C. — Hygiène de l’adulte
L’adulte n’a guère plus que l’enfant le respect de son oreille. Et vraiment , le contraste est étrange entre cette négligence et les incessantes préoccupations qui l’assiègent le jour où son ouïe commence à faiblir. Il y a deux phases dans la vie des sourds :
. l’une d’insouciance, l’autre de désespoir. Jeune, on n’écôute pas l’auriste; vieux, on ne l’entend plus.
1° Oreille externe. — A. Hygiène professionnelle. — L’oreille externe a des offenses à subir de la part de certains métiers : 1° les uns l’exposent au froid : ainsi chez les cochers, les maçons, protéger les pavillons par une casquette à oreillères rabattues ou par un mouchoir noué autour de la tête, est une précaution très utile en hiver pour se garantir des gelures qui échançrent le bord de l’hélix ; 2° les, autres l’exposent aux poussières : ainsi chez les menuisiers, les charbonniers, les cantonniers, etc., les
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poussières s’accumulent dans le conduit, se mêlent au cérumen avec lequel elles forment un bouchon dur qui à la longue provoque une otite externe; et le tympan est attaqué de face, tandis que, par un mouvement tournant, ces mêmes poussières, pénétrant par la trompe, viennent sur ses derrières aborder l’oreille moyenne. Une sérieuse propreté de l’oreille et de temps à autre un examen médical préviennent ces accidents.
B. Hygiène domestique. — Voici un premier conseil qui s’adresse à tous du haut en bas de l’échelle sociale : ne vous grattez pas l’intérieur des oreilles .avec tout ce qui vous tombe sous la main ; ne détournez pas les plumes, les crayons, les épingles à cheveux, les allumettes, les cure-dents de leur destination naturelle : sinon, tôt ou tard, vous paierez tribut aux furoncles du conduit. Si vos oreilles vous démangent, c’est sans doute que vous y avez de l’eczéma : faites-le traiter. Mais, le plus souvent, n’est-ce pas? ce n’est chez vous qu’un tic, une mauvaise habitude, irréfléchie mais non inoffensive.
Second conseil : n’intrôduisez jamais rien dans vos oreilles qu’un médecin ne vous l’ait ordonné. N’y mettez pas d’huile si vous vous sentez devenir sourd : car une oreille dure n’a rien de commun avec une serrure rouillée, et ce n’est pas en graissant les sons qu’on les fera mieux pénétrer. D’ailleurs, cette lubrification persistante du conduit avec une huile quelconque est le meilleur moyen dé provoquer le développement d’une otomycose. N’introduisez jamais non plus quoi que ce soit dans vos oreilles quand vous avez mal aux dents. Quel avantage trouvezvous à joindre ainsi à une carie dentaire une otite
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externe provoquée par l’introduction dans le conduit de laudanum ou d’ouate chloroformée? Et quelles sont donc les vertus mystérieuses d’un morceau de camphre, d’un cœur d’oignon, d’une gousse d’ail ou d’une barde de lard? Le résultat le plus clair, c’est qu’il y a deux choses à faire enlever au lieu d’une : la dent, de la bouche; le corps étranger, de l’oreille. Respectons au contraire notre oreille à ce point que, même en faisant notre toilette, nous évitions d’y faire pénétrer de l’eau froide.
« Faut-il mettre du coton dans ses oreilles? » Telle est une question que souvent on nous donne à résoudre, et que plus souvent encore on résoud sans nous. Et c’est ainsi qu’à l’étranger on rencontre des élégantes qui se garnissent leurs oreilles de coton assorti à la couleur de leur robe.
En principe, on né doit jamais porter de coton dans ses oreilles : a) parce que l’occlusion du méat entretient dans le conduit auditif une humidité constante qui favorise le développement des affections cutanées ;
. b) parce qu’on diminue ainsi sans motif son audition. Or, souvent les gens qu’on ale plus de peine à dissuader de calfeutrer de la sorte leurs oreilles sont les sourds.
Deux exceptions doivent cependant être faites à cette défense : 1° les personnes ayant une perforation sèche du tympan doivent fermer leur oreille avec de l’ouate quand elles sortent par les temps froids, humides ou poussiéreux: mais non pas quand elles restent chez elles, ou encore moins la nuit dans leur lit ; 2° les personnes à tympan intact, mais atteintes d’une affection labyrinthique , doivent, quand elles s’exposent à des bruits aigus intenses, par exemple quand elles voyagent en chemin de fer,
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amortir par un écran d’ouate placé au méat la violence des vibrations sonores qui pourraient offenser leurs papilles auditives.
2° Oreille moyenne. — A . Soins de la bouche. —
Celui qui a, de par son passé ou son hérédité pathologique, des raisons de craindre pour sa fonction auditive, doit s’astreindre à une propreté buccale méticuleuse. A-t-il des dents intactes? il les entretiendra par un brossage soigneux fait chaque matin et surtout chaque soir avec un savon dentifrice. A-t-il des dents cariées ? sans tarder, il doit les faire enlever ou obturer : car la septicité d’une bouche à chicots est pour le pharynx et l’oreille une perpétuelle menace d’infection qui trop souvent se réalise.
C’est dans le même but que les pièces dentaires doivent être soigneusement nettoyées après chaque repas et quittées la nuit. On préférera les appareils en métal à ceux de caoutchouc, qui sont poreux et difficiles à tenir propres.
B. Soins du nez. — La meilleure précaution à prendre vis-à-vis d’un nez sain est de toujours maintenir une narine ouverte quand on se mouche.
Certaines personnes ont l’habitude de renifler de l’eau froide le matin en faisant leur toilette. C’est là une fâcheuse pratique. L’eau pure lèse l’épithélium nasal : car, ayant un coefficient isotonique très différent de celui du sérum, elle détermine à travers la pituitaire un courant brutal d’exosmose qui détruit ses cellules ; et, à la longue, il en résulte un coryza chronique. Tout au plus, lorsqu’on respire des poussières abondantes, comme dans un voyage en automobile, peut-il être utile de nettoyer ensuite son nez
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en reniflant un verre d’eau tiède dans lequel on aura fait dissoudre une cuillerée à café de sel de cuisine.
C. Soins des pieds. — On raconte que certain auriste.très en renom, au temps où l’oreille dépendait encore de l’économie, posait dès l’abord la question suivante aux sourds et bourdonnants qui venaient le consulter : « Avez-vous habituellement froid aux pieds? », et si leur réponse était affirmative, il s’abstenait de les soigner, ne voulant pas perdre son temps ni compromettre sa réputation en besogne inutile.
Le froid aux pieds est, en effet, un terrible danger pour l’oreille. Il menace les oreilles saines par les incessantes poussées de rhino-pbaryngite qu’il engendré ; et il rend illûsoires les soins donnés aux oreilles malades. Malheureusement, il ne suffit pas, pour parer à cet inconvénient, de dire sentencieusement à nos malades : « Ayez chaud aux pieds. » Car ils ne manqueront pas de nous en demander le moyen : ce en quoi nous serons embarrassés de leur répondre, n’arrivant souvent pas à réchauffer les nôtres. Kôrner donne à ce sujet des conseils très minutieux, et qui méritent d’être transcrits : 1° éviter de se mouiller les pieds, et, par conséquent, porter des snow-boots par les temps de neige et dés galoches, de caoutchouc les jours de pluie; 2° adopter en tous temps des semelles épaisses ; 3° renoncer aux souliers qui laissent à découvert les chevillés, surtout chez les femmes, et mettre des bottines à haute tige ; 4° porter en hiver deux paires dé bas ou de chaussettes, qui, si minces soient-elles, s’opposent au rayonnement de la chaleur des pieds bien mieux qu’une épaisseur de grosse laine ; 5° faire laver
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les bas quand ils ont été portés un ou deux jours sinon ils s’imbibent de sueur et entretiennent sur la peau une humidité froide; 6° enfin, posséder trois paires de bottines, dont chacune sera de service un jour sur trois, pendant que les autres auront quarante-huit heures de repos pour bien sécher.
D. Abstinence de tabac. — A ceux qui ont un passé ou qui auront un avenir otitique, défendez absolument de fumer.
Aux autres, conseillez de se modérer : et dissuadez-les d’avaler la fumée pour la rendre ensuite par le nez, car le naso-pharynx et la trompe d’Eustache goûtent peu ce genre de fumigations, et tôt ou tard protesteront.
Le tabac à priser serait, dit-on, plus nocif encore : il irrite la muqueuse nasale et l’hypertrophie ; de plus, ses grains sont autant de corps étrangers qui parfois s’engouffrent par la trompe jusque dans la caisse. Frappons-le donc d’une interdiction, qui risque fort au xx e siècle de n’être plus qu’une mesure d’hygiène rétrospective.
E. Bains froids. — Deux conditions très différentes sont à considérer relativement aux bains de rivière ou de mer.
a. Celui qui a Y oreille saine et le tympan intact, peut se baigner et même plonger sans inconvénient. S’il lui arrive d’être assourdi au sortir du bain par de l’eau qui est restée dans son conduit, il lui est facile de s’en débarrasser en introduisant dans l’oreille un peu de coton hydrophile enroulé autour d’une allumette ; si malgré cela l’oreille demeure encore obstruée, c’est que très probablement il
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préexistait un bouchon de cérumen que l’eau a gonflé, et qui réclame alors une expulsion en règle.
Un incident plus sérieux estla pénétration de l’eau dans la caisse du tympan à travers la trompe. Dès que cela se produit, il faut se hâter de vider l’oreille en faisant plusieurs mouvements énergiques de déglutition pendant qu’on tient le nez pincé entre les doigts.
b. Celui qui a uns perforation du tympan , quelqu’ancienne et sèche soit-elle, s’expose, en se baignant sans précaution, à deux grands dangers : 1° la suppuration peut renaître dans l’oreille au contact d’une èau toujours plus ou moins souillée : plus d’un otorrhéique guéri a payé un plongeon d’un évidement pétro-mastoïdien ; 2° le vertige peut être provoqué par l’arrivée brusque de l’eau froide sur la paroi interne de la caisse a nu : et il advient ainsi que les nageurs les plus habiles coulent à pic et se noient à l’étonnement de tous. Ce n’est pourtant pas une raison pour interdire absolument les bains froids aux tympans perforés ; mais il importe que celui qui a cette infirmité le sache, et qu’avant chaque bain il ferme hermétiquement son conduit auditif en y introduisant un tampon de coton huilé ou un bouchon de cire molle.
F. Hygiène professionnelle. —■ Deux classes de professions créent un danger pour l’oreille moyenne.
a. Professions qui exposent aux changements brusques dépréssion atmosphérique. — Soit par raréfaction extrême de l’air, telle que la supportent les aéronautes, ou les guides de hautes montagnes ; soit, au contraire, par pression exagérée, telle que l’affrontent les ouvriers qui travaillent dans les
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caissons. La rupture brusque du tympan, suivie d’hémorragie auriculaire, est un accident qui se voit souvent dans ces conditions. Elle résulte de ce que la tension aérienne n’étant plus égalisée sur les deux faces du tympan, la membrane cède et crève sous la poussée qui s’exerce sur une de ses parois.
L’hygiène prescrit à ceux qui s’exposent à ces conditions, de faciliter l’établissement rapide d’une égalité de tension entre le conduit et la caisse : 1° si la pression environnante baisse, en pratiquant plusieurs mouvements de déglutition, le nez pincé (expérience de Toynbee) ; 2° si la pression ambiante • s’élève, en exécutant plusieurs efforts d’expiration, le nez pincé (expérience de Valsalva). D’ailleurs, la la rupture du tympan n’est guère à craindre que si la ventilation tubaire se fait mal : il faut donc absolument interdire ces changements de pression aux personnes dont la trompe est sténosée ; les ouvriers embauchés pour les travaux en air comprimé doivent être préalablement examinés à ce point de vue.
b. Professions qui exposent au froid humide. — Marins, cochers, mécaniciens de chemins de fer, évitent rarement le catarrhe de la caisse ; interdisons donc absolument ces professions à ceux dont le nez ou les oreilles ont quelque tare. Plus que tout autre, le métier de mécanicien doit être défendu aux oreilles suspectes : car, plus encore que leur oreille moyenne craint le froid, leur oreille interne a à souffrir du bruit de la locomotive.
3° Oreille interne.— Le bruit, les intoxications, le surmenage intellectuel sont les ennemis de l’oreille interne. Celui, qui, de par sa profession, est exposé
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à ces agents offensifs, doit particulièrement surveiller son labyrinthe.
A. Professions brayantes. — « Le bien ne fait pas de bruit : le bruit ne fait pas de bien » (Ferrand). Tantôt, il s’agit de sons tolérables, mais continus, qui amènent d’abord l’épuisement du nerf auditif, puis plus tard sa paralysie définitive : de même une lumière vive trop longtemps prolongée épuise la rétine. Tantôt, c’est un bruit intense et subit, qui ébranle brutalement les papilles auditives et provoque une commotion du labyrinthe, telle une explosion. Dans le premier cas, la torpeur du labyrinthe apparaît lentement ; dans le second cas, c’est brusquement que naît la surdité.
Les chaudronniers, les ouvriers d’usines, tisserands surtout, rentrent dans la première catégorie ; de même les téléphonistes, que fatigue surtout la sonnerie d’appel ; de même encore les violonistes,, qui généralement entendent moins bien de l’oreille gauche, la plus voisine de leur instrument,' attendu que les sons aigus de leur chanterelle offensent le labyrinthe. A la surdité professionnelle qui menace ces individus, il n’est qu’un remède : changer de métier à temps, quand un examen compétent aura révélé une diminution notable de l’acuité auditive.
Les artilleurs, au contraire, ont plutôt à souffrir de la violence des sons que de leur continuité; ils peuvent donc mieux défendre leur oreille. Au moment où partie coup de canon, le soldatà deux précautions à prendre : regarder en face la gueule de la piècé, de sorte que la vague d’air ne frappe pas perpendiculairement son tympan; et fermer la bouche pour éviter l’arrivée trop abondante des
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ondes sonores à la trompe d’Eustache. En outre, il fera bien de se préparer à entendre la détonation ; il effectue ainsi une accommodation de son tympan en tension forcée, qui atténue l’amplitude des vibrations de la membrane, et sert d’étouffoir vis-à-vis du labyrinthe. Ce qu’il y a de plus dangereux pour le soldat, comme pour le chasseur, c’est le coup de fusil tiré près de son oreille et qui le surprend inopinément.
Divers obturateurs du conduit, dits « antiphones », ont été recommandés aux canonniers pour atténuer le son de leurs batteries ; mais il est à remarquer que ces appareils ont surtout pour effet d’empêcher les soldats d’entendre les commandements qu’on leur donne.
B. Intoxications du labyrinthe. — Le plomb est un poison de l’oreille interne. La surdité unilatérale est un des symptômes de l’hémianesthésie saturnine qui frappe les peintres ou les cérusiers. Valcool aussi est un poison de l’oreille, plus dangereux encore en ce qu’il agit à la fois sur le nerf auditif et sur la muqueuse de la caisse.
La suppression de la cause est la seule mesure d’hygiène qui s’impose en pareil cas.
C. Surmenage intellectuel. — On compte une forte proportion de sourds parmi les savants et les hommes de cabinet. Ceci n’est pas l’effet d’un pur hasard : l’audition s’affaiblit sous l’influence de travaux intellectuels prolongés.
Le fait que l’oreille s’épuise dans le silence du travail de tête peut paraître une assertion paradoxale ; il n’en est rien. Nous connaissons tous des sourds
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anatomiquement irréductibles, affligés d’une ankylosé immuable de l’étrier, et dont cependant l’acuité auditive subit des variations notables, suivant qu’une préoccupation grave les obsède,, qu’un coup de collier cérébral les déprime, qu’une distraction les stimule. C’est que le sens de l’ouïe est le produit de deux facteurs : en même temps qu’on entend avec son oreille, on écoute avec son cerveau ; et, quand même l’instrument reste bon, si l’instrumentiste s’est épuisé en efforts exagérés, le produit obtenu est médiocre. Donc, ni plus ni moins que les chaudronniers, les savants de cabinet ont intérêt à faire de temps à autre vérifier leur audition, pour, à la première alerte, prendre le repos que leur prescrit l’hygiène.
D. — Surveillance de l’audition
On est souvent sourd sans le savoir.
Cet aphorisme n’a de paradoxal que sa forme.
C’est qu’en effet l’acuité auditive normale a une portée telle, qu’elle, peut diminuer considérablement sans que nos relations sonores usuelles en soient le moins du monde affectées. L’oreille qui a le malheur de ne pas annoncer sa déchéance par des bourdonnements précoces, ne. s’aperçoit, en général, de son affaiblissement que quand il est devenu presque irrémédiable. Et c’est pourquoi les auristes ne guérissent pas la surdité, pas plus que les pompiers n’éteignent les incendies vingt ans après.
Le seul moyen de ne pas se laisser ainsi surprendre, c’est de faire surveiller systématiquement son audition. Et cette surveillance doit s’exercer à tous les âges de la vie, même dès la naissance.
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1° Nourrissons. — Tous les sens fonctionnent déjà à la naissance, sauf l’ouïe. Le nouveau-né touche, voit, goûte et a même assez d’odorat pour qu’une odeur très forte le puisse éveiller ; mais il n’entend pas. D’après Weild, ce n’est qu’à l’âge de trois mois qu’il commence à percevoir les sons, et qu’au quatrième ~ qu’il reconnaît la voix humaine. Vers la fin de la première année, sa mémoire auditive lui permet de répéter certaines onomatopées très simples.
En conséquence, les mères doivent surveiller avec la plus grande sollicitude les diverses phases du développement de l’audition. Si, à l’âge de six mois, l’enfant paraît rester indifférent aux divers bruits qui se font autour de lui, il faut immédiatement attirer l’attention d’un auriste sur ce point, et ne pas se bercer de cette commode et trop fréquente illusion que les choses s’arrangeront avec le temps. Or, la surdité du premier âge, qu’elle soit congénitale, fait rare, ou consécutive à une otite aiguë méconnue, chose banale, a pour conséquence fatale la mutité ; c’est donc surtout au commencement de la deuxième année, en constatant le retard du développement de la parole, qu’on en déduira que l’oreille ne doit pas fonctionner normalement. La difficulté la plus grande à surmonter en l’espèce est l’illusion des parents, dont l’amour paternel ne peut se résigner à admettre la surdité de leur enfant. « Le petit n’est pas sourd, mais il est distrait »,est la phrase traditionnelle. Ou bien encore, on se refuse à admettre la réalité, parce que l’enfant, vers deux ans, commence à baragouiner, à force d’insistance, des sons qui ressemblent à «papa » ou « maman ». Mais remarquez donc où se dirigent les yeux de l’enfant tandis qu’on lui parle, et vous verrez avec quelle attention il regarde les lèvres de son in-
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terlocuteur; éteignez la lumière, il se tait. Or, l’obscurité ne rend sourds que ceux qui n’entendent pas en plein jour.
Mères et médecins ont donc le devoir strict de mener à l’auriste tout enfant chez qui le développement delà parole offre la moindre anomalie de temps ou déformé.
2 ° Enfants. — « L’avenir intellectuel d’un enfant est en rapport direct avec l’état de son audition (Von Troltsch). »
La question de la surdité à l'école est une des parties les plus importantes de l’hygiène infantile, et qui pourtant laisse les professeurs totalement indifférents. Ils ne se doutent pas que bien souvent un mauvais élève est un sourd ; et ils accusent à tort d’avoir la tête dure celui qui a seulement l’oreille dure. Guye nous a appris, à connaître le « cancre adénoïdien ».
Les statistiques des divers pays s’accordent à nous apprendre ceci : que 20 p. 100 des écoliers ont des végétations adénoïdes qui obstruent leur pharynx nasal ; et qu’un plus grand nombre encore, 25 p. 100 environ, ne peuvent écrire correctement une dictée faite à voix haute à la distance de 6 mètres. Or, le plus gros contingent des sourds est justement fourn par les adénoïdiens ; et le surplus est formé d’otorrhéiques ou de cérumineux.
A ce propos, Moure fait très justement remarquer que, deux fois sur trois, la surdité de l’enfant peut être radicalement guérie, tandis que plus tard, il sera bien loin d’en être de même.
Il faut donc, en toute nécessité, surveiller l’acuité auditive des enfants. Et c’est vers l’âge de sept ans.
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avant d’entrer au collège, que le futur écolier doit subir à ce point de vue un examen très soigneux.
La dictée au tableau noir est l’épreuve la plus simple et la plus rapide : c’est la véritable épreuve scolaire (Gèllé). L’élève se place au tableau noir, tournant le dos au maître ; du tableau à l’extrémité de là classe, une raie tracée sur le parquet permet, de calculer la distance en mètres et en demi-mètres.
« Le professeur, placé lë plus loin possible du tableau, prènd un des livres de la classe et dicte à' haute voix, lentement, quelques mots, les uns à sons nasaux (mouvement, canon, contentement), et d’autres à syllabes rapides et courtes (rapidité, mobilité, conductibilité); Si l’enfant n’écrit pas, attend, c’est qü’-il n’a pas entendu àcette distance maximum (8 mètres). Le maître se rapproche alors du tableau, à 7 mètres à 6, à 5 etc., jusqu’à ce que le sujet écrive nettement sans hésitation, ni erreur. On a alors sa portée auditive pour la parole ; et l’on peut juger de ses aptitudes à entendre en classe et le placer ensuite d’après cet examen, de façon à ce qu’il ne perde rien de la leçon orale . »
La conclusion de ces épreuves est celle-ci (Gellé) :
1° Au point dé nué de l'élève. — « Si l’enfant aune portée auditive inférieure à 8 mètres mais supérieure à 3 mètres, il faut le rapprocher du maître ; et si la surdité est telle que la dictée à 2, 3 mètres soit impossible, il faut l’éliminer dans une classe spéciale à l’usage des non-entendants. »
2° Au point de vue.du maître. — Onne.peut, sans de graves inconvénients, faire la classe dans de trop vastes locaux. Là, la voix des maîtres s’épuise, des résonnances se produisent, qui nuisent à la netteté de l’audition, et les élèves des derniers bancs ne
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peuvent entendre que très imparfaitement. 8 à 9 mètres de côté, pour une classe de trente élèves, paraît être la disposition la plus avantageuse.
Malheureusement, ces sages préceptes demeurent le plus souvent lettre morte. Les enfants sourds, même et surtout aux yeux de leurs parents, passent pour être distraits ou paresseux : incessamment on les punit ; puis, comme un tel système ne donne rien de bon, on finit par ne plus s’occuper d’eux; on les relègue au fond de la classe, là où ils. ne gênent pas mais n’entendent plus. Et ainsi se fait.dans les établissements publics l’instruction de nos fils : on discute longuement en haut lieu, qui leur ouvrira le -mieuK l’intelligence du grec ou du latin ; et on ne songe pas que mieux vaudrait d’abord leur ouvrir les oreilles.
3° Adolescents. — Voici que l’instruction élémentaire de l’enfant est terminée : il s’agit maintenant de lui trouver un métier. Parfois, en cette occurence, en songe à prendre l’avis du médecin de famille, qui palpe le thorax, ausculte le cœur, mais ne songe pas à interroger l’oreille. Le jeune homme embrasse donc la carrière décidée : et huit, dix ans plus tard, apparaît une surdité qui l’arrête. Alors seulement notre homme s’inquiète, traîne en réflexions indécises pendant plusieurs années, qu’il met à profit pour essayer diverses panacées, toutes également infaillibles; et, en fin de compte, se décide, mais un peu tard, à conduire chez l’auriste des oreilles depuis longtemps hors de service. A ce moment de sa vie, il lui faut changer de métier et prendre une profession plus en rapport avec son infirmité; il finit par où il aurait dû commencer.
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Donc, montrez une fois l'oreille de vos enfants à qui de droit, avant de leur choisir une carrière.
S’ils gardent d’une otite infantile guérie un tympan perforé, détournez-les de toute profession qui touche à la mer ; s’ils demeurent sur la côte, trouvezleur un métier qui les retienne dans les terres.
Ont-ils eu pendant toute leur enfance des rhumes de cerveau, des maux de gorge récidivants? qu’ils évitent les travaux qui se font en plein air ; qu’ils n’aient pas à s’exposer professionnellement au vent et à la pluie.
• Appartiennent-ils à une famille où, de père en fils, on a l’oreille dure de bonne heure? craignez pour eux les professions bruyantes. Tâchez même de leur éviter le séjour des grandes villes, dont le bruit émousse à la longue la finesse des meilleures oreilles, et, à plus forte raison, celles qu’un vice d’héré- "dité a rendu plus délicates. Car les villes ne permettent même pas à nos: oreilles le repos de la huit, que donne à nos yeux l’écran de nos paupières. Jamais l’oreille ne se reposé, attendu qu’on entend en dormant : témoinTèxemple classique du meunier qui se réveille quand son moulin s’arrête.
Enfin, aux filles dont les mères et grand’mères sont devenue^ sourdes de bonne’ heure et sans cause -apparente, aux descendantes de ces familles où se transmet fidèlement l’héritage de la sclérose auriculaire, on serait tenté de faire, les. défenses que jadis Peter formulait aux cardiaques : « Filles, pas de mariage; femmes, pas d’enfants; mères, pas d’allaitement. » .
- 4° Adultes. — L’adulte doit se résigner à voir son
oreille peu à peu baisser comme le reste ; encore
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faut-il que eette déchéance auditive ne soit ni précoce ni précipitée. Aussi est-il prudent de faire de temps en temps vérifier son audition par quelqu’un dont c’est le métier, attendu qu’on est exposé à commettre de très grosses erreurs en contrôlant soimême sa portée auditive avec sa montre tenue à bout de bras.
Ce qui généralement n’est qu’une précaution, devient une nécessité dans certaines professions.
Les mécaniciens de chemins de fer doivent, au moins une fois par an, être soumis à une épreuve de l’ouïe. De par leur métier qui les expose d’une part aux coups de vent, d’autre part aux sifflets stridents, ils sont destinés à devenir sourds. Or, il n’est pas rare qu’ils soient, à leur insu, atteints d’une sorte de daltonisme auriculaire (Moos) qui leur ôte la faculté de percevoir les bruits aigus, c’est-à-dire précisément des signaux qu’ils ont le plus besoin de bien entendre.
Les chanteurs doivent aussi soumettre leur oreille à des examens périodiques. Tel perd un beau jour la justesse de sa voix, ou se met à crier sans égard pour les demi-teintes, qui n’a d’autre raison de faire ainsi que parce que son oreille défaillante contrôle mal son émission vocale.
Les malheurs de l’oreille viennent de ce qu’elle est impopulaire parmi les médecins, parce qu’elle se montre peu co mmun icative à leur égard et rebelle à leurs investigations. Or, ce que le médecin abandonne s’en va aux charlatans; et ceux-ci tirent des sourds un de leurs plus gros revenus. Par ignorance
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ou par calcul, ces empiriques entretiennent religieusement la foi des profanes dans les préjugés ataviques, demeurés encore aujourd’hui des dogmes auriculaires. Et ceux-ci nous barrent le chemin quand nous conseillons quelque mesure de sauvegarde pour i’oreille.
Deux préjugés surtout sont néfastes, on pourrait dire mortels : 1° que la suppuration d'oreille est un écoulement salutaire , éliminant lé trop plein de nos humeurs, ce qui condamne à la surdité des milliers de gens, en s’opposant aux mesures qu’on pourrait prendre en temps utile pour sauver ce qui-reste encore debout de l’appareil auditif ; 2° que la perforation du tympan fait pèrdre l'ouïe, ce qui plus d’une fois a fait refuser une paracentèse qui aurait prévenu une méningite.
Aussi le rôle du médecin d’oreille ne consiste pas seulement à sonder et à trépaner, mais surtout à prêcher et à convaincre: c’est une vie d’apostolat que nous avons à mener,, et qui n’est malheureusement pas près de finir. Gerber nous donne l’exemple, de notre devoir, en rédigeantles instructions relatives à la santé de l’oreille, sous forme d’un tableau qui devrait être distribué dans les familles, les écoles, les usines, et remis à tous ceux qui ont charge et responsabilité de vies ou d’intelligences humaines.