CHAPITRE IX
Autisepsîe gastro-întestînale.
I.e fait de l'auto-intoxication d'origine intestinale, et l'utilité thérapeutique de l'antisepsie du tube digestif sont actuellement bien connus. Depuis les travaux de M. Bouchard et de ses élèves, les publications de MM. Le Gendre, Dujardin-Beaumetz, Huchard, et de beaucoup d'autres, cette notion est devenue presque banale. A l'heure actuelle, il n'y a guère lieu d'insister sur la théorie, si ce n'est pour en rappeler les principes et pour signaler quelques erreurs très répandues.
Il faut faire un triage sévère parmi les nombreux médicaments et les très nombreuses formules qui ont été employés et conseillés.
Nous prendrons l'aliment avant son ingestion et nous le suivrons successivement dans l'estomac et dans l'intestin.
Fermentations alimentaires en dehors dn tnbe digestif. — Il a été démontré par toute une série de travaux que les aliments, surtout Içs aliments azotés, donnent lieu, parleur putréfaction, à la production de produits toxiques analogues par leur action aux alcaloïdes végétaux les plus puissants : ce sont les ptomaïnes étudiées successivement par Gaspard, Panum, Bricger , Selmi, Gautier, Brouardel et Boutmy , Bouchard , etc. Les ptomaïnes ingérées
avec les viandes qui leur ont donné naissance donnent lieu aux accidents graves décrits sous la dénomination commune de hotuUsme. De plus, on ingère souvent en même temps des agents figurés dont la puUulation se continue dans l'intestin, et sous l'influence desquels des toxines continuent à se produire; ainsi s'expliquent les maladies de longue évolution, très analogues par leur aspect à la fièvre typhoïde que l'on a pu voir, en cas de botulisme collectif, se produire au même titre que des accidents d'intoxication pure caractérisés, ceux-là, par la rapidité de leur apparition et de leur évolution. Donc, en un mot, sous l'influence de viandes en voie de putréfaction, des accidents possibles à' intoxication et à' infection .
Nous verrons tout à l'heure comment on peut combattre et enrayer le processus d'infection intestinale et l'auto-intoxication consécutive ; disons rapidement, comment on peut, par le régime., réduire l'intoxication alimentaire directe et l'auto-intoxication d'origine intestinale.
Ce résultat, on l'obtiendra de la façon la plus complète dans certains cas, en ordonnant une diète alimentaire absolue ; cette mesure radicale, qui donne, on le sait, d'excellents résultats dans certains cas de diarrhée, ne peut être que passagère. D'une façon générale, il faudra remplir les deux conditions suivantes :
a) Rejeter les aliments en voie de décomposition putride ;
h) Donner des aliments qui non seulement n'apportent qu'un minimum de toxines et de germes de décomposition, mais qui, de plus, ne fournissent pas à ces décompositions un terrain trop favorable.
RÉGIME
a) Toutes les fois qu'il y a tendance à l'auto-intoxicalion, soit parce que les fermentations intestinales sont excessives, soit parce que les poisons ne sont pas suffisamment modifiés à leur passage à travers le foie, ou éliminés par le rein, il conviendra de rejeter les aliments en voie de décomposition putride. L'indication s'applique donc, non seulement aux cas d'affection gastro-intestinale, mais encore aux cas dans lesquels, par suite d'une lésion, d'un mauvais fonctionnement du foie ou des reins, il y a pénétration ou accumulation dans les humeurs d'une quantité anormale de toxines , ou encore , présence de toxines particulièrement nocives.
Dans ces conditions, on rejettera de l'alimentation les viandes avancées , faisandées, les fromages forts, etc.
b) On ne conservera dans l'alimentation que des aliments en parfait état de conservation, aussi peu que possible aptes à subir la fermentation putride.
Les fermentations putrides dans l'intestin sont favorisées surtout par deux conditions : 1° l'abondance excessive des aliments et surtout des aliments azotés; 2° la présence de quantité considérable de détritus rebelles à la digestion.
Le régime lacté correspond admirablement à ces deux indications. 11 n'introduit que fort peu, une quantité insignifiante, de toxines et d'agents bactériens, il ne laisse qu'un minimum de déchets rebelles à la digestion; il est facilement élaboré, facilement absorbé. De plus il. jjrovoque la polyurie. De là ses bons effets dans les cas de diarrhée, d'entérite etc. Il tient à juste titre la première place dans l'alimentation, dans tous les cas où l'élément auto-inloxica-
284 ANTISEPSIE GASÏRO -INTESTINALE
lion gastro-intesUnale joue un rôle important dans l'ensemble morbide.
Le lait peut servir cependantlui-mème de véhicule à des microbes pathogènes, au colibacille, comme l'a démontré Lesage , au bacille delà fermentation lactique qui, d'après les recherches de R. Wurzt et de Leudet, donne lieu à des toxines par son action sur les substances albuminoïdes. C'est pourquoi le lait doit être frais, soustrait autant que possible aux causes de fermentations, et provenir d'animaux sains.
Le lait stérilisé représenterait l'aliment idéal : on sait du reste qu'il donne d'excellents résultats dans le traitement de la diarrhée, surtout chez les enfants, et il tend à juste titre à prendre place dans la pratique médicale courante.
Mais tous les malades chez lesquels il y a lieu de veiller à l'antisepsie gaslro-intestinale ne peuvent pas être mis uniformément au lait; beaucoup d'entre eux vivent de la vie commune, et, pour bien des raisons, il serait excessif et impossible de les soumettre en masse au régime lacté exclusif. Le lait en tout cas sera toujours un excellent élément dans un régime alimentaire mixte.
Le régime végétarien,^ très prôné par Dujardin-Beaumetz, donne le moyen de restreindre au minimum l'introduction des substances azotées et de les donner sous une forme favorable : il consiste essentiellement en lait, laitages, œufs, et purées de légumes. L'alimentation est ainsi finement divisée et exempte de tout excès de particules indigestes.
La division des aliments est une très bonne condition pour réduire les fermentations putrides au minimum , parce qu'elle met les substances très intimement en coniïitavec les sucs digestifs, et que