‹ Thérapeutique des maladies de l'oreille. Tome premierChapitre 17 sur 70 · C. —Fautes habituelles · texte numérisé non relu

C. —Fautes habituelles

Quand il n’y a pas simultanéité entre l’insufflation et le deuxième temps de la déglutition, l’air ne pénètre pas dans l’oreille moyenne ; et, changeant de route, ü incommode diversement le malade.

Si l'insufflation a lieu trop tôt, l’air comprimé, contournant le voile encore flasque, pénètre dans la bouche et chasse au dehors d’eau qui s’y trouve; il peut aussi en projeter dans les voies aériennes; ce qui occasionne une toux violente. '

Si l'insufflation a lieu trop tard, après que le voile a repris sa place de repos, l’air comprimé pénètre dans l’œsophage et arrive dans l’estomac, dont la brusque distension détermine une douleur épigastrique. Cet inconvénient se montre surtout chez les enfants. Il suffit, en ce cas, de faire boire une gorgée

d’eau : l’air est chassé de l’estomac par un renvoi et la douleur disparaît.

D . — Mécanisme de l’aération

Le mécanisme.de l’aération de l’oreille moyenne par le procédé de Politzer découle nettement des expériences manométriques qui ont rationnellement conduit son auteur à sa découverte. Au moment du second temps de la déglutition, la contraction du voile du palais ferme en arrière le naso-pharynx. Si, à cet instant précis, l’air est insufflé par une narine, sans pouvoir s’échapper par l’autre, il se condense dans la cavité naso-pharyngienne et acquiert une tension suffisante pour décoller les parois de la trompe et pénétrer dans l’oréille. Or, par un double effet simultané, l’effort de déglutition, en même temps qu’il ferme l’espace naso-pharyngien, ouvre la trompe ; du même coup il favorise -l’augmentation de la pression et diminue la résistance de l’obstacle ; de sorte que, facilitée par deux séries d’actes qui s’entr’aident, l’aération de l’oreille réussit au mieux, étant à la fois passive par la compression de la poire et active par l’effort de la déglutition. La gorgée d’eau avalée n’a d’autre but que de faciliter cet effort.

E . — Variations de pression

La tension de l’air produite dans les fosses nasales par le Politzer dépend de deux conditions : 1° de la force de résistance du voile du palais ; 2° de l’énergie avec laquelle on comprime' la poire.

Il en résulte deux séries de moyens pour faire

varier la pression de la douche d’air, qui doit êtrepuissante dans les affections chroniques, faible au contraire dans les inflammations aiguës de lacaisse ; on obtient ce résultat :

1° Soit en s’adressant à l'une des méthodes modifiées décrites plus loin, dans lesquelles le voile se relève avec moins d’énergie ;.

2° Soit, plus simplement, en variant le degré de compression de la poire. Veut-on un courant d’air faible:? on serre la poire avec un, deux ou trois doigts seulement; ou encore, on insuffle de l’air avec la bouche à travers un tube de caoutchouc, long de trente centimètres, et terminé par un embout fixé dans une narine, comme il a été dit : toutefois, ce dernier procédé doit être réservé pour les jeunesenfapts, car il répugne aux adultes. Veut-on au contraire un courant d’air énergique ? on comprime la poire par une contraction rapide et forte de toute la main. Certains auristes emploient alors une pompe à compression où l’air peut être condensé sous une tension d’une atmosphère et plus. Cet appareil ne convient pas aux praticiens: il est encombrant et peut même être dangereux, car il expose à la rupture du tympan, qui, dans le cas de structure normale de la membraneuse produit sous une tension de trois a quatre atmosphères. Un tel accident n’est au contraire pas à craindre si l’on fait le Politzer avec la poire, qui ne donne jamais de pression supérieure à une demi-atmosphère.

F. — Modifications du procédé de politzer

Un grand nombre de modifications ont été proposées au procédé classique de Politzer; elles le

simplifient, le facilitent : mais aucune ne vaut la méthode primitive.

1° Chez T enfant, le mouvement de déglutition est difficile à obtenir ; heureusement, il n’est pas nécessaire à cause de la brièveté et de la largeur de la trompe à cet âge, ce qui diminue les résistances. Il suffit de presser la poire. Le voile du palais, sollicité par le courant d’air qui glisse sur sa face supérieure, subit une contraction réflexe, qui réussit à fermer en bas la cavité naso-pharyngienne. Ce procédé réussit d’autant mieux que l’enfant crie davantage pendant la douche d’air.

2° Chez Vadulte, on peut supprimer le verre d’eau, en disant au malade d'avaler à vide , ce qui est difficile, les sourds ayant généralement peu de salive. On a surtout cherché à provoquer la contraction du voile par un procédé autre que la déglutition.

a. Le procédé de Lucae utilise le relèvement du voile produit par la phonation. Il consiste à prononcer la voyelle A pendant qu’on insuffle de l’air avec la poire. L’occlusion du naso-pharynx est mieux assurée si, à l’exemple de Gruber, on fait émettre les sons AK ou OUK. A la suite de l’insufflation ainsi . faite, le malade crache parfois d’abondantes mucosités qui ont été chassées du nez dans l’arrière-bouche ; aussi ce procédé est-il parfois dénommé douche nasale sèche.

b. Le procédé de Lévi , très simple, consiste à faire gonfler les joues, la bouche étant close, comme si on voulait souffler fortement. Cette manœuvre est

- très vite comprise et facilement exécutée par les malades, même par les enfants. De plus, le relèvement du voile ainsi obtenu persiste un certain

temps, ce qui permet de faire, sans désemparer, plusieurs insufflations successives.

Toutes ces modifications au procédé classique de Politzer, quelque commodes qu’elles soient, lui sont inférieures pour deux raisons : 1° parce ;'j qu’aucune n’amène une contraction du voile aussi fj énergique que l’acte de la déglutition, ce qui ne | permet pas à l’air de se condenser sous une pression-* aussi forte ; 2° et surtout parce que la dilatation active de la trompe, réalisée pendant la déglutition, > se produit à peine dans le procédé de Lucae et pas du tout dans celui de Lévi. Aussi, la plupart du temps, le procédé de .Politzer réussit-il à aérer l’oreille, là où les autres échouent ; c’est donc toujours au procédé classique du verre d'eau qu’il faut s’en | tenir : les autres procédés ne sont que des pis-aller il quand celui-là est inapplicable.

G. — Moyen de limiter l’aération a une oreille

Le procédé de Politzer produit Y aération simulta- | née des deux oreilles ; mais celle-ci n’est jamais ; parallèle des deux côtés, la résistance dés deux î: ; trompes n’étant pas égale à l’état normal, et, à plus ■ forte raison, dans les circonstances pathologiques. | Y a-t-il perforation d’un tympan, la résistance est tellement diminuée de ce côté que l’autre oreille se -1 laisse à peine pénétrer.

Si l’on veut que l’effet de l’insufflation se localise ! à une seule oreille, ce qui n’est qu’imparfaitement réalisable, on créera dans l’oreille normale une 4 résistance artificielle en faisant fermer hermétique - . ment avec le doigt le conduit, auditif (Politzer); 1 l’air, ainsi condensé dans le conduit, s’oppose au

déplacement du tympan en dehors et, conséquem- - ment, au libre accès de l’insuffiation. Il y aura de même avantage à pencher la tête, de manière à ce que l’oreille, sur laquelle on veut agir, regarde en haut (Gruber).

H. — Inspection et auscultation

L’inspection du tympan et l’auscultation de l’oreille permettent seules de s’assurer que l’air a pénétré dans la caisse. On ne peut aucunement se fier aux sensations subjectives du patient : car, d’une part, dans certaines otites chroniques, il y a une telle anesthésie de la muqueuse de la caisse que le malade ne sent pas pénétrer l’air; et, d’autre part, quelques personnes sont persuadées qu’elles entendent l’air entrer dans la caisse et déplacer le tympan,'alors qu’en la réalité elles ne perçoivent qu’un bruit de décollement tubaire plus ou moins fort.

L 'examen au spéculum fait percevoir un bombement en dehors de la membrane tympanique , très variable suivant les cas, mais toujours beaucoup plus marqué qu’avec le procédé de Valsai va.

L 'auscultation avec Votoscope fait également, comme dans le Valsalva, entendre le claquement du tympan qui se déplace. Ce claquement est précédé d’un court bruit de souffle tubaire ; celui-ci se perçoit seul dans le cas où la trompe est libre et le tympan adhérent au fond de la caisse. Le claquement tympanique est plus facile 4 entendre chez les enfants.

Cette auscultation présente de grandes difficultés pour les débutants ; car ce claquement auriculaire, d’une durée presque instantanée, est masqué par

un bruit de gargouillement qui se passe" dans la gorge quand, à la fin d’un Politzer bien fait, l’air force la résistance du voile du palais. L’habitude seule permet, à la longue, défaire abstraction de ces bruits adventices pharyngiens ; il .est vrai que, d’après Politzer, ce bruit de gargouillement peut déjà être considéré comme un signe indiquant que l’air a probablement pénétré dans la caisse du tympan. En revanche, le bruit de perforation tyinpanique s’entend aussi nettement avec le Politzer qu’avec toute autre méthode,

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