‹ Thérapeutique des maladies de l'estomacChapitre 54 sur 88 · ASTRINGENTS · texte numérisé non relu

ASTRINGENTS

du gros intestin, à la dose de 1 à 2 grammes clans 300 à 500 grammes d'eau, avec ou sans addition de laudanum (6 à 12 gouttes).

Le ratcuMa est un astringent très usité, qui renferme 20 à 40 pour 100 de tanin. L'extrait de ratanhiaestla préparation la plus souvent employée à la dose de 0 gr. 50 à 5 grammes en potion ; de 5 a 10 grammes en lavement. Le sirop du Codex renferme 0 gr. 50 d'extrait pour 20 grammes de sirop. On fait aussi une tisane de ratanhia :

Le cacliou agit également par son tannin. Le sirop est surtout usité, il renferme 8 gr. 50 d'extrait pour 20 grammes; on en donne de 20 à 100 grammes.

Le tannin en nature, le ratanhia et le cachou, les deux premiers surtout, sont les astringents tanniques le plus souvent ordonnés comme antidiarrhéiques. On peut citer encore toute une série de substances qui doivent au tannin une valeur constipante plus ou moins marquée : le fraisier, la bistorte, la tormentille, la potentille, les feuilles de noyer, les roses de Provins, la benoîte, etc. «

D'autres substances ont été données comme astringents antidiarrhéiques : le nitrate d'argent, l'acétate de plomb, le colo, le paracoto et leurs dérivées, la cotoïne et la paracotoïne.

Racine de ratanhia

Eau

Sirop de ratanhia . .

20 gr.

1 litre 50 gr.

^'î'i DIARRHÉE

L'acétate de plomO pourniil être de quelque utilité dans les cas où il y a des ulcérations intestinales (NothnageletRossbach) : on le donnerait, en poudre' en pilules ou en solution à raison de 1 centigramme à 5 et même 10 par dose, jusqu'à 30 par jour. ■

L'écorce de coto et deparacoto n'est plus employéeon l'a remplacée par la cotoïne et la paracotoïne' que vante Burkart, d'après Nothnagel et Rossbach' dans le cas de catarrhe intestinal subaigu. La cotoï/w se donnerait à la dose de o à 10 centigrammes, en poudre ou en émulsion gommeuse, en une ou deux lois, \ii paracotoïne à la dose de 10 à 20 centigrammes toutes les deux ou trois heures sous forme de poudre mêlée à du sucre, à cause de sa faible solubilité.

4° Antisepsie intestinale. — Comme on ne peut guère séparer l'histoire de l'antiseptie intestinale de celle de l'antisepsie stomacale, et que l'indication de l'an- . tisepsie du lube digestif s'impose dans des conditions multiples, nous avons dû lui consacrer un chapitre particulier : on le trouvera plus loin.

5° Remplacer Veauperduepar V organisme. — Lorsque la déperdition de l'eau subie par l'organisme est trop considérable, il peut en résulter des accidents très graves, dus surtout au collapsus cardiaque et à la diminution, sinon à la disparition de la sécrétion urinaire. C'est ce que l'on voit d'une façon très marquée dans le choléra et dans les diarrhées cholériformes.

L'ingestion de l'eau par le tube digestif ne suffit pas pour remplacer l'eau éliminée, car cette eau est elle-même presque immédiatement rejetée. C'est pourquoi on a pensé à faire pénétrer l'eau soit par la voie veineuse, soit par la voie hypodermique.

Les transfusions veineuses ont été très vantées en

UÏPODERMOCLYSE -'^

France par Hayem et ses élèves. Elles ont été très employées dans la dernière épidémie à Hambourg et à Paris (1). Elles donnent lieu à de véritables résurrections momentanées, et on a pu leur attribuer un certain nombre de guérisons définitives. C'est une opération à réserver aux cas extrêmes, lorsque le collapsus est très marqué et le pouls radial insensible.

On ne doit pas attendre toutefois ce danger extrême pour rendre de l'eau à l'organisme, et, bien avant que l'on en soit arrivé à la disparition du pouls radial, il faut faire des injections sous-cutanées de sérum artificiel (solution de chlorure de sodium à r, pour 1000, dans l'eau distillée et stérilisée).

L'injection sera faite profondément sous la peau à l'aide d'une longue aiguille, en se servant d'un vase élevé uni à l'aiguille par un tube en caoutchouc, d'une' seringue stérilisée qu'on rechargera à plusieurs reprises, ou mieux encore d'un des appareils que Burlureaux a fait construire spécialement. On peut injecter ainsi facilement en une séance 150 à 200 gr. de sérum artificiel. J'ai, pour ma part, injecté à des cholériques jusqu'à 1200 grammes de liquide, en me servant de deux appareils de Burlureaux mis simultanément en batterie, l'un à gauche etl'autre adroite. On injecte ainsi sans difficulté 200 grammes de sérum en 20 minutes. La boule d'œdème disparaît rapidement.

Ce n'est pas seulement aux cholériques vrais qu'est applicable cette méthode. Elle peut être mise en œuvre dans tous les cas où une perte d'eau abon-

(1) Gai.uakd. Trailemenl du choléra. Gaz. des hôpitaux, février, 1893.

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dan le devienL une cause de danger, dans les diarrhées cholériformes de tout ordre, chez les enfants comme chez les adultes, dans les diarrhées chroniques très abondantes, diarrhées palustres ou autres, telles qu'on les observe fréquemment dans les pays chauds, exceptionnellement dans nos régions.

Le phosphate de soude qui, d'après Luton, Crocq, Peter, paraît jouir de propriétés analeptiques remarquables, pourrait être adjoint au sérum artificiel, chloruré sodique, ordinairement employé.

En terminant cette étude générale, nous devons nous demander s'il convient de traiter et de supprimer indistinctement toutes les diarrhées.

Non, il ne faut pas supprimer toutes les diarrhées : il en est qu'il faut savoir respecter. M. Bouchard a vu certaines personnes ayant une diarrhée habituelle, physiologique en quelque sorte, se trouver fort mal de sa suppression. Elle leur rendait, sans doute, le service d'éliminer des substances toxiques qui, retenues et absorbées, devenaient une cause de danger.

Il ne faut pas supprimer la diarrhée des wémiqms. Chez eux, le flux intestinal est salutaire, il élimine les substances nocives auxquelles est dù le développement des accidents urémiques. Cette diarrhée bienfaisante, il convient môme de la rappeler, de l'appeler au besoin.

Nous devons nous borner ici aux indications générales que nous avons données sur le traitement de la diarrhée ; aborder la thérapeutique des diflerents types cliniques nous conduirait trop loin; c'est un volume tout entier qu'il faudrait consacrer au dé-

DIAHHUÉES,,NERVEUSES ^ 1'

veloppement des éléments très complexes de la question.

Du reste, on trouvera ailleurs, dans d'autres volumes de la collection ou dans ce volume même, des indications sur certaines formes de diarrhée.

La diarrhée des enfants, qui se présente en clinique d'une façon si particulière, qui réclame un traitement si spécial, sera étudiée comme il convient dans le volume attribué au traitement des maladies des enfants.

A propos de Yindigestion et de Y embarras g astroiiitestinal^ on trouvera plus loin au chapitre qui porte ce titre, l'indication de ce qu'il convient de faire contre les diarrhées symptomatiques de ces étals morbides.

Au chapitre de l'entérite, à propos surtout de Yentérite chronique., nous exposerons les principes généraux du traitement des diarrhées chroniques.

Le traitement de la diarrhée des maladies aiguës, de la fièvre typhoïde et des autres maladies, fébriles, aiguës, de l'impaludisme, devra être cherché dans les volumes où sont étudiés ces états morbides.

Nous ne retiendrons ici que les diarrhées nerveuses et la diarrhée dv, matin.

Diarrhées nerveuses. — Il faut en distinguer plusieurs types.

Une personne impressionnable, plus ou moins névropathique, neurasthénique, éprouve une vive émotion morale, une contrariété, une grande déception, un grand chagrin. Cela pourra se traduire chez elle par une poussée subite de diarrhée. 11 est, à ce point de vue, des personnes d'une sensibilité particulière ; sous l'induence d'une cause qui amènerait chez d'autres un iluxde larmes, ellespnt un fluxdiarrhé.iq,uj>.

DIARRHÉE

La diarrhée tabétiç[ue^ si bien étudiée par le Fournier, est un autre genre de diarrhée nerveuse. Les besoins de défécations impérieux, urgents, se répètent 10 ou 20 fois par jour, d'une façon monotone. Le malade souvent, en se présentant à la garde-robe, ne rend qu'une fort petite quantité de matières liquides. Cette diarrhée, très rebelle au traitement, dure ainsi pendant de longues années. Nous avons publié l'observation d'un malade chez laquelle elle durait depuis dix-sept ans!

La diarrhée nerveuse (1) chronique a été bien étudiée par Nothnagel.

Les cas qu'il a cités sont, en réalité, des exemples de véritables diarrhées psychiques. Il s'agit de personnes, qui, à l'idée de sortir de chez elles, de se trouver éloignées de tout water-closet, sont prises, chaque jour, à plusieurs reprises, coup sur coup, de besoins impérieux de défécation. C'est véritablement de l'agoraphobie à forme diarrhéique.

La diarrhée persistante n'est pas rare dans la neurasthénie. Nous avons vu un neurasthénique avéré qui, depuis plusieurs années, ne pouvait tolérer aucune espèce de viande. L'alimentation carnée, sous quelque forme qu'elle fût présentée, déterminait immédiatement chez lui de la diarrhée. C'est à la suite de graves ennuis d'ordre financier que ces accidents avaient débuté.

Trousseau a cité le cas d'un malade atteint de diarrhée chronique qui devait cet accident à l'usage du thé. Le thé supprimé, la diarrhée disparut.

La diarrhée nerveuse aiguë, passagère, disparaît le plus souvent, à très peu de frais, sous l'influence de

(1) Uleber nevvôse Diarrhée.

DIARRIlÉlî DU MATIN ^

la cessation des causes qui lui ont donné naissance. Quelques précautions hygiéniques, un peu d'opuim suflisent pour amener la guérison.

La diarrhée taUtique est rebelle à tout traitement.

Quant à la diarrhée nerveuse psychique, elle dépend tout autant d'un traitement moral destiné à amener le malade cà reprendre en lui-même sa conhance perdue, que d'un traitement médicamenteux. , .

Il en est à peu près de même pour les neurasthéniques. On se conformera aux principes généraux de l'antisepsie gastro-intestinale pour régler leur alimentation; on emploiera, avec modération, les calmants et les antiseptiques médicamenteux, mais surtout et avant tout, on traitera chez eux la neurasthénie, par l'hydrothérapie, l'électrisation, le massage,la climatothérapie, le repos moral. On cherchera autant que possible à rendre aux malades confiance en eux-mêmes ; le traitement moral a ici encore une très grande importance.

M. Guéneau de Mussy, Ollive [de Nantes (1)] ont signalé particulièrement un type clinique de diarrhée que nous avons eu nous-même l'occasion d'observer : c'est la diarrhée du matin. Des malades ont chaque matin plusieurs selles diarrhéiques qui ne se renouvellent pas dans la journée. Cette diarrhée persiste ainsi d'une façon indéfinie.

Chose semblable s'observe assez souvent chez les hyperchlorhydriques; mais c'est là un cas spécial qui réclame avant tout le traitement de l'hyperchlorhydrie.

C'est en première ligne au régime qu'il faut de-

A. Chaunet. Th. de Paris, 1888.

2B0 DIARRUÉE

mander la guérison de la diarrhée du malin. Il faul diminuer la quantité des liquides ingérés, supprimer le vin rouge, donner surtout comme alimentation des viandes rôties ou grillées, des œufs et, en petite quantité, du laitage, des purées de légumes secs, des compotes de fruits. Souvent il conviendra de diminuer notablement la quantité des aliments pris au repas du soir.

Si les selles sont fétides on fera l'antisepsie gastrointestinale : on pourra essayer l'eau chloroformée saturée, étendue d'une quantité égale d'eau, à haute dose, la limonade lactique de Hayem, le naphtol et le salicylate de bismuth, le benzonaptol. C'est à ce dernier agent que, pour notre part, nous donnerions la préférence en cas semblable.

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