‹ Thérapeutique des maladies de l'oreille. Tome premierChapitre 6 sur 70 · I. — MAL. DE L’OREILLE · texte numérisé non relu

I. — MAL. DE L’OREILLE

Les statistiques, dressées en France, nous apprennent ceci :

Sur 100 enfants de nos écoles, 20 ont l’ouïe défectueuse ;

Sur 100 conscrits réformés, 27 sont exemptés pour cause de surdité.

B. Les affections de l’oreille sont de la plus haute gravité. — Toute otopathie, quelque bénigne qu’elle soit à ses débuts, fait courir à celui qui la porte un double danger : 1° pour sa fonction auditive ; 2° pour sa vie.

1° Au point de vue sensoriel, trois phénomènes sont à redouter :

a. La douleur , vraiment atroce dans beaucoup de cas, et qui, sous forme de mastalgie, d’otalgiè, peut s’éterniser et nécessiter de grandes interventions chirurgicales.

b. Les bourdonnements, parfois compliqués de vertiges , pouvant atteindre une intensité extrême, ne cesser ni jour ni nuit, résister au traitement qui les a attaqués trop tard ; leur obsession a été plus d’une fois Ta cause de suicides.

c. La surdité , qui non seulement entrave toutes les professions, mais qui, se développant chez l’enfant, en fait un sourd-muet.

2° An point de vue vital, on ne saurait trop craindre Yotorrhée, ce suintement chronique d'oreilles, dont médecins, parents et malades s’inquiètent souvent également peu, et dont Ariza a si justement dit que tout individu, qui en est atteint, porte sur lui la cause de sa mort. Doit-on s’en étonner si l’on songe que l’oreille a pour voisins immédiats le cerveau, le cervelet et le sinus latéral ?

CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES

C. Les affections de l’oreille guérissent aisément si elles sont reconnues et traitées à temps. — Cette proposition sert de correctif aux deux précédentes; - elle doit nous rassurer, mais aussi nous stimuler.

Une intervention et surtout un diagnostic précoces peuvent soustraire l’individu aux dangers qui le menacent. Leur nécessité s’affirme à deux points de vue :

1° An point de vue sensoriel. Que l’on se rappelle les dimensions exiguës de la caisse du tympan, que l’on considère qu’entre ses deux parois opposées, en certains points à peine éloignées de deux millimètres, fonctionne le système délicat des osselets. et de leurs articulations : on concevra que, pour peu que la maladie soit abandonnée à elle-même, elle y causera des altérations irrémédiables. A la phase du début, rien de plus simple que de réparer les parties malades ; si l’on attend, des adhérences s’établissent, des ankylosés surviennent, qu’il va devenir bientôt impossible de supprimer.

2° An point de vue'.vital. Ici, l’utilité d’une intervention hâtive saute aux yeux.

Quand une suppuration d’oreille est récente, le plus souvent quelques pansements antiseptiques en viennent aisément à bout.

Quand une suppuration d’oreille est ancienne, il est parfois nécessaire, pour, s’en rendre maître, de faire de grands délabrements, qui, s’ils ne mettent pas par eux-mêmes la vie en danger, cependant ne donnent pas toujours la guérison espérée ; et si alors, par indifférence, on s’abstient de tout traitëment rationnel, il faut se résoudre à vivre sous la constante menace d’une méningite, d’un abcès du cerveau, d’une crise d’infection purulente.

S’il y a de par le monde une si grande proportion de sourds, pour la plupart incurables, et si l’obituaire, des maladies de l’oreille est si chargé, c’esfque malades et médecins font preuve à leur égard d’une insouciance inexplicable.

L 'insouciance des malades se comprend. Le plus souvent, pendant une première période, la surdité est le seul symptôme de F affection auriculaire ; or, comme celle-ci s’établit peu à peu, le patient ne s’en doute pas, pas plus qu’en général il ne s’aperçoit qu’il est atteint d’une amblyopie progressive. Il ne s’en avise que quand elle a déjà atteint un degré avancé; car, normalement, la voix haute s’entend à plus de cent mètres ; or jamais on ne tient une conversation à pareille distance. Bien plus, quand elle est unilatérale, la surdité peut devenir très considérable, tout à l’insu du malade. Aussi n’est-ce souvent qu’à une période déjà tardive du mal, quand apparaissent les bourdonnements, qu’on së. décide à consulter un auriste.

D’ailleurs, il est rare que.les malades ne cherchent à s’illusionner sur leur surdité naissante. Lorsqu’ils commencent à ne plus nettement entendre un orateur ou un acteur, au lieu de soupçonner leurs oreilles , ils accusent la mauvaise diction de celui qui parle ou critiquent l’acoustique défectueuse de lasalle de théâtre. Ce sont surtout les parents qui se méprennent sur la surdité de leurs enfants ; même quand on leur prouve que ceux-ci n’entendent pas, ils n’en veulent pas convenir :A Ils entendent bien, disent-ils, ils sont seulement distraits». C’est ainsi que souvent les pères mènent inconsciemment leurs fils à la surdi-mutitjé.

L 'insouciance des médecins n’est pas moins fré-

CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES

quente ; elle s’excuse moins. Combien encore aujourd’hui parmi eux prennent une otite=aiguë^pour une rage de dents, ou s’abstiennent de traiter une otorrhée ! et si des accidents cérébraux éclatent, ils diagnostiquent quelque méningite tuberculeuse et se croisent les bras.

A côté du praticien qui laisse aller les choses, il y a celui, beaucoup plus dangereux encore, qui, croyant savoir, veut intervenir et cause alors de grands désastres ; celui qui, découvrant un corps étranger de l’oreille, que le malade portait parfois depuis de nombreuses années sans incommodité, introduit une pince dans le conduit sans y voir, ne ramène rien, mais s’acharne, blesse la caisse du tympan et crée ainsi une méningite purulente; celui qui, à la moindre douleur d’oreille, se hâte de prescrire desjn^, Jectians-^Ieau. de g uimauve, des instillations de baume tranquille, d’huile calmante, ignorant que souvent son patient a une ancienne perforation tympanique et que sa thérapeutique infectante entretient ainsi une otorrhée. '

De telles choses ne devraient plus être. Certainement, on ne saurait exiger que tout médecin soit un auriste consommé : mais le praticien, qui est vraiment soucieux de conserver intacte la santé de ceux qui se confient à lui, devrait s’attacher :

1° A posséder quelques notions élémentaires d’otologie, moins encore pour savoir ce qu’il doit faire que ce qu’il ne doit pas faire, quand une oreille se prend;

2° Et à examiner systématiquement l’audition -de ses malades, au moins une fois par an ; car on ne saurait trop répéter que la période initiale des otopathies, seule phase de guérison facile, est presque

toujours latente. Cette surveillance de l’oreille s’impose surtout- chez les enfants; ainsi Wilde nous a appris que sur 503 adultes sourds, 411 avaient commencé à mal entendre avant sept ans.

Cet examen, pour être complet,:comprend :

L’exploration du pavillon ;

L’exploration du conduit auditif ;

L’exploration de la membrane du tympan.

L 'exploration du pavillon n’exige aucune technique spéciale.

L'exploration du conduit et du tympan réclame ordinairement l’emploi du spéculum, auris.

Rappelons en deux mots la disposition du conduit auditif.

L’entrée du conduit est plus ou moins recouverte par le tragus et obstruée, surtout chez l’homme âgé, par des poils, s’insérant sur le tragus et l’antitragus. C’est là un premier obstacle à l’examen.

Un second obstacle vient de ce que le conduit n’est pas rectiligne, mais sinueux. Il est formé de deux portions : une portion externe cartilagineuse, susceptible d’être mobilisée ; une portion interne osseuse, fixe. Ces deux portions se rencontrent en formant un angle obtus, largement ouvert en bas et en avant , chez l’adulte (fig. 1).

Le conduit cartilagineux lui-même se coude à son entrée, de telle sorte que le conduit auditif, dans son ensemble, considéré sur une coupe horizontale, présente une disposition en zigzag.

Fig. 1.

Section frontale du conduit auditif droit (d’après Politzer). o, cellules creusées dans la paroi supérieure du conduit. — d, toit de la caisse. — u. plancher de la caisse. — t, caisse du tympan. — r, tympan. — h, tête du marteau. — g, manche du marteau. — a, enclume. — s, étrier. — e, canal de Fallope. — f, fosse jugulaire. — dr, embouchure des glandes cérumineuses du conduit.

Le conduit auditif commence en arrière du tragiis par un infundibulum qui se dirige en axant ; puis il se porte en arrière (première coudure) ; puis, de nouveau, à l’endroit où commence le conduit osseux, il se porte en avant à la rencontre du tympan (deuxième coudure). La première coudure est commandée par la saillie du bord antérieur de la conque; la seconde est due en partie à la saillie en dos d’âne de la paroi antérieure osseuse.

D’une largeur variable suivant les âges et suivant les individus, le conduit présente, au niveau de la rencontre de ses parties osseuse et cartilagineuse, un rétrécissement normal appelé isthme du conduit; au delà, il s’évase un peu aux dépens de ses parois antérieure et inférieure, et se creusé, au-devant de la partie inférieure du tympan, d’une petite dépression, le sinus prétympanique.

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