‹ Thérapeutique des maladies de la peauChapitre 79 sur 201 · LÉSIONS CUTANÉES DE LA SYRINGOMYÈLIE · texte numérisé non relu

LÉSIONS CUTANÉES DE LA SYRINGOMYÈLIE

et consistent en épaississement de la peau dont l'épiderme est fendillé, souvent avec des crevasses et des ulcérations rebelles, du type du mal perforant; d'autres fois en un état lisse de la peau qui est rouge ou violacée et peut présenter l'aspect de l'asphyxie locale ou être légèrement pigmentée ; d'autres fois, il y a des phlyetènes et des gangrènes, parfois des lésions eczématiformes ou vésiculeuses ; les ongles sont striés, atrophiés et déformés.

Les lésions des extrémités supérieures peuvent présenter une grande intensité, s'accompagner ou être précédées de panaris indolents avec nécrose des phalanges, laissant après eux des mutilations plus ou moins graves, et constituer une forme clinique spéciale, dont Morvan (de Lannilis) a fait connaître l'existence : d'où les noms de maladie de Morvan ou mieux de syringomyèlie type Morvan (Charcot), qui lui ont été donnés. Ajoutons cependant que, pour quelques auteurs, l'identité delamaladie de Morvan et de lasyringomyélie n'est pas établie, ou du moins, pour eux, tous les cas répondant à la description de cet observateur ne relèvent pas de la syringomyèlie et ce syndrome peut s'observer dans les névrites périphériques.

Traitement. — Le traitement des lésions cutanées de la syringomyèlie est d'autant moins satisfaisant que l'affection causale est à peu près fatalement incurable, et que tout au plus on peut espérer en arrêter les progrès par l'emploi des iodures, de l'hydrothérapie et de la révulsion sur le rachis. L'électrothérapie peut cependant être utilisée à la fois cou Ire la lésion médullaire et contre ses manifestalions cutanées. Les inhalations d'oxygène peuvent également être tentées dans les formes qui se rapprochent de l'asphyxie des extrémités.

Localement, on devra se contenter de panser asepliquement, au moyen de l'iodoforme, del'aristol, du salol ou du dermatol, les ulcérations et les fissures, ainsi que les phlyctènes, et surtout on devra protéger les parties malades contre les traumalismes et les brûlures, dont les conséquences sont aggravées par la mauvaise nutrition du tégument, et auxquels elles sont d'autant plus exposées que l'anesthésie coïncide constamment avec les lésions cutanées.

Exposé clinique et pathogénique. — Sans parler ici des maladies infectieuses à déterminations cutanées normales, constituant un des symptômes capitaux de l'infection, nous devons signaler les dermatoses survenant au cours d'un certain nombre de maladies infectieuses, à titre de complications et d'épiphénomènes.

Les maladies spécifiques, comme lafîèvre typhoïde, les fièvres éruptives,la vaccine, le choléra, la blennorrhagie, la dysenterie, la grippe, la fièvre intermittente, la diphthérie, la pneumonie, la méningite cérébro-spinale; les infections banales, comme l'infection purulente, l'infection perpuérale, les angines, les stomatites, les endocardites infectieuses, les entérites, les ictères graves, etc., peuvent s'accompagner ou se compliquer de manifestations cutanées

très diverses.

Le mécanisme de celles-ci est des plus variables. Parfois, mais bien rarement, produites par des embolies, dans les vaisseaux cutanés, du microorga-

nisme causal ou d'un agent d'infection secondaire, elles sont dues d'autres fois à l'action de ce microorganisme sur le système nerveux.

Plus souvent encore, elles semblent être produites, non par un agent animé, mais par les poisons qu'il sécrète, comme pour les éruptions de la diphthérie, des angines, des stomatites, de la blennorrhagie, poison agissant sur la peau soit directement, soit par l'intermédiaire du système nerveux.

D'autres fois encore, la maladie infectieuse n'a fait, en affaiblissant l'organisme et en altérant la nutrition du tégument, que préparer le terrain à des infections cutanées secondaires d'origine externe, par exemple les éruptions ecthymateuses de la convalescence de la variole et de la fièvre typhoïde.

Les éruptions survenant au cours des maladies infectieuses revêtent les formes les plus variées, depuis l'érythème jusqu'à l'eschare.

Les érythèmes peuvent se présenter sous les diverses formes de l'érythème polymorphe, comme dans les angines et la diphthérie ; sous l'aspect de la roséole, comme danslablennorrhagie, le choléra, etc. ; ils peuvent se généraliser, revêtir la forme scarlatinoïde comme dans l'infection puerpérale, la fièvre typhoïde.

D'autres fois, il se développe de l'urticaire (ictères graves, fièvre intermittente), des lésions purpuriques (formes hémorrhagiques des fièvres éruptives, fièvre typhoïde, ictères graves) généralisées, disséminées sans ordre ou symétriques, parfois localisées (embolies microbiennes des endocardites ulcéreuses, de la pneumonie).

Plus souvent, l'éruption se montre sous la forme d'herpès (pneumonie, angines, méningite cérébro-

spinale) ou de miliaire, exceptionnellement sous la forme de bulles ou de phlyctènes.

Les lésions pusLuleuses sont surtout fréquentes dans la convalescence des infections graves; rarement dues à l'élimination par la peau des microorganismes pathogènes, elles sont ordinairement le résultat de l'infection de la peau de dehors en dedans et affectent la forme de l'ecthyma ou du furoncle.

Les gangrènes d'origine vasculaire ou produites par la pression sont tantôt sèches, tantôt humides, j

Traitement. — Les conditions pathogéniques multiples de ces éruptions, plus encore que la diversité de leurs formes cliniques, montrent que leur traitement est des plus variables.

La plupart d'entre elles se confondent dans un complexus symptomatique grave, dont elles ne forment qu'un élément très accessoire, et ne réclament aucune intervention thérapeutique spéciale ou se trouvent traitées par la médication dirigée contre la maladie primitive : tels sont les érythèmes et les hémorrhagies cutanées survenant dans les fièvres graves.

Les érythèmes, les urticaires, les éruptions purpuriques apparaissant dans des états infectieuxbénins doivent être traités comme les éruptions d'origine toxique, dont ils partagent le mécanisme pathogenique : évacuations intestinales, diurétiques, antisepsie des voies digestives; localement application

de poudres inertes.

Les éruptions vésiculeuses généralisées reclament le même traitement externe. Le traitement de 1 her| pès des maladies infectieuses consiste uniquement, dans l'application de pommade boriquée.

Les lésions pustuleuses des convalescents seront!

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soumises aux Irailements locaux habituels de l'ec- Ihyma, d'autant plus rigoureusement qu'elles peuvent devenir l'origine de suppurations viscérales, infections secondaires rendues plus graves encore par l'état d'affaiblissement des malades; l'usage de l'antisepsie intestinale sera utile pour combattre la tendance aux suppurations multiples, mais ne devra jamais faire négliger le pansement local, alors même que l'ecthyma paraîtrait dû à des décharges microbiennes par la peau.

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Exposé clinique et étiologiqnc. — Sous le nom de

myxœdème (Ord) ou de cachexie pachydermique (Charcot), on décrit un état morbide dû au fonctionnement insuffisant (arrêt de développement ou atrophie), à l'absence congénitale ou à l'extirpation du corps thyroïde.

Outre les troubles cérébraux (idiotie ou tout au moins apathie) qui sont portés au maximum dans les cas d'origine congénitale, le myxœdème se traduit par des altérations du tégument externe, qui est blafard, épaissi, infiltré, sans présenter toutefois la dépressibilité spéciale des œdèmes par troubles de la circulation sanguine. Ces altérations cutanées, jointes aux troubles intellectuels et moteurs, impriment au visage un aspect tout particulier d'impassibilité; elles se montrent également sur les autres segments du corps.

Les glandes cutanées sont en outre, surtout dans le myxœdème congénital, le siège de troubles de sécrétion : séborrhée concrète formant parfois des

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placards étendus rappelant l'aspect de l'ichthyose, compliquée de lésions eczémateuses sur le cuir chevelu, absence de sécrétion sudorale.

Traitement. — Ces modifications des sécrétions cutanées sont parfois assez accusées pour nécessiter un traitement local : la séborrhée sera combattue par des lavages répétés avec de l'eau savonneuse ou de la décoction de bois de Panama, par des applications de pommades soufrées et salicylées ; les complications eczémateuses seront traitées par les moyens appropriés : pommades soufrées, pommade à l'oxyde de zinc, etc. L'emploi judicieux de ces modes de traitement parviendra le plus souvent à faire disparaître des lésions, sans gravité il est vrai, et très accessoires même par rapport à la maladie primordiale, mais qui cependant ne doivent pas être entièrement négligées ; nous ne pouvons, après expérience personnelle, admettre avec M. Bourneville que les lésions eczémateuses du cuir chevelu des idiots myxœdémateux résistent aux soins de propreté et au traitement local.

L'absence de sécrétion sudorale et l'infiltration des téguments ont conduit à recourir aux bains de vapeur, aux bains sulfureux, au massage : on peut obtenir par ces moyens un bénéfice léger, mais temporaire, et ils ne peuvent guère que servir d'adjuvants au traitement rationnel du myxœdème.

Horsley a le premier proposé (l), en se fondantsur le rôle du corps thyroïde dans la pathogénie du myxœdème et sur ses expériences de greffe thyroïdienne chez les animaux thyroïdectomisés, de greffer sous la peau des myxœdémateux des glandes thy-

(1) BritishmedicalJournal, 8 février 1890, p. 287.

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roïdes d'animaux. Les tentatives de M. Lannelongue, deBircher, de Kocher, de MM. Merklen et Walther, bientôt suivies de celles d'un grand nombre d'opérateurs, ont montré que certains symptômes, notamment les lésions des téguments et les troubles intellectuels subissaient une modification favorable à la suite de la greffe de corps thyroïde de mouton ou de fragments de goitre (Bircher).

Cependant ces modifications sont loin de persister dans tous les cas, l'organe greffé se résorbant au bout d'un temps assez court et cessant de suppléer à l'absence ou au fonctionnement insuffisant du corps thyroïde du sujet opéré ; il faudrait donc renouveler la greffe à plusieurs reprises et à intervalles peu éloignés.

Cette difficulté, réelle malgré l'innocuité de l'opération, a conduit à remplacer la greffe thyroïde par l'administration du corps thyroïde (1) en nature ou de suc thyroïdien, par la voie gastrique et par la voie hypodermique. De nombreux essais ont été faits, en Angleterre d'abord, puis en France, et ont donné des résultats très remarquables.

La médication thyroïdienne, contrairement à ce que pensaient ses premiers adeptes, n'est pas absolument sans danger. Des doses trop élevées peuvent provoquer des accidents graves, parfois mortels : élévation de température, insomnie, douleurs dans les membres, troubles cardiaques.

La médication doit donc être instituée avec prudence et ses résultats surveillés.

Le mode le plus recommandable d'administration du corps thyroïde est l'ingestion en nature, qui

(I) Voir à ce sujet Derbien. Thèse de Paris, 2 février 1893.

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permet de contrôler la fraîcheur du produit. Le corps thyroïde, coupé en tranches minces, est donné dans du bouillon. La dose habituelle est, d'après M. P. Marie (1), un lobe de corps thyroïde demoulon par jour pendant les trois ou quatre premiers jours. Sous l'influence du traitement, on voit la température devenir normale ou s'élever au-dessus de la normale, la quantité d'urine augmenter. On donne alors un lobe seulement tous les 2 jours et on voit assez rapidement les téguments prendre un aspectnormal, la sueur reparaître, les poils repousser, en même temps que les troubles psychiques s'amendent. Lorsque l'amélioration est bien marquée, on diminue encore la dose, ne donnant plus qu'un lobe tous les 3,4 ou 5 jours, quitte à rapprocher leuradministration si les phénomènes myxœdémateux tendaient à se reproduire.

Le traitement thyroïdien ne guérit pas le myxœdème, mais en pallie simplement les symptômes, de sorte qu'il doit être continué pendant un temps fort long, peut être indéfiniment : la ration d'entretien semble, d'après M. P. Marie, être d'un lobe ou d'un demi-lobe tous les 4 ou 5 jours.

La formule définitive de ce traitement n'est sans doute pas encore trouvée, et il est possible que son mode d'emploi se perfectionne. Tel qu'il est connu aujourd'hui, il donne déjà des résultats satisfaisants tant dans le myxœdème congénital, où il ne faut cependant pas lui demander de rendre aux sujets une intelligence vive, que dans le myxœdème acquis ou opératoire. C'est donc à lui qu'il faudra s'adresser, d'autant que, sauf dans un cas exceptionnel de

(1) Société médicale des hôpitaux, 9 février et 18 mai 1894.

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Kœhler (1), où l'atrophie thyroïdienne d'origine probablement syphilitique a guéri sous l'influence du traitement spécifique, aucune autre médication interne ou externe n'a jamais donné de résultats satisfaisants.

(1) Diuts. med. Wochenschr, 1891. — Pospelow, Monats. f. prakt Dermat., 1™ août 1894, p. 125, rapporte un cas de myxœdeme syphilitique; mais, outre le traitement mercuriel, le sujet a été soumis à la médication thyroïdienne.

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