B. — INSUFFLATION AVEC LE CATHÉTER
CATHÉTÉRISME DE LA TROMPE D’EUSTAGHE
; Le cathétérisme de la trompe d’Eustâche est; le moyen le plus parfait d’exploration et de traitement' de l’oreille moyenne. Il consiste à introduire le bec d’un cathéter creux dans le pavillon de la trompe.
Ce procédé a été découvert en 1724 par Guyot,
maître de poste à Versailles, qui parvint à se guérir de sa surdité en faisant des injections de liquide dans ses trompes, à l’aide d’un tube d’étain recourbé qu’il y introduisait par la bouche. Archibald Cleland -proposa, en 1741, d’introduire le cathéter par le nez. Deleau, en 1838, eut le premier l’idée de se servir du cathéter pour faire pénétrer de l’air dans l’oreille moyenne.
A. — Notions anatomiques
L’orifîce'inférieur om pavillon de la trompe, occupe les parties latérales du pharynx nasal, sur le prolongement de la ligne d’insertion du cornet inférieur et à quelques millimètres en arrière de celui-ci (point de repère pour le cathétérisme).
Les deux orifices pharyngiens de la trompe sont situés dans le plan vertical transversal qui rase le -bord postérieur de la cloison du nez (point de repère pour le cathétérisme).
Cependant, il est impossible de préciser, par des chiffres exacts, les distances qui séparent ces orifices des organes voisins ; car ees distances sont éminemment sujettes à varier : a) suivant les individus ; b) chez un même individu, selon le degré de tuméfaction de la muqueuse naso-pharyngienne.
L’orifice inférieur de la trompe est limité en avant par un bord effacé; il présente, au contraire, à sa partie postérieure, une lèvre saillante, en forme de bourrelet arrondi et résistant : c’est le pli salpingopharyngien (point de repère pour le cathétérisme). Ce bourrelet est peu marqué chez l’enfant.
En arrière, le pavillon tubaire est séparé de la paroi pharyngienne postérieure par la fossette de
Rosenmüller. Cetté dépression, à peine accusée dans l’enfance, se creuse davantage à mesure que l’individu avance en âge. A la suite d’inflammations chro-, niques, surtout chez le vieillard, elle présente des formations réticulaires, brides muqueuses qui arrêtent facilement le bec du cathéter (cause d’erreur pour le eathétérisme).
L’axe de la trompe forme un angle de 40° avec le plan horizontal. Les deux trompes convergent en bas' et en avant.
B. — Instruments nécessaires
Les instruments nécessaires pour pratiquer le cathétérisme de la trompe sont : 1° un cathéter; 2° une poire, à air ; 3° un otoscope.
1° Le cathéter de la trompe a subi, de la part de presque tousles auristes, un grand nombre de modifications de détail. Toutefois, ses dispositions générales ont peu varié.
La forme du cathéter est celle d’un tube cylindrique ; l’une de ses extrémités présente une courbure plus ou moins accentuée, l’autre offre un évasement ou pavillon, destiné à admettre l’extrémité -de la poire à air (fig. 13).
La longueur du cathéter doit varier entre 12 et 14 centimètres au plus. Les cathéters plus longs présentent un sérieux inconvénient : lorsqu’ils sont en place, leur pavillon dépasse l’orifice des narines de plusieurs centimètres, et forme ainsi un long bras de levier dont les mouvements inévitables se transmettent, accrus dans leur force, à l’extrémité du cathéter fixée dans la trompe ; la muqueuse peut en être aisément éraillée.
Le calibre du cathéter doit varier, à cause de la fréquence des malformations des fosses nasales. Dans la pratique, trois grosseurs différentes suffisent à presque tous les besoins. Leur diamètre extérieur doit être respectivement de 1 ,i-, 2-L' et -3 4- millimètres, l’épaisseur de leur paroi variant de 1/4 à 1/3 de millimètre. Les gros cathéters aèrent mieux l’oreille, et sont préférables quand les fosses nasales sont libres; les petits cathéters doivent être réservés au cas d’obstacle au passage du nez.
La courbure du cathéter a, une grande importance pour la réussite de l’opération. Une courbure de 145°, sur une étendue de 2 à 2 centimètres à partir du bec, est là meilleure disposition. Les cathéters plus recourbés franchissent difficilement le nez et se manœuvrent mal ; ils doivent être Préservés aux cas où l’on veut injecter du liquide dans l’oreille moyenne.
Le bec du cathéter ne doit pas présenter de renflement, qui pourrait ,, ,, gener son introduction. Il doit être de la trompe, bien mousse ; avant chaque cathétérisme, il importe de s’assurer qu’il ne présente pas d’aspérité qui pourrait blesser la muqueuse.
Le pavillon du cathéter doit admettre bien exactement, et à frottement doux, l’extrémité de la poire à air. S’il y a frottement dur, l’effort nécessité pour adapter et retirer plusieurs fois de suite la poire du pavillon, fait inutilement souffrir le malade. Il faut
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donc se procurer les cathéters et la poire chez un même fabricant, et vérifier avant tout l’exactitude de leur coaptation. Le pavillon porte un anneau , placé du côté de la courbure du cathéter ; c’est un point de repère pour reconnaître la direction prise par le bec de l’instrument après son introduction.
Les cathéters mous , fort en honneur dans la première moitié de ce siècle, ont été délaissés, car ils ne transmettent pas à la main de l’opérateur une sensation tactile suffisante pour la guider.
Les cathéters rigides sont seuls employés. On les | fait : a) en métal (argent, maillechort, etc.) ; ô) en caoutchouc durci.
Les cathéters en caoutchouc durci sont incontestablement préférables. Certes ils sont moins faciles à désinfecter que les cathéters métalliques ; ils sont plus fragiles ; enfin, étant élastiques, ils rendent la constatation des points de repère moins nette pour les débutants. Mais, d’autre part, leurs avantages sont très grands* ainsi : à) ils ne donnent pas au malade l’impression désagréable de froid que lui causent les cathéters métalliques ; b) ils sont -très doux à la muqueuse et ne la blessent pas, même si on les manœuvre d’une main duré ; c) grâce à leur élasticité, ils suivent presque d’eux-mêmes les sinuosités des fosses nasales ; d) légèrement chauffés au-dessus d’une flamme, ils deviennent malléables, et gardent ensuite, en se refroidissant, toutes les. formes.qu’on leur a données ; e ) enfin, ils sont inattaquables par les solutions acides, iodées, etc., au contact desquelles les cathéters métalliques s’altèrent rapidement.
On adoptera donc les cathéters en caoutchouc durci et on en aura à sa disposition un certain .
nombre, de calibre et de courbure Variés. On les conservera dans un bocal rempli d’une solution antiseptique, dont on ne les sortira qu’au moment de s’en servir (fig. 17).
2° La poire à air sera semblable à celle qui sert pour le procédé de Politzer, sauf qu’il ne doit y avoir ni embout nasal, ni tube de caoutchouc intermédiaire; le bec de la poire est un embout conique qui entre directement, à frottement doux, dans le pavillon du cathéter.
Plusieurs auristes tendent à lui substituer le double ballon de Richardson, semblable, en plus grand, à celui qui actionne les thermocautères; ils lui trouvent l’avantage de donner un courant d’air prolongé. Mais cet appareil est encombrant et produit une insufflation beaucoup moins énergique que la poire ordinaire, ce qui est une infériorité. Veut-on disposer au contraire d’une pression plus forte, on peut se servir d’un soufflet mû par le pied ou même d’une pompe à compression-, ce.dernier instrument est d’un maniement dangereux.
3° L’otoscope sera celui qui a été déjà décrit.