CHAPITRE II
ANÉMIE CÉRÉBRALE *
Il est curieux que la congestion cérébrale ait été beaucoup plus anciennement étudiée que l’anémie, et que pendant très longtemps on ait attribué à la congestion seule les troubles fonctionnels cérébraux qui peuvent être la conséquence de l’hyperémie ou de 1 anémie.
Galien, croyons-nous, connaissait déjà cliniquement la congestion cérébrale ; il savait la valeur diagnostique et pronostique delà vue de a
barre rouge. - Il faut arriver à Boerhaave pour trouver une mention nette de l’anémie cérébrale. Van Swieten la développe, et, chose remarquable, décrit, après Bonnet, les thromboses et les embolies dont on parle tant depuis Virchow. Plus tard, on étudie cliniquement 1 anémie cérébrale à la suite des hémorrhagies.
' Potain ; Dict. encycl. des Sc. média.
Notiinagel Ilandbuch von Ziemssen.
Hammond; Traité clin, des Mal. du Syst. nerv., trad. Labadie-Lagravc.
Ro sentii al ; Traité clin, des Mal. du Syst. nerv., trad. Lubanski.
ANÉMIE CÉRÉBRALE. 55
A notre époque, les études se développent. Piorry analyse ces troubles cérébraux que l’on éprouve quelquefois en se baissant ou en se relevant c’est-à-dire en produisant de très légères variations dans la circulation cérébrale. — Puis viennent les travaux contemporains sur a thrombose et l’embolie, et l’histoire de l’anémie cérébrale prend définitivement place, à côté de l’hyperémie du cerveau, dans tous les traites
classiques. . ,
Différents cas peuvent se présenter, qui doivent être nécessairement
distingués en clinique.
D’abord l’anémie cérébrale peut se présenter seule, comme phénomène principal, dans une maladie donnée ; — ou bien elle peut être confondue dans une anémie générale de tout le corps, dont elle ne constitue alors qu’une partie, un élément. Nous n’avons à nous occuper que de la première de ces deux espèces. Du reste, pour la seconde, on retrouvei a dans le tableau général les symptômes particuliers de 1 anémie céiébrale, que par l’analyse on reconnaîtra semblables à ceux de la pi emièi e catégorie.
En second lieu, l’anémie peut s’étendre à tout le cerveau ou se limitei à une partie de cet organe. C’est là une distinction capitale à tous les points de vue: étiologie, symptômes, etc.; tout est différent.
Enfin, le tableau changera suivant la rapidité avec laquelle l’anémie se développe : certaines anémies sont subites, d’autres progressives. C’est ainsi que l’anémie cérébrale qui succède à une grande hémorrhagie diffère essentiellement de 1 anémie cérébrale des convalescents.
Nous devons évidemment tenir grand compte de toutes ces divisions dans le tableau d’ensemble que nous sommes obligés de faire ici.
L’Étiologie comprend la notion des conditions prédisposantes et l’étude des causes proprement dites.
Conditions prédisposantes. — L’ enfance est, d’une manière générale, très prédisposée à l’anémie cérébrale. Gravez bien ce principe dans votre esprit, parce qu’il doit gouverner toute la thérapeutique de l’enfance et vous empêcher d’attribuer à la congestion cérébrale des phénomènes que souvent les émissions sanguines aggraveraient singulièrement.
On peut invoquer plusieurs causes pour expliquer cette facilité de développement de l’anémie cérébrale chez l’enfant. D’abord, il est très exposé à diverses maladies, telles que les diarrhées, l’inanition (JV^n-epsie de Parrot), qui produisent l’anémie cérébrale. D’n«*re part, les troubles circulatoires se développent aisément çfaei les enfants: ils pâlissent et rougissent aisément ; le moindre petit accident local entraîne facilement des troubles de cet ordre. Pétain ajoute encore à ces causes l’inocclusion des fontanelles: l’action de la pression atmosphérique s’exercerait par là et gênerait l'afflux du sang.
Nous ajouterons qu’à cet âge le cerveau travaille très peu, le tube
MALADIES DK L’ENCÉPHALE.
digestif au contraire beaucoup, presque exclusivement. De là une tendance des mouvements fluxionnaires à se diriger vers l’abdomen et à anémier le cerveau. Toutes ces causes peuvent du reste se réunir pour donner naissance au fait clinique, incontestable en lui-même.
Le vieillard, est aussi disposé à l’anémie cérébrale. Mais, ici, c’est l’altération des vaisseaux, si fréquente à cet âge, qui est l’élément palliogénique essentiel.
L 'âge de croissance facilite aussi le développement de 1 anémie cérébrale L’époque d’établissement de la menstruation, les diverses phases de la vie puerpérale, la lactation, etc., auront encore une influence facile à comprendre.
Pour ces causes et par nature, la femme est plus disposée que l’homme à l’anémie cérébrale; d’une manière générale, les personnes a tempérament nerveux, à téguments pâles. On retrouverait du reste, ici, tout l’ensemble des conditions qui favorisent le développement de 1 a-
némie en général. .
Causes. — La circulation d’un organe dépend de trois éléments : 1 état du cœur, l’étatde la circulation générale, l’état particulier des vaisseaux de l’oro-ane. Il faut l’intégrité de ces trois éléments pour que la circulation soit normale, à cause de l’étroite solidarité qui unit les divers
points de l’arbre circulatoire.
Le second élément (état de la circulation générale) peut se subdiviser, car il faut à la fois que la quantité, la distribution et la qualité du sang
soient normales.
Les causes de l’anémie cérébrale résideront dans un trouble porte à l’un quelconque de ces éléments, et peuvent par suite être classées
d’après le tableau suivant :