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LICHEN CIRCONSCRIT

Le lichen circonscrit est extrêmement prurigineux. Il persiste pendant plusieurs mois, limité à une seule région ou occupant simultanément des points presque toujours asymétriques, et, contrairement au lichen de Wilson, récidive souvent à échéances plus ou moins éloignées.

Cette affection est plus fréquente chez la femme que chez l'homme. Elle se développe presque toujours chez des sujets entachés de névropalhie, fréquemment à la suite d'émotions morales vives ou de surmenage intellectuel.

Traitement. — Le traitement général du lichen circonscrit est calqué sur celui du lichen de Wilson. Les modificateurs du système nerveux, el en particulier les douches tièdes, y donnent des résultats presque toujours remarquables. L'arsenic, très vanté par Vidal, doit être associé à ces agents thérapeutiques, auxquels il faut ajouter l'hygiène physique et morale. Le traitement interne doit être continué pendant plusieurs semaines après la guérison des lésions cutanées, sous peine de voir celles-ci reparaître.

Localement, on doit commencer par combattre, s'il y a lieu, les complications eczémateuses par les moyens appropriés (enveloppements humides avec des compresses imbibées de solutions de sublimé, de.phéno-salyl, de salicylate de soude, etc., enveloppement de caoutchouc, pommades à l'oxyde de zinc additionnées d'acide salicylique).

Lorsque celles-ci ont disparu ou lorsqu'elles font défaut, on peut recourir aux pommades antiprurigineuses (glycérolé tartrique de Vidal, pâtes de zinc phéniquées ou mentholées, etc.); mais le traitement occlusif est de beaucoup préférable : lorsque ses

STROPilULUS

agents sont bien supportés par les téguments, on voit parfois rapidement disparaître le prurit et les lésions cutanées s'affaisser, puis disparaître complètement dans l'espace de quelques semaines.

Les emplâtres adhésifs simples ou boriqués, l'emplâtre rouge de Vidal, l'emplâtre de Vigo lorsqu'il est supporté, peuvent être utilisés dans le traitement du lichen circonscrit; plus rarement, et lorsque l'affection résiste à leur emploi, on aura recours aux emplâtres salicylés faibles ou résorcinés. Les emplâtres, quels qu'ils soient, doivent être enlevés tous les deux jours, et remplacés après lavage avec une solution antiprurigineuse.

Nous avons fréquemment, mais non toujours, obtenu de bons résultats de l'application de colle dans le lichen circonscrit.

Les traitements précédents échouent dans quelques cas ; c'est seulement après la preuve de leur inefficacité qu'on peut recourir à des topiques plus actifs : applications de savon noir, de pommades pyrogalliques ou chrysophaniques, ou d'huile de cade.

STROPHULUS

Expose clinique et élioîogique. — Bien que le nom de strophulus ait disparu de la plupart des traités récents de dermatologie, nous croyons utile de le conserver pour désigner une affection sur la dénomination de laquelle les auteurs ne sont pas d'accord et qui est appelée par les uns urticaire papuleuse infantile, par d'autres lichen simples aigu (Vidal) prurigo simplex aigu (Brocq), varicelle-prurigo' (Hutchinson), prurigo de dentition, etc.

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Le nom de strophulus a au moins l'avantage de supprimer les discussions théoriques et de ne pas préjuger une assimilation avec d'autres formes dermatologiques, auxquelles l'affection emprunte des caractères communs sans s'identifier complètement à elles.

Le strophulus est caractérisé par de petites papules rosées, acuminées, apparaissant rapidement, de préférence la nuit, se recouvrant bientôt à leur centre d'un très minime soulèvement vésiculeux qui est remplacé en quelques heures par une mince croùtelle jaunâtre ; à ce moment, la saillie papuleuse est devenue blanche, moins saillante; elle s'efface en quelques jours, laissant à sa place une macule blanche ou pigmentée. Les éléments, toujours disséminés, apparaissent par poussées se succédant pendant quelques jours, accompagnées d'un prurit souvent intense.

Le strophulus se développe le plus souvent chez es enfants, soit à l'occasion de l'éruption des dents, soit à propos de troubles digestifs engendrés par une nourriture défectueuse et mal réglée, en particulier chez les enfants soumis trop hâtivement à l'alimentation carnée, surtout chez ceux à antécédents héréditaires névropathiques et arthritiques.

11 s'observe également chez les adultes où il a été plus particulièrement décrit sous les noms de prurigo simplex et de lichen simplex, et se développe ordinairement de 15 à 30 ans chez des sujets nerveux ou atteints de troubles digestifs divers.

Traitement. — Le traitement interne du strophulus s'adresse aux causes qui en déterminent l'apparition.

Chez l'enfant, on régularisera l'alimentation, on espacera convenablement les tétées, on supprimera

ECZÉMAS

les aliments qui ne conviennent pas à l'âge de l'enfant, on fera l'antisepsie intestinale au moyen de bètol, on combattra la constipation, et, si l'éruption est en rapport avec l'évolution dentaire, on donnera de faibles doses de bromure de potassium en même temps qu'on fera faire sur les gencives des frictions avec des collutoires au bromure de potassium et à la cocaïne (1 gramme de bromure et 20 centigrammes de cocaïne pour 20 grammes d'excipient).

Chez l'adulte, on traitera les troubles digestifs, on administrera les antiseptiques intestinaux, les alcalins et les laxatifs, on prescrira un régime sévère, et on combattra la tendance à la congestion cutanée par le bromhydrate de quinine et par les médicaments nervins, belladone, valériane, etc.

Le traitement local, très analogue à celui de l'urticaire, consiste clans l'emploi des poudres inertes, des lotions antiprurigineuses et surtout des pâtes de zinc additionnées de menthol ou d'acide phénique. M. Dubreuilh (1) vante particulièrement les onctions avec l'huile mentholée à 4 ou à 10 0/0.

ECZÉMAS

Le groupe des eczémas renfermait, pour les anciens dermatologistes, et renferme encore aujourd'hui, pour certains auteurs, un grand nombre d'affections en réalité fort disparates, caractérisées par la production de vésicules éphémères dont la rupture est suivie de l'exsudation d'un liquide séreux se concrétant en croûtes d'aspecL variable, ou laissant une desquamation d'apparence également variable.

(1) Archives cliniques de Bordeaux, avril 1894, p. 161.

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Rien n'est plus artificiel que la constitution de ce groupe, dans lequel on a confondu comme à plaisir presque touLes les lésions à forme vésiculeuse, qu'elles soient banales et accidentelles, ou qu'elles constituent la maladie entière et relèvent d'une cause générale.

Un certain nombre d'affections en ont été déjà distraites avec raison, et nous décrivons, dans des chapitres différents, des dermatoses que la plupart des auteurs rattachent à l'eczéma.

Les dermites artificielles à forme vésiculeuse, malgré leur ressemblance avec les formes aiguës de l'eczéma, s'en éloignent par leur tendance à la guérison rapide et ne peuvent être considérées, avec l'école de Vienne, comme le type de l'eczéma aigu; nous avons cependant eu soin de faire remarquer que, chez les sujets prédisposés, elles peuvent être l'origine d'eczémas véritables et longuement persistants.

11 convient également de séparer de l'eczéma la dyshidrose, bien que dans quelques cas les vésicules eczémateuses puissent présenter les caractères extérieurs des vésicules dyshidrosiques.

L'impéLigo, affection contagieuse, inoculable, manifestement parasitaire, se distingue très nettement par son évolution rapide des eczémas à sécrétions jaunâtres impétiginiformes.

Nous avons rangé parmi les lichens, sous le nom de lichen circonscrit, une affection que les auteurs allemands considèrent comme une variété d'eczéma, l'eczéma papuleux : l'absence de vésicules au début de la maladie eL pendant tout son cours, sauf complications produites par le grattage, nous parait suffisante pour justifier ceLte manière de voir.

ECZÉMAS EN GÉNÉRAL

De même, nous avons, avec M. Besnier, décrit, sous le nom de prurigos dialhésiques, des affections considérées généralement comme des eczémas, mais dans lesquelles le développement des lésions vésiculeuses est manifestement secondaire, consécutif aux grattages : il s'agit là d'eczématisations secondaires, comme l'a fort bien dit M. Besnier, et non pas d'un eczéma à proprement parler.

A notre avis, la dissociation du groupe eczéma est encore très loin d'être complète : l'avenir en distraira des types cliniques particuliers, que, faute de données suffisantes et d'une étiquette appropriée, on y range encore actuellement: la précision du langage dermatologique et celle de la thérapeutique y gagneront, comme elles ont gagné déjà à la constitution des affections que nous venons d'énumérer; mais le moment n'est pas encore venu de procéder à ce déclassement complet de l'eczéma; il reste encore actuellement dans ce groupe des états morbides qu'on ne peut désigner sous un autre nom et que nous devons étudier à cette place.

Nous exposerons dans ce chapitre les caractères cliniques et l'étiologie des eczémas en général, le traitement qui leur convient ; puis nous étudierons à part les localisations de l'eczéma dont les symptômes et le traitement offrent quelque particularité.

Les eczémas en général,

Exposé clinique et étioiogique. — Les affections actuellement désignées sous le nom d'eczémas sont caractérisées par le développement de vésicules de petites dimensions, généralement acuminées, se rompant au bout d'un temps assez court, et laissant

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à leur place de petites perforations épidermiques arrondies, par lesquelles s'écoule une sérosité de consistance gommeuse, empesant le linge; cette sérosité se concrète en croûtes d'apparence variable, tantôt grisâtres, tantôt jaunâtres, minces ou épaisses, (eczéma impètigineux des auteurs, qu'il vaut mieux désigner sous le nom à! eczéma impètiginif orme).

Ces lésions reposent le plus souvent sur une base érythémateuse qui les entoure dans une étendue variable ; la rougeur peut, dans certaines variétés, occuper une grande étendue du tégument et constituer la lésion la plus apparente, sur laquelle les éléments vésiculeux sont, au débutaumoins, disséminés et peu visibles (eczéma rubrum) ; la teinte rouge peut s'accompagner d'une tuméfaction et d'une infiltration plus ou moins prononcées du tégument.

Ces deux ordres de lésions, vésicules éphémères et congestion de voisinage, sont surtout apparentes dans les eczémas aigus : celte dénomination s'applique surtout au mode de début de l'affection, car, une fois constitués, les eczémas ont presque toujours tendance à persister pendant un temps fort long, parfois indéfini.

L'évolution ultérieure des lésions eczémateuses est très variable : les perforations épidermiques et les sécrétions auxquelles elles donnent lieu peuvent être, pendant un temps variable, la seule manifestation de la maladie ; puis l'aspect clinique se modifie, les sécrétions deviennent moins abondantes, l'eczéma d'humide devient sec, l'épidémie qui recouvre les surfaces malades desquame plus ou moins abondamment; la rougeur périphérique s'atténue, mais souvent aussi l'infiltration dermique devient plus prononcée et l'eczéma prend l'aspect lichénoïde ; plus

ECZÉMAS EN GÉNÉRAL

tard, la desquamation persiste seule, finit par devenir moins apparente, et la maladie guérit sans laisser aucune trace de son existence, sans jamais donner lieu à la formation de cicatrices.

Les eczémas primitivement chroniques évoluent souvent d'une manière un peu différente.

Leur début, au lieu d'être caractérisé par la production de vésicules, est ordinairement marqué par une desquamation fine, peu adhérente, qui peut, avec un certain degré de rougeur, constituer seule toute la maladie {eczéma pityriasique, pityriasis simplex des auteurs) ; puis la peau s'épaissit, s'infiltre, la lésion devient saillante, des vésicules très éphémères se développent, puis se rompent, donnant lieu à une sécrétion d'apparence variable, souvent entremêlée de squames ; parfois même les squames existent seules pendant toute la durée de la maladie, et peuvent atteindre une épaisseur considérable, constituant une couche résistante {eczémas cornés) ; l'infiltration du tégument peut se traduire par la production de saillies isolées analogues à des papules (eczéma papuïeux) ou de placards épais (eczéma lichènoïde) au niveau desquels il n'est pas rare de voir se produire des sillons et des fissures plus ou moins profonds, suintants ou sanguinolents (eczéma ftssarairé).

L'eczéma séborrhéique de Unna est caractérisé initialement par le développement de disques arrondis, à contours rouges, plus ou moins squameux, à centre jaunâtre ou brunâtre, recouvert ou non de squames sèches ou grasses, ou de croûtes jaunâtres et graisseuses. Les lésions peuvent se déformer plus tard et s'étendre en placards irréguliers. L'eczéma séborrhéique coïncide avec la séborrhée du cuir chevelu et peut occuper les sièges les plus variés : cuir che-

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velu, face, régions supérieures du thorax, organes génitaux, plis articulaires et continuité des membres. Nous ne pouvons, dans un ouvrage essentiellement pratique, donner des développements plus considérables à la question de l'eczéma séborrhéique, question encore pleine d'ambiguïtés. Le lecteur qui voudrait approfondir ce sujet le trouverait traité dans la dernière publication de Unna (1) : nous indiquerons plus loin les indications particulières au traitement de l'eczéma séborrhéique, et nous aurons à revenir sur ce point à propos de la séborrhée (Voir T. II, p. 125).

Les lésions eczémateuses sont donc essentiellementpolymorphes, et ces différences d'aspect s'observent non seulement d'un sujet à l'autre, mais encore chez un môme sujet suivant les régions.

Le polymorphisme de cette affection est encore accru par la disposition variable de ses éléments. Ceux-ci peuvent être disséminés irrégulièrement sur le tégument, dont ils occupent une étendue plus ou moins considérable; ils peuvent, par contre, se grouper de façon à former des surfaces généralement arrondies, à contours plus ou moins nets [eczéma circulé, eczéma en placards, eczéma nummuîaire), au pourtour desquels on rencontre presque toujours des éléments aberrants à disposition irrégulière, présentant ou non les mêmes formes cliniques que ceux des placards principaux.

Ces lésions peuvent se disposer d'une manière systématique, occupant symétriquement les régions homologues, ou se développer sans aucun ordre sur les téguments.

(1) Sammlunrj Minischer Vortrâge, 1894 (Analyse par Doyon, in Annales de Dermatologie, 189 i, p. 573).

ECZÉMAS EN GÉNÉRAL

Les éruptions eczémateuses sont le plus souvent prurigineuses : le prurit peut précéder ou accompagner leur développement ; il persiste généralement pendant toute leur durée, moins prononcé dans les formes humides et suintantes que dans les formes sèches; il reparait souvent avec une grande intensité lorsque le suintement cesse et que la maladie tend à la guérison, en constituant alors le symptôme le plus pénible.

Des complications locales, des lymphangites et des adénites, dues à des infections microbiennes surajoutées, peuvent survenir dans les diverses formes d'eczémas, moins fréquemment cependant que dans les éruptions artificielles eczématiformes. L'érysipèle peut également se développer sur des surfaces eczémateuses, et cette complication est la cause des éléphantiasis consécutifs aux eczémas des membres inférieurs. La possibilité de ces accidents prouve qu'on ne saurait impunément négliger le traitement local des eczémas.

Des complications viscérales peuvent également se produire dans le cours des eczémas, dues tantôt à la pénétration des organismes pathogènes pullulant à leur surface, tantôt aux troubles des fonctions cutanées engendrés par leur présence, tantôt aux états constitutionnels dans lesquels ils se développent, et peuvent toutes réclamer une intervention thérapeutique.

Les causes des eczémas sont des plus variables et des plus complexes : il est peu de dermatoses où on puisse plus justement incriminer l'association de mécanismes pathogéniques multiples.

La prédisposition individuelle y joue un rôle de premier ordre : il est indiscutable que, dans cer-

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taines familles, peu cle membres échappent pendant toute leur existence à des éruptions eczémateuses plus ou moins étendues, d'apparence variable. Dans ces familles, l'eczéma s'associe presque toujours à. la goutte, aux lithiases biliaire et rénale, aux manifestations articulaires chroniques, aux migraines, aux névralgies diverses, en un mot à toutes les manifestations de l'arthritisme, dont l'eczéma est tantôt le compagnon, tantôt l'équivalent morbide. C'est surtout à l'aide de cette dermatose qu'on peut actuellement soutenir, contre l'école de Vienne, les idées de Bazin sur l'origine diathésique des dermatoses.

L'influence de l'arthritisme peut se faire sentir à tous les âges : elle est cependant plus nette chez l'adulte et le vieillard que chez l'enfant; chez ce dernier, le lymphatisme intervient fréquemment, uni à d'autres causes générales ou locales, non seulement pour favoriser le développement de l'eczéma, mais encore pour en modifier l'aspect clinique et lui faire revêtir plus spécialement la forme suintante.

A côté des états diathésiques il faut faire une place importante dans la production de l'eczéma aux lésions des différents viscères, que ces lésions soient elles-mêmes sous la dépendance d'un état diathésique ou qu'elles surviennent accidentellement sous une influence quelconque.

Le rôle des troubles digestifs est reconnu par l'immense majorité des médecins et on comprend difficilement comment quelques-uns persistent à le nier : non seulement les troubles dyspeptiques chroniques, la dyspepsie nervo-motrice, la constipation habituelle entre autres, peuvent provoquer ou entretenir des lésions eczémateuses; mais encore, et-

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cela est d'observation quotidienne, des écarts de régime, une alimentation excitante, l'ingestion de boissons alcooliques déterminent souvent une poussée aiguë dans le cours d'un eczéma chronique.

Les lésions hépatiques chroniques, les congestions hépatiques de toute cause, peuvent produire le même effet.

Les lésions rénales, néphrites aiguës ou chroniques, l'insuffisance passagère de la sécrétion urinaire jouent très souvent un rôle analogue à celui des lésions et des troubles fonctionnels des voies digestives.

L'uricémie a été accusée de jouer le rôle principal dans les manifestations cutanées de l'arthritisme et de l'eczéma en particulier; si elle ne peut en être considérée comme la seule cause, si les autres toxémies concomitantes ne doivent pas être négligées dans l'interprétation de ses effets, elle ne peut cependant être disculpée ; elle est, en outre, d'une constatation plus facile que les autres altérations du sang qui l'accompagnent, et fournit ainsi une indication thérapeutique plus facile à saisir.

La glycosurie intervient plus rarement dans la production de l'eczéma: comme l'uricémie, elle est la traduction d'une tare diathésique et d'un état constitutionnel dont les autres manifestations concourent au développement de cette dermatose ; mais le parallélisme qu'on observe entre les lésions cutanées et l'intensité de la glycosurie ne permettent pas de nier que celle-ci ne joue un rôle capital dans la détermination des premières.

Le rôle du système nerveux dans le développement de l'eczéma a été très diversement apprécié: alors que quelques auteurs décrivent un eczéma

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nerveux, dont ils font une sorte de dermatoneurose, d'autres pensent que le système nerveux n'a rien à voir avec cette dermatose. Nous croyons qu'il y a lieu d'adopter une opinion intermédiaire. Il est incontestable que quelques éruptions eczémateuses, dont la plupart devraient sans doute être rapportées au prurigo diathésique de M. Besnier, surviennent chez des sujets fortement entachés de nervosisme, à l'occasion d'une émotion vive, d'un choc moral; mais souvent, dans ces cas, le trouble du système nerveux n'agit pas directement sur la peau, et retentit sur celle-ci par l'intermédiaire de quelque modification de la nutrition générale. Plus souvent les perturbations nerveuses provoquent une exacerbalion de lésions eczémateuses préexistantes; c'est ainsi que les fatigues physiques, le surmenage intellectuel, les émotions sont suivis chez les eczémateux de poussées aiguës, dans l'interprétation pathogénique desquelles il faut faire jouer un rôle aux troubles nutritifs et aux altérations humorales provoqués par ces perturbations. Le système nerveux n'est donc le plus souvent qu'un chaînon intermédiaire entre une cause accidentelle et une lésion cutanée consécutive. Dans d'autres cas, le nervosisme du sujet modifie la lésion cutanée dont il est porteur : les eczémas persistants et très prurigineux sont essentiellement des dermatoses de sujets entachés de nervosisme par prédisposition héréditaire ou acquise ; d'ailleurs l'association du nervosisme et de l'arthritisme est trop commune pour que le système nerveux n'ait pas fréquemment à imprimer un cachet particulier aune dermatose aussi intimement liée aux états diathésiques.

Le rôle des causes générales et viscérales dans

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l'étiologie des eczémas est indiscutable et primordial ; sans elles, les causes externes ou locales ne sauraient déterminer que des lésions passagères, eczématiformes d'aspect, non eczémateuses de nature. Il y a, à notre avis et nous nous sommes déjà expliqué sur ce point, nécessité d'établir une distinction théorique et clinique entre ces deux ordres de dermatoses.

Les irritations les plus diverses peuvent intervenir à titres de causes déterminantes clans le développement des eczémas : des frottements répétés, des traumatismes tels que ceux produits par le grattage dans les dermatoses prurigineuses de toute origine, la présence de parasites animaux dans la gale ou dans la phthiriase, ou végétaux comme dans les trichophyties, le contact accidentel ou professionnel de substances chimiquement ou banalement irritantes, la présence de lésions qui modifient localement la nutrition de la peau comme les varices, etc., peuvent les engendrer chez les sujets prédisposés.

Le rôle des parasites microbiens dans la production de l'eczéma est plus difficile à interpréter. Certains eczémas, dans lesquels on ne découvre pas de parasites déterminés, offrent cependant, clans leur mode de dissémination et surtout dans le mode d'agmination de leurs éléments, des caractères qui semblent indiquer leur origine parasitaire. Unna attribue à la présence d'un microcoque spécial le développement de l'eczéma séborrhéique, dont certaines formes offrent, en effet, nettement l'apparence de lésions parasitaires; mais cette opinion est loin d'être admise par la majorité des dermatologistes.

Il est vraisemblable que, si les parasites microbiens interviennent dans la production de certains eczémas, les espèces parasitaires en cause sont multiples et

peut-être banales, qu'elles ne font que préparer le terrain sur lequel les réactions cutanées se produisent, en raison de la prédisposition du sujet, sous la forme eczémateuse.

Ces parasites peuvent encore jouer dans l'eczéma un rôle différent et, se greffant sur des lésions constuées, modifier leur aspect et leur forme clinique; mais elles produisent alors des complications locales surajoutées à l'eczéma, et non l'eczéma lui-même.

Traitement. — Comme l'a dit avec juste raison M. Besnier à propos du traitement général de cette affection, il n'y a pas un traitement de l'eczéma, mais « des eczémateux qu'il faut traiter suivant l'espèce particulière d'eczéma dont ils souffrent, suivant leur état diathésique, suivant les conditions d'organes et de fonctions qu'ils présentent ».

La multiplicité, la variabilité et la complexité des causes qui interviennent dans la production des eczémas peuvent déjà, à elles seules, faire préjuger le bien fondé de ce précepte : la variabilité des réactions cutanées chez les eczémateux sous l'influence des applications externes démontre qu'il s'applique également au traitement local.

On peut dire que le traitement de l'eczéma est un des problèmes les plus embarrassants de la pratique dermatologique : il est peu d'affections qui nécessitent de la part du médecin plus d'attention, plus d'expérience générale, plus d'observation minutieuse des résultats produits par les agents thérapeutiques.

Une question préjudicielle se pose en présence d'un cas d'eczéma: faut-il le traiter ? N'y a-t-il pas à craindre que cette manifestation d'un état diathésique ne puisse alterner avec d'autres localisations de la diathè.se et, si on la guérit, être remplacée par quelque

autre affection de môme origine, plus gênante ou plus grave ?

Les faits d'alternances morbides sont en réalité beaucoup plus rares que ne le prétendent certains auteurs : nous avons, sur ce point, assez nettement formulé notre opinion et ses conséquences au point de vue thérapeutique pour n'avoir pas à y revenir : nous renvoyons le lecteur à ce que nous avons dit précédemment (T. I, p. 3) au sujet de la nécessité et du mode de l'intervention dans les dermatoses, et nous rappelons seulement ici que pour nous, s'il y a parfois lieu de ne pas guérir, ou au moins de ne pas guérir rapidement certains eczémas, il y a toujours lieu de les traiter.

Ce traitement comprend deux modes principaux d'intervention : le traitement interne et le traitement externe.

En aucun cas, le traitement interne ou général ne doit être négligé chez les eczémateux; c'est seulement en modifiant l'état général et les lésions viscérales causales qu'on peutespérer guérir une affection dans laquelle lesagents extérieurs ne font que mettre en jeu une disposition constitutionnelle.

Le traitement général est, en outre, la sauvegarde contre les complications viscérales auxquelles l'eczéma pourrait être accusé de donner lieu; que ces complications soient le résultat d'une alternance entre des manifestations d'une même diathèse ou qu'elles soient produites par la disparition d'un eczéma jouant le rôle d'émonctoire, c'est en traitant la diathèse, en modifiant les échanges organiques et en activant les éliminations par les voies naturelles qu'on empêchera ces répercussions viscérales.

Ainsi compris, le traitement général des eczéma-

[eux peut avoir à remplir des indications très diverses suivant les états pathologiques au cours desquels survient l'eczéma. Tout d'abord, chez les arthritiques, on aura recours aux alcalins, bicarbonate de soude, administré au commencement des repas, sous forme de solutions ou d'eau de Vichy, de Vais, etc., ou en cachets plutôt encore que sous la forme de sirops analogues du sirop alcalin de Bazin, au benzoate de soude, àlalithine administrée en cachets ou en solutions gazeuses et aux diurétiques.

Chez les jeunes sujets lymphatiques, on administrera l'huile de foie de morue, les préparations d'iode et d'iodure de fer, le sirop antiscorbutique, les phosphates terreux, etc.

Chez les sujets anémiques, on donnei'a du fer.

L'arsenic, dont on a tant abusé dans l'eczéma comme dans d'autres dermatoses, est utile chez les sujets dont la nutrition est languissante, chez les arthritiques déprimés par quelque affection intercurrente et chez ceux qui ont abusé des alcalins. On le proscrira dans les eczémas à marche aiguë et dans les poussées aiguës d'eczéma chronique, et on le réservera presque exclusivement aux formes sèches dans lesquelles on doit, pour en obtenir un effet utile, le porter à doses suffisamment élevées; la liqueur de Fowler, les solutions d'arséniate de soude et l'eau de la Bourboule sont, en pareil cas, les meilleurs modes d'administration de l'arsenic.

Le soufre a été vanté dans l'eczéma, sous des formes très diverses : eaux sulfureuses, iodure de soufre, ichthyol, etc. Il doit être réservé aux jeunes eczémateux lymphatiques et aux formes sèches de l'eczéma chronique des adultes.

Les médicaments vaso-moteurs, la quinine, la digi-

taie, l'ergoline, l'hamamelis, etc., peuvent être utiles dans les formes congestives de l'eczéma, surtout dans leurs localisations faciales.

Les troubles des voies digestives doivent être chez les eczémateux l'objet de l'attention du médecin, et il y trouvera presque toujours des indications thérapeutiques précieuses. D'une façon générale, il devra surveiller tout particulièrement le régime alimentaire des eczémateux, en supprimer toutes les substances susceptibles de provoquer des fermentations intestinales et de réagir sur la peau par l'intermédiaire des irritations des voies digestives ou des intoxications d'origine intestinale : nous renvoyons à ce sujet au chapitre des dermatoses dues aux troubles gastro-intestinaux (Voir T. I, p. 280). L'antisepsie intestinale est indiquée dans tous les cas d'eczéma à marche aiguë et dans les eczémas occupant une grande étendue du tégument.

Les eczémateux doivent toujours éviter la constipation. Les laxatifs répétés doivent en outre être prescrits dans les eczémas aigus, clans les poussées aiguës ou subaiguës des eczémas chroniques et dans les eczémas généralisés à marche chronique.

Les troubles hépatiques et rénaux seront toujours combattus lorsqu'on les rencontrera. Il y aura en outre toujours utilité à entretenir, par l'emploi des diurétiques et surtout du lait, un taux élevé de sécrétion urinaire ; cette indication est plus impérieuse encore lorsque l'urine renferme un excès d'acide urique.

La constatation de la glycosurie impose un traitementantidiabétiqueplus ou moins rigoureux suivant son intensité et l'état général du sujet.

Les troubles nerveux concomitants à l'eczéma

doivent également être traités par les moyens appropriés (valériane, bromures, chloral, antipyrine, etc.), qui aideront parfois à calmer le prurit et contribueront à rétablir le sommeil, fréquemment compromis dans les eczémas intenses et étendus.

L'hygiène générale doit également être surveillée chez les eczémateux : les excès de toutes sortes, les fatigues physiques, le travail intellectuel intensif leur seront interdits, pour peu que l'éruption soit étendue et persistante; le massage, l'hydrothérapie, l'exercice modéré et régulier, le séjour à la campagne aideront souvent à la guérison de la dermatose.

Le séjour au bord de la mer est utile dans les eczémas non irritables et dans les eczémas peu suintants des jeunes sujets lymphatiques, mais ne peut être prescrit indistinctement à tous les eczémateux : dans les eczémas suintants et étendus, surtout chez les sujets nerveux, l'habitation près des plages excitantes du Nord doit être proscrite, ou tolérée seulement sous bénéfice de l'observation de ses effets sur la dermatose.

Les eaux minérales jouent un grand rôle dans le traitement de l'eczéma; il est peu de stations thermales qui ne puissent, dans certains cas, remplir d'utiles indications; mais il faut remarquer que les eaux minérales sont nuisibles dans les périodes aiguës de l'eczéma, et doivent être réservées aux eczémas chroniques.

Les propriétés excitantes de certaines eaux peuvent servir à modifier l'état de la surface cutanée ; plus souvent encore le traitement thermal s'adresse à l'état général du sujet et c'est dans la constitution de celui-ci qu'on trouve à la fois son indication et celle de telle ou telle station en particulier.

D'une façon générale, les eaux sulfureuses de Ludion, Cauterets, Barèges, Saint-Gervais, les eaux sulfo-chlorurées d'Uriage, les eaux bicarbonatées chlorurées de Royat, conviennent aux formes sèches sans infiltration prononcée du tégument, les eaux arsenicales de la Bourboule aux formes sèches et rebelles avec infiltration lichénoïde plus ou moins accusée.

Les eaux sulfureuses de Luchon , Cauterets, Barèges, Saint-Honoré, Challes, sont surtout indiquées chez les sujets lymphatiques porteurs de lésions torpides et quand on ne craint pas de déterminer une poussée inflammatoire; les eaux d'Uriage et de Saint-Gervais sont utiles chez les sujets lymphatiques et les sujets affaiblis par des causes diverses porteurs d'eczémas irritables.

Les eaux arsenicales comme la Bourboule sont indiquées chez les sujets lymphatiques et chez les arthritiques débilités.

Les eaux chlorurées sodiques fortes de Salies-de- Béarn, de Salins, de Briscous, les eaux de Lavey peuvent être employées chez des sujets fortement entachés de lymphatisme.

Les eaux alcalines, comme Royat, conviennent principalement aux arthritiques atteints d'eczémas peu irritables.

Les eaux faiblement minéralisées comme Plombières, Bourbon-l'Archambault, Néris, sontindiquées chez les arthritiques nerveux, présentant des manifestations articulaires et névralgiques, et dont l'eczéma est peu irritable.

Les eaux alcalines fortes, comme Vichy, Vais etc peuvent être utiles chez les arthritiques eczémateux' mais ne doivent être administrées qu'à l'intérieur '

Les eaux de Contrexé ville, de Viltel, d'Evian, peuvent également être indiquées chez les arthritiques goutteux, auxquels il convient de procurer une diurèse ahondante, mais ne sont guère employées qu'en boissons.

Il en est de même des eaux ferrugineuses, comme Bussang, applicables au traitement des eczémateux anémiques.

Les bains prolongés de Louèche peuvent être prescrits dans quelques cas d'eczémas très persistants et généralisés.

Le traitement local joue un rôle très important dans la guérison des eczémas : quelque prépondérance qu'ait l'état constitutionnel dans la production de ceux-ci, ils ne sauraient être efficacement traités par les méthodes thérapeutiques internes; toujours, lorsqu'on veut arriver à les guérir, il faut recourir à l'emploi des topiques.

Mais, nous ne saurions trop le répéter, il est peu de dermatoses où l'institution du traitement local exige plus d'attention de la part du médecin; il en est peu où il soit susceptible, s'il est mal dirigé, de provoquer des exacerbations plus prononcées et d'aggraver davantage les lésions existantes et où, même avec la direction la plus attentive, on ne voie survenir plus fréquemment des poussées inflammatoires inopinées.

Il n'y a pas un traitement local de l'eczéma, mais un nombre considérable de traitements locaux des éruptions eczémateuses.

Il convient tout d'abord d'établir dans les eczémas deux grandes catégories : les eczémas aigus et les eczémas chroniques. Cette distinction est capitale au point de vue thérapeutique.

A chacune d'elles conviennnent des méthodes de traitement absolument différentes, pour ne pas dire opposées; il n'y a du reste en cela rien de spécial à l'ezcéma : il ne viendrait pas à l'idée d'un médecin de soigner de la même façon une bronchite aiguë et une bronchite chronique, une uréthrite aiguë et une blennorrhée chronique.

Nous ne saurions trop engager le lecteur à se défier des traitements tout faits de l'eczéma, des prétendus remèdes anti-eczémateux: très efficaces dans certains cas déterminés, ils sont fréquemment sans effet ou dangereux lorsqu'on veut les appliquer à tous les sujets atteints d'eczéma, sans se soucier de la différence des formes cliniques et évolutives de cette affection très polymorphe.

Ces remèdes anti-eczémateux sont presque toujours des agents de la médication substitutive ; ils ne guérissent la dermatose qu'en provoquant une inflammation nouvelle, d'intensité et de gravité différentes. Cette action, que l'on peut et doit rechercher dans les cas d'eczémas chroniques longtemps persistants, peu ou point irritables, est des plus redoutables lorsque les phénomènes inflammatoires qui constituent l'eczéma à ses premières périodes ne sont pas calmés : dans ces conditions les agents en question ne font que déterminer une exacerbation souvent intense, très difficile à modérer, de lésions qui sans elle auraient disparu facilement.

Un autre écueil, beaucoup plus grave et que la prudence la plus grande ne permet pas toujours d éviter, est la variabilité de la réaction cutanée vis-à-vis des topiques les plus divers 'et les plus anodins en apparence. Le médecin le plus prudent et le plus expert dans le traitement de l'eczéma peut

se trouver à ['improviste en présence d'une de ces susceptibilités individuelles qui rendent presque impossible l'application des topiques les mieux choisis et les plus appropriés en apparence.

Pour ces diverses raisons, le traitement des eczémateux doit toujours, pour peu que la dermatose soit encore à la période aiguë ou au voisinage de cette période, être surveillé de très près; le malade ne doit pas être abandonné à lui-même, mais soumis à une observation médicale attentive et répétée, de même que le médecin a l'habitude de surveiller et d'observer les résultats du traitement dans les affections aiguës d'ordre médical proprement dit.

Le traitement local des eczémas aigus, à leur début, lorsqu'ils se traduisent par la rougeur de la peau, la présence de vésicules et du suintement, consiste dans l'emploi des émollients.

. Les enveloppements humides au moyen de compresses de tarlatane imprégnées de liquides aseptiques ou de solutions antiseptiques faibles répondent à cette indication dans la grande majorité des cas. L'eau bouillie pure, la décoction de guimauve, de racine d'aunée, l'infusion de mauve, de fleurs de sureau, de têtes de camomille, et surtout les solutions de sublimé au 3000e ou au 4000e, de phénosalyl au 500e, de résorcine au 100° ou au 200e, d'ichthyol aux mêmes doses, l'eau boriquée peuvent servir dans ce but : l'essentiel est que ces liquides soient-, supportés par les téguments et qu'ils ne déterminent pas eux-mêmes une irritation de la peau. En règle générale, il nous paraît utile, toutes les fois que les surfaces eczémateuses sont le siège de lésions secondaires d'infection, de faire des enveloppements jivec une solution de subliméjusqu a

ce que la suppuration ait disparu, et de recourir ensuite aux applications de phéno-salyl ou des autres liquides que nous avons énumérés.

Lorsque les téguments sont le siège d'une inflammation intense et particulièrement chez les enfants, on se trouve bien d'enveloppements avec des compresses de tarlatane trempées dans de l'eau tiède à laquelle on ajoute, suivant le conseil de M. Besnier, pour chaque litre une à deux cuillerées à bouche d'amidon en poudre et une à deux cuillerées à café d'acide borique.

Dans les mêmes cas et surtout lorsque les lésions eczémateuses sont peu étendues, les cataplasmes de fécule de pommes de terre, appliqués à peine tièdes et renouvelés toutes les 4 à 5 heures, ou les cataplasmes émollients du commerce, peuvent encore être employés avec grand avantage.

Les enveloppements de caoutchouc, en entretenant une humidité constante sur les surfaces qu'ils recouvrent, constituent des bains locaux qui peuvent remplacer les cataplasmes et sont d'un emploi très commun dans l'eczéma. (Voir T. II, p. 206.)

Les pulvérisations de liquides émollients et de solutions antiseptiques faibles rentrent encore dans la médication émolliente : elles sont surtout applicables aux eczémas peu étendus et a ceux qui s'accompagnent de la formation de croûtes, dont elles facilitent la chute.

Les applications précédentes doivent être répétées

à intervalles convenables pour empêcher que les sécrétions ne s'altèrent sur les surfaces eczémateuses et n en provoquent l'irritation ; à chaque changement de pansement, on doit avoir soin de laver les surfaces doucement au moyen d'un linge fin ou de bourdonnets

d'ouate hydrophile imbibés d(une solution antiseptique faible ou d'un liquide aseptique : infusion de camomille, décoction de racine d'aunée, eLc.

Les applications humides sont bien supportées dans la grande majorité des cas d'eczéma aigu. Il en est cependant où elles sont inapplicables : la macération provoquée par le liquide devient une nouvelle cause d'irritation et on ne peut sans inconvénient continuer les enveloppements ou l'usage des cataplasmes et du caoutchouc. Cet effet peut se produire dès les premières applications humides ou seulement au bout de quelques jours.

Lorsque, dès le début, la peau supporte mal les pansements humides, ce qui s'observe surtout dans les eczémas étendus avec rougeur vive et suintement peu prononcé, il convient de recourir à l'emploi des corps gras ou des poudres.

Les corps gras applicables a ces formes irritables d'eczéma aigu sont l'axonge fraîche et surtout le Uniment oléo-calcaire qui est encore la préparation le plus souvent supportée, plus rarement la vaseline pure ou boriquée, plus rarement encore le cold-cream et le glycérolé d'amidon. Au sujet de la tolérance de la peau eczémateuse pour les corps gras, on retrouve les mômes irrégularités qu'au sujet des applications humides, et il est impossible de savoir à l'avance lequel conviendra dans un cas donné ; il faut encore ici se baser sur l'observation des effets obtenus.

Dans quelques cas, assez rares en réalité, et surtout dans les eczémas érythémateux avec vésicules peu développées, les divers topiques précédents sont à peu près également mal supportés, el les poudres inertes, principalement la poudre d'amidon

additionnée d'oxyde de zinc ou de talc, peuvent seules être appliquées sur les parties malades. Lorsqu'on est amené à les employer dans des eczémas suintants, on doit exiger des soins de propreté minutieux : en s'agglomérant avec les sécrétions eczémateuses, elles peuvent en effet former des croûtes épaisses, adhérentes, dans lesquelles se produisent des fermentations et qui sont une cause nouvelle d'irritation ; des pulvérisations tièdes, des cataplasmes de fécule de pommes de terre appliqués pendant quelques heures permettent, au besoin, de faire tomber ces agglomérats. Dans tous les cas où on recourt à l'usage des poudres, celles-ci doivent être employées largement, les surfaces malades recouvertes d'une épaisse couche pulvérulente; si les lésions sont généralisées, le mieux est de faire coucher le malade sans vêtement entre deux draps de toile hue, abondamment imprégnés de poudre.

Les traitements précédents conviennent aux premières périodes des eczémas aigus et aux poussées aiguës intenses des eczémas subaigus et chroniques ; mais ils ne peuvent s'appliquer aux périodes ultérieures; ils entretiendraient la maladie au lieu de la guérir, et surtout les applications humides, en macérant 1 epiderme et en le rendant ainsi plus vu] nérable, risqueraient d'éterniser l'eczéma.

Mais à quel moment doit-on remplacer les pansements humides par les pommades qui sont la base du traitement de la période de décroissance de 1 eczéma?

C'estencore parl'observation seule qu'on en pourra juger, et par le tâtonnement qu'on parviendra à le lau-e en temps opportun.

L'épiderme commence-t-ilàblanchir,à devenir plus mou, moins adhérent, il convient de supprimer les cataplasmes ou les applications humides. Cette macération épidermique coïncide généralement avec la diminution ou la disparition des sécrétions séreuses à la surface de l'eczéma, et alors on peut de suite en venir à l'emploi des pommades. Si les sécrétions séreuses persistaient alors que l'épiderme semacère, on aurait recours aux poudres absorbantes ou aux corps gras simples avant d'appliquer des pommades.

Les pommades doivent être employées avec prudence, au moins pendant les premiers jours. Il est de bonne pratique de les appliquer pendant quelques heures seulement chaque jour, et de continuer les émollients dans les intervalles ; delà sorte, on peut juger des effets obtenus et, suivant ceux-ci, augmenter la durée des applications de pommades ou revenir à l'usage exclusif des émollients. Ce stade du traitement de l'eczéma est essentiellement un stade amphibole, réclamant une observation répétée et attentive.

Les pommades à l'oxyde de zinc ou au sous-nitrate de bismuth sont les plus employées à cette période de l'eczéma. L'excipient est de préférence la vaseline; mais il faut compter encore ici avec les différences d'irritabilité de la peau qui ne lui permettent pas toujours de supporter cette substance, et on se trouve parfois mieux de l'emploi des pommades à base d'axonge benzoïnée, de cold cream frais.

La proportion d'oxyde de zinc ou de sous-nilrate de bismuth contenu dans la pommade n'a pas une importance aussi considérable que le disent quelques auteurs. Cependant, pendantles 2 ou 3 premiers jours qui suivent la suppression du traitement émollient, d

est bon de se servir de pommades peu épaisses, renfermant, par exemple, 2 à 10 grammes de ces substances pour 30 grammes d'excipient : ces pommades s'étendent facilement sur le tégument et, une fois appliquées, on peut augmenter leur adhérence en saupoudrant à l'amidon ou au talc.

Dès qu'il est prouvé que le tégument est en état de supporter les pommades, il y a tout avantage à employer des pommades épaisses ou des pâtes qui tiennent beaucoup mieux.

Lorsque la tolérance pour les pommades à l'oxyde de zinc est bien établie, on hâte la guérison en les additionnant de substances plus actives : l'acide salicylique en premier lieu, surtout lorsqu'il y a de la desquamation, la résorcine, le baume du Pérou à doses de 1 à 2 ou 3 0/0 sont alors utiles; dans les eczémas séborrhéiques, le soufre à la close de S à 10 0/0 dans une pommade à l'oxyde de zinc peut être également employé, tant que ces lésions ne sont pas en état de supporter [des pommades soufrées pures.

Au moyen de ces topiques, on parvient presque toujours à obtenir la guérison des eczémas aigus; la durée du traitement est toujours assez longue, mais au moins risquera-t-on peu de provoquer des poussées inflammatoires intenses.

Les préparations d'huile de cade et des divers goudrons peuvent servir à activer la guérison, surtout chez les sujets lymphatiques et dans les formes rebelles d'eczéma séborrhéique ; mais on ne doit jamais en faire usage que lorsque les phénomènes inflammatoires ont disparu et qu'on n'a plus lieu de craindre des poussées irritatives intenses; même alors, elles ne doivent être employées qu'avec pré-

à\)2 TRAITEMENT DES ECZÉMAS EN GÉNÉRAL

cautions, et il faut les suspendre si elles déterminent une inflammation trop vive. Toujours on doit débuter par des doses faibles, par du glycérolé d'amidon renfermant 2 à 3 0/0 d'huile de cade, quilte à augmenter progressivement les doses si l'effet est insuffisant. Nous conseillons également de faire alterner, au moins au début, les préparations cadiques et la pommade à l'oxyde de zinc qu'on applique, par exemple, un jour sur deux. L'huile de cade doit d'ailleurs, en raison de son odeur, être réservée aux cas véritablement rebelles d'eczéma.

Les préparations mercurielles (oxyde jaune, oxyde blanc, calomel) rendent quelquefois des services dans le traitement de la dernière période de l'eczéma, mais elles demandent une surveillance très attentive, en raison des accidents hydrargyriques locaux et généraux qu'elles peuvent déterminer; elles ne doivent jamais être employées dans les eczémas étendus et leurs applications ne doivent pas être répétées plus de 5 à 6 jours de suite.

A cette période tardive de l'eczéma aigu, on peut recourir aux emplâtres à l'oxyde de zinc, à l'emplâtre adhésif boriqué ou à l'emplâtre rouge de Vidal pour terminer la guérison de lésions limitées persistantes.

Le prurit, parfois intense, qui accompagne les dernières périodes de l'eczéma aigu , peut être calmé par des lotions antiprurigineuses à l'eau phéniquée, à l'alcool de menthe ou à l'eau de Cologne étendus d'eau, etc. ; les pommades à l'oxyde de zinc additionnées de là 2 0/0 de menthol sont très utiles dans ces cas, mais ne doivent être appliquées que lorsque tout suintement a disparu et que l'eczéma est parvenu à la période squameuse.

La période terminale de l'eczéma aigu est le plus souvent désespérante par sa ténacité et sa longue durée; ces raisons ne sont cependant pas suffisantes pour que le médecin se départisse d'une grande prudence et tente l'emploi d'une médication trop active, i qui risquerait de compromettre en un temps très court un résultat péniblement acquis.

Pour se décider à employer un traitement énergique, analogue à celui de l'eczéma chronique, il faut que les lésions soient réduites à une très faible étendue, et encore ne doit-il être tenté que sous bénéfice d'une surveillance attentive; si, sous son influence, il survient une poussée trop intense, on doit la combattre par les traitements de la période aiguë. Il en est de même lorsque des exacerbations se produisent spontanément dans cette période.

Les bains ne doivent être employés qu'avec grande prudence dans les eczémas aigus : s'ils sont parfois utiles, plus souvent ils provoquent une irritation quelquefois intense. Ce n'est donc que sous bénéfice de l'observation de leurs effets qu'on prescrira les bains d'amidon et les bains de gélatine, en recommandant aux malades ne pas les prendre trop chauds et de s'essuyer doucement à la sortie du bain. Sauf dans quelques cas exceptionnels, et seulement à la période terminale, on n'aura recours jamais aux bains alcalins ni aux bains sulfureux.

Le traitement total des eczémas chroniques ne présente guère moins de difficultés que celui des eczémas aigus; pas plus que pour ceux-ci il n'existe de médications applicables à tous les cas et pouvant être employées sans une surveillance attentive et une direction médicale suivie.

Le traitement le plus régulier échoue d'ailleurs fré-

quemment et un résultat sérieux ne peut être obtenu que par la continuité et la régularité du traitement.

Sauf dans les eczémas de très ancienne date et peu irritables, il y a presque toujours avantage à commencer le traitement des eczémas chroniques par l'emploi des émollients : enveloppements humides, enveloppements de caoutchouc, pulvérisations et même, s'il y a des croûtes épaisses, applications de cataplasmes de fécule de pommes de terre. On obtient souvent ainsi en peu de jours une amélioration considérable qui haie singulièrement la guérison.

C'est encore à ces traitements qu'il faut recourir [nuLes les fois que, avec ou sans intervention thérapeutique, survient une poussée aiguë ou que les lésions eczémateuses se recouvrent de croûtes.

Les pullulations microbiennes qui se font dans ce dernier cas doivent toujours éLre évitées; aussi les lésions eczémateuses doivent-elles être toujours maintenues en état de propreté parfaite; on arrive facilement à ce résultat par l'emploi des pansements humides légèrement antiseptiques ou des pulvérisations.

11 faut reconnaître cependant que certains eczémas chroniques supportent mal les émollients et s'enflamment à leur contact. Dans ces cas, on doit commencer le traitement local par les applications de pommades à l'oxyde de zinc ou au sous-nitrate de bismuth, additionnées ou non de 1 à ï 0/0 d'acide salicylique.

C'est encore à ces pommades qu'on doit avoir recours après la cessation des applications émollientes, lorsqu'on les a employées au début du traitemenl : les règles que nous avons indiquées au sujet du remplacement des émollients par les pommades

dans les eczémas aigus sont également applicables dans les eczémas chroniques.

Quelques eczémas chroniques superficiels peuvent guérir assez rapidement par les applications des pommades précédentes, d'emplâtres à l'oxyde de zinc ou d'emplâtre rouge de Vidal, aidées de bains à. l'amidon.

Le plus souvent cependant ces topiques sont insuffisants et il est nécessaire de les remplacer bientôt par des préparations plus actives.

Les pommades à l'acide salicylique, à, la résorcine, au baume du Pérou, que nous avons indiquées à propos de l'eczéma aigu, ne sont pas beaucoup plus actives que les précédentes dans les eczémas chroniques; s'ils leur résistent, on est amené à essayer de substances plus énergiques.

Le naphthol, préconisé par Kaposi, peut être employé en pommades à 5 ou 10 0/0, mais est souvent insuffisant.

L'acide pyrogallique, en pommades à 5 0/0 ou 10 0/0, la résorcine en pommades à 5 0/0, l'ichthyol en pommades à 10 ou 15 0/0 donnent parfois de bons résultats. L'acide chrysophanique est d'un emploi moins pratique.

Les pommades soufrées à 5 ou 10 0/0, additionnées de 2 à 3 0/0 de baume du Pérou, donnent souvent d'excellents résultats dans les formes séborrhéiques.

L'huile de cade jouit dans l'eczéma chronique avec infiltration du tégument d'une réputation bien connue et peut-être un peu exagérée. Outre son odeur qui la rend inapplicable chez beaucoup de malades, elle a l'inconvénientd'être très souvent trop irritante. Elle ne doit être employée que dans les eczémas qui résistent à, tous les traitements. On la prescrit sous

forme de glycérolé à doses progressivement croissantes variant de 5 à 40 0/0 suivant l'irritation produite et en surveillant de près ses effets.

Elle peut êlre remplacée par l'huile de bouleau, qui n'a pas son odeur désagréable et n'est pas plus irritante.

Le baume du Pérou à hautes doses (10 à 15 0/0) peut également être employé comme succédané de l'huile de cade, mais est moins actif.

Dans certains eczémas très rebelles, peu irritables, avec infiltration prononcée du tégument et surtout avec épaississement de l'épidémie, les frictions de savon de potasse, recommandées par Hebra, suivies d'application d'emplâtre rouge de Vidal ou d'emplâtre adhésif borique, peuvent être employées comme moyen de révulsion énergique ; mais ce mode de traitem ent est d'un emploi tout à fait exceptionnel.

De même les badigeonnages avec des solutions de nitrate d'argent au 50e, qui sont également très irritants.

Dans les eczémas secs et prurigineux, le glycérolé tartrique de Vidal peut rendre des services, mais son action doit être surveillée de près.

Les emplâtres sont très employés actuellement par quelques dermatologistes dans le traitement de l'eczéma : les emplâtres à l'oxyde de zinc, au dermatol, l'emplâtre rouge de Vidal, l'emplâtre adhésif boriqué peuvent être utilisés dans le traitement des eczémas localisés, squameux et non suintants; mais nous ne croyons pas qu'ils conviennentau traitement des autres formes d'eczéma chronique

11 en est de même des divers vernis et pellicules préconisés dans ces derniers temps.

Un grand nombre d'autres substances ont été pro-

posées conlre l'eczéma chronique; la plupart de ces substances n'ont pas répondu aux espérances qu'elles avaient fait concevoir et, pour rester dans le cadre essentiellement pratique de cet ouvrage, nous n'entreprendrons pas de les énumérer. D'ailleurs, à propos de quelques localisations de l'eczéma, nous signalerons celles qui peuvent être utiles dans certains cas particuliers.

Les bains rendent fréquemment des services clans le traitement des eczémas chroniques, auxquels ils sont plus applicables qu'aux eczémas aigus; mais encore faut- il savoir qu'ils sont très inégalement supportés, que parfois ils provoquent des poussées intenses et étendues : aussi ne doit-on les prescrire que sous réserve de l'observation de leurs effets. On devra particulièrement recommander aux malades de ne pas les prendre trop chauds, et de ne pas s'essuyer trop vigoureusement à la sortie; après le bain il esL bon de compléter l'assèchement au moyen de larges applications de poudres inertes et, lorsque les bains alternent avec des applications humides, cellesci doiventêtre renouvelées aussitôtaprès un essuyage modéré, sans laisser aux surfaces suintantes le temps de se dessécher.

Les bains d'amidon et de gélatine conviennent aux eczémas irritables ; les bains alcalins ne doivent être prescrits que chez les sujets porteurs de lésions non irritables etsurtout d'eczéma sec; les bains sulfureux, très utiles dans des cas analogues et surtout dans les eczémas séborrhéiques, doivent être absolument proscrits dans les eczémas suintants et irritables.

MALADIES DE LA PEAU. — T. t. 23

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