, le tant pour cent d'HCl, mais sa quantité absolue dans la totalité du suc gastrique ; ce qu'il est possible de faire, chez un certain nombre de malades en se servant du procédé que M. Rémond (de Metz) et moi avons indiqué.
Cependant on voit que M. Gilbert confirme l'augmentation de l'HCl, et du processus de chloropeptonisation sous l'influence de faibles doses de bicarbonate de soude données à jeun. Il conviendra donc chez les hypochlorhydriques de faire prendre l'eau alcaline à jeun, un certain temps avant le repas. Contre l'atonie motrice concomitante, il convient d'employer les boissons chaudes : on peut concilier les choses en faisant prendre l'eau alcaline aussi chaude que possible une heure avant le repas.
Récemment, MM. Lemoine etLinossier, qui obseï"vaient chez un malade atteint de mérycisme, ont prétendu que le bicarbonate de soude, même à haute dose, était toujours un excitant de la sécrétion chlorhydrique. C'est là une opinion inattendue et jusqu'à
DYSPEPSIE NEHVO-MOTIUCE
présent isolée ; elle ne cadre pas avec ce que nous avons vu bien souvent chez les hyperclilorhydriques. Nous admettons toutefois volontiers que, même chez ces derniers malades, il ne faut pas abuser du bicarbonate de soude.
Il y a bien d'autres excitants de la sécrétion gastrique : l'alcool, beaucoup de teintures alcooliques, l'iodure, le bromure de potassium et de sodium, vraisemblablement la teinture d'iode, le chlorure de sodium et le sulfate de soude à petites doses, le képhir (Hayem), les amers, peut-être la créosote vantée comme stomachique par Klemperer, les épices, les toniques astringents, près desquels se place naturellement le condurango. — On pourrait facilement augmenter cette liste. En somme, beaucoup de substancesmédicamenteuses, deboissons alimentaires, de boissons de luxe susceptibles de provoquer une gastrite par un usage prolongé, ou des doses élevées prennent naturellement place dans cette catégorie. Leur influence excitante est d'autant plus marquée que ces agents d'irritation sont ordinairement pris à jeun; mélangés aux aliments, ils auraient certainement moins d'influence. C'est ainsi que bien des boissons, dites apéritives (vermout, bitter, absinthe, etc.), provoquent beaucoup plus facilement la dyspepsie que les boissons alcooliques qui ne sont pas prises à jeun. Certains vins médicamenteux riches en alcool et en tanin, comme le vin dequinquina, donnentlieu à une vive irritation de l'estomac. Il en est de même du fer, du naphtol (Hayem) et de beaucoup d'autres substances.
L'usage prolongé de ces médicaments finit par amener, surtout chez les individus prédisposés, un épuisement plus ou moins marqué de la sécré-
MÉDICATION EXCITO-SÉCliÉTOIUK
ilion, l'hypochlorhydrie et même l'apepsie. Certains ; agents comme le chlorure de sodium et le sulfate de soude paraissent exciter la muqueuse à faible dose (1 à 3 grammes), et, au contraire l'augmenter à des doses plus élevées (4 à 6 grammes). Ce sont des données qu'il ne faut pas perdre de vue. M. Hayem, qui a beaucoup insisté sur ce point particulier, prétend que l'apepsie est fréquente, par exemple, chez les malades qui ont subi une ou plusieurs cures à Carlsbad. Le traitement de Carlsbad ne conviendrait ^ donc nullement aux atoniques hypochlorhydriques, à moins qu il ne soit démontré par l'observation clinique, que le bénéfice obtenu au point de vue de la digestion prise dans son ensemble, compense largement la dépréciation subie par le chimisme stomacal.
Ceci dit, passons successivement en revue les médicaments que nous avons tout à l'heure énumérés.
M. Leven prescrit à ses dyspeptiques de faibles doses de certains sels immédiatement avant le repas : chlorure de sodium, sulfate de soude, iodure de potassium, phosphate de chaux, phosphate de soude à la dose de 20 à 30 centigrammes. A l'exception du phosphate de chaux, qui est un alcalin faible à la façon du carbonate de chaux, les autres sels sont sans doute des excitants de la sécrétion. « Si l'on dépasse cette dose, dit M. Leven (1), et que l'on prescrive 1 gramme ou 2 de ces médicaments, on a bien des chances de déterminer des crampes d'estomac, de déranger l'organe. »
Nous avons parlé déjà de l'alcool, et nous avons dit que, des recherches publiées, on peut conclure, avec
(1) Traité des maladies de l'estomac^ ii. 424.
l'i^* DYSPEPSIE NEllVO-MOTHICE
Boas (i), que l'alcool à faible dose n'a pas d'action nuisible sur la digestion.
Donné avantle repas, il paraît exciter leprocessus digestif; mais il faut être très ménager de toute excitation de l'estomac à jeun. Cela s'applique aussi aux ' toniques astringents, le quinquina, le tanin, le condu- ! rango, surtout lorsqu'on les donne sous la forme de i teintures alcooliques. Si l'on veut faire usage de ces j agents, il est beaucoup plus sûr de les donner après i le repas, alors qu'ils peuvent être dilués et atténués | par les aliments contenus dans l'estomac. Leur action ' apéritive n'en est nullement diminuée, elle est peut- I être même augmentée.
C'est de cette façon que nous administrons les amers ainsi que nous l'avons dit déjà.
M. Hayem se loue beaucoup du képhir; c'est pour lui le meilleur médicamentde l'hypopepsie intense et de l'apepsie. Nous avons indiqué sa composition et son mode d'administration.
En résumé, ce ne sont pas les substances excitantes de la sécrétion gastrique qui manquent. Elles sont au contraire très nombreuses. La difficulté n'est nullement d'exciter cette sécrétion, mais au contraire de la limiter, de la restreindre dans une limite telle qu'on n'ait à redouter à plus ou moins longue ccliéance ni la gastrite, ni Tépuisement sécrétoire de la muqueuse. Il faut éviterque l'estomac soit inutilement soumis à l'action excitante de médicaments donnés dans un but autre que de soigner la dyspepsie : à l'action par exemple du fer dans l'anémie, de l'iodure ou du bromure de potassium, etc. Le naphtol serait particulièrement dangereux (Hayem).
(1) Allgemeine Diagnostic iind Thérapie, u. s. w. p., 262. 189(1. ■ i
MÉDICATION EXCrrO-SÉCRÉTOIHK 1-41
Quand on veut chercher cette excitation, il faut la demander à des agents inoffensifs par eux-mêmes ou administrés de façon à les rendre inoffensifs. On pourra employer les eaux alcalines, ou chlorurées sodiques faibles à jeun, le képhir, les amers après le repas, en les additionnant au besoin d'une petite quantité de teinture d'ipéca.
Nous avons conseillé souvent non sans succès, à des dyspeptiques nervo-moteurs,chez lesquels la flatulence gastro-intestinale prédominait, de prendre le matin à jeun, ou bien un certain temps, une demiheure avant le repas, dans un verre d'eau de Saint- Galmier, un des paquets suivants :
Sulfate de soude 1 gr.
Chlorure de sodium 2
Bicarbonate de soudi^ 2
Pour un paquet.
Ces sels, h cette dose, doivent être des excitants sécrétoires. Parfois nous avons fait prendre aux repas, dans des conditions analogues, le même mélange dans l'eau de boisson, de préférence dans une eau légèrement gazeuse. Les résultats étaient souvent satisfaisants.
Il intervient ici des éléments divers. L'acide carbonique de l'eau gazeuse exciterait la sécrétion chlorhydrique de l'estomac (1). D'autre part les malades étaient soumis à un régime spécial et le régime ici a une importance très grande. Les malades, nous ne saurions trop le répéter, doivent être disciplinés au point de vue de leur alimentation et de leur hygiène. On obtient des succès, avec des méthodes très différentes, pourvu qu'il y ait une règle, une discipline, lorsqu'il s'agit des dyspeptiques
(1) Jaworski, D. medic. Wochenschi'.— n'» 36-38.1887.
I) Y s P l' SI i-: .N ion VO-M OT RIC K
nervo-moleurs, qui sont bien souvent des névropathes, nenraslliénicfues ou autres.
Les malades et les médecins doivent être bien pénétrés de cette vérité. Si la discipline dans l'alimentalion était mieux comprise, plus sévèrement établie dans les stations minérales, celles même dont les eaux sont les plus indifférentes chimiquement deviendraient des sanatoriade la plus grande ulilité pour beaucoup de dyspeptiques. Les eaux réellement actives, comme cellesde Vichy et de Vais, donneraient encore, dans les mêmes conditions des résultats très supérieurs à ceux qu'on en obtient. Nous ne saurions trop insister sur ce point.
niédicatiou acide. — I^'idée de traiter certaines dyspepsies par les acides forts et en particulier par l'HCl est loin d'être nouvelle. Leur emploi est en quelque sorte traditionnel en Angleterre; c'est à la pratique des médecins anglais que Trousseau l'avait emprunté. 11 fut frappé, conte-t-il dans ses Cliniques, de voir un soir, dans un dîner, un de ses voisins qui avait voyagé dans des pays de médecine anglaise, tirer de sa poche un petit flacon d'acide chlorhydrique et en prendre cinq ou six gouttes. En causant avec ce voisin, il acquit la conviction que cette pratique avait de sérieux avantages dans certains cas. 11 ne tarda pas à l'imiter, mais timidement, et c'est par une ou deux gouttes qu'il en conseillai! l'administration après le repas, surtout dans la dyspepsie secondaire. C'est dans des conditions analogues que l'acide chlorhydrique était donné en France à tous et sans règles, lorsqu'à commencé le mouvementde recherches chimiques quia, dans une large mesure, révolutionné l'histoire des dyspepsies gastriques.
MÉDICATION ACIDK ^
l.examen direct du contenu do l'estomac démontra, en effet, que lacidc chlorhydrique pouvait diminuer beaucoup et même disparaître complètement dans certaines dyspepsies. L'idée qui devait tout naturellement surgir dans l'esprit des médecins était de remplacer l'HCl absent par de l'HCl donné en nature. D'un autre côté il fut démontré que l'HCl jouait dans le suc gastrique le rôle d'une substance antiseptique, et, à ce titre encore, on fut amené à donner de l'HCl et à le donner en quantité relativement élevée. H est il remarquer qu'avant ces expériences, on savait déjk que les dyspepsies que l'on qualifiait d'acides, parce qu'on y observait des renvois ou des régurgitations acides, étaient souvent heureusement modifiées par l'emploi de l'HCl à dose élevée.
Talma plus tard le donna même dans l'ulcère rond, n le donnait du reste à peu près dans tous les cas de dyspepsie, lâtant le terrain, pour savoir comment il était toléré. Il reconnut ainsi que certains malades, surtout d'après lui les dyspeptiques nerveux, ont pour les acides une véritable hyperesthésie.C'estun fait très réel, relevépar divers auteurs ; nous avons constaté nous-mêmes à plusieurs reprises que certains malades ont pour l'HCl une sensibilité exagérée, névropathique peut-être ; mais cette hyperesthésie spéciale ne caractérise nullement la dyspepsie nerveuse.
Il était naturel de donner l'HCl à dose élevée, soit pour remplacer l'acide produit en quantité insuffisante pour une peptonisation régulière, soit pour restreindre les fermentations secondaires.
En effet, chez beaucoup de dyspeptiques, il manque au moins 0,30 à 1/1000 d'HCl pour qu'ils atteignent les chiffres normaux d'HCl libre et combiné. Si on
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admet, comme nous avons été amené à le faire a propos de la saturation par les alcalins, qu'il passe dans l'estomac plus de 3 litres de liquide, sécrétions et aliments compris, c'est donc de 2 k 6 grammes d'HCl qu'il faudrait donner pour rétablir l'équilibre. Mais cet acide est compté ici en HCl pur, gazeux. Or l'acide ofTicinal ne renfermant qu'un tiers environ de son poids d'HCl, c'est 6 à 18 grammes d'HCl olîicinal par jour qu'il faudrait donner. On n'a pas, que nous sachions, atteint ces chiffres considérables ; mais on comprend bien que les doses élevéesd'HCl ou d'acides forts dont nous parlerons tout à l'heure soient beaucoup mieux tolérés qu'on ne l'aurait pensé il y a seulement quelques années.
Ewald (1) donne 90 à 100 gouttes d'HCl en trois ou quatre fois à un quart d'heure d'intervalle, après le repas. Rosenheim (2) conseille de donner de (J à 10 gouttes d'HCl dans un peu d'eau, à plusieurs reprises, de quart d'heure en quart d'heure ou de demiheure en demi-heure après le repas. L'acide chlorhydrique oflicinal allemand est à 2o pour 100.
Leube se contente de doses beaucoup plus faibles. Pour Riegel, les doses doivent varier suivant chaque cas pris isolément. Boas est partisan des petites doses, parce qu'il a pu se convaincre que les doses élevées recommandées par Ewald ne suflisent pas pour provoquer la digestion dans les cas où l'HCl fait totalement défaut dans le suc gastrique. En effet cet acide se combine soit avec les sels alcalins, soit avec les substances albuminoïdes. Dans les cas où il y a de l'HCl libre, mais en quantité insulïi-
(1) Boas. Allgemeine Diagnostik u. Thérapie, der Maf/enkrankheilen, p. 2-48.
(2) Krànkheiten der Speiserôhre u. des Magens., p. 151.