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Courant fort: KaFTe. KaOS. AuFS. AnOS

1 Pour pouvoir lire les auteurs allemands, il faut connaître la manière dont ils écrivent ces annotations. An et Ka ont la même signification. La fermeture du courant s'exprime par S (Schliessung), l'ouverture par 0 (Oeffnung), la secousse par Z (Zûckung) et le tétanos par Te. De là, pour les trois cas, les formules suivantes : î. KaSZ. — i. KaSZ. AnSZ. AnOZ. — 3. KaSTe. KaOZ. AnSZ. AnOZ.— Tous les auteurs n'ont pas encore voulu admettre les désignations françaises que nous avons proposé de substituer aux lettres allemandes. On ne peut cependant pas assimiler cela à des formules chimiques invariables, et nous persistons à croire qu'il vaudrait mieux employer les initiales des mots français que les initiales des mots allemands.

m MALADIES DES NERFS ET NÉVROSES.

Si l'on veut une voie générale résumant toutes ces propositions, on voit que le pôle négatif excite plus que le pôle positif, et excite plus à la fermeture qu'à l'ouverture du courant; le pôle positif excite moins, et à peu près également à la fermeture et à l'ouverture.

Voilà ce qu'il est bon de connaître sur l'ensemble des résultats physiologiques.

Passons maintenant à l'examen des parties paralysées. On peut, avec Erb, diviser en trois catégories les modes de réaction électrique des nerfs et des muscles paralysés.

1. Dans un premier groupe de paralysie, il n'y a aucune modification de l'excitabilité électrique des muscles ou des nerfs, au courant induit et au courant continu. C'est la règle dans les paralysies cérébrales, dans certaines paralysies spinales et dans les paralysies périphériques légères.

2. Dans une seconde catégorie de faits, il y a des modifications dans la quantité de l'excitabilité électrique : elle est augmentée ou diminuée.

a. H y a augmentation: au courant induit, les nerfs et les muscles réagissent plus fortement par le même courant, et le minimum de contraction s'obtient avec un courant plus faible qu'à l'état normal. Au courant continu, la secousse du pôle négatif à l'a fermeture (KaFs) se produit avec un courant plus faible, le tétanos survient plus facilement. Les secousses par le pôle positif s'obtiennent aussi avec moins d'intensité du courant, etc. — On ne peut apprécier sûrement et facilement ces altérations qu'en comparant le côté malade au côté sain. Dans les paraplégies, c'est fort difficile: on ne peut, en effet, comparer que sous toutes réserves aux parties similaires d'autres individus sains.

Cette augmentation dans l'excitabilité électrique ne se rencontre que rarement dans les paralysies : dans les premiers stades de certaines paralysies cérébrales, dans certaines paralysies spinales et spécialement dans quelques formes de tabès. Enfin Ranvier, Eulenburg et d'autres l'ont notée au début des paralysies périphériques; mais c'est un phénomène transitoire.

b. S'il y a diminution, il faut un courant induit plus fort pour amener la contraction ; le même courant produit une contraction moindre. D'autre part, l'action du courant continu est diminuée à tous ses degrés. Cette altération peutaller jusqu'à la disparition complète de l'excitabilité faradique et galvanique.

Cette modification est beaucoup plus fréquente dans les paralysies que la précédente. Très rare dans les paralysies cérébrales, elle n'y apparaît jamais que tardivement. Certaines paralysies spinales avec atrophie musculaire, comme la paralysie atrophique de l'enfance, la présentent prématurément, mais elle est surtout très fréquente et importante dans les paralysies périphériques, dans lesquelles on constate en même temps les altérations qualitatives du troisième groupe, que nous allons passer en revue.

3. L'excitabilité électrique peut être modifiée, non plus dans sa quantité, mais dans sa qualité : il y a ce que Erb appelle Entartungs-Reaction, réaction dégénérative ou de dégénérescence. Le fait qui forme la base de cette réaction anormale a d'abord été signalé en France par Hallé, en 1801, mais il a été surtout étudié en Allemagne, et tout spécialement par Erb1.

C'est dans la paralysie du facial qu'on a remarqué tout d'abord que des muscles complètement inexcitables par les courants l'arodiques réagissaient au contraire avec une facilité exagérée au courant galvanique. On généralisa ensuite l'observation à la paralysie des différents nerfs du corps, et en même temps on analysa le phénomène de près et avec soin.

Le premier fait à noter, dans ce cas, c'est que le nerf et le muscle, qui normalement réagissent de la même manière, doivent être ici envisagés séparément et soigneusement distingués l'un de l'autre. Beaucoup d'erreurs proviennent de ce qu'on ne fait pas toujours suffisamment cette distinction.

Voyons d'abord le nerf. Quelquefois, tout à fait au début, il y a une très légère augmentation d'excitabilité'2; mais le phénomène est de courte durée et n'a pas l'importance de ce qu'on observe ensuite. Dès le second ou troisième jour, survient la diminution progressive de l'excitabilité faradique et galvanique. Il faut un courant plus fort pour obtenir le minimum de contraction, et un courant donné entraîne une contraction moindre. Du septième au douzième jour, l'excitabilité disparaît totalement; aucun courant ne provoque plus de contraction 3 . Si la paralysie est incurable, les choses en restent là. Si, au contraire, la terminaison doit être heureuse, on voit à un certain moment l'excitabilité reparaître graduellement et s'accroître, tout en restant très longtemps au-dessous de l'état normal, même quand la paralysie est guérie.

Chose curieuse et qui paraît paradoxale, le mouvement volontaire revient avant l'excitabilité électrique : les propriétés des conducteurs pour les impulsions volontaires reparaissent dans les nerfs avant les propriétés des mômes conducteurs pour les courants électriques. C'est là un fait difficile à expliquer.

Au cours de ses expériences sur les animaux, Erb a vu que, dans la régénération du nerf, les mouvements volontaires passent dès que la con-

1 Voy., sur la réaction de dégénérescence, les récentes recherches de Krajewska, in Revue médicale de la Suisse romande, 1892, XII, pag. 55o et 612.

Filehne a observé un fait analogue chez les animaux, tout de suite après la section d'un nerf (Eulenburg).

3 Eulenburg fait remarquer que la perte de la réaction électrique va, comme l'altération elle-même, des gros troncs vers les rameaux de la périphérie ; de telle sorte qu'à un certain moment les petits rameaux musculaires peuvent encore réagir, alors que les gros troncs ne réagissent plus.

Grasset, 4e édit., tom. II. 28

.v.i; maladies des nerfs et névroses.

tinuité du cylindre-axe esl rétablie ; mais il faut la reformalion de la myéline (ce qui ne se produit qu'ultérieurement) pour que le nerf redevienne excitable à l'électricité. A ce moment même .--ans myéline . le nerf qui n'est pas directement excitable par l'électricité peut conduire des excitations autres que les excitations volontaires, l'excitation électrique elle-même. Ainsi, électrisez au-dessus de la lésion : le nerf incomplètement régénéré conduira l'excitation, et le muscle se contractera. Erb conclut de ses observations que, cliniquement, la réapparition des mouvements sans retour de l'excitabilité électrique veut dire restauration du cylindre-axe sans formation de myéline.

Vulpian conteste la valeur de ces expériences curieuses. En tout cas, il faut retenir le fait qui, tout bizarre qu'il paraît, existe réellement en clinique.

Pour compléter la description de VEntartungs-Reaction,\\ reste à parler des phénomènes présentés par les muscles.

Les nerfs se comportent de la même manière pour les deux espèces de courants (continus et induits) ; mais les muscles n'agissent pas de même.

Le courant faradique produit dans les muscles quelque chose d'analogue à ce que nous avons observé dans les nerfs : c'est-à-dire la diminution assez rapide de l'excitabilité, et sa disparition complète dans le cours de la deuxième semaine. L'excitation par l'électropuncture ou sur le muscle dénudé persiste beaucoup plus longtemps. — Celte excitabilité reste perdue ou revient peu à peu à l'état normal, absolument comme pour les nerfs.

Au courant galvanique, la marche est toute différente. L'excitabilité diminue, comme l'excitabilité faradique, pendant la première semaine; mais, dès la deuxième semaine, elle recommence à croître et s'élève graduellement, en présentant des modifications dans la qualité de la secousse (forme et mode de contraction).

Les muscles réagissent bientôt avec une intensité de courant qui ne fait pas contracter les muscles sains : deux éléments de pile peuvent suffire. De plus, les contractions ainsi produites diffèrent des contractions normales : elles sont traînantes, comme progressives, au lieu d'être brèves et en éclair ; elles deviennent un peu analogues aux contractions des fibres lisses et restent soutenues pendant le passage du courant. En même temps, la loi des secousses, telle que nous l'avons posée plus haut, est altérée. La secousse de fermeture au pôle positif (AnFS), nulle à l'état normal pour des courants faibles, se développe progressivement, devient égale et finit par devenir supérieure à la secousse de fermeture au pôle négatif (KaFS). Inversement, la secousse d'ouverture au pôle négatif (KaOS) se développe, égale et dépasse la secousse d'ouverture au pôle positif (AnOS). Il y a ainsi renversement complet des règles physiologiques.

Cet étal peut durer trois, six, huit semaines ; puis l'excitabilité galvanique, exagérée, diminue progressivement ; les altérations qualitatives de la secousse durent plus longtemps. Un courant de plus en plus fort devient nécessaire pour faire contracter le muscle, et, dans les cas incurables, toute excitabilité finit par disparaître. La secousse de fermeture au pôle positif (AnFS) est le dernier signe de vie du muscle : elle ne disparaît qu'à la fin.

Si, au contraire, il y a régénération et marche vers la guérison pendant que l'excitabilité exagérée diminue, la réaction reprend ses caractères normaux. L'excitabilité descend ordinairement au dessous du taux normal et y reste même après la guérison.

Le retour de l'excitabilité galvanique du muscle est donc indépendant de la dégénération du nerf et du retour de la motilité : on l'observe dans les cas incurables comme dans ceux qui se terminent par la guérison. Cette excitabilité peut persister anormale, alors môme que le nerf se restaure ; de là, dans certains faits, des contrastes entre la réaction du nerf et celle du muscle.

On n'a pas de théorie bien satisfaisante pour expliquer la différence de réaction du muscle au courant galvanique et au courant faradique'. Neumann admet que, dans ces circonstances, le muscle a perdu la faculté de réagir sous l'influence d'un courant de courte durée, tandis qu'il réagit encore, mais anormalement, sous l'influence d'un courant prolongé. Le courant induit, qui est toujours très court, n'excite pas. Le courant continu, au contraire, qui est long, excite ; si on le rend très court, il n'excite plus -. On ignore du reste pourquoi et comment le muscle perd cette faculté. — Cette explication ne nous paraît pas rendre suffisamment compte de l'exagération d'excitabilité galvanique que présentent les muscles dans ces conditions.

Il y a encore un caractère à rapprocher des précédents pour spécifier la réaction de dégénérescence : c'est la manière dont les muscles paralysés répondent aux excitations mécaniques. Si l'on percute avec le

' Vigouroux (Progrès médical, 1882, n° 16) a insisté sur la nécessité qu'il y a de distinguer un pôle positif et un pôle négatif au courant induit lui-même (malgré les changements perpétuels de sens de ce courant), et alors (Société de Biologie) il veut changer la notion de la réaction de dégénérescence : le muscle serait aussi bien excitable et souvent mieux par le courant faradique que par le galvanique ; seulement il faut employer le même pôle pour l'un et pour l'autre. « Le seul caractère essentiel de la réaction de dégénérescence du tissu musculaire est, par suite, dans l'action plus grande du pôle positif, inversement à ce qui a lieu dans l'état normal, mais cela pour les deux ordres de courants ».

'- « La conclusion de Neumann est, d'ailleurs, en accord avec les faits déjà antérieurementétablis par Bezold etFiCK; ces expérimentateurs avaient en effet prouvé que ce n'est pas seulement la variation de l'intensité du courant qui influe sur la production de l'excitation, mais que c'est aussi la longueur du temps pendant lequel le courant traverse le nerf ou le muscle avec une intensité constante. » (Hammond; Traité, pag. 35.)

doigt ou avec un marteau à percussion, le muscle donne une contraction longue et soutenue. Ce mode de réaction mécanique n'est pas absolument parallèle à la marche de l'excitabilité galvanique ; mais ce sont cependant des phénomènes du même ordre et qui se suivent.

Tout l'intérêt clinique de l'étude que nous venons de faire est dans les rapports que Erb établit entre cet état de la réaction électrique et l'état anatomique des nerfs et des muscles. La marche de l'excitabilité du nerf est en parfait rapport avec la marche de la lésion, et puis de la régénération de cet organe. La petite période d'exagération du début serait d'accord avec l'activité du processus, admise par Ranvier ; puis cette excitabilité diminue quand le nerf s'altère, elle reparaît quand il se restaure.

Pour le muscle, le parallélisme est moins clair. La diminution de l'excitabilité audébut serait en rapport, non avec l'altération du muscle, mais avec l'altération des terminaisons intra-musculaires des nerfs moteurs. Puis l'élévation de l'excitabilité galvanique répond au commencement des altérations musculaires. Les progrès ultérieurs de cette lésion et la disparition atrophique du tissu musculaire correspondent à la descente terminale et définitive de cette excitabilité.

Il ne faut pas exagérer la valeur de ces déductions. Vulpian, en effet, a contesté la généralité de certains faits et certaines interprétations de Erb. Celui-ci maintient cependant, contre Vulpian, l'exactitude de ses observations. Peut-être est-il trop absolu dans ses affirmations : mais enfin ce sont toujours là des faits intéressants à noter et à contrôler 1 .

Terminons ce paragraphe par les deux conclusions cliniques et pratiques que Erb déduit de ces études : 1. Partout où l'on trouve la réaction de dégénérescence {Entartungs- Réaction), il y a des altérations anatomiques notables dans les nerfs et les muscles ; 2. Là où nous trouvons cette réaction, nous avons affaire à une paralysie périphérique. Celte dernière loi a des exceptions, comme la paralysie atrophique de l'enfance, qui a une origine spinale, et la paralysie saturnine, qui peut avoir une origine centrale ; mais, comme dans ces maladies il y a d'autres signes qui permettent en général le diagnostic, les phénomènes que nous avons analysés conservent une grande valeur séméiologique. (Nous y reviendrons dans le chapitre suivant.)

Nous empruntons à la Thèse d'Estorc le tableau suivant, qui résume les principes de l'électro-diagnostic pour les maladies que nous connaissons déjà et quelques-unes qu'il nous reste à connaître.

1 Onimus a trouvé plusieurs signes de la réaction de dégénérescence dans un cas de paralysie obstétricale du plexus brachial, qui a guéri rapidement (Académie des Sciences, 187S,).

Cerveau.

|o Paralysies sans dégénérescence secondaire ni contractures.

2° Paralysies avec dégénérescence secondaire et contrac tures.

Excitabilité norma'e dans la grande majorité des cas.

Très rarement diminution légère et tardive d'excitabilité.

Augmentation très légère d'excitabilité au moment où les contractures vont s'établir ; ensuite diminution graduelle, et parfois abolition complète.

Paralysie labio-glosso-laryngée.

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