État de la circulation cérébrale
î État du cœur. — Les maladies du cœur peuvent, dans certains cas,
causer l’anémie du cerveau. .
Ainsi, parmi les lésions valvulaires, les lésions de 1 orifice aortique, au début de leur évolution et avant l’hypertrophie compensatrice du ventricule gauche, entraînent facilement l’anémie cérébrale. C’est à cette cause qu’on peut attribuer les vertiges, les troubles céphaliques, qui mar- -Auvent le début de la maladie.
La dégénérescence graisseuse du cœur et toutes les maladies qui affaiblissent l’énergie, la lo«ce d’impulsion du cœur, développent aussi les mêmes phénomènes. Stokes a îaA des signes de l’anémie cérébrale un élément diagnostique important pour >9 stéatose caidiaquc .
1 Des expériences de Jolly ont montré que l’excitation. du nerf vague abaisse la tension inlra-cérébrale. Peut-être pourrait-on voir là l’origine tic certaines anémies cérébrales, d’origine émotive par exemple?
ANÉMIE CÉRÉBRALE
2. Étal de la circulation générale. — A. Une brusque diminution dans la quantité générale du sang en circulation pourra naturellement entraîner l’anémie cérébrale.
C’est ce que vous observerez notamment dans les hémorrhagies puerpérales, les hémorrhagies traumatiques, les hémorrhagies intestinales, quelquefois l’épistaxis, l’hématémèse oui hémoptysie.
Chez certaines personnes, les enfants par exemple, les sangsues, les émissions sanguines, peuvent conduire à ces résultats. Il faut se méfier énormément des émissions sanguines chez les enfants, et ne pas attiibuer à de la congestion les convulsions ou autres phénomènes nei veux qu’on peut voir apparaître dans ces cas.
B. Ouand la distribution normale du sang est brusquement troublée, quand il se produit tout d’un coup une fluxion anormale vers un point, quelle qu’en soif du reste la cause, il peut en résulter de 1 anémie pour d’autres organes.
C’est à l’anémie cérébrale, développée dans ces circonstances, que l’on peut attribuer certains accidents observés après l’application des grandes ventouses Junod*. C’est, au moins en partie, de ce mécanisme que relèvent les vertiges ou même les syncopes qu’éprouvent les convalescents en mettant le pied par terre. Fischer attribue à ce mécanisme les phénomènes du shok traumatique 2: il y aurait une paralysie réflexe de certains vaso-moteurs, notamment du splanchnique, d’où fluxion sanguine vers l’abdomen et anémie cérébrale.
L’anémie cérébrale pourra encore succéder aux évacuations trop précipitées de liquides hydropiques (ascite, épanchement pleurétique). Certains cas de mort subite dans la thoracentèse peuvent être attribués, au moins en partie, à cette cause. De là le précepte classique, dans les ponctions, d’évacuer le liquide lentement et quelquefois en plusieurs séances.
On peut attribuer au même mécanisme les phénomènes d’anémie cérébrale que l’on voit quelquefois se produire subitement chez les femmes accouchées aussitôt après l’expulsion du fœtus, et ceux que l’on observe, consécutivement à une débâcle, chez les personnes atteintes de constipation opiniâtre.
C. Un sang appauvri, profondément altéré dans sa qualité , peut également constituer par lui-même un état d’anémie générale. Seulement cet élément est rarement seul à intervenir dans l’étiologie de l’anémie cérébrale ; il ajoute le plus souvent son action à celle d’autres éléments.
Les flux considérables ou prolongés en traînent l’anémie cérébrale en appauvrissant le sang d’un côté et en troublant sa distribution normale
' IIammond cite plusieurs accidents de cct ordre arrivés en Amérique, où l’application des ventouses est tombée entre les mains des charlatans.
\ oir sur le Shok traumatique: Blum; Arch. génér. de Med., janvier 1876.
de l’autre : diarrhées, leucorrhées, lactation. L’inanition peut aboutir aux mêmes résultats.
Les maladies graves agissent de la même manière. 11 y a là nutrition insuffisante, pertes considérables par des flux variés et par la fièvre, souvent affaiblissement du cœur, diminution de la quantité totale de sang (amaigrissement de la chair coulante), etc.; tout cela réuni agit chez les convalescents. Il est de la plus haute importance clinique de distinguer le délire, la céphalalgie que peut produire cette anémie cérébrale des convalescents, du délire et de la céphalalgie précédemment causés par la maladie elle-même. Ainsi, dans la fièvre typhoïde, 1 éiysipèle de la face, etc., les indications peuvent être opposées dans les deux cas ; l’alimentation fera disparaître, dans la convalescence, les mêmes symptômes, qu’elle aggraverait dans le cours de la maladie.
C’est le même mécanisme complexe qui entraîne l’anémie cérébrale dans la phtisie, la chlorose, l’anémie pernicieuse, la leucémie, toutes les cachexies.
3. Il nous reste à parler des troubles survenant dans la circulation cérébrale elle-même.
Il faut entendre ici, par ciculation cérébrale, 1 ensemble des vaisseaux qui vont au cerveau, depuis le cœur jusqu àl encéphale lui-même Ainsi, les carotides et les vertébrales font partie de la circulation cérébrale. .
Le type des anémies cérébrales relevant de ce mécanisme est 1 anémie expérimentale à la suite de la ligature ou de la compression de tous les vaisseaux qui se rendent au cerveau.
Cette condition peut être réalisée cliniquement dans les cas de compression des vaisseaux cérébraux, par n’importe quelle cause, hors du crâne : par des tumeurs, des hémorrhagies, etc.
Le spasme des artérioles cérébrales peut-il être considéré comme produisant l’anémie ? C’est difficile à démontrer directement. La contractilité des vaisseaux est incontestable, et on admet alors qu elle est mise en jeu, par exemple dans les lipothymies, par impression morale ou par sympathie. Il est en effet démontré que les constrictions vaso-motrices peuvent être développées par action réflexe.— C’est également au spasme vasculaire, à la « claudication intermittente » des vaisseaux cérébraux que l’on peut attribuer les phénomènes d’anémie cérébrale que 1 on observe chez les aortiques et, d’une façon générale, chez les sujets atteints d’artério-sclérose dans les premières périodes de son évolution. Nous avons récemment insisté sur ces faits dans nos leçons sur le \eitige cardio-vasculaire' .
Leudet (de Rouen) a cité le cas d’un malade ayant subi une operation d’empyème, chez lequel l’irritation de la plèvre, tantôt par lrotte-
> Du vertige cardio-vasculaire ou vertige des artèrio-sclèreux. Clinique medicale, pag. 522, 1890. -Voir aussi Ciiuncii ; Medical Neics, 25 juin 1892.
ANÉMIE CÉRÉBRALE
monts d’une canule 4 demeure, tantôt 4 la suite du lavage de la plèvre,
avait donné lieu 4 de l’engourdissement et des douleurs dans la main
droite (la fistule pleurale siégeant 4 gauche), 4 de 1 aphasie transitoire et 4 des troubles bilatéraux de la vision. Leudet considère ces phénomènes comme de nature réflexe et dus 4 l’anémie cérébrale causée par 1 irritation de la plèvre. Ce cas est peut-être plus complexe; mais e est
toujours un fait intéressant à noter 1 2 .
C’est aussi par irritation des centres vaso-moteurs et anémie cérébrale que Rosenthal explique le vertige stomacal, vertigo a stomcico læso bien décrit par Trousseau. D’après les travaux de Meyer et Pnbram, dit-il, l’irritation des parois de l’estomac et sa distension forcée par des quantités considérables de liquide produisent une augmentation notable de la tension sanguine et un ralentissement du pouls. Il en serait de môme, d’après Bernstein, de l’électrisation des filets terminaux du sympathique
dans la région abdominale.
Le vertigo cib urethra læsa, qu’a décrit Lrlenmeyer®, est peut-êtie aussi justiciable de la même explication.
Peut-être encore pourrait-on rattacher au même mécanisme d anémie cérébrale par action réflexe l’hémiplégie pneumonique de Lépine, l’hémiplégie après la hernie étranglée de Nicaise3, etc.(?).
Certaines substances paraissent aussi agir sur les vaisseaux cérébraux et produire l’anémie en les contractant. Tels seraient, par exemple, le chloroforme et ses congénères. Hammond cite au premier rang des substances susceptibles d’entraîner l’anémie cérébrale: le tabac4, le tartre stibié, le calomel, l’oxyde de zinc, les bromures de potassium, de sodium et de lithium ; le tannate de pellétiérine pourrait également rentrer dans ce groupe. Ces médicaments agiraient sur les nerfs vasomoteurs, d’une part, et diminueraient, de l’autre, la puissance contractile du cœur.
Certains physiologistes ont admis que le sommeil naturel entraîne aussi la contraction des artérioles cérébrales, ou plutôt est la conséquence habituelle de l’anémie cérébrale.
Cette théorie est passible de nombreuses objections. L’opium et d’autres substances qui endorment, produisent plutôt la congestion cérébrale quand elles agissent sur l’élément circulatoire. D’autre part, Vulpian a fait voir que le chloroforme, l’éther, le chloral, peuvent endormir sans modifier la circulation cérébrale. Gubler a montré, pendant le sommeil naturel, le resserrement de la pupille et l’injection de l’œil.
1 Leudet; Congrès de Clermont, 1876.
2 Erlenmeyer ; Deut. med. Wochenschr., 1878 ; t\\ et 45. — Centralbl. f. Nervenheilk., 1878; 62.
1 Nicaise; Voy. dans la sixième partie les chapitres relatifs aux Paralysies réflexes et aux Paralysies dans les maladies aiguës.
Rosentiial cite aussi l'usage des cigares forts (riches en nicoLine).
GO
Nous verrons que, cliniquement, l’anémie cérébrale n’entraîne pas toujours le sommeil, que la congestion le produit souvent. Il y a des insomnies par anémie et des insomnies par congestion. L élément principal du sommeil naturel est surtout le repos des éléments nerveux, et l’action des anesthésiques est avant tout une action directe sur ces éléments. Comme l’a très bien dit Langlet, « la médication hypnotique n’existe pas; il y a des médicaments qui, prenant un système nerveux en état de congestion, d’anémie, ou de simple excitation sensitive ou motrice, modifient ces conditions de façon à les rapprocher de la normale > .
Cette digression était nécessaire pour montrer les rapports du sommeil et de l’anémie cérébrale, rapports souvent méconnus et qui peuvent entraîner des erreurs cliniques et thérapeutiques, en faisant croire qu’en présence de l’insomnie il y a toujours hyperémie plutôt qu’anémie du cerveau.
L’athérome artériel peut enfin modifier aussi profondément la circulation cérébrale et produire 1 anémie de tout le cerveau, quand il siège assez près du cœur, quand il rétrécit, par exemple, la lumière de l’aorte.
Nous avons dû séparer et analyser les différentes conditions pathogéniques de l’anémie cérébrale pour les mieux faire saisir; mais, le plus souvent, les causes morbides agissent en déterminant plusieurs de ces éléments à la fois.
C’est ainsi, pour citer un exemple, que l’anémie des convalescents, une des plus fréquentes, a un grand nombre de facteurs : la faiblesse
du cœur, l’inanition, l’altération du sang, etc.
Nous n’avons parlé jusqu’ici que des causes pouvant produire 1 anémie de tout le cerveau. Il reste à dire un mot de l’étiologie de 1 anémie partielle , locale, circonscrite à une région plus ou moins étendue de l’encéphale.
Le type de ces anémies est causé par la ligature ou la compression expérimentale ou chirurgicale d’un vaisseau, comme la carotide.
Le même résultat peut encore être produit par la compression intracérébrale des vaisseaux par une tumeur, un exsudât, une hémorrhagie, comme l’hémorrhagie méningée en particulier.
La crampe locale des vaisseaux, c’est-à-dire le resserrement spasmodique d’un certain nombre d’artérioles, peut encore entraîner 1 anenne cérébrale circonscrite. C’est ce que l’on observe, par exemple, dans certains cas d’artério-sclérose à manifestations partielles, se traduisant, au point de vue symptomatique, par de l’épilepsie partielle, de ap îa-
Enfin, les coagulations intra-artérielles (thrombose ou embolie) produiront des phénomènes d’anémie localisée, sur lesquels nous reviendrons à propos du ramollissement.
Comme corollaire et, développement de cette étiologie, il est bon de
ANÉMIE CÉRÉBRALE
connaître les divers moyens que l’on a de développer expérimentalement l’anémie cérébrale. Les études de Pathologie expérimentale sont toujours intéressantes et utiles quand on sait ne leur demander que ce quelles peuvent donner. Nous aurons toujours soin de les rappeler toutes les fois que nous le pourrons.
C’est du reste une transition naturelle de l’étiologie à la symptomatologie.
Chez l’homme, on peut comprimer la carotide d’un côté : après deux ou trois secondes, on éprouve une sensation de cuisson, puis de chaleur vive, d’abord dans la moitié correspondante de la face, se généralisant ensuite à l’autre côté. Cette moitié du corps est moins bien sentie, les impressions et les mouvements sont gênés et diminués ; puis il survient du tremblement et des convulsions, toujours du même côté. Enfin, après une minute, tout disparaît, quoiqu’on continue à comprimer.
Si l’on comprime simultanément les deux carotides, la pupille se dilate après s’être resserrée un instant ; la respiration devient plus lente, avec sensation de gêne thoracique ; puis survient l’obscurcissement des sens jusqu’à la perte de connaissance. Si l’on continue, il y a des nausées et quelquefois des convulsions.
Nothnagel, Jacobi, Alex. Fleming, Hammond, ont décrit les résultats de ces expériences sur l’homme.
Chez les animaux, les procédés d’expérimentation sont naturellement plus variés. Les observations de Kussmaul et Tenner sont classiques.
On peut d’abord lier les carotides et les vertébrales. Dans ce cas, il y a les mêmes phénomènes iridiens que plus haut; la respiration devient pénible et courte, puis lente et profonde. Les animaux ne peuvent pas se tenir debout; les convulsions surviennent ensuite, avec perte de connaissance. Tout disparaît si l’on permet de nouveau l’accès du sang.
On développe le même tableau par des hémorrhagies. Seulement les animaux, déjà affaiblis, n’ont pas de convulsions et meurent rapidement après la perte de connaissance.
La ligature des carotides seules produit moins d’effet chez les animaux que chez l’homme, à cause de la moindre importance relative de ces vaisseaux dans la circulation cérébrale.
On peut encore déterminer expérimentalement l’anémie cérébrale en administrant certaines substances, comme la belladone, la morphine (?), le chloioforme, 1 ergotine, la nicotine, etc. (Rosenthal) ; ou en excitant le sympathique cervical, directement (Kussmaul) ou par voie réflexe (Loven et Nothnagel, Mayer et Pribram).
En soumettant les animaux a 1 inanition, Chossat les a vus mourir dans le coma, sans convulsions. Si à la dernière période on réchauffe l’animal, on prolonge son existence ; alors la mort peut survenir dans les convulsions.
Assez récemment, Knoll < a obtenu, par l’oblitération expérimentale
1 Knoll; cité in Rev. des Sc. med., XXX, 464-
des artères du cerveau, des mouvements dans les muscles oculaires; il ne s’agit pas là seulement de mouvements simples, non coordonnés, comme le prétendait Kussmaul, mais de mouvements combinés suivant des modalités très diverses, en particulier sous forme de mouvements associés. Ces phénomènes disparaissent lorsqu’on a supprimé la cause qui provoquait l’anémie cérébrale.
Symptomatologie.— Il serait entièrement faux et dangereux de croire (ce que certaines théories du sommeil pourraient faire supposer) que l’anémie entraîne toujours des phénomènes de dépression fonctionnelle, et l’hyperémie des phénomènes d excitation dans les fonctions cérébrales. Le délire et les convulsions peuvent être produits par l’anémie cérébrale aussi bien que par la congestion, et au même titre que le coma ou les paralysies. Avons-nous besoin de faire remarquer les dangers thérapeutiques de l’opinion que nous combattons ici?
En réalité, le fonctionnement des éléments nerveux exige, pour être régulier, une circulation normale ; un trouble quelconque dans la circulation produit des déviations dans les fonctions habituelles, et des déviations dans un sens comme dans un autre.
C’est ce que prouvera l’analyse que nous allons faire des divers symptômes de l’anémie cérébrale ; nous les classons naturellement suivant la division même des fonctions cérébrales.
A des degrés divers et sous des formes variées, les fondions intellectuelles sont toujours atteintes par l’anémie. Il y a tantôt des phénomènes de dépression, tantôt des phénomènes d’excitation, sans qu’on puisse habituellement déterminer ni prévoiries conditions qui font développer tel ou tel genre de manifestations.
Comme phénomènes de dépression , on notera d’abord de la torpeur intellectuelle, sorte d’état de fatigue et d’indifférence. Il faut que le malade fasse effort pour penser et réfléchir, et c’est pour lui une fatigue. On cite l’exemple d’hommes qui, pour réfléchir dans ces cas-là, étaient obligés de se mettre dans la position horizontale.
Il y a souvent une somnolence habituelle qu il fauL savoir bien distinguer du sommeil naturel. On trouvera surtout cet état chez les malades atteints d’œdème cérébral, d’anémie rapide, par exemple chez certains tuberculeux à la dernière période.
Ces malades sont assis sur le lit1, les yeux à moitié fermés, la te e lourde tombant d’un côté ou de l’autre ; ils répondent cependant quand on leur parle, mais en luttant contre le sommeil qui les envahit C est un sommeil particulier, comme celui du chloroforme ; ni 1 un ni autre ne prouvent rien pour la théorie du sommeil naturel.
' Hammond a insisté sur les cas dans lesquels les malades ont de la tendance au sommeil tant qu’ils sont assis, et chez lesquels tout rentre dans l'ordre quand i s
sont allongés.
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Si l’anémie augmente, comme cela arrive notamment dans les cas d’hémorrhagie graves, il survient d’abord un état soporeux, puis un
véritable coma. . , . ,
Quelquefois la perte de connaissance peut se développer très rapidement, et constitue alors ce que Abercrombie a appelé apoplexia ex inanitione.
Comme phénomènes d'excitation , on notera souvent 1 agitation, 1 insomnie habituelle, le sommeil troublé, la vive impressionnabilité au bruit, à la lumière. Cela s’observe surtout chez les femmes, dans la chlorose, c’est-à-dire quand il y a un élément nerveux particulier surajouté, indépendant de l’anémie elle-même.
Le vertige, cette sensation anormale et fausse d’un défaut d 'équilibre, se présente fréquemment.
Enfin, le délire peut venir compléter le tableau. En voici, par exemple, une forme fréquente : A la fin d’une fièvre typhoïde ou d un érysipèle, après la disparition du délire qui tenait à la maladie elle-même, la fièvre est tombée, au moins le matin, à son degré normal; le malade est en pleine défervescence, quand commence le délire par anémie cérébrale. Souvent le malade rêve tout haut et continue à divaguer un peu quelques instants après son réveil : il rêve éveillé. Souvent on observe les diverses formes du délire professionnel; d’autres fois, c est une sorte de marmottement, quelquefois accompagné d’hallucinations. Le plus souvent, en somme, c’est un subdélire qu’une assez forte excitation dissipe facilement, au moins pour le moment.
Il y a un immense intérêt clinique à bien connaître ce délire, car on le guérit en alimentant le malade, tandis qu’on l’aggraverait en révulsant, en purgeant, etc.
Ces phénomènes s’observent surtout dans les différentes formes de délire par inanition.
Du côté des organes des sens, bien des personnes anémiques éprouvent, en se levant le matin, des bourdonnements d’oreille *, voient quelquefois des flammèches ou des étoiles devant les yeux. C’est là un phénomène fréquent, surtout dans les cas légers.
Kussmaul insiste sur l’état des pupilles dans l’anémie cérébrale aiguë : elles se rétrécissent tout d’abord, puis se dilatent et demeurent insensibles à la lumière ; leur retour à l’état normal est, dans ce cas, d’un pronostic favorable.
Abercrombie cite un individu qui était sourd tant qu’il était debout, et qui entendait quand il s’allongeait horizontalement ou même la tête plus bas que le corps. On aurait aussi observé des pertes de la vue ; mais ce sont là, le plus souvent, des cas plus complexes.
' Hammond cite des malades qui ont des sensations analogues à celle que produit l'application d’un gros coquillage sur le pavillon de l’oreille. Il attribue ce^ bruits à la perception, par le sujet, de son souffle artériel.
Le seul symptôme à noter du côté de la sensibilité, c’est le mal de tôle accompagné de vertiges, la sensation de tête lourde, etc. Ce symptôme se présente surtout dans l’anémie chronique et généralisée, chez les chlorotiques par exemple.
Pour la motilité, on constate dans les cas légers une sensation d’abattement, de faiblesse, de fatigue musculaire ; — l’impossibilité de se mouvoir, de se tenir debout; — de la parésie musculaire; — quelquefois même, mais rarement, des paralysies véritables.
La paralysie véritable, sans coma, ne s’observerait que dans l’anémie limitée, par exemple après la ligature de la carotide, et elle serait ellemême toujours limitée. Mais ce sont là des cas très rares, exceptionnels.
Les convulsions peuvent s’observer dans certaines conditions données; il faut une cause qui entraîne l’anémie avec rapidité et intensité, comme une hémorrhagie considérable, et il faut que cela se produise chez un individu qui ne soit pas, d autre part, trop débilité.
Certaines convulsions des enfants, après les diarrhées prolongées par exemple, sont dues à l’anémie cérébrale. Ce sont des phénomènes d’inanition, d’athrepsie, plutôt que des congestions.
La respiration est très rapidement influencée dans l’anémie cérébrale ; les mouvements respiratoires deviennent plus profonds et plus lents. Souvent les malades éprouvent une sensation de gêne respiratoire considérable, de poids sur la poitrine, en même temps que de manque d’air.
Le pouls est en général beaucoup plus influencé par la cause qui a produit l’anémie cérébrale (maladie du cœur, etc.) que par cette anémie elle-même. Delà, des résultats cliniques inconstants.
Le plus souvent, la face est pâle et la peau refroidie; il peut y avoir des sueurs froides ou même des frissons, de l’ horripilation, etc.
Les nausées et quelquefois les vomissements viennent souvent s’ajouter aux bourdonnements d’oreille et au vertige, pour constituer le tableau de l’anémique mettant le pied par terre.
Telle est la nomenclature analytique, et par suite aride, des principaux symptômes que peut présenter l’anémie cérébrale.
Nous croyons utile maintenant de synthétiser ces données en présentant quelques types cliniques, quelques groupes particuliers de ces symptômes, dans un certain nombre de cas donnés.
Dans les hémorrhagies graves , dans ces hémorrhagies incoercibles qui. suivent par exemple l’accouchement, quand le cerveau commence à être atteint, on constate l’obnubilation de la vue, des vertiges, du bruit dans les oreilles, de la faiblesse générale, des nausées; puis le tremblement des membres, les vomissements; puis encore un délne léger ; plus tard, une suspension complète de tous les sens, des mouvements convulsifs partiels ou généralisés, et la mort par syncope ou
dans le coma.
ANÉMIE CÉRÉBRALE
C’est là le tableau le plus complet de la maladie, dont les phases différentes se succèdent impitoyablement si l’on ne parvient pas à enrayer la marche du mal.
Chez les convalescents , l’anémie cérébrale peut affecter différentes formes. Dans les cas les plus simples, quand le malade se lève pour la première fois, il a des vertiges, sa vue se trouble, ses oreilles sifflent, et quelquefois il se trouvera mal ou sera obligé de s appuyer.
D’autres fois c’est le délire d’inanition, tel que nous l’avons décrit.
Enfin, quelquefois, ce sont les formes graves : on peut observer une syncope ou même la mort subite.
Dans les cas chroniques , comme la chlorose, les symptômes de l’anémie cérébrale se confondent avec ceux de l’anémie générale. — Les symptômes particuliers au cerveau, que l’on peut démêler dans le tableau d’ensemble, seront la céphalalgie, la torpeur intellectuelle, les sensations anormales, l’insomnie, le sommeil court et agité par des rêves, etc.
Nous terminerons en l’appelant, d’après Potain, le tableau de l’anémie cérébrale chez les enfants et chez les vieillards.
Chez les enfants , au début, on observe de l’insomnie, ou bien le sommeil est léger, entrecoupé par des réveils subits avec effroi du petit malade; il a une impressionnabilité excessive au bruit et à la lumière, quelquefois du délire. — Puis surviennent de la torpeur et de l’épuisement : la face est pâle, refroidie; les yeux sont demi-clos, les pupilles immobiles ; la respiration est rare ou irrégulière : c’est un coma profond ' .
Cet état, si grave en apparence, l’est quelquefois moins en réalité ; souvent quelques stimulants, et surtout une alimentation réconfortante et appropriée, dissiperont assez facilement ces états, qui paraissent désespérés.
Chez le vieillard. 2, c’est l’athérome qui est la principale cause de 1 anémie; il y a de la céphalalgie, des vertiges, des étourdissements, des éblouissements, des bourdonnements d’oreille; de la photophobie, de 1 incohérence dans les idées, de l’agitation; de la faiblesse dans les membres inférieurs, embarras dans la marche, aphasie passagère etc.
Tous ces phénomènes, notamment les vertiges et les troubles sensoiiels, augmentent, non pas quand le vieillard se baisse, mais quand, s’étant baissé, il se relève.
Ce tableau symptomatique, fréquent chez le vieillard, est souvent attribué à la seule congestion. En réalité, il tient à un état anormal de
' Pourrait confondre cetétatavecl’hydrocéphalieou laméningite tuberculeuse.
C est ce qui a fait désigner cette maladie par Marshal Hall sous le nom d 'livdrocephaloïde.
2 Bachelet (Th. Paris, 1868), qui a bien décrit ces eflets de l’anémie cérébrale congestionieiUardS’ ^ 3 exag6ré rimPortance en restreignant trop le rôle de la
Grasset, 4e édit. 5
G6 MALADIES DE LENUÉP1IALE.
la circulation <lu cerveau, dans lequel il y a des parties hyperémiees et des parties anémiées, par suite d’altérations vasculaires, d ordre spasmodique ou scléreux; il en résulte un amoindrissement de la (onction, une « méiopragie cérébrale» (Potain), une claudication intermittente dont le mécanisme est identique à celui de la méiopragie cardiaque, de la méiopragie rénale, etc., qui peuvent représenter chez différents suiets ou encore chez le même sujet, les localisations multiples, isolées simultanées ou successives, de l’arténo-sclérose. C est donc, en somme, le tableau clinique des troubles circulatoires cérébraux chez le
vieillard.
Anatomie pathologiooe. - Dans l’expérimentation, quand on examine directement les vaisseaux du cerveau, on perçoit assez nellcmen les différences qui caractérisent le cerveau anémié. Mais, dans es autopsies, c’est en général très difficile à voir, car on sait que les vaisseaux artériels se vident toujours et que le sang s accumule dans les
veines et les sinus. A,
Si cependant l’anémie a beaucoup duré, on peut constater une pale
plus grande des tissus ; la pâleur apparaît surtout dans la substance p rise, mais on la trouve aussi dans la substance blanche.
° Les grosses veines elles sinus continuent en général a contenir du sangne prenez pas cela pour delà congestion. Ilne fautpas juger delà circulation cérébrale par la circulation des ménmges.Vous pouvez voir souvent des enveloppes congestionnées avec un cerveau véritablement
Nous reviendrons sur l’aspect anatomique de l’anénue localisée en parlant des embolies et du ramollissement.
Traitement. — Une indication de premier ordre est souvent fournie par la connaissance de la cause. C’est ainsi que la digitale dans un cas d’anémie cérébrale par asystolie, ou l’alimentation dans un cas c anémié des convalescents, ou la compression de l’aorte dans un cas d anémie par hémorrhagie utérine, ou une bonne nourrice chez certains enfants mal alimentés, rendent des services inappréciables. Nous n’avons qu’à indiquer cet ordre de moyens, sans avoir besoin c y
m Pour corriger les effets même de l’anémie réalisée, on peut d’abord essayer de ramener mécaniquement le sang vers le cerveau en faisan coucher le malade tout à fait horizontalement et même la tete p us bas que le corps. Vous savez que plusieurs chirurgiens, notamment Ne a- Lon, Campbell, ont recommandé l’inversion complète du malade com traitement héroïque des accidents chloroformiques.
Cette pratique, dit Campbell, consiste à faire immédiatement et sans héSer 1 inversion complète, tete en bas et pieds en l’air, de la personne chloroformée. El il cite une dame qui fut victime d un accident loinn-
ANÉMIE CÉRÉBRALE
dable du à une chloroformisalion mal surveillée, cl qui ne fut sauvée que par celle pratique, mise immédiatement à exécution et maintenue pendant plus de quinze minutes1.
On est assez généralement d’accord pour attribuer à l’anémie cérébrale une grande partie des accidents dus au chloroforme, et celte théorie reçoit une nouvelle confirmation des succès cliniques de cette manœuvre thérapeutique.
En tout cas, le meilleur moyen de prévenir l’anémie cérébrale chez les malades débilités consiste à éviter autant que possible de les soulever et de les asseoir dans leur lit.
On connaît du reste tous les excitants qui peuvent être successivement ou simultanément mis en usage dans le cas d’anémie cérébrale
avec accidents graves pouvant aller jusqu’à la mort apparente : frictions, flagellation, marteau de Mayor, corps irritants, etc. ; électrisation avec le pinceau; injections d’éther ; respiration artificielle,.... transfusion.
En même temps, on pourra administrer plusieurs stimulants, l’alcool surtout. Il est curieux de voir la dose de liqueur que peut supporter un malade atteint d’anémie cérébrale; c’est surtout remarquable chez certaines femmes qui, à l’état normal, supporteraient mal quelques gouttes de chartreuse, et qui, après une hémorrhagie puerpérale par exemple, en tolèrent plusieurs verres de suite.
Le carbonate d’ammoniaque, le thé, le café, les préparations ammoniacales, le musc, 1 éther, peuvent aussi rendre des services. Hammond insiste beaucoup pour qu’on s’abstienne de bromure de potassium.
Quand les accidents immédiats, actuels, sont atténués, — ou bien, dans les cas moins graves, quand on veut une action moins rapide, mais plus durable, —on aura recours aux toniques de tout ordre : les stimulants, excitant rapidement, mais pour peu de temps, les forces agissantes; les toniques , au contraire, excitant lentement, mais pour plus longtemps les forces radicales2. 1 ’
Parmi les toniques, nous citerons le quinquina, que l’on peut associer au fer. Le peroxychlorure de fer de Béchamp est une préparation qui est habituellement bien supportée ; on peut aussi, après chaque repas, administrer une cuillerée de sirop d’iodure de fer dans de l’eau de seltz D uj ardin-B eauinetz) . L’hydrothérapie complétera, enfin, heureusement ce traitement Nous entendons par là l’hydrothérapie vraie et générale douches froides, bains stimulants), etnon pas l’application de glace pilée que Chapman a conseillée sur la région cervico-dorsale du rachis moyen suri efficacité duquel nous ne pouvons nous prononcer.
y a enfin foule une catégorie de médicaments qui ont la prétention de combattre directement l'anémie cérébrale en dilatant les vaisseaux du cerveau. Ce sont les agents qui, comme le nitrite d'amyle Tlrtoi tnne, ont une action vaso-dilatatrice sur les artérioles cérébrales 1 Campbell; Journ. de Thércip , j874, i32.
' V°y- n0U'C article Force > in Dict. encycl. des Sc. méd.
Dans nos précédentes éditions, nous nous sommes montré fort pou enthousiaste des médicaments qui s’appuient sur ces sortes *1 nous préférons Je beaucoup quelques faits cliniques bien observés a des expériences qui ne sont habituellement que Je la physiologie expéri mentale et non de la thérapeutique expérimentale.
Mais depuis l’introduction de la trinitrine dans le traitement de a térfo sclérose à la phase spasmodique de l’affection (Huchard), nous avo^obtenu des résulta* tels de l’emploi de cet agent, au point de vue spécial des phénomènes d’anémie cérébrale si fréquemment obse vés chez les artério-scléreux, que nous n hésitons pas à u user u
, , np dans les cas dece genre, les propriétés vaso-dilatatnces
prescrivons la solution alcoolique Je trinitrine
i.-Àmo \ ln dose de3 à 4 gouttes matin etsoir. aUNous mentionnerons aussi l’opium qui paraît, dans certains cas, avoir
dTwiardSaCpublié un travail intéressant sur la médication opiacée duns tïïémie cérébrale- L’auteur cite des cas dans lesquels cet e
médication a fort bien réussi contre les accidents d anémie cerébia e
, „ux affections du cœur (insuffisance et rétrécissement aortiques) î dans d’autres formes d’anémie cérébrale. 11 faut remarquer que, ^"“de d’administration qui vautle mieux est l’injection hypodermique Je chlorhydrate Je morphine à dose élevée dès le de ,
' res2SeasUqmufnous exposerons à propos du traitement de la L0.J „n cérébrale pourraient enfin être utilisés quelquefois pour rameuer°vers^le cerveau le sang qu’une fluxion anormale dirige sur un
POCommênéleetrothérapie.Erb> conseille, d'après les indications de
Lowenfeld, la direction longitudinale du courant galvanique àüa
vielle L On peut y joindre l'électrisation du sympathique au cou et la moelle cervicale 3.
! Huchard ; Jcurn. de Thér, .8,7, . «48. - Voir aussi un Mém. plus récent de Gubler, même Journal, 36i. „
Mor Meyer) : Un pôle (électrode moyenne) direction postéro-supé-
férieure d’un côté, tout quelque peu plus grand (grande
ricure vers la colonne veitébral , I lout près des 5“ ou 70 épines
électrode), est placé sur le 00 e °PP négatif à la première place (voisinage
vertébrales du cou. D ordinaire on le pôle négati^^P ^ P ^ positif.
du ganglion cervical supéncu L stohrer) suffit habituellement ; le
L’action modérée de forts corn L'we Toutefois des courants labiles, des
fmcrrupfions ^e courant, 'même des revirements, peuventétre aussi maintes fois
CONGESTION CÉRÉBRALE
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