‹ Thérapeutique des maladies de l'estomacChapitre 46 sur 88 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

Constipation.

Définition. — 11 est tout aussi difficile de définir la constipation que la diarrhée. Comme on le verra plus loin, nous définirons la diari'hée en disant qu'elle consiste dans l'élimination d'une quantité exagérée d'eau par l'intestin. La constipation est la condition exactement contraire.

Cest la stase dans V intestin de matures fécales qui subissent un degré plus ou moins marqué de dessiccation.

Cette définition élimine les cas dans lesquels il y a, cela se voit quelquefois dans le choléra, en quelque sorte diarrhée à Vintérieur. Les matières, très ramollies et même liquides, sont retenues dans l'intestin, sans qu'on puisse dire, en bonne logique, que ce soit de la constipation.

La stase peut aussi n'être que partielle. Une partie seulement des matières fécales est évacuée ; ou bien encore des matières liquides se fraient un chemin à travers les scybales dures. Quelquefois des débâcles diarrhéiques surviennent ; c'est une fausse diarrhée^ derrière laquelle existe une constipatioH réelle. Tout cela est parfaitement conciliable avec la définition que nous proposons.

On a donné des diverses formes de la constipation considérées suivant leurs causes, suivant leurs symptômes, leurs conséquences, des classifications

tout à fait différentes. Aucune d'elles du reste, n'est pleinement satisfaisante. Cela nous embarrassera fort peu ici ; car nous avons l'intention de nous placer surtout à un point de vue particulier que nous allons dire.

M. Dujardin-Beaumetz énumère les divers cas de constipation en les rangeant sous les cinq chefs suivants :

1° Constipation par obstacle mécanique ; 2° Constipation d'origine alimentaire ; 3' Absence de sécrétion des sucs intestinaux; 4' Diminution de la contractibilité musculaire; 5° Constipation résultant de la viciation de la sensibilité rectale. Il peut y avoir alors :

a) Anesthésie (comme dans certaines maladies de a moelle, la myélite transverse, etc.).

b) Spasme douloureux du sphincter.

Cette classification est peut-être la meilleure de celles que nous connaissons. Elle est basée sur lapat'hogénie, et on peut lui reprocher, au point de vue pratique, qui nous occupe seul ici, de rapprocher l'une de l'autre des constipations très différentes par leur cause et leur modalité clinique.

C'est ainsi, par exemple, que la constipation par absence ou insuffisance de sécrétion des sucs intestinaux comprend à la fois la constipation des diabétiques, et celle des malades qui ont des vomissements abondants et persistants.

D'une façon générale nous ne retiendrons pas icila constipation qui sera naturellement étudiée ailleurs dans différents chapitres : par exemple, la constipation résultant d'un rétrécissement ou d'une compression de l'intestin; elle trouvera sa place dans l'obstruction et dans l'occlusion intestinales;

(;ÉNÉHALITIÎS

par exemple, la constipation (jni résulte d'une tissure l'anus ; parexemple, encore, celles de lapéritonile. de la colique de plomb, des aQ'ections cérébrales et médullaires. 11 ne sera question dans le présent, chapitre que. de. .lu. constipation luibituelle que l'on peut qualifier, de dyspeptique, et qui, à ce titre, doit être étudiée naturellement ici. C'est la constipation habituelle 'qui servira de type à cette étude; malgré cela, cette étude n'en restera pas moins une étude de thérapeutique générale et ce que nous dirons ici, sera d'une façon générale, applicable à la thérapeutique de l'ensemble des formes cliniques de constipation.

La constipation est chose commune dans les différents modes de la dyspepsie. Elle tient une place importante dans la séméiologie de la plupart des dyspepsies stomacales que nous avons admises. G. Sée lui a même donné une place prépondéranfe dans les cas de dyspepsie atonique, si souvent flatulente. Les gaz s'accumuleraient derrière l'obstacle présenté par les matières fécales formant bouchon : de là la distension procédant de bas en haut, du gros intestin à l'intestin grêle et à l'estomac. La chose est plus grave encore lorsqu'il existe des hémorrhoïdes qui viennent apporter k la défécation un obstacle plus ou moins marqué.

Il y a certainement du vrai dans cette conception un peu trop mécaiii([ue de la dyspepsie llatulente La constipation est toujours, en tout cas, une cir- «■onstancc aggravante dans la dyspepsie, et on ne peut guère espérer guérii- celle-ci si l'on ne vient pas à bout de celle-Ui. La constipation est elle-même secondaire, elle est atonique et consécutive, le plus souvent, à l'état névropathique général, vague ou

qualifié, arllirilique, neurasthénique ou hystérique. • Dans l'hyperchlorhydrie il faut invoquer, déplus, dans les cas fréquents où il y a des vomissements, l'évacuation par cette voie d'une quantité considérable de liquide, et par conséquent, le dessèchement relatif des parties sous-jacenles du tube digestif.

C'est par la constipation que se traduit, dans le plus grand nombre des cas, la participation de l'intestin à la dyspepsie d'origine nerveuse.

Aussi la constipation est-elle chose des plus fréquentes chez les membres de la famille névropathique :

Les névropathes simples ;

Les arthritiques, les goutteux, les obèses;

Les diabétiques, chez lesquels s'ajoutent encore comme cause de constipation, la glycémie et ses conséquences ;

Les neurasthéniques, avec ou sans reins mobiles;

Les hystériques, les épileptiques, les aliénés.

Nous croyons que les chlorotiques, si souvent constipées, "appartiennent également à la famille

névropathique.

C'est ici le lieu de rappeler que les chagrins, les afifections morales vives sont souvent une cause do constipation véritablement neurasthénique.

Les femmes sont plus souvent constipées que les hommes, et cela s'explique par des raisons multiples. Elles sont plus nerveuses, elles ont le bassm plus large, et enfin, les grossesses successives amènent souvent chez elles un relâchement des parois abdoninales, une entéroptose, qui rend plus facile la stase fécale, plus difficile l'exonération abdominale.

Les vieillards ont une paresse, une aloniefonction-

FORMES CLINIQUES 21îi

nello de tous leurs organes, eL même une véritable atrophie de leurs parois intestinales : aussi sont-ils souvent constipés. Cela va même quelquefois chez euv jusqu'à déterminer de véritables accidents d'obs- U'uction intestinale (1).

La prédisposition à la constipation est souvent aidée par une mauvaise hygiène : l'abus des aliments azotés, l'absence d'exercice, la paresse à se présenter à la garde-robe. Cette dernière cause est fréquente chez les femmes et les enfants. Or cette hygiène vicieuse, jointe parfois à des travaux intellectuels prédominants, à du véritable surmenage cérébral, tend encore ;i accentuer davantage l'état diathésique préexistant : c'est un cercle vicieux.

Degrés et formes rliniques. — La constipation peut être plus ou moins prononcée et se présenter avec des aspects assez diflérents.

Tout d'abord la grande masse des dyspeptiques atoniques sont sujets après le repas à de la pesanteur, de la rougeur de la face, de la somnolence, à du gonflement de l'abdomen. Les selles sont difficiles, gênées souvent par des hémorrhoïdes. Parfois ces malades sont des constipés inconscients, ils ont des selles régulières, mais insuirisantes, et de temps en temps des débâcles.

Certaines personnes ont une constipation des plus opiniâtres; l'exonération n'a jamais lieu naturellement. Les selles ne sont obtenues qu'à force de lavements et de purgatifs.

. On constate souvent, dans ces conditions, du malaise général, de l'inappétence, des maux de tète, parfois à certains moments, de la fièvre, une langue

'I) (j. TiiiBiEUOE. Tii. fie Paris, 1884.

sale, des phénomènes d'embarras gastriques capables quelquelois d'engendrer un véritable état typhoïde.

Quelquefois, surtout chez les gens âgés, on voit l'état général devenir mauvais, l'appétit disparaître, il y a du dégoût pour les aliments, quelquefois des vomissements, des douleurs abdominales avec irradiations vers les lombes, vers les cuisses, dans le domaine du sciatique ou du crural. On se demande s'il n'y a pas quelque part une lésion cancéreuse et. en particulier, un cancer de l'estomac ou de l'iulcslin. Parfois les scybales accumulées sur le trajet du gros intestin ont été prises pour des tumeurs do mauvaise nature.

Un autre type de constipé est le constipé à (jros ventre^ à abdomen proéminent, plus ou moins obèse, à la face rouge, à la respiration gênée, aux digestions difliciles. l^arfois le ventre prend, sous l'influence de la constipation, un développement si considérable qu'on pense à quelque lésion organique : un beau jour tout se termine par une énorme débâcle.

ComjMcatiom . — Les complications que peut amener la constipation sont très importantes; nous signalei'ons surtout :

Les hémorrhoïdes,

La fissure à l'anus.

L'entérite muco-membraneusc,

Les auto-intoxications,

L'obstruction intestinale et l'occlusion par torsion

de r>S^ iliaque.

L'auto-intoxication sera étudiée plus loin à propos de l'antisepsie gastro-intestinale. L'obstruction et l'occlusion trouveront place dans les maladies de l'intestin. Nous ferons un exposé sommaire des

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autres complications de la constipation lorsque nous en viendrons à indiquer l'intervention thérapeutique qui leur convient.

Traite ment. — Malgré la banalité du conseil, il n'est pas mauvais de répéter en tête de ce chapitre, qu'il faut avant tout, autant que possible, supprimer les causes, fondamentales ou occasionnelles, de la constipation. Chez les neurasthéniques, c'est la névropathie, chez les diabétiques la glycémie, chez les saturnins c'est l'intoxication qu'il faudra tout d'abord faire disparaître. Les causes occasionnelles les plus fréquentes sont du domaine de l'hygiène : alimentation vicieuse, absence d'exercice, etc. ; il faudra donc toujours faire une enquête dans ce sens; elle amènera souvent à des prescriptions très importantes, plus importantes encore que la médication, car, et ceci est un principe qu'il faut toujours avoir présent à l'esprit, c'est de préférence par l'hygiène qu'il faut chercher à obtenir la guérison de la constipation. Les moyens physiques seront toujours préférables aux moyens médicamenteux, étant plus voisins des moyens hygiéniques.

Nous exposerons successivement :

a) Le traitement hygiénique,

h) Le traitement mécanique,

c) Le traitement médicamenteux,

d) Le traitement des complications.

a) Traitement hygiénique. — La constipation est volontiers amenée et en tout cas exagérée par une alimentation qui laisse peu de résidu, comme l'alimentation carnée, l'alimentation richement azotée d'une façon générale. Ce sont, en effet, à l'état normal, les résidus non digérés de la digestion qui, en excitant la sécrétion et la contractilité de l'intestin, empô-

chenl les matières de se dessécher d'une façon trop marquée et amènent leur évacuation en exagérant le péristaltisme. Le régime que l'on est souvent amené à prescrire aux dyspeptiques a donc l'inconvénient de produire facilement la constipation.

Les œufs agissent de la même façon que la viande ; quant au lait, le public se ligure bien à tort qu'il estrelâchant. La vérité, c'est que les personnes qui n'y sont pas accoutumées, et qui prennent le lait par grandes quantités d'un coup, ont souvent, au début, une diarrhée passagère ; mais neuf fois sur dix, cela ne dure pas, et la constipation succède au relâchement : c"est même, parfois, un sérieux inconvénient du régime lacté. Les matières blanches, incolores, pâteuses, très riches en graisse, s'accumulent dans lo gros intestin, et il est dilTicile de les en déloger. Les lavements aqueux ont peu de prise sur ces matières grasses. Les lavements huileux seraient plus utiles. Comme l'accumulation des matières â la partie inférieure du rectum s'oppose alors quelquefois à l'introduction de tout liquide, on en est amené à faire l'évacuation mécanique, à l'aide du doigt, d'une curette, d'une spatule.

Les eaux trop fortement calcaires paraissent favoriser aussi la constipation. Les eaux impures des rivières et de certains canaux, la Seine en particulier, provoquent volontiers la diarrhée, à cause de leur richesse en substances organiques et en microbes: mais ce n'est pas là une action thérapeutique utilisable, c'est une intluence pathogène qu'il fautévilci-.

L'absence d'exercice, l'abus des travaux intellectuels, les préoccupations, l'existence trop sédentaire, tendent à provoquer, à maintenir et à aggraver la paresse de l'intestin.

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Certaines personnes encore n'ont pas suffisamment le souci d'entretenir la régularité des évacuations intestinales ; par négligence, par insouciance, par mauvaise habitude, elles retardent le moment de se présenter à la garde-robe.

Quand il s'agit de combattre la constipation, il est utile, au contraire, de recommander aux intéressés de se présenter régulièr^inent chaque jour à la garderobe, à la même heure, qu'elles y soient ou non sollicitées par un besoin naturel. Il y a là un élément d'auto-suggeslion dont l'influence n'est pas à dédaigner. En fait d'hygiène, les petits moyens ne sont pas les moins bons.

Il va de soi, naturellement, qu'il conviendra de recommander des pratiques exactement opposées à celles que l'on sait être de nature à maintenir la constipation.

En fait d'alimentation, il faut recommander les aliments qui laissent en abondance des détritus non digestibles, pourvu toutefois que ces détritus ne soient pas trop volumineux, trop grossiers et de nature, partant, à irriter et à léser la muqueuse. A ce point de vue, les légumes et les fruits verts font bien l'affaire. Pour éviter une irritation exagérée et l'influence nocive sur l'estomac d'une quantité exagérée de détritus végétaux, il est bon souvent de faire cuire les fruits, et de réduire les légumes à l'état de purées. Le régime végétarien, si vanté par M. Dujardin-Beaumetz, sera utile chez les dyspeptiques constipés, à condition qu'ils n'aient ni hyperchlorhydrie, ni stase stomacale accentuée.

C'est ici aussi qu'il faut ranger les graines inertes, la graine de lin mondée, lagraine de moutarde blanche la graine de Psyllium Plantago. Ces graines peuvent être

ESTOMAC ET INTESTIN. jo

prises directement en nature par cuillerées à café (1 à 3) soit le matin à jeun, soit au commencement du repas, une ou deux fois par jour. On prépare aussi avec la graine de lin et de psyllium une eau mucilagineuse douée de propriétés laxatives.

Semences de psyllium ou graine de lin 30 gr.

Eau tiède 150 à 200 gr.

Faire digérer pendant 5 à 6 heures dans de l'eau froide, ou mieux de l'eau tiède, et passer.

Traitement mécanique. — Sous cette rubrique, nous réunirons, en réalité, à lafois, les moyens physiques et mécaniques. Ils comprennent :

La gymnastique,

Le massage,

L'hydrothérapie,

Les lavements,

Les douches ascendantes.

Les suppositoires,

L'électrisation.

Gymnastique. — Par gymnastique, il faut entendre ici, non seulement la gymnastique considérée en général, mais aussi une gymnastique spéciale, localisée, abdominale.

La gymnastique, à titre d'exercice corporel, est une chose excellente chez les arthritiques de vie sédentaire, en particulier chez ceux qui ont une tendance à l'obésité ou à la goutte. Inutile d insister davantage. La gymnastique spéciale a pour but surtout de donner plus de force, en les exerçant, aux muscles de la paroi abdominale. Le principe gênerai est de produire des mouvements de flexion du tronc, étant debout ou couché, en surmontant un obstacle graduellement augmenté.

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