PI. VIII
Cet auteur* fait toutes ses coupes transversales et parallèles au sillon de Rolando, sur chacun des hémisphères isolé. Bitot (de Bordeaux), propose au contraire de conduire le couteau perpendiculairement à la scissure inter-hémisphérique; on fait ainsi des coupes sur les deux hémisphères à la fois. Mais la manière d’opérer de Pitres nous paraît plus convenable pour mettre les laisceaux blancs en rappoit a\ec les circonvolutions dont ils émanent.
La première coupe de Pitres, qui limite en avant la zone motrice, s’appelle coup o. préfrontale (PI. VIII, fig. 1); — la deuxième, qui passe par le pied des trois frontales, est dite pédiculo- frontale (fig. 3) ; -la troisième passe par la frontale ascendante : coupe frontale (fig. 4) > la quatrième, parla pariétale ascendante: coupe pariétale { fig. 5);— la cinquième, par le pied des lobules pariétaux : pédiculo-pariélale (fig. 6) , c’est la limite postérieure de la zone motrice, — au delà de laquelle il y a encore la coupe occipitale (fig. 2).
Sur chacune de ces coupes, Pitres subdivise la substance blanche en faisceaux supérieur, moyen et inférieur, en faisant précéder ce qualificatif du nom même de la coupe. Ainsi, il y a les faisceaux préfrontaux, pédiculo-frontaux, frontaux, pariétaux et pédiculo-panétaux : supérieurs, moyens et inférieurs.
Les coupes verticales , comme celles de Pitres, ne suffisent plus aujourd’hui pour la topographie des lésions centrales, et beaucoup d’auteurs préfèrent la coupe horizontale.
La fig. 3 de notre PL VI représente celle que préconise Flechsig, et
. on trouvera dans noire travail sur les Localisations clans les maladies cérébrales fpag. 88) l’analyse des recherches de Mevnert, Flechsig, Mayser et Balighian
sur cette question.
2 Voy. 2" partie, art. préliminaire.
Pitres; Thèse de Paris, 1877.
i.ith. /•
C Cou/et, l’dileui:
LÉSIONS CORTICALES.
EXPLICATION DE LA PLANCHE VIII (d’après Pitres).
Fig. 1. — Coupe préfrontale — 1, 2, 3, première, deuxième, troisième circonvolutions frontales ; 4, circonvolutions orbitaires; 5, circonvolutions de la face interne du lobe frontal ; 6, faisceaux préfrontaux du centre ovale.
Fig. 2. — Coupe occipitale. — 1, circonvolutions occipitales; 2, faisceaux occipitaux du centre ovale.
Fig. 3. — Coupe pédiculo-f routai e. — 1, 2, 3, première, deuxième, troisième circonvolutions frontales ; 4, extrémité antérieure du lobule de l’insula ; 5, extrémité . postérieure des circonvolutions orbitaires; 6, faisceau pédiculo-frontal supérieur; 7, faisceau pédiculo-frontal moyen; S, faisceau pédiculo-frontal inférieur; 9, faisceau orbitaire; 10, corps calleux ; 11, noyau caudé ; 12, capsule interne; i3, noyau lenticulaire.
Fig. 4.— Coupe frontale.— 1, circonvolution frontale ascendante; 2, lobule de l’insula ; 3, circonvolution sphénoïdale; 4, faisceau frontal supérieur ; 5, faisceau frontal moyen ; 6, faisceau frontal inférieur; 7, faisceau sphénoïdal; 8, corps calleux; 9, noyau caudé; 10, couche optique; 11, capsule interne; 12, noyau lenticulaire; i3, capsule externe; 1 4, avant-mur.
Fig. 5 .— Coupe pariétale.- 1, circonvolution pariétale ascendante; 2, lobule de l’insula ; 3, lobe sphénoïdal; 4) faisceau pariétal supérieur; 5 faisceau pariétal moyen; 6, faisceau pariétal inférieur; 7, faisceau sphénoïdal ; 8, 9, 10, u, 12, 1 3, 14: comme dans la fig. précédente.
Fig: 6.— Coupe pécliculo-pari étale .— 1, lobule pariétal supérieur; 2, lobule pariétal inférieur; 3, lobe sphénoïdal; 4> faisceau pédiculo-pariétal supérieur; 5, laisceau pédiculo-pariétal inférieur ; 6, faisceau sphénoïdal ; 7, corps calleux ; 8 et 10, noyau caudé ; 9, couche optique.
qui est devenue classique sous son nom1 * * * V. Faite de dehors en dedans horizontalement, un peu au-dessus de la scissure de Sylvius, elle montre
1 « Cette coupe horizontale, préconisée par Fiechsig, dit Brissaud (Thèse de
Paris, 1880, 20), avait été déjà représentée dans beaucoup d’ouvrages. On en
trouve particulièrement de très beaux spécimens dans V Atlas photographique
de M. Luys (PL VI et VI), dans l’article de Meynert (Stricker’s Handb., fig. 243), où l’on voit nettement (trop nettement peut-être) indiqué le trajet des fibres occipitales du pédoncule. Il en existe également une planche très instructive dans
V Atlas anatomique de Bourgery et Cl. Bernard. Enfin nous avons trouvé dans V Anatomie de Bartholin (1640) une eau-forte qui reproduit avec toute la fidélité désirable la coupe horizontale en question, particulièrement pour ce qui concerne les rapports des deux segments de la capsule avec la couche optique et le noyau lenticulaire d’autre part. — Mais, nous le répétons, ces coupes n’avaient encore servi à aucune application dans l’anatomie pathologique ou dans l’anatomie de développement. »
Brissaud propose une légère modification à la coupe de Fiechsig: au lieu de porterie couteau horizontalement et de dehors en dedans, c’est-à-dire de la face externe vers la face interne de l’hémisphère, suivant la méthode de Fiechsig, il propose de faire la section de dedans en dehors, suivant un plan oblique en bas’ et en arrière, qui passerait à la fois par le milieu de la tète du noyau caudé et par le
point de réunion du tiers supérieur de la couche optique avec ses deux tiers inférieurs.
On lira avec le plus grand profit, sur la méthode que l’on doit suivre pour pratiquer des coupes dans le cerveau, le chapitre que Brissaud a consacré à cette question dans son Anatomie du cerveau de l’homme, 1893.
bien que la capsule interne (1, 2, 3) est formée de deux parties distinctes : une partie antérieure (1) dirigée obliquement en avant et en dehors, une partie postérieure (3) dirigée en dehors et en arrière, et un point de réunion (2), qui est le genou de la capsule.
Le segment antérieur est entre le noyau caudé (5) et le noyau lenticulaire (4); le segment postérieur' entre ce même noyau lenticulaire (/,) et la couche optique (6). Le genou répond au sillon de séparation de la couche optique et du corps strie.
Cette coupe est tout spécialement indispensable pour l’étude des dé vénérations secondaires et des lésions de la capsule interne-.
Cette description anatomique sommaire nous suffira, et nous pouvons aborder l’étude physiologique de la question.
g II Physiologie3. — Chez les animaux inférieurs, l’ablation des deux hémisphères laisse persister la plupart des fonctions (Stciner, Vulpian, Schrœder, Ferrier, Goltz). Les facultés d’équilibre, de coordination des mouvements, de réaction appropriée aux impressions périphériques, continuent à s’exercer, malgré un certain degré d’obnubilation, parce que leur siège principal se trouve dans le mésocéphale et la moelle. Au contraire, chez les animaux supérieurs, la spécialisation des fonctions s’accomplit dans l’écorce et chaque fonction paraît en rapport avec un centre anatomique distinct.
Les résultats négatifs fournis par l’ablation des hémisphères chez certains animaux ne prouvent rien contre la doctrine des localisations, car la spécialisation des divers territoires de l’écorce s’observe seulement à un certain niveau de l’échelle des êtres. Presque nulle chez les animaux inférieurs, elle est plus marquée chez le singe et les animaux voisins de l’homme (Ferrier, Schæfer, Beevor et Horsley). ,
Depuis nombre d’années, la physiologie expérimentale s’est lancee dans la voie des localisations et cherche à bien définir les divers territoires fonctionnels. . ,
Pour déterminer les fonctions des diverses parties du cerveau, les
physiologistes ont d’abord essayé les injections. Beaums et Fournie en France, Nothnagel en Allemagne, ont injecté une substance corrosive
> C’est dans le tiers postérieur de ce segment postérieur (Voy. la .fi g- 7 d° ^ Pi. XI) que siège la légion de l’hémianesthésie, dont nous avons déjà pailcplus
haut frhan xi de ce même art. IV.) . <
* Nous représentons, sur la figure 2 de la PL LX, exécutée suivanl fournies par Fermer {Leçons sur les localisations cerebrale s, 1891) et paitic [Tnt empruntées à Beevor et IIoksley, la disposition respective des la, sceaux
moteurs dans la capsule interne.
3 Carville et Duket ; Arch. de Physiol., 1870, 3 et 4.
Vettek; Arch. f. Itlin. Med., XV, 3oo. t XIII 3ia
Rendu et Gombault ; Rev. des Sc. medic., VII, 33s , - et XIII, 3m.
François Franck; Leçons sur les fonctions du cerveau, ib 7.
Goltz; Rev. des Sc. nié die., XL, 41.
LÉSIONS CORTICALES.
avec la seringue de Pravaz, et ont observé l'effet produit par une destruction limitée; mais le liquide diffuse, il y a de l’encéphalite, et les résultats ne sont pas précis.
Iiitzig 1 emploie le premier l’électricité en 1870 : c’étaient les courants continus. Plus tard, Ferrier3 entre dans la même voie et emploie, en 1873, les courants induits ; c’est également le procédé dont se sont servis récemment Beevor, Horsley et Schæfer3; on se sert toujours de courants très faibles, faciles à supporter sur la langue.
On a objecté à cette méthode la diffusion du courant. Carville et Duret, qui ont d’abord formulé cet argument, ont montré qu’un galvanomètre mis en rapport avec un point éloigné de celui qu’on électrise estdévié*. Il y a donc une action à distance. — Onimus a repris ces objections plus récemment 5 : la diffusion se ferait, non par les filets nerveux, mais par les liquidesorganiques, et notammentpar les vaisseaux. Son expérience principale consiste à enlever chez les animaux certaines parties des hémisphères et à les remplacer par une masse sanguine ; en électrisant cette masse, Onimus obtient les mêmes effets qu’en électrisant les lobes cérébraux.
Le fait de la diffusion est incontestable; mais suffit-il à fausser les résultats de l’expérimentation ? Voilà la question. Il est toujours remarquable que l’électrisation autour du sillon de Rolando produise des convulsions, tandis que le même courant appliqué sur le lobe occipital ne produitrien. Si l’on s’en tient aux faits, sans chercher pour le moment à les expliquer, il y a dans les résultats limités que l’on obtient par 1 électrisation circonscrite des diverses régions corticales quelque chose de plus qu une diffusion banale de 1 électricité sur un point toujours le même, comme le corps strié. C’est, du reste, ce que soutiennent aujourd hui Carville et Duret, devenus les défenseurs de la méthode qu’ils avaient d’abord combattue.
Sous le bénéfice de ces observations, nous pouvons résumer ainsi les résultats obtenus par les physiologistes dans l’électrisation de l’écorce grise.
1. La substance grise des circonvolutions paraît excitable. Un cou-
1 IIitzig; Reichert’s und Du Bois-Reymond’s Arch., 1870, 4 ; et 1873, 43 et44.—
n ersucli. uber das Gelurn. Berlin, 1874.— Samml. klin. Vortr. de Volkmann 1077, no. ’
^ avdl l873’~ The West Mding Asylum med.
f8T 1 ’ r lT HET: m Pr°3res médic., 1873.- The Proceed. ofthe roy. Soc. r'V ,Les fonctions du cerveau ; trad. De Varigny, 1878; 20 édit., 1886 — a localisation des maladies cérébrales-, trad. De Varigny, 1880.- The pliilosoyh.
de^SoREL, S0C‘’ CLXV-“ Leçons sur les localisations cérébrales , trad.
^Horsley et Schæfer; Phil. trans., Bd. XX, 1888.
Beevor et Horsley ; Phil. trans., 1890.
Carville et Duret; Soc. de Biol., 1874.
- Onimus; Ibid., 11 fév. 1877.- Gaz. hebd., 1877, n» 11.
ranl électrique appliqué autour du sillon de Rolando provoque des mouvements dans les pattes.
2. Cette excitabilité n’est pas égale partout. Le même courant agit sur le lobe pariétal et sur la partie postérieure du lobe Irontal, et n agit pas sur le lobe occipital. Il y a, en d’autres termes, dans l’écorce, une
zone excitable, une région motrice.
3 Les résultats de l’électrisation de cette zone excitable varient suivant la région que l’on excite et sont constants pour le môme siège. Tel point entraînera l’adduction d’une patte, tel autre 1 abduction, etc. — De là, la notion des divers centres moteurs corticaux.
Lafig- 17 représente, d’après Ferrier, la position de ces centres sui le
Fig. 17.- Face externe du cerveau du singe magot ( Pithecus innvus ) (d’apres
Broca et Gromier).
Sillons : s r, sillon de Rolando. -sef, sillon courbe frontal - ^
Sylvius. - s p e, scissure perpendiculaire externe (sillon paneLo-occipital cxtei ne).
>. - prcm'er’ *■»*«. rrr 1 — ;
taux. - Le chiffre 3, qui manque, devrait être au-dessous de la ligne ponctuée
qui va de D au chiffre a - ppa, pli pariétal ascendant - ^^be -îo “obe pariétal ascendant. — p m i, pli marginal inférieur. - pc, pli coui . nrcinital. — l o r. lobe orbitaire. 7 .
Situation des centres 'pour les mouvements volontaires sur lec*™ l^y0\onioi rCs d’après les descriptions de Ferrier : A, centre pour les mouvements vojontoires du membre antérieur.- B, centre pour le membre postérieur.- G, mo^emente
de rotation de la tête et du cou. - D, mouvements des muscles de la J*™- E, mouvements de la langue, des mâchoires, etc. - F certains njouvenmffs dg yeux, vision.- G, centre en rapport avec les mouvements des oreilles et aud
cerveau du singe, et les PL IX et X les reproduisent reportés sur le cerveau de l’homme 1 .
. Marcacci a déterminé la zone excitable chez la brebis, et Langendorff chez la grenouille {Rev. des Sc. médic., X, 26).
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