CHAPITRE VIII
Vers Intestinaux.
Nous exposerons successivement le traitement qu'il convient d'opposer aux taenias, à l'ankylostome duodénal, à l'ascaride lombricoïde et aux oxyures vermiculaires.
Taenias. — Les variétés les plus fréquemment observées sont : le taenia armé, le taenia inerme et le bothriocéphale. Les autres vers rubanés sont d'observation rare, ou ne se rencontrent pas dans nos régions.
Les taenias se développent dans l'intestin de l'homme à la suite de l'ingestion de cystkerques. Les cysticerques du taenia armé se trouvent dans la viande du porc ladre ; ceux du taenia inerme dans la viande du bœuf ladre; ceux du bothriocéphale dans la chair de certains poissons.
Quelle que soit la variété de ver rubané que l'on rencontre, le traitement est le même.
Le taenia inerme tend à devenir beaucoup plus fréquent que le taenia armé ; quant au bothriocéphale, il est assez commun dans certains pays où Ton fait une grande consommation de poissons, et en particulier de saumons. De là sa fréquence dans des contrées où il existe des lacs dont la pêche fournit aux •populations du voisinage une partie plus ou moins
TRAITEMENT DES TAENIAS 341
notable de leur alimentation, en Suisse, dans le nord de l'Italie, en Suède, par exemple.
La fréquence des autres taenias est surtout en rapport avec la consommation de la viande de bœuf crue ou insuffisamment cuite. De là, dans un but de prophylaxie, l'indication de faire cuire cette viande suffisamment, ou, lorsqu'on veut faire prendre de la viande crue, de donner de la viande de mouton ou de cheval. Ces animaux sont considérés, jusqu'à présent, comme exempts de cysticerques.
. On ne saurait trop recommander aussi de détruire par le feu les taenias expulsés, de façon à ce que leurs anneaux ne puissent devenir la semence de nouveaux cysticerques chez les animaux qui les hébergent dans la première phase de leur existence.
Principes généraux du traitement des tœnias. — Pour le traitement des taenias, il y a un certain nombre de principes généraux qu'il convient d'avoir toujours présents à l'esprit :
. 1° On ne doit jamais ordonner une médication taenifuge si l'on n'est pas certain que le ver est suffisamment développé pour que son expulsion totale, tête comprise, soit possible.
Les médecins sont souvent poursuivis par des nosomanes qui se figurent avoir un taenia et veulent quand même suivre un traitement susceptible de les en débarrasser. D'autres ont eu réellement le taenia et ont subi contre lui un traitement régulier. Tantôt la tète a été expulsée, et alors ce sont encore de purs nosophobes; tantôt elle ne Ta pas été, mais l'administration d'un nouveau taenifuge est réclamée trop tôt et par cela même hors de propos.
On ne doit jamais ordonner le traitement du tœniasans en avoir vu des fragments .
On ne donnera de nouveau le traitement taenifuge à des personnes réellement atteintes du taenia que lorsque des anneaux du taenia inerme (1) seront de nouveau spontanément expulsés, ou lorsqu'il se sera passé trois ou quatre mois après l'expulsion d'un taenia armé, tète non comprise.
2° Les malades destinés à être soumis à l'administration de la substance taenifuge étaient souvent soumis autrefois à une diète préparatoire. On les lais* sait à jeun le jour précédent tout entier, ou on ne leur donnait qu'une petite quantité d'aliments, surtout du lait. Actuellement, on reconnaît qu'il peut y avoir de graves inconvénients à pousser trop loin l'inanition préalable : cet état de vacuité favoriserait l'absorption des éléments toxiques des médicaments taenifuges, et on serait ainsi plus exposé à des accidents d'intoxication.
3° L'expulsion d'un taenia comprend toujours deux temps :
a) L'administration de la substance médicamenteuse qui doit engourdir le taenia, l'empêcher de se cramponner à l'intestin et permettre son expulsion mécanique ;
b) L'administration d'un purgatif destiné à expulser mécaniquement le taenia engourdi.
Il ne doit pas s'écouler un trop long espace de temps entre la prise du médicament taenifuge et celle du purgatif expulsif.
4° Comme il importe beaucoup de savoir si la tête
(1) On reconnaît en clinique le taenia inerme à ce qu'il s'en élimine spontanément des anneaux par petites quantités. Les malades en trouvent presque chaque jour quelques-uns dans leurs garde-robes, ou même, en dehors de toute défécation, dans leurs vêtements.
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a été, oui ou non, expulsée, il convient d'engager les malades à aller à la selle dans un seau rempli d'eau tiède. La tête, comme on le sait, est représentée par un petit renflement à l'extrémité de la partie très amincie que forme le cou. Sa recherche, assez délicate, est beaucoup facilitée par cette précaution. De plus, le ver soutenu par l'eau ne se rompt pas.
Quels sont maintenant les teenifuges qu'il convient d'employer? Nous étudierons successivement : la fougère mâle, l'écorce de grenadier et les sels qu'on en tire, le kousso, la mousse de Corse et les graines de courge.
Nous rangeons ainsi les substances d'après leur mérite thérapeutique. Pour la première place on pourrait discuter entre la fougère mâle et l'écorce de grenadier, ou plutôt les sels de pelletiérine découverts par Tanret.
L'écorce de grenadier et surtout les sels de pelletiérine sont préférés par Bérenger-Féraud (1) et par Dujardin-Beaumetz. Cependant l'action toxique des alcaloïdes du grenadier est si marquée, les résultats obtenus par l'extrait éthéré de fougère mâle administré suivant la formule de Créquy si favorables, que, pour noire part, nous préférons la fougère au grenadier. Le kousso est délaissé à cause de sa très désagréable saveur ; il est du reste beaucoup moins actif que les deux médicaments précédents. La£ mousse de Corse et surtout les graines de courge ne conviennent guère qu'aux enfants; elles ont chez eux l'avantage très grand de n'être pas toxiques.
Fougère mâle. — On emploie le rhizome frais de
(1) Leçons clinique» sur les taenias de l'homme. Paris, 1888.
/ la fougère mâle des Vosges ou du Jura. On peut employer la poudre de fougère en nature : c'est la base de la formule vendue par Mme Ntifller de Morati à Louis XVI.
« Poudre de fougère mâle, 6 grammes dans 125 à 180 grammes d'eau, à prendre en une fois, le matin à jeun; environ une heure après, un purgatif, soit calomel à la vapeur et scammonée pulvérisée ââ gr. 60, gomme gutte 0, 30 » (Soulier).
Peschier, de Genève, a été le premier à faire un extrait éthéré du rhizome de la fougère mâle. Il en a fait des pilules associées au calomel; mais on préfère, avec raison, pour cette association les cachets dont Créquy a donné la formule :
Extrait éthéré de fougère mâle gr. 50
Calomel gr. 05
pour une capsule; douze à seize semblables.
Voici, d'après Créquy, comment il faut procéder:
1° La veille au soir le malade ne prend que du lait pour toute alimentation ;
2° Les 12 ou les 16 capsules d'extrait éthéré et de calomel sont prises le matin à jeun de 5 en 5 minutes ;
3° Si, au bout de 2 heures, l'expulsion n'a pas eu lieu, on fait prendre 60 à 100 grammes de sirop d'éther; on donne ensuite un purgatif.
Cette méthode donne des résultats excellents; c'est celle que nous préférons.
Elle ne laisse pas cependant que d'être assez fatigante, et il convient de ne pas l'employer inutilement. Nous avons vu quelquefois des malades, sans doute prédisposés, présenter, après avoir suivi ce traitement, un état de neurasthénie assez accentué.
TRAITEMENT DES TJENIAS 345
Il faut bien savoir aussi que l'extrait éthéré de fougère mâle est une substance toxique. C'est à l'acide fîlicique que serait attribuable cette toxicité. On ne devrait jamais dépasser la dose de 5 à 10 grammes d'extrait éthéré (1). L'acide fîlicique étant soluble dans l'huile, on ne devrait pas non plus employer l : huile de ricin comme purgatif.
Avec les doses de 6 à 8 grammes, habituellement usitées en France, on n'observe que des accidents légers: diarrhée, nausées, vomissements, céphalalgie; avec des doses beaucoup plus fortes, 10, 25, 30 grammes, quelquefois prescrites à l'étranger, on a pu voir des phénomènes toxiques beaucoup plus intenses : vertiges, convulsions tétaniques, coma, albuminurie, cécité. On cite sept cas de mort (2).
Chez les enfants et les personnes affaiblies,remploi de la fougère mâle devra être beaucoup plus prudent encore que chez les adultes.
Mentionnons encore la méthode de Dehourcau qui associe dans des capsules gélatineuses une faible quantité d'extrait de fougère mâle à 2 ou 3 fois son poids de chloroforme ; le tout est mélangé à un poids égal d'huile de ricin additionné d'une demi-goutte d'huile de croton.
Êcorce de racim de grenadier. — L'écorce de racine de grenadier a été employée souvent en décoction ; ce n'est pas une mauvaise préparation. Voici comment elle s'obtient :
TCcorce fraîche de racine de grenadier... 60 gr. Eau 750 —
(i) Lkpixe. Semaine médicale, 1891, p. 237.
(2) A. Mossé. Traité de thérapeutique appliquée de A. Robin, fasc. XIII, 2* partie, p. 323.
L'écorce des branches de 2 à 3 ans serait aussi active que l'écorce de racine d'après Marty et Bérenger-Féraud.
On réduit l'écorce en petits morceaux, on jette l'eau bouillante par-dessus, on laisse macérer pendant 24 heures, puis on réduit par évaporation le liquide à 500 grammes ; passer.
Soulier indique la préparation suivante :
Écorce contusée Vô gr.
Eau bouillaDte un verre
Réduire à feu doux de moitié, passer; sur le résidu, verser de nouveau un verre d'eau bouillante, réduire encore de moitié, passer et réunir les deux colatures.
Alcaloïdes tires de Vècorce de grenadier, — Tanret en a extrait quatre alcaloïdes, qu'il a dénommés pelletienne a.$rf % h. Bérenger-Féraud a démontré que les deux dernières n'ont pas de propriétés taenifuges. Les deux autres pelletiérines peuvent être employées soit mélangées, soit isolément.
Voici, d'après Dujardin-Beaumetz, dans le service duquel ces alcaloïdes ont été expérimentés (1), comment il convient de les administrer : « La veille, faire prendre un grand lavement, ne manger au repas du soir que du laitage; le lendemain matin, à jeun, administrer gr. 30 de sulfate de pelletiérine dans une solution contenant 0,50 de tanin, donner dix minutes après un grand verre d'eau, puis, au bout de trois quarts d'heure, faire prendre le purgatif, 30 grammes d'eau-dé-vie allemande (2), ou mieux
(1) De Rochemure. Th. de Paris, 1879.
(2) Trente grammes d'eau-de-vie allemande, c'est là une dose élevée que, pour notre part, nous n'oserions conseiller d'employer; cependant Dujardin-Beaumetz pense que l'action du
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30 à 50 grammes d'huile de ricin, et, enfin, recommander au malade d'aller à la garde-robe dans un vase d'eau tiède. »
M. Bérenger-Féraud préfère comme purgatif Tinfusion de séné. Quel que soit le purgatif évacuateur que l'on aura choisi, on le donnera trois quarts d'heure à une heure après la pelletiérine.
. Kousso. — Ce sont les fleurs d'un arbre d'Abyssinie de la famille des rosacées.
La poudre de fleurs est donnée à la dose de 15 à 30 grammes délayée dans de l'eau bouillante. On laisse refroidir et on prend en une fois sans passer.
Cette infusion est d'une saveur repoussante ; elle provoque souvent des vomissements qui compromettent beaucoup le succès de la médication. Avec le kousso, Béranger-Féraud n'a obtenu que 12 succès pour 100.
Le kousso et le kamala paraissent perdre leurs vertus taenifuges avec le temps; aussi sont-ils beaucoup moins actifs, beaucoup plus infidèles dans nos contrées que dans leur pays d'origine, l'Abyssinie pour le premier, les Indes pour le second.
Graines de courge. — Avec les graines de courge Béranger-Féraud n'a obtenu que 5 pour 100 de succès; malgré cette infériorité, il ne faut pas rejeter complètement ces graines, qui peuvent être utiles chez les enfants.
Chez les adultes, on donnera 60 à 100 grammes de graines de courge mondées, pilées et mélangées avec une quantité égale de sucre ou de confiture. On
tanin d'une part et des alcaloïdes du grenadier d'autre part tend à diminuer beaucoup l'action de la teinture de jalap composée et à faire qu'il n'y ait pas hyperpurgation.
donnera 30 à 40 grammes d'huile de ricin une heure après.
Chez les enfants, la dose est de 20 k 45 grammes.
On a conseillé de faire manger, pendant quinze jours, une poignée de graines épluchées et pilées avec du sucre ; on donne après ces huit jours une bonne dose d'huile de ricin. Un malade a rendu un taenia rebelle, tète comprise, après avoir pris pendant deux mois une pareille pâtée tous les matins (1).
Mousse de Corse. — C'est un mélange de plantes marines diverses : algues, varechs, coralline. Elle se donne à la dose de 5 à 20 grammes dans du lait bouillant.
On l'emploie aussi comme vermifuge. Voici un breuvage, formulé par Bouchardat, qui conviendrait à un enfant de 2 ans :
Mousse de Corse 5 gr.
Jetez dessus :
Lait bouillant 100 gr.
Passez et ajoutez :
Sucre 20 gr.
A prendre le matin à jeun.
Ascarides lombrtcoïdes — On sait quel rôle leur attribuaient autrefois les médecins, et quelle place imporlante ils donnaient en pathologie aux maladies vermineuses.
Prophylaxie. — S'abstenir de boire l'eau des mares et des eaux croupissantes; faire bouillir ou filtrer les eaux suspectes. Nettoyer avec soin les légumes
(1) A. Dumas. Journal de Thérapeutique, 1877.
ASCARIDES LOMBRICOÏDES 349
à l'eau préalablement bouillie; les faire cuire suffisamment. Veiller à la propreté des habitations. Détruire par le feu les lombrics expulsés.
Comme vermifuges, on a employé les substances les plus diverses ; parmi celles dont l'usage mérite d'être conservé, nous citerons : le calomel, la mousse de Corse.
. Traitement. — Le principal vermifuge est le semencontra, et son alcaloïde, la santonine.
Le semen-contra est constitué par les sommités florales non épanouies de plusieurs espèces d'armoises du Levant.
La dose de semen-contra est de 1 à 6 grammes dans du miel, de la confiture ou des cachets pour les adultes. La dose de santonine est de 5 à 20 centigrammes.
Une faut pas oublier que la santonine est une substance toxique, qui, à la dose de 2 centigr. 5, a pu produire des convulsions éclamptiques chez un enfant de cinq mois (Binz).
Comme point de repère pour l'administration de la santonine aux enfants, on donne en général la formule : un centigramme par année d'âge.
Il ne faut pas oublier encore que la santonine s'accumule dans l'organisme et que, comme elle ne doit pas être absorbée, il ne convient pas de la donner trop à jeun.
L'administration du semen-contra et de la santonine sera suivie à bref délai de l'administration d'un purgatif, de préférence l'huile de ricin ou le calomel.
On peut mélanger la santonine et le calomel dans les mêmes cachets, comme on fait contre le taenia dans la méthode de Créquy :
INTESTUf. — 3 e ÉD!T. 20*
350 THÉRAPEUTIQUE DES MALADIES DE L'iflTESTIN
Santonine gr. 15 à gr. 25
. Calomel gr. 50 à gr. 80
Sucre Q. S. "
En 2 ou 3 doses rapprochées (pour un adulte).
Oxynres vernit cuiatres. — Les oxyures vermiculaires n'habitent pas seulement le rectum, comme on l'a dit. L'embryon se libère de l'œuf ingéré dans l'intestin grêle ; c'est là que les jeunes oxyures s'accouplent. Les femelles fécondées restent dans le caecum. Elle ne descendent dans le rectum que pour y pondre leurs œufs. Chacune d'elles a plusieurs pontes successives. Le nombre des œufs pondus est énorme, ce qui explique la facilité avec laquelle les malades se réinfectent eux-mêmes en ingérant des œufs qui deviennent la source d'une nouvelle génération d'oxyure.
Le premier soin du médecin doit être de rendre cette réinfection aussi difficile que possible. Il faut agir localement sur les oxyures qui peuvent séjourner dans le rectum et administrer des anthelmintiques pour atteindre les autres dans les autres segments de l'intestin.
Traitement local. — On a donné en traitement local les lavements les plus variés : eau bouillie ordinaire ou additionnée de substances diverses : sel marin, huile d'olive, vinaigre (30 à 50 gr.), sucre (5 à 10 gr.), glycérine (40 à 60 gr. de glycérine neutre pour 100 à 150 gr. d'eau), sirop de sucre, eau savonneuse (1 à 3 gr. pour 100 à 300 gr. d'eau), décoctions de tabac, d'absinthe, d'aloès, de santonine (0 gr. 50 pour 125 à 200 gr.), de thymol (0,25 à gr. 50 dans 250 à 500 gr. d'eau), eaux sulfureuses, eau de chaux, liqueur de van Swieten (une ou deux cuillerées à soupe étendues de 4 ou 5 fois son volume d'eau).
OXYURES VERMIGULAIRES 351
Avec A. Mossé, nous conseillons de s'en tenir à l'usage de l'eau bouillie additionnée de sel marin, d'huile, de glycérine et de savon- dans les proportions indiquées. Si cela ne suffît pas, on aura recours à la décoction de mousse de Corse ou à i'émulsion de santonine. La région anale sera lavée à l'eau boriquée additionnée quelquefois de 1 à 5 pour 10 de liqueur de van Swieten.
On a employé aussi des suppositoires au calomel ou à l'onguent mercuriel.
Traitement interne. ~ A l'intérieur, on emploiera la santonine, le semen-contra ou la mousse de Corse. Au point de vue prophylactique, il faut : faire une toilette soignée des mains; laver avec soin la peau des régions souillées par les matières fécales ; empêcher les enfants de porter les mains à leur bouche.
Ankyiostome dnodénai. — L'ankylostomeduodénal, découvert par Dubini, est très fréquent dans la haute Italie et en Egypte. On lui a attribué la fameuse épidémie d'anémie des mineurs du Saint-Gothard. C'est un ver de petite taille, de 1 centiihètre à 1 cent. 5 environ, qui habite surtout le duodénum; il attaque la muqueuse et en suce le sang; sa présence provoque donc en somme de petites et incessantes hémorrhagies intestinales : de là un degré extrême d'anémie.
Ce ver vit dans l'eau des mares que boivent les terrassiers et les briquetiers : de là l'indication pour ces ouvriers de la terre d'éviter ces mares d'eau, de boire de l'eau bouillie ou filtrée, et de se laver soigneusement les mains avant le repas. L'extrait éthéré de fougère mâle serait le meilleur agent thérapeutique contre ce redoutable parasite, qui a été vu en France par Perroncito chez les mineurs de Saint-
Etienne, par Lesage et Manouvriez chez ceux de Valenciennes, par Fabre et Dransart àCommentry.
Protozoaires amibes et infasoires, — Indépen damment de ces parasites d'une organisation relativement élevée, on trouve" fréquemment, chez l'homme, surtout dans les selles diarrhéiques, up assez grand nombre de protozoaires, d'amibes et d'infusoires. Quelques-uns de ces animalcules paraissent être normalement les hôtes de notre gros intestin. Ils pullulent dans certains cas de diarrhée simple ou de diarrhée dysentériforme. Leur rôle dans la pathogénie de ces accidents est encore très incertain. Quelques auteurs ont vu des poussées de diarrhée coïncider avec l'apparition d'une notable quantité d'infusoires(l). Ces parasites disparaissaient au moment où la diarrhée cédait au régime et au traitement. Il est donc possible qu'il y ait entre les deux relation de cause à effet.
On a vu aussi assez souvent les amibes se rencontrer en nombre très grand dans les selles dysentériques; il n'est pas impossible toutefois que leur pallulation ne soit chose secondaire, la conséquence et non la cause de l'entéro-côlite. On a attribué de même la diarrhée chronique d'Extrême-Orient à l'anguillule; nous avons dit à propos de cette maladie que cette pathogénie n'a rien de démontré.
Le calomel aurait paru utile dans certains cas de diarrhée à infusoires; c'est tout ce que nous pouvons en dire au point de vue thérapeutique.
(1) E. Roos. Obtr Infusorieîidiawhœ, in Arch. f. Klin. medic, p. 505, 1893.
APPENDICE (i) Massage de l'Intestin.
Le malade sera placé sur un lit dur,abordable des deux côtés; il aura le siège un peu élevé, les cuisses demi-fléchies et en abduction. On lui recommandera d'uriner avant le massage.
Le médecin se placera d'abord à la droite du malade; nous indiquerons plus loin quelles sont les régions de l'intestin qu'il est plus facile de bien masser en se tenant à gauche.
On se servira de poudre de talc, qui facilite le glissement des mains en faisant disparaître la moiteur de la peau.
Technique. — Jl nous semble préférable et logique de commencer par le massage de l'S iliaque,que Ton fait de haut en bas à l'aide de la main droite, pendant que la main gauche posée à plat sur le côté droit de l'abdomen immobilise en quelque sorte, par le refoulement de l'intestin vers la gauche, la partie que Ton masse. Ce massage se composera de pressions de plus en plus fortes, de secousses imprimées à linlestin par l'extrémité des doigts et descendant du coude gauche du côlon vers le rectum. Il aura pour but principal de déplacer les gaz et les matières contenues dans l'S iliaque en les dirigeant vers la
(1) M. le docteur Cautru a bien voulu résumer dans un court chapitre les indications et la technique du massage de l'intestin.
portion terminale du gros intestin, laissant ainsi la place libre aux matières contenues dans le caecum et le côlon transverse.
Après quelques minutes, on passera au massage de la partie initiale du gros intestin. Pour cela on peut rester à la droite du malade ou passer à sa gauche.
Dans le premier cas, plaçant l'extrémité des quatre derniers doigts vers l'ombilic et les pouces à plat au niveau du caecum, on imprime à ceux-ci un mouvement de bas en haut et de plus en plus profond. C'est une sorte de friction analogue au massage de l'entorse fait à l'aide des pouces qui doivent toujours, comme on le sait, remonter du pied vers la jambe, c'est-à-dire de bas en haut, suivant ainsi le cours du sang veineux, tandis que, dans le cas qui nous occupe, il faudra suivre le cours des matières. On pourra encore, le talon des mains étant en haut, placer l'extrémité réunie des quatre derniers doigté au-dessous du cul-de-sac caecal et leur imprimer un mouvement de rotation à plat, de pression et d'ascension; arrivé au coude droit du côlon, les mains viennent reprendre leur place pour recommencer le même mouvement ascendant. Puis on fera le massage du côlon transversal à l'aide de l'extrémité des doigts dirigée vers* la gauche; ils chasseront en quelque sorte les matières devant eux.
Dans le second cas, on placera la main droite à plat, les doigts dirigés en bas et leur extrémité au niveau de l'appendice. Ils exécuteront le même mouvement que celui que nous avons indiqué pour le massage de FS iliaque, mais en se dirigeant du caecum vers le coude gauche du côlon, par un mouvement de foulemeut, de tremblement ayant pour but, en
MASSAGE DE i/lNTESTIN 355
même temps qu'il excitera la contractilité de Tintestin, de faire cheminer les matières. La main, arrivée au coude gauche du côlon, se placera à son point de départ pour recommencer le même mouvement.
On ajoutera à ces différentes manœuvres les hachures, les tapotages, plus ou moins profonds, qui ont plus spécialement pour but de tonifier et d'exciter Tintestm. Ces mouvements ont été décrits en détail dans un autre volume à propos du massage de l'estomac; nous ne croyons pas utile d'y revenir ici. Enfin on fera le pétrissage du côlon, pétrissage très doux et très profond exécuté à l'aide des poings fermés (1).
J'ajoute encore, et avec un grand succès, le massage vibratoire manuel, sorte de trépidation produite par une série de contractions des muscles du bras et de l'épaule et transmise à la main dont l'extrémité suit tout le trajet du côlon. On se sert souvent, pour ce mouvement, d'appareils dits « vibrateurs », dont l'action, certainement efficace, ne saurait, à mon avis, remplacer celle de la main d'un masseur.
De temps en temps, pendant la séance, il sera bon de faire, durant quelques minutes, un massage calmant de l'abdomen, surtout s'il y a douleur.
Le D* Berne conseille de masser le fond de la vésicule biliaire à l'aide de pressions douces qui auront pour but l'excrétion de la bile dans l'intestin.
La durée de la séance sera de 15 à 20 minutes.
Indications et contre-indications. — Le massage de Vintestin doit précéder le massage de V estomac lorsque celui-ci est indiqué, qu'il y ait ou non constipation;
(1) Berne. Traitement de la constipation par le massage abdominal, in Journal de Médecine de Paris, 1887.
356 THÉRAPEUTIQUE DES MALADIES DE l/lNTESTIN
dans ce dernier cas, on insistera surtout sur le massage de l'intestin grêle, qui aura pour butde faciliter l'absorption des aliments et la sécrétion du suc intestinal. Il est rare d'ailleurs que les dyspepsies ne s'accompagnent pas de manifestations du côté de l'intestin, et nous avons remarqué maintes fois que le massage abdominal agit aussi bien dans la diarrhée chronique que dans la constipation.
En outre des manifestations intestinales des dyspepsies stomacales, le massage de l'intestin pourra être tenté, mais avec une extrême douceur, dans certains cas à! obstruction intestinale, dans la diarrhée des tuberculeux, la constipation, Y entérite muco-membraneuse chronique, Yentéroptose, le rein flottant. Certaines maladies se compliquant de pléthore abdominale (cardiopathies, maladies du foie) bénéficient de ce mode de traitement. Le massage agit alors en facilitant la circulation abdominale et en augmentant la diurèse (1).
Les contre-indications sont d'ordre local et d'ordre général.
Les tumeurs de l'intestin, les poussées aiguës d'entérite, les lésions aiguës des organes génitaux chez la femme, la grossesse, la présence de calculs dans la vésicule biliaire et une crise récente de coliques hépatiques, leshémorrhagies vésicales, sonties principales contre-indications locales ; la goutte et la neurasthénie grave avec affaiblissement extrême de l'individu, les principales contre- indications d'ordre général.
Nous avons observé, avec M. le l) r Mathieu, un malade goutteux auquel il était impossible de faire
(1) Cautru. Thèse Paris, 1894.
MASSAGE DE L'iNTESTIN 357
plusieurs massages de suite sans déterminer un accès de goutte (articulaire, oculaire ou intestinale, sous forme d'entérite muco-membraneuse), et notre maître, M. le professeur Lecorché, nous a confié un malade atteint d'entérite muco-membraneuse chronique, d'origine goutteuse, chez lequel, après dix massages, nous vîmes survenir une attaque de goutte au gros orteil droit.
Nous croyons utile d'attirer l'attention sur ces deux faits, car nous ne saurions y voir seulement une simple coïncidence. D'autres faits viendrontpeut-être, s'ajoutant à ceux-ci, démontrer qu'il faudra, sinon renoncer au massage abdominal chez les goutteux, du moins être très prudent dans son emploi, et n'en faire usage que loin des accès de goutte et après avoir examiné les urines.
Chez les neurasthéniques très affaiblis ou les hypochondriaques, le massage abdominal produit souvent une dépression plus grande encore de l'état général, sans donner de résultat du côté de l'état local. Parfois la constipation de ces malades cesse pour quelques jours; mais ce résultat, peu durable d'ailleurs, n'est acquis qu'au prix d'une fatigue et (tune courbature prononcées.
Il faut, chez eux, soigner, avant tout ou en même temps que l'état local, l'état général par l'électricité statique, l'hydrothérapie, les massages généraux, un régime approprié, et quelquefois recommander le repos plus ou moins complet pendant la crise de massage, si on décide de les y soumettre.
Purgatifs et laxatifs.
Limonade purgative au citrate de magnésie.
Acide citrique 30 gr.
Carbonate de magnésie 18 —
Eau distillée 300 —
Sirop de sucre 100 —
Alcoolature de citron 1 —
C'est la formule à 50 grammes. Il y a aussi une formule à 40 et une à 30 grammes de citrate. (Codex.)
Saccharure de caséine 30 gr.
Huile de ricin 30 —
Emulsionner avec eau 10 —
Ajouter eau 100 —
Eau de laurier-cerise 3 —