‹ Thérapeutique des maladies de l'estomacChapitre 57 sur 88 · ANTISEPSIE STOMACALE · texte numérisé non relu

ANTISEPSIE STOMACALE

à des produits toxiques nocifs, bien qu'on n'ait jusqu'à présent démontré expérimentalement la realité toxique du contenu de l'estomac que dans des cas d'hypersécrétion chlorhydrique avec stase compliquée de tétanie : c'est à la peptone mal élaborée qu'il convient, d'après Bouveret et Devic (1), d'attribuer cette toxicité.

Les fermentations excessives et l'hyperacidité organique ne peuvent guère se concevoir en dehors de la stase. Bien que cette stase soit chose beaucoup moins fréquente qu'on ne l'a dit, elle est très réelle dans certains cas, avec ou sans lésion matérielle de l'estomac, et il convient de consacer une étude particulière à \ antisepsie gastrique.

Cette antisepsie, on a cherché à la réaliser par des moye?is chimiques et des moyens mécaniques.

Les moyens chimiques d'antisepsie stomacale ne peuvent guère être étudiés en dehors des agents chimiques d'antisepsie intestinale; il "est difficile, d'une façon générale, de séparer, en fait d'antisepsie, l'estomac de l'intestin. Nous dirons cependant tout de suite que l'antisepsie mécanique de l'estomac, par le lavage, nous paraît bien supérieure à tous les moyens d'antisepsie chimique : c'est aussi la conclusion de M. Hayem.

En somme l'antisepsie mécanique de l'estomac s'obtient par l'évacuation artificielle de son contenu par la voie œsophagienne. Cette évacuation peut se faire par un procédé naturel, le vomissement, et par un procédé artificiel, le lavage.

L'indigestion gastrique se termine naturellemeni par le vomissement, de même que la diarrhée mel

(1) Revue de médecine, 1887.

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souvent fui à l'indigesLion intestinale. On a tout naturellement imité la nature, et le iw?;/Y//est le remède consacré de l'embarras gastrique.

Le lavage de l'estomac, moins pénible que le vomissement, plus facile à renouveler d'une façon suivie, est aussi un moyen excellent d'obtenir l'évacuation de la matière peccante. Le lavage peut être fait avec de l'eau pure, de l'eau bouillie, si l'on veut; mais on a souvent aussi conseillé l'emploi de diverses solutions antiseptiques, non seulement pour obtenir une désinfection plus complète, mais aussi dans l'intention de laisser dans le tube digestif une quantité plus ou moins considérable d'un liquide capable de modérer les fermentations et de les réduire à des proportions normales.

On s'est servi de solutions d'acide borique à 30 pour 1000, d'acide salicylique à 2 ou 3 pour 1000, de borax à 20 pour 1000, de eréoline à 0,5 pour 100, de thymol à 0,5 pour 1000, et de beaucoup d'autres solutions, résorcine, permanganate de potasse, chlorate de potasse, chlorate de soude, chlorure de sodium, hyposulfite de soude, etc.

On pourrait se servir aussi de solutions d'acide chlorhydrique à 1 ou 2 pour 1000, d'acide lactique à 5 pour 1000. Il est possible enfin que les lavages à l'eau de Vichy, naturelle ou artificielle, si communément usités il y a quelques années, aient la propriété de provoquer la sécrétion de l'HCl et, par conséquent, de rappeler l'antiseptique naturel diminué ou disparu chez les hypochlorhydriques. Il y aurait lieu de faire des recherches destinées à élucider la question.

Antisepsie intestinale. — Ici aussi on peut pratiquer l'antisepsie mécanique .ou avoir recours à l'ad-

l'UKGATIFS

ministration de médicainenls anlisep tiques par la

voie buccale.

V antisepsie mécanique comprend les inmjatifs et le lavage de V intestin par la voie rectale.

Les purgatifs sont depuis longtemps employés dans le traitement de l'embarras gastro-intestinal, à prédominance intestinale, et de certaines diarrhées. Il était tout à fait naturel de chercher à obtenir par une purgation suffisamment énergique un véritable nettoyage de l'intestin.

Les purgatifs salins et les eaux minérales purgatives réussissent très bien dans ces conditions. On sait qu'après leur emploi la constipation succède volontiers à l'action laxative. De là leur administration suivie de succès dans la diarrhée.

Le calomel est à la fois un purgatif et un sel de mercure. Il donne naissance dans le tube digestif à une petite quantité de bichlorure et à une quantité plus considérable de sulfure ; le bichlorure et le sulfure sont des antiseptiques. On a donc pensé tout naturellementque le calomel était le purgatif de choix lorsqu'il s'agit de refréner les fermentations intestinales. Il faut ajouter à cela que son usage commode chez les enfants, les bons effets qu'il produit contre leur diarrhée avaient prévenu favorablement les médecins en sa faveur.

Rien ne démontre, malheureusement, que le calomel administré par la bouche jouisse dans l'intestin de propriétés antiseptiques d'une réelle valeur; les expériences entreprises dans ce sens sont beaucoup plutôt négatives (1).

(1) BiERNACKi. D. Arcli. f. Klin. Med., XLIX, p. 81, 1S91. Steiff, Ztsch. f. KL Med., XII, p. 310.

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11 restera cependant, en cas semblable, le médicament de choix chez les enfants à cause de son absence de saveur et de lafacilité de son administration.

Le lavage de l'intestin n'est réalisable que pour le gros intestin, bien qu'on ait prétendu, sans preuve suffisante, que l'on pouvait faire pénétrer les liquides injectés au delà de la valvule de Bauhin, franchir la barrière des apothicaires, et atteindre l'extrémité inférieure de l'intestin grêle.

L'entéroclyse peut se pratiquer soit avec une sonde œsophagienne, soit avec un appareil ad hoc, un entéroclyseur. Si on se sert d'une sonde œsophagienne on l'introduira le plus haut possible au delà des sphincters ; puis, à l'aide d'un entonnoir relié à la sonde par un long tube en caoutchouc, on fera pénétrer le liquide de l'injection dans le gros intestin.

La sonde peut être remplacée par une canule spéciale et l'entonnoir par un réservoir gradué, mais le principe et la manœuvre sont toujours les mêmes. L'entéroclyseur à entonnoir, celui de Dujardin-Beaumetz par exemple, construit par Galante, répond à toutes les indications; il a cet avantage que l'on peut à volonté élever ou abaisser le réservoir, de façon à faire varier la pression dans un sens ou dans l'autre, et même àfaire refluer alternativement le liquide de l'injection du côlon dans l'appareil et réciproquement. Cette manœuvre a été recommandée pour obtenir la désagrégation des scybales dans les cas de constipation de longue durée.

Pour bien exécuter ces lavages, le malade sera couché et on fera pénétrer ainsi de 2 à 3 litres de liquide.

Les douches ascendantes (elles qu'elles sont données dans certaines stations minérales (Plombières,

ENTEROCLYSE

Aix-les-Bains, Luxeuil, etc.) ne sont qu'une variété crenléroclyse. Pour la douche ascendante, le malade est assis sur un siège machiné ad hoc, une canule est introduite dans le rectum, et on ouvre progressivement le robinet d'un tube qui amène 1 eau d un réservoir élevé. Au bout d'un certain temps, le liquide en surplus s'échappe entre le sphincter et la canule, et il se fait ainsi une irrigation continue du gros intestin. Nous pensons qu'il vaut mieux pratiquer ce lavage dans la position couchée, on aura plus de chance ainsi de faire pénétrer profondément le liquide et de faire par conséquent un lavage plus complet.

i'mta^yse peut se faire avec des solutions antiseptiques, avec de l'eau naphtolée :0 gr. 20 à 0 gr. 25 de naphtol pour 1000 d'eau. - Dujardin-Beaumelz), avec de l'eau saturée de sulfure de carbone, eau sul- Ibcarbouée du même auteur ; avec des solutions faibles de permanganate de potasse, de nitrate d'argent (0^0 àO,50 pour 1000). Cantani, dans le choléra, a vivement recommandé l'entéroclyse avec une solution de tannin.

Dans l'entérite muco-membraneuse, Dujardin- Beaumelz conseille l'eau iodée, 10 grammes de teinture d'iode pour un litre d'eau et l'eau naphtolée ; Bouchard considère l'eau boriquée saturée comme très irritante pour la muqueuse du gros intestin et il met en garde contre son emploi trop prolongé.

Quand les lésions siègent surtout à la partie inférieure du gros intestin et qu'il n'est pas besoin de porter trop loin l'abenl modilicaleur, on peut employer des lavements moins abondants et des solutions plus concentrées: c'est ce qui a lieu pour la

dysenterie à laquelle sera attribué un chapitre particulier.

L'antisepsie médicamenteuse a été l'objet de recherches nombreuses et de nombreuses publications. Il n'est presque pas de substance antiseptique qui n'ait été essayée pour désinfecter le tube digestif.

Avant d'énumérer ces substances et d'arrêter notre attention sur celles qui le méritent réellement, nous devons nous poser cette question préalable: l'autointoxication intestinale existe-t-elle réellement ? Y at-il lieu de la combattre d'une façon particulière ?

La réalité de l'auto-intoxication d'origine inteslitinale est démontrée par :

1° La toxicité des matières fécales (1) ;

2° L'apparition, dans l'urine, de substances qui doivent leur origine aux fermentations putrides qui se font dans l'intestin ;

3° L'apparition d'accidents graves lorsque le cours des matières fécales est entravé (hernie étranglée, obstruction).

4" La diminution de la toxicité urinaire, lorsqu'on diminue la toxicité du contenu intestinal.

Il y a donc lieu de combattre les fermentations

(1) M. GiLBEBT, dans une intéressante communication à la Société de biologie (25 février 1893), a montré que le colibacille qui puluUe en si grande abondance dans l'intestin de l'homme, fabrique une toxine puissante qui, injectée au\ lapins par la voie veineuse, détermine successivement, chez ces animaux, des accidents comateux, des convulsions, puis de la contracture tétanique. Il est donc de toute vraisemblance que lo colibacille élabore dans l'intestin une quantité de toxine qui, dans les cas pathologiques, peut être capable de provoquer des accidents plus ou moins graves d'auto-intoxication. On sait que, dans certaines diarrhées, la diarrhée des enfants en particulier, lé contenu intestinal arrive parfois à ne plus représenter qu'une culture pure de colibacille. (Lesago.)

QUALITÉS d'un BON ANTISEl'TIQLt: -^J^

iiitesliiiales lorsqu'elles tendent à prendre une importance exagérée, comme il arrive dans un grand nombre des cas que l'on rangeait autrefois sous le nom commun d'entérites, aiguës ou chroniques, dans beaucoup de cas de constipation, de lésion organique de l'intestin, de colite chronique, et lorsqu'une maladie du foie ou des reins vient empêcher soit la destruction des auto-toxines, soit leur élimination ])ar les urines.

Des tentatives nombreuses ont été faites pour réaliser l'antisepsie gastro-intestinale.

A ce point de vue les recherches de M. Bouchard font époque.

Au congrès de Copenhague, il a donné la formule générale de ce que devait être l'antisepsie gastro-intestinale; il a indiqué les qualités que doit posséder un bon antiseptique :

1" Il doit être insoluble.

2" Il doit être donné en poudre impalpable.

3" Il sera donné par doses fractionnées. . Il sera insoluble^ ou tout au moins fort peu soluble, de façon à n'être résorbé qu'en minime proportion et à ne pas pouvoir causer d'accidents toxiques ; il sera divisée en poudre impalpciMe^ de façon à pénétrer dans tous les replis de la muqueuse, et à se mélanger entièrement à la masse des matières fécales ; il sera donné par doses fractionnées ^ de façon à se répartir aussi également que possible sur toute la longueur du tube digestif.

Ce n'est pas qu'il n'existe des antiseptiques solubles, susceptibles d'être donnés sous une forme licpiide, qui n'aient quelque valeur ; nous en citerons tout à l'heure des exemples. Cela n'enlève rien à la valeur de la théorie générale des anlisep-

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tiques pulvérulents et insolubles de M. Bouchard.

Cet auteur a successivement essayé un nombre considérable d'antiseptiques avant de s'arrêter au naphtol-[3 et au salicylate de bismuth, qui sont ses antiseptiques préférés.

Il n'a rien obtenu avec les sulfites, les hyposulfites, l'acide phénique, la créosote, l'acide borique. L'eau sulfocarbonée de Dujardin-Beaumetz aurait une valeur plus grande. Le salicylate de bismuth avait été préconisé par Vulpian, la naphtaline par Rossbach, le sulfure noir de mercure par Serres et Becquerel. On a conseillé encore l'acide chlorhydrique, l'acide lactique, le salol, le thymol, le bétol, l'eucalyptol, l'iodoforme, le dermatol, la résorcine, le

benzonaphtol, le charbon végétal et la liste n'est

pas complète.

Il nous faut faire un choix et mettre quelque peu d'ordre dans cette énumération.

Éliminons d'abord, avec M. Bouchard, deux substances dangereuses par leur toxicité : le sulfure noir de 7nercwe, susceptible d'être résorbé en proportion nocive, et la ncqMaJine^ qui donne lieu volontiers à des accidents d'irritation vésicale et uréthrale.

Un certain nombre de substances doivent leur propriété antiseptique à l'acide salicylique^ libre ou combiné ; ce sont :

le salicylate de bismuth,

le salicylate de magnésie,

le salol,

le bétol,

l'eucalyptol.

On leur fait un reproche commun : l'acide salicylique serait irritant pour la muqueuse, capable de

9Qt

SUB^TANCliS ANTISEPTIQUES

produire des accidents sérieux chez les malades dont les reins ne fonctionnent pas bien

Le salicylate &.-.m«^/., précomse par Vu pian se dédouble en acide salicylique et en oxyd de b-^ nuilh. C'est une substance d'une réelle u ^^^^ ou vent employée isolément ou un.e ^daltles sub stances antiseptiques ou -^tidiarrheiqu s On le donne à la dose de 2 à 10 grammes par jour, par prises successives de 0,50 à 1 gramme.

^ Le salicylate de magnésie est souvent joint au naphlol lorsqu'il y a constipation, de même qu on y joint e salicylate de bismuth lorsqu'il y a diarrhée : on le LscrUà la dose de 2 . 5 grammes. ^ a ^^e re^mniandé par Huchard dans le traitement de la fievie

^^t^'salol est formé par la combinaison du phénol et de l'acide salicylique; il se dédouble dans 1 intestin, sous l'influence du suc pancréatique ; d atteindrait l'intestin sans avoir été attaqué; cependant, pour Reale et Grande, il serait déjà décompose dans l'estomac. Le salol est souvent employé comme desinfectant de l'intestin. 11 a donné de bons résultats dans un certain nombre de cas de diarrhées infec-

liGUS6S

Le Utol est, en somme, du salicylate de naphtol complètement insoluble dans l'estomac. Il se décompose dans l'intestin en naphtol et en acide salicylique. D'après Hayem, il produit momentanément, au début de son emploi, un abaissement de 1 acide chlorhydrique libre et combiné, et retarde l'évolution du chimisme stomacal. D'autre part, il donne lieu par dédoublement dans l'intestin, à de l'acide salicylique, aussi doit-on lui préférer le benzonaphlol, dont nous parlerons tout à l'Iieure.

296 ANTISEPSIE GASTRO-INTESTINALIÎ

Leucalyptol n'est qu'un mélange d'acide salicylique, d'acide pliénique et d'essence d'eucalyptus.

Acide salicyliquo g „j.

Acide pliéuique ^

Essence d'eucalyptus ^'.^^ j aa 1 gi-.

Sa richesse en acide salicylique, sa saveur brûlante, en font un assez mauvais antiseptique du tube digestif. On le donne à la dose de o à 6 grammes par jour.

Le charlon végétal est un bon antiseptique que M. Bouchard a assez longtemps employé dans le traitement de la fièvre typhoïde. Il obtenait avec lui la désodoration complète des matières fécales, ce qui est l'indice certain d'une réelle action antiputride.

11 le donnait à la dose de 100 grammes par jour, additionné d'iodoforme (1 gramme) dans la glycérine. Son auteur avoue lui-même qu'il fallait un réel courage pour avaler cette mixture ; aussi y a-t-il renoncé malgré ses qualités antiseptiques.

Le naphtol-^ est l'antiseptique qu'a le plus vivement préconisé M. Bouchard; grâce à lui, il est rapidement entré dans la pratique, il y tenait le premier rang; le benzonaphtol tend à l'eu déposséder.

Voici la formule habituellement prescrite par M. Bouchard :

Naphtol-p lo gr.

Salicylate de bismuth 7 gr. 50

Mêlez et divisez en 30 cachets. En prendre de 3 à

12 dans 24 heures.

Pris de cette façon, le naphlol amène aussi très bien la désodoration des matières fécales. Il porte son action à la fois sur l'intestin et sur l'estomac;

9QT

SUBSTANCES ANTISliPTlQUES

mais ce ne serait pas un avantage d'après les expériences de M. Havem. Pour lui, le naphtol exerce sur l'estomac une action irritante des plus vives, d ou, au début exagération de la sécrétion cldorhydnque, et plus tkrd, épuisement de la muqueuse et tendance a ranachlorhydrie. Le naphtol serait donc absolument interdit chez les hyperchlorhydriques ; chez les autres il ne devrait être donné qu'avec précaution, dune façon peu prolongée.

Nous avons dit plus haut que le naphtol était souvent associé au salicylate de bismuth; il peut être donné aux mêmes doses, suivant l'effet que 1 on veut obtenir, mélangé au bicarbonate de soude, h la craie préparée, à la magnésie, au salicylate de magnésie, à la rhubarbe etc.

La naphtol-a, moins toxique encore, jouirait de propriétés antiseptiques plus accentuées.

La rèsorcine est vantée comme antiseptique gastrointestinal par quelques médecins; elle se donne en solution à la dose de 2 à 5 grammes par jour.

Menche formule le mélange suivant pour l'antisepsie gastrique :

Acide chlorhydrique pur | aa 2 gr.

Résorcinc

Sirop d'écorccs d'oranges .„?,

Eauî gr.

Une grande cuillerée à bouche toutes les 2 ou h heures (1).

Le henzonaphtol préparé pour la première fois par Maikopar, en 1869, a été de nouveau étudié par Yvon et Berlioz en 1891 (2). A peu près insoluble dans l'eau, il traverse l'estomac sans être modifié et

(1) CenLralhl. f. Klinik Medic, 1891.

(2) Société de Tliérapeut., 11 novcnibi-e 1891.

ANTISEPSIE GASTHO-INTKSTINALE

se décompose dans l'intestin en naphtol el en acide benzoïque. L'acide benzoïque ajoute son action antiseptique à celle du naphtol; il est beaucoup moins irritant que l'acide salicylique, de là un avantage sur le bétol. L'acide benzoïque s'élimine du reste en grande partie par les urines à l'état d'acide hippurique.

D'après une intéressante étude de M. Gilbert (1) le benzonaphtol n'exerce aucune espèce d'action sur la sécrétion gastrique; c'est sur le naphtol une supériorité marquée. A la dose de 4 à 5 grammes par jour, en cachets de 0,50, il ne provoque aucune espèce d'nction nocive, il n'entrave nullement la digestion, et il produit sur le contenu de l'intestin une action antiseptique égale à celle que l'on çbtient avec 2 gr. 50 de naphtol. Ce serait par excellence l'antiseptique de l'intestin. On pourrait sans inconvénient dépasser la dose de 5 grammes.

M. Le Gendre (2) est du même avis : ayant de son côté expérimenté un certain nombre de substances antiseptiques, il a été amené à donner parmi elles la première place au benzonaphtol, dont il a du reste obtenu les meilleurs résultats dans toute une série de maladies de l'intestin.

Nous l'avons employé nous-même dans le choléra asiatique, le choléra nostras, les diarrhées estivales, la dysenterie, dans des poussées aiguës d'entérite muco-membraneuse, et nous n'avons eu qu'à nous en louer.

Quand il s'agit avant tout de réaliser l'antisepsie intestinale, c'est donc du benzonaphtol qu'il fant se servir de préférence.

(1) Société médicale des Hopilau.r, G mai 18!)2.

(2) Soc. Médic. des llopiL, 13 mai 1892.

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SUBSTANCES ANTtSEPTIQUKS

Quand il y a lieu de rechercher suHoullV.^^^^ m^trme on aura recours en première ligne au la restomac, en seconde ligne aux anliseplicnies que nous allons maintenant passer en revue Auvlcides, acide chlorhydrique , acide lactiqu A l'eau chloroformée, à Veau sulfocarbouee, a la résorcine, à l'eau boriquée.

Pour ce qui est de V acide cMorlujdnc,ne , nous renverrons à ce que nous avons dit à propos de la médication acide de la dyspepsie et de la dilatation de

"^XZuhlactigue est considéré par M. Hayem comme un excellent antiseptique gastro-intestmal Apres avoir, avec M. Lesage, constaté ses bons effets dans la diarrhée verte des enfants, il a été amené à 1 employer successivement, avec succès du reste, dans des diarrhées de nature très variable (1). H prescrit :

, . ... 10 à 15 gr.

Acide lactique 900 crp.

Sirop de sucre 800 ° '

Eau

Cette limonade, facile à prendre, a été beaucoup employée dans la dernière épidémie de choiera. La plupart des auteurs qui s'en sont servis, sans lui attribuer une importance capitale, ont été satisfaits de son emploi. On l'administre par demi-verres.

Nous donnons de temps h autre l'eau boriquee. saturée à la dose de 200 à 300 grammes dans les cas de dilatation stomacale avec fermentations organiques excessives; nous la faisons prendre en plusieurs fois pendant la période de digestion et nous en obtenons, nous semble-t-il, de bons effets.

(l) Académie de Médec, 2o octobre 1887. - Soc. médic. des Ilôpit., 21 juin 1890.

300 ANTISEPSIK GASTRO-INTKSTWALE

Parvenu à la fin de cette élude, nous devons nous demander si l'antisepsie gastro-hUestinair^^:: l.fioe s. elle donne des résultats appréciables

Indépendamment de l'amélioration accusée nar les malades, on a matériellement constaté pa dive procèdes la réalité de l'antisepsie du tube digestif

On a vu disparaître ou diminuer d'une part 'la mauva.se odeur des matières fécales; d'autre Jh on a constaté la diminution du pouvoir t iqL'd unnes, de leur richesse en produits d'origine p" nde, et en particulier des acides sulfoconjugués (Bouchard, Charin, Gilbert, etc.), de l'acide kynu- 1-1 que (van Haagen). ^

L'antisepsie intestinale est donc une réalité palpable, susceptible d'être constatée et mesurée.

Cependant on l'a mise en doute.

Stern (Ij fait remarquer que les acides sulfoconjugués ne correspondent qu'au seul processus de putréfaction, qui ne sont pas tout dans la pathogénie mtectieuse et toxique de l'intestin.

Jamais on ne stérilise complètement les matières tecales par l'antisepsie interne; elles donnent toujours heu à des cultures positives sur des milieux nutritifs. Enfin, lorsqu'on fait ingérer à des animaux des cultures pures du bacillus prodigiosus^ on a beau employer les antiseptiques les plus énergiques à doses élevées, on le retrouve toujours dans les fèces.

A cela on peut répondre que l'antisepsie intestinale ne peut pas être totale, cela ne serait pas concihable avec la vie; les processus digestifs seraient tout d'abord suspendus. Il ne s'agit donc pas de stériliser l'intestin, mais de diminuer son pouvoir

(1) Zlschr. f. Klin. Med., Bd. XII, Heft.

RÉALITÉ DK CETTE ANTISEPSIH 301

d'aulo-inloxicalion dans la mesure du possible. 11 n'y a pas de doute que les purgatifs, les lavages de l'estomac et du gros intestin, le régime et l'administration raisonnée des antiseptiques ne puissent permettre d'obtenir dans ce sens des résultats très réels.

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