CHAPITRE II
I>yspepsle duodénale.
La bile et le suc pancréatique, dans le duodénum, par des orifices juxtaposés, viennent se déverser. Ces deux produits de sécrétion glandulaire jouent dans l'ensemble de la digestion un rôle beaucoup plus important que la sécrétion gastrique. On a pu, chez les animaux et même chez l'homme, supprimer complètement l'estomac sans que la mort en résulte. Après cette grave opération, l'équilibre a pu se rétablir et la santé redevenir florissante.
On comprend d'après cela que la suppression, la diminution ou la perversion de la sécrétion du pancréas et du foie puissent avoir des conséquences graves, amener des troubles très sérieux de l'élaboration des substances alimentaires et de la nutrition générale.
Il y a donc lieu de décrire une dyspepsie duodénale ou pancréatico-biliaire. Malheureusement, l'intestin, vers sa partie supérieure, est beaucoup moins facilement accessible que l'estomac, et les données fournies par l'observation chimique et l'expérimentation sont encore rudimentaires. Cependant la lumière se fait petit à petit et les notions acquises sont intéressantes.
Von Mering et Minkowski, Abelmann, Hédon et Ville ont étudié expérimentalement l'influence de
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la suppression du suc pancréatique sur là digestion des substances des trois ordres.
Le tableau suivant, dressé par Abelmann, indique d'une façon fort nette les conséquences de l'extirpation partielle ou totale du pancréas. Il montre quelle est dans ces conditions la proportion des substances non utilisées et retrouvées dans les fèces.
Extirpation Extirpation partielle. totale.
Substances azotées
Graisse
Hydrates de carbone . . .
Hédon et Ville ont reproduit les expériences d'Abelmann; ils ont plus particulièrement étudié l'utilisation de la graisse. Les chiens dépancréatisés, soumis à un régime mixte de viande et d'axonge, n'absorbaient plus que 18 0/0 de graisse.
Les physiologiste,* se sont efforcés de déterminer quel est le rôle respectif de la bile et du suc pancréatique dans l'utilisation de la graisse.
Des chiens auxquels Hédon etVille avaient pratiqué une fistule par laquelle la bile s'écoulait au dehors absorbaient encore 69 0/0 d'huile, grâce à l'action du suc pancréatique. Sur d'autres chiens, le pancréas fut enlevé et la bile amenée au dehors par une fistule : l'absorption de la graisse tomba à 10 0/0 avec un régime de viande maigre et d'axonge ; avec le lait, elle était encore de 22 0/0.
Fr. Millier a prétendu que le suc pancréatique préside surtout au dédoublement de la graisse et la bile à son absorption. Cette théorie n'a pas été confirmée par Hédon et Ville ; ils ont vu le dédoublement de la graisse en acides gras et en glycérine continuer à se
faire énergiquement après la suppression totale du pancréas. Ce dédoublement continuerait même à se produire dans une assez large proportion après la suppression de la sécrétion biliaire et de la sécrétion pancréatique.
Après la suppression de l'accès de la bile dans l'intestin, Dastre a vu Fabsoption de la graisse tombera des chiffres très inférieurs à la normale, 57 à 65 0/0 au lieu de 85. Fr. Millier, chez des ictériques, a relevé une perte de 31,5 à 74 0/0 de graisse par les fèces au lieu de 7,2 à 10,5 à l'état normal.
Il importe de remarquer que, dans les cas où la sécrétion pancréatique ou la sécrétion biliaire sont fortement compromises, l'utilisation de la graisse est beaucoup plus complète lorsqu'elle est ingérée en émulsion. Ainsi les chiens dépancréatisés d'Abelmann utilisaient 70 0/0 de la graisse du lait, mais une proportion d'axonge beaucoup moins considérable.
Les chiens chez lesquels Hédon et Ville avaient supprimé à la fois la sécrétion biliaire et la sécrétion pancréatique utilisaient encore 22 0/0 de la graisse du lait et seulement 10 0/0 d'axonge.
Ces données, on le voit, sont tout-à-fait favorables à l'emploi du lait dans les cas où la sécrétion de la bile ou du pancréas est diminuée ou supprimée.
Il résulte de ce qui précède que, dans bien des cas, le trouble de la digestion, l'insuffisance de l'élaboration digestive des aliments devraient être traités par des moyens qui s'adressent beaucoup moins à l'estomac qu'à la sécrétion biliaire et à la sécrétion pancréatique.
Dans les cas même où l'analyse a démontré une notable diminution de la sécrétion chlorhydropep-
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tique, il serait probablement plus logique et plus avantageux de chercher à stimuler les fonctions des glandes biliaire et pancréatique que de s'acharner à exciter la muqueuse stomacale. Il est permis de croire, du reste, comme nous l'avons déjà indiqué plus haut, que certaines substances destinées, dans l'esprit du médecin, à améliorer la digestion stomacale, doivent au contraire leurs bons effets à ce qu'elles excitent la sécrétion pancréatique : ainsi les acides, et sans doute le suc gastrique naturel luimême, la gastérine de Frémont.
En ce. qui concerne la dyspepsie chimique, l'idéal serait de déterminer exactement la part des divers segments du tube gastro-intestinal dans l'insuffla sance digestive, et d'y adapter le remède approprié. Pour le segment duodénal qui nous intéresse actuellement, il conviendrait de savoir estimer à leur valeur exacte le rôle du foie et du pancréas dans la genèse du trouble dyspeptique et de ramener les deux sécrétions à la moyenne physiologique. Malheureusement, ce sont là des questions très complexes et trop récemment mises à l'étude.
Médication choiagogue. — Nous nous bornerons à reproduire le tableau dressé par Galliard dans le volume de cette collection consacré à la thérapeutique des maladies du foie. Pour rétablir, l'auteur s'est basé sur les recherches expérimentales de Prévost et Binet et de Rutherford.
Choiagognes faibles. — Eaux alcalines de Vichy, de Carlsbad, sulfate de soude, phosphate de soude, chlorure de sodium, ipéca, huile de croton, podophyllin, rhubarbe, aloès, séné, boldo, antipyrine. muscarine.
Cholagognes énergiques. — Coloquinte, évony-
mine, térébenthine, terpine, chlorate de potasse, benzoate de soude, salicylale de soude, salol. La bile serait le plus puissant des chotagogues.
Médicaments sans action cholagogue. — Quinine, caféine, kairine, Colombo, bromure de potassium,, pilocarpine, arséniate de soude, sublimé, éther, alcool, glycérine.
Médicaments diminuant la sécrétion biliaire. — Iodure de potassium, calomel.
Grandeur et décadence d'un médicament ! Le calomel, après avoir été considéré, sur la foi des selles vertes dont il provoque l'expulsion, comme le plus puissant des excitants de la sécrétion biliaire, est actuellement accusé, et même convaincu, de la diminuer !
Substances qal agissent sur la sécrétion pancréatique. — Nous avons, de notre côté, dressé le tableau des substances dont l'action sur la sécrétion pancréatique a été expérimentalement étudiée.
Substances qui augmentent la sécrétion pnncréat'qne. — Pilocarpine (Kourschinsky, Gottlieb, Nussbaum), nicotine (Landau), acide chlorhydrique (Dolinsky); il en serait de même pour Dolinsky de l'acide lactique et de tous les autres acides ; acide sulfurique (Gottlieb), chloral, physostigmine, moutarde, poivre, essence de moutarde, solution de soude à 2 0/0 (Gottlieb), ésérine (Nussbaum).
Substances qui diminuent la sécrétion pancréatique. — Amers, morphine, cocaïne (Kouvschinsky), solutions alcalines, bicarbonate de soude (Dolinsky) strychnine (Gottlieb).
Substances sans action &ur la sécrétion pancréatique. — Atropine (Gottlieb, Nussbaum), amers, nicotine (Langendorffj.
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On peut relever dans ce tableau des affirmations en sens contraire.
On voit que presque tous ces travaux sont dus à des auteurs russes: la plupart d'entre eux ont travaillé dans le laboratoire de Pawlow, sous son inspiration et sous sa direction. Leurs expériences, scientifiquement instituées et patiemment conduites, les ont amenés à dégager dune façon nette et sans doute définitive plusieurs données importantes relativement à la physiologie du pancréas.
Les acides, les liquides acides, y compris le suc gastrique, exercent une excitation puissante sur la sécrétion du pancréas. On peut donc se représenter que la sécrétion pancréatique est, dans une large mesure, sous la dépendance de la sécrétion gastrique; elle commence dès que le contenu acide de l'estomac pénètre dans le duodénum; elle cesse dès que cesse le passage du suc gastrique à travers le pylore. Les moyens qui excitent la sécrétion chlorhydropeptique excitent donc par contre-coup la sécrétion pancréatique, et il est important de le savoir. D'autre part, lorsque la muqueuse stomacale est devenue rebelle à toute stimulation et incapable de fabriquer de l'HCl, on peut, en introduisant dans le tube digestif une quantité suffisante d'acide, exciter la sécrétion du suc pancréatique, dans la mesure de ce que peut le permettre l'état anatomique du pancréas.
Par contre, il semble bien que les alcalins exercent un effet exactement opposé : ils dépriment fortement la sécrétion du pancréas.
Les recherches de l'école de Pawlow ont encore démontré que l'amidon et les graisses excitent la sécrétion des ferments qui produisent
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la saccharifieation et le dédoublement des graisses.
Dans ces derniers temps, la médication acide à haute dose a été vantée par plusieurs auteurs. M. Joulie et à son exemple M. Gautru ont préconisé l'administration de l'acide phosphorique aux neurasthéniques. Après que M. Frémont eut fait connaître les bons effets du suc gastrique de chien dans le traitement des dyspepsies avec déchéance organique marquée, en particulier dans les cas où il existe de l'hypochlorhydrie, on fut amené, par imitation, à prescrire de nouveau l'acide chlorhydrique à haute dose. Les bons effets de ces médications sont incontestables dans un certain nombre de cas.
Ne les doivent-elles pas en grande partie à l'action stimulante des acides forts sur la sécrétion pancréatique?
Pancréatine. — On trouve dans le commerce des extraits de pancréas qui présentent èi un degré assez élevé les propriétés des trois ferments pancréatiques.
L'étude expérimentale de ces produits montre qu'ils ne résistent pas à l'action d'un suc gastrique d'une intensité moyenne. Toutefois, en les donnant à doses assez élevées à la fin du repas, on doit penser qu'une certaine quantité peut parvenir dans le duodénum sans avoir subi encore l'action destructive du suc gastrique.
On peut encore administrer la pancréatine dans des capsules kératinisées ou dans des capsules de gélatine formolisée qui ne sont dissoutes que dans l'intestin.