C. Tissu cellulaire 5 laires
( rétractions fibro-tendineuses.
D. Atrophie musculaire.
3 L'œdème hystérique, dont on s'est beaucoup occupé récemment, affecte avec prédilection la face dorsale des mains et s'y présente sous forme d'une tuméfaction plus ou moins étendue et de teinte cyanique; d'où le nom d'œdème bleu qui lui a été attribué.
Voy. Charcot; Leçons du Mardi, 1888; — Progrès médical, 11-18 octobre 1890;
cutanées (acné, ecthyma, urticaire]'; ces phénomènes sont rares cependant et coïncident plutôt avec l'hyperesthésie. Quand il y a anesthésie, on trouve, au contraire, l'anémie cutanée et la diminution de température : les piqûres ne saignent pas et les sangsues prennent mal. D'après Gilles de la Tourelte et Cathelineau, il s'écoule, à l'incision, une quantité de sang inférieure d'un tiers à la normale2.
On a décrit, ces derniers temps, sous le nom de dermographisme3, la propriété que possèdent certains hystériques de conserver sous l'orme de relief coloré et plus ou moins durable, les excitations que l'on provoque mécaniquement en divers points de la surface cutanée.
Ce n'est point, d'ailleurs, un phénomène exclusivement hystérique ; il a été observé également dans l'épilepsie, certaines psychoses, chez des sujets arthritiques, et même chez les animaux.
D'après Barthélémy, il s'agit là d'une » dermoneurose toxi-vasomotrice », c'est-à-dire de troubles survenus dans le fonctionnement des neifs vaso-moteurs delà peau, sous l'influence d'une substance toxique agissant sur les vaso-moteurs cutanés ou plutôt sur les centres vasomoteurs de la moelle et du bulbe.
Les congestions locales dont nous avons parlé peuvent aller jusqu'à produire de véritables hémorrhagies, qui se font par la peau ou par divers organes internes *.
Gilles de la. Tourette et Dutil ; Nouvelle Iconographie de la Salpétrière, 1889;
Trintignan ; Thèse de Paris, avril 1890;
Boix ; Nouvelle Iconograp/iie de la Salpétrière, janvier-février 1891.
1 Gauthier ; Des éruptions cutanées chez les hystériques ; Thèse de Lyon, 1892-93. Voy. aussi la partie de ce paragraphe qui traite des troubles trophiques.
2 Gilles de la Tourette et Cathelineau ; Société de Biologie, 14 lévrier 1891. Voy., d'autre part, Guichon ; De l'absorption sous-cutanée dans l'hémianes-
thésie hystérique. Thèse de Lyon, 1890-91.
3 Dujardin-Beaumetz ; Clinique thérapeutique, 1888, tom. III;
Féré et Lamy ; Nouvelle Iconographie de la Salpêtrière, 1889, pag. 283 ;
Mesnet ; Académie de Médecine, 25 mars 1890 ;
Cornu ; Thèse de Paris, 1890 ;
Ducamp ; Montpellier médical, 16 octobre 1890.
Barthélémy ; Traité, 1893 ; — Progrès médical, 1893, n°s 1. 2 et 3.
4 Voy. Vulpian ; Leçon sur les vaso-moteurs ;
Parrot; Étude sur la. sueur de sang et les hémorrhagies névropathiques (Gazette hebdomadaire, i85g) ;
Ferrand ; Du vomissement de sang dans l'hystérie. Thèse de Paris, 1874, pag. 368 ;
Carre; Des hémoptysies nerveuses, in Archives de Médecine, 1877; Debove ; Société médicale des Hôpitaux, 10 novembre 1S82, — et Union médicale, i883 ;
Wagner ; L'expectoration chez les hystériques, in Deut. Arch. f. kl. Med., 1886, XKXVIII, pag. 193 ; Petit; Hystérie pulmonaire, in Journal de Médecine de Paris, 6 mai 1888; Thermes ; Hémoptysies chez les hystériques, in Ibid., i3 mai 1888 ; Athanassio ; loc. cit.;
HYSTÉRIE. "75 Du côté de la peau, ce sont des taches purpuriques, des ecchymoses, que les malades peuvent rapporter faussement à des violences exercées contre eux, et qui, d'après Gilles de la Tourelle, se sont le plus souvent produites pendant le sommeil, au cours d'un rêve pénible'.
Les troubles de menstruation sont assez fréquents dans l'hystérie, et alors, quand il y a aménorrhée, des hémorrhagies supplémentaires peuvent se produire. Mais ces hémorrhagies se développent aussi chez les hystériques en dehors des périodes menstruelles, sans qu'il y ait de rapport avec cette fonction : ce sont des troubles locaux d'innervation.
Les hémorrhagies gastriques ont été observées dans quelques cas isolés. Elles peuvent alors être très copieuses, survenir tous les jours ou tous les deux jours pendant quelque temps. Le sang dans les vomissements est quelquefois rouge, d'autres fois noir comme du café. On peut en trouver aussi dans les selles. Quelquefois les malades, qui éprouvaient jusque-là une sensation de pression et de plénitude à l'épigastre, sont soulagées par l'hématémèse. Dans d'autres cas, elles éprouvent, après les vomissements, des bourdonnements d'oreille, du malaise, des faiblesses, etc.
Il faut soigneusement distinguer ces états des hématémèses symptomatiques d'un ulcère de l'estomac, maladie qui peut se présenter chez une hystérique. On fera le diagnostic par l'état général, l'absence des troubles gastriques dans l'intervalle, etc.
L'hémorrhagie a lieu aussi parfois par les voies respiratoires (Carre, Josserand, etc.).
Il faut du reste se méfier de la simulation pour les hématémèses et les hémoplysies.
On a noté encore des sueurs et des larmes de sang. Chauffard a observé une hystérique de 21 ans qui, pendant les attaques convulsives (lesquelles duraient de 24 à 36 heures), avait une sueur colorée en rouge et mêlée de sang, sur les pommettes et à l'épigastre. Parrot a vu un liquide sanguinolent sourdre, pendant les attaques, aux doigts, au coude, aux cuisses, à la poitrine et sur la conjonctive.
Pour en finir avec les troubles vaso-moteurs de l'hystérie, nous rappellerons le fait curieux que le Dr Armaingaud a décrit sous le nom de forme vaso-motrice intermittente de l'hystérie 2 :
Josserand ; Psevdo-hémoptysies d'origine hystérique in Société des Sciences médicales de Lyon, 23 février 1893 {Mercredi médical, 8 mars i8g3, pag 116) ;
Waton; L'hystérie vaso-motrice. Thèse de Montpellier, 1893 ;
(jARRiiiU ; Syndrome vaso-moteur dans l'hystérie (otorrhagics, hématémèses, dermographic, sueurs, troubles asphyxiques des extrémités). Leçons publiées par Bosc, in Nouveau Montpellier médical, 1892.
1 Gilles de la Tourette; Société de Médecine légale, 21 avril 1890; — et Nouvelle Iconographie de la Salpétrière, 1890.
- Armaingaud ; Sur une névrose vaso-motrice se rattachant à l'état hystérique, etc. Paris, 1876.
Féré (Revue Neurologique, 1893, n° 17, pag. 466) a signalé récemment Vhydar-
o II s'agit d'une jeune fille qui, indépendamment d'une névralgie cervico-brachiale datant de plusieurs années et continue, est atteinte d'accès d'hystérie convulsive, d'abord irréguliers, plus tard régulièrement périodiques. Après quelques semaines, ces accès convubifs cessent tout à coup et sont remplacés, dès le jour de leur disparition, par un accès de sommeil qui revient chaque jour à la même heure, et d'une durée toujours égale ; bientôt cet accès de sommeil se dédouble, et il s'en produit deux par jour, revenant chacun à la même heure et d'une durée toujours la même pour chacun d'eux ; enfin, il vient bientôt s'y ajouter quatre autres phénomènes nouveaux non moins singuliers, en sorte qu'à partir d'une certaine période de la maladie, la malade est successivement atteinte chaque jour :
» 1. De onze heures moins un quart à onze heures du matin, d'un premier accès de sommeil d'un quart d'heure de durée;
•* 2. De deux heures moins un quart à trois heures vingt minutes, d'un deuxième accès de "sommeil d'une durée d une heure trente-cinq minutes ;
» 3. A cinq heures et demie du soir, d'une congestion locale des deux yeux d'une durée de deux heures ;
y> 4- D'une asphyxie locale des extrémités survenant pendant la congestion des yeux et disparaissant quelques heures après elle 1 ;
» 5. A six heures cinq minutes, d'une névralgie intercostale droite d'une grande intensité, cessant brusquement à six heures et demie précises, et n'étant apparue pour la première fois que quinze jours après la guérison delà névralgie cervico-brachiale ;
» 6. Enfin une chromidrose des paupières est venue s'ajouter, à la fin de la maladie, à tous ces phénomènes.
«... . Pendant les accès de sommeil, alors que toutes les parties du corps étaient absolument insensibles aux excitants les plus énergiques et qu'il était absolument impossible de réveiller la malade, la pression exercée sur l'apophyse épineuse de la deuxième vertèbre dorsale déterminait des signes de sensibilité très vive chez la patiente, qui, sans se réveiller cependant, éprouvait des tressaillements et des sanglots, et dont la physionomie prenait l'expression de la douleur la plus vive, phénomènes qui cessaient dès que la pression était abandonnée...
» Au point de vue pathogénique, conclut Armaingaud, la coexistence, chez une même malade et dans la même journée, des accès de sommeil nerveux, de congestion locale et d'asphyxie locale symétriques et intermittents, mérite assurément l'attention des pathologistes, et
throse intermittente parmi les manifestations de l'hystérie.
' Kriege (Arch. f.Psych., 1891, XXII, 2) décrit, parmi les troubles vaso-moteurs de l'hystéro-traumatisme, des phénomènes d'asphyxie locale des extrémités rappelant tout à fait la maladie de M. Raynaud.
n'amène à proposer l'introduction dans les cadres nosologiques d'une îouvelle forme de maladie non décrite jusqu'ici: la forme vaso-motrice ntermittente de l'hystérie1. »
Si des troubles circulatoires nous passons aux troubles sécrétoires, la oolyurie peut nous servir de transition. Déjà l'urine hystérique ou nerveuse est une urine abondante, très aqueuse, limpide et peu colorée. D'autre part, on a trouvé aussi des polyuries persistantes, notamment dans sept cas sur les soixante et douze réunis par Lancereaux dans sa Thèse2.
Charcota bien étudié d'autres troubles urinaires plus curieux et plus caractéristiques : Yischurie et Yoligurie 3.
Nous ne parlons pas ici de la rétention d'urine par spasme ou paralysie de la vessie : il s'agit d'une diminution et môme de la suppression de la sécrétion urinaire elle-même, l'urine étant évacuée par la sonde. Laycock avait déjà parlé de ce phénomène à l'état passager, passant pour ainsi dire inaperçu. Charcot a attiré l'attention sur ce symptôme (oligurie ou même anurie) devenu permanent, pouvant durer des mois entiers et s'accompagnant alors de vomissements.
On remarque même que la courbe des vomissements monte à mesure
' Voy., plus récemment, sur les attaques de sommeil chez les hystériques : Bourne ville et Regnard ; Ico7iograp/iie photographique de la Salpêtvière , 1878 ;
Charcot ; Bulletin médical, décembre 1887 ;
Senator; Charité Annalen, 1887, XII, pag. 317 (Revue des Sciences médicales, XXXII, pag. i5o) ; Legrand ; Union méclicede, 10 janvier 1888;
Gilles de la Tourette ; Archives de Neurologie, 1888 ; — et Nouvelle Iconographie de la Salpêtrière, 1890 ; Charcot ; Leçons du Mardi, mai 1891 ;
Lœwenfeld ; Arch. f. Psych. und Nerven., 1891, XXII, 3, pag. 71a, et XXIII, 1, pag. 40;
Parmentier; Archives générales de Médecine, novembre et décembre 1891 ; Hyvernaud; Thèse de Paris, juin 1892 ;
Hitzig ; Brain, 1893 fanal, in Revue Neurologique, i5 septembre i8g3, n° 17, pag. 478).
D'après Charcot, la narcolepsie hystéricpje diffère du sommeil normal par un certain degré de raideur musculaire (état cataleptoïde), par l'existence d'un frémissement palpébral et l'action possible des zones hystérogènes.
2 Voy., plus récemment, sur la polyurie hystérique : Garrigues ; Thèse de Paris, 1888 ;
Babinski, Debove, Mathieu et Huchard, in Société médicale des Hôpitaux, i3-2o novembre 1891.
Ehrhardt; Thèse de Paris, juin 1893. - L'auteur rapporte 17 observations person nelles et a vu la quantité d'urine quotidiennement rendue varier entre 2 et 25 litres
Mathieu ; Revue Neurologique, 10 octobre 1893, n° 19, pag. 522.
3 Voy. aussi Secouet ; Thèse de Paris, 1873, n° 126; Guingu and ; Thèse de Paris, 1879 ;
Rossoni ; Riv. Clin., i885.
Grasset, 4° édit., tom. II, 50
que la courbe de l'urine descend, et réciproquement. Gharcot fit alors rechercher l'urée dans les matières vomies, el Grehant en constata, sans en trouver cependant en excès dans le sang'.
L'état de ces malades est alors comparable à celui des animaux néphrotomisés, ou bien après l'oblitération des uretères par une ligature. Les expériences de Prévost et Dumas, CI. Bernard et Barreswill ont montré que dans ces cas, en effet, il se fait une élimination supplémentaire par l'intestin, soit de carbonate d'ammoniaque, soit même d'urée en nature.
Un fait remarquable, c'est la parfaite tolérance des hystériques, qui vivent dans cet état, tandis que toutes les autres anuries par une cause quelconque sont toujours fatalement mortelles et à courte éebéance. Les animaux sont aussi frappés nécessairement de mort; à un moment donné, l'élimination supplémentaire par l'intestin diminue, se supprime; les accidents cérébraux se développent et entraînent l'animal 2.
Ce phénomène de l'anurie hystérique est nié par beaucoup d'auteurs et toujours attribué par eux à la simulation. Les hystériques exploitent volontiers le fait, en y ajoutant, par exemple, un tlux d'urine par l'oreille, le nez ou le nombril. Mais Charcot et d'autres ont fait leurs constatations dans des conditions inattaquables, et ont mis l'existence réelle du fait hors de doute. Debove3 est parvenu à la reproduire expérimentalement par suggestion.
Il est impossible, du reste, de déterminer le mécanisme intime de cette ischurie, mais on voit nettement que c'est un phénomène nerveux comme les autres et qu'il peut disparaître brusquement comme eux ; témoin le fait de Fernet, dans lequel la prescription de pilules fulminantes {mica panis) arrêta le vomissement et fit reprendre le cours de l'urine.
Les sécrétions gastriques, intestinales, sudorales. peuvent aussi être influencées. Hoffmann cite une femme dont les seins se tuméfiaient énormément au moment des attaques, et Briquet rapporte une observation remarquable de galactorrhée qui dura sept ans, en alternant avec des attaques d'hystérie.
On a enfin signalé, ces derniers temps, quelques troubles trophiques dans l'hystérie1; à diverses reprises ,il a été observé des éruptions vésiculeuses, que Castex5 considérait déjà, en 1877, comme la conséquence
1 Fernet : Union médicale, 1873.
2 Rainaldi Rinaldo {L'urémie hystérique. Traité, Foligno, îSSy) a cependant signalé des phénomènes d'intoxication urinaire dans l'anurie hystérique.
:1 Debove ; Société médicale des Hôpitaux, 14 août i885.
« Athanassio ; Troubles trophiques dans l'hystérie. Thèse de Paris, 1890;
Pitres ; Progrès médical, 21 lévrier 1891 ;
Oulmont et Touchard; La Médecine moderne, 12-19 avril 1891. 5 Castex ; France médicale, 1877 ;
d'un trouble nutritif. Brissaud Ballet, Baymond, Féréol2, Babinski3, Chauffard4, Bendu5, Delmas0, Charcot7, ont vu des atrophies musculaires localisées; Chantemesse et Widal s ont noté, dans un cas, des troubles trophiques simulant ceux qui surviennent dans la paralysie radiculaire du plexus brachial ; on a également décrit la gangrène hystérique de la peau9 et des ulcérations cutanées10.
L'état de la nutrition en général chez les hystériques mérite de nous arrêter en terminant ce paragraphe 1 '. Un fait très remarqué dans tous les cas est la faculté qu'ont les malades de vivre quelquefois fort longtemps avec une alimentation très insuffisante, et tout en conservant cependant leur embonpoint.
Des éludes récentes ont démontré chez un grand nombre de malades un ralentissement et une diminution notables dans la désassimilation ; il se produirait là quelque chose d'analogue à ce que l'on observe chez les animaux hibernants. La quantité d'urée éliminée est souvent très diminuée, et, même quand il y a des vomissements urémiques, la quantité de ce produit éliminée est en général bien inférieure à celle que contiendrait une urine normale. L'acide carbonique, les gaz de la respiration, sont également fort diminués ; en somme, il y a moins de désassimilation chez l'hystérique, comme chez la marmotte12.
Voy. aussi, sur le pemphigus, le rupia, le zona hystériques : Mermet; Thèse de Paris, 1877 ;
Rich ardière ; Société médicale des Hôpitaux, 1881 ; Augagneur ; Province médicale, 7 mai 1887 ; Raymond ; Société médicale des Hôpitaux, 26 décembre 1890; Kaposi ; Arch. f. Demi., i8go. XXI, het't 4 (Heoue des Sciences médicales, XXX VII, pag. 194); Bondet ; Lyon médical, 1 janvier i8g3 ;
Weir Mitchell ; Am. Journ. of tlie ined. Se, 1893 (Semaine médicale, 24 mai 1893, pag. 259).
1 Brissaud ; Archives de Physiologie, avril 1887, pag. 33g.
2 Ballet, Raymond, Féréol ; Société médicale des Hôpitaux, 9-23 mai 1890. Voy. aussi Raymond ; Traité des Maladies amyotrophiques, 1889, pag. 416.
3 Babinski; Archives de Neurologie, 1886, n°" 34 et 35.
* Chauffard; Société médicale des Hôpitaux, 14 mai 1886.
5 Rendu ; Union médicale, 8 juillet i8g3.
6 Delmas; Journal de Médecine de Bordeaux, 1893, n° 28, pag. 327. ; Charcot; Archives de Neurologie, mars 1893, n° 74, pag. 177.
8 Chantemesse et Widal ; Société médicale des Hôpitaux, 28 mars 1890. ;l Riehl ; Société impêrio-royale des Médecins de Vienne, i8g3 (Semaine médicale, 24 mai 1893, pag. 255J ; — et Wien. med. Pr., i8g3, n" 21. pag. 823 ;
Singer ; Wien. med. Presse, i8g3, n°s 25 et 26 (Revue Neurologique, 3o septembre 1893, n° 18, pag. 5io).
10 Le win ; Deut. med. Zeit., 1893, n° 14, pag. 191. " Empereur; Thèse de Paris, 1876, n° 364.
12 Féré (Société de Biologie, 16 février 1889) a démontré la lente réduction de l'hémoglobine, du côté insensible, chez les hystériques hémianesthésiques.
Récemment Gilles de la Tourette et Cathelineau 1 sont revenus sur la question de la nutrition dans l'hystérie et ont complété les données précédentes par une analyse minutieuse des déchets urinaires. D'après ces auteurs, la composition de l'urine ne serait point modifiée chez « l'hystérique normal », c'est-à-dire chez l'hystérique réduit à ses stigmates et en dehors des périodes de crise. Au contraire, dans « l'hystérie pathologique », on noterait : i° Une diminution des résidus fixes : urée, chlorures et phosphates ; 2" Une inversion dans la formule des phosphates : le rapport entre les phosphates alcalins et les phosphates terreux, au lieu d'être, comme à l'état normal, de 3 (phosphates alcalins) à î (phosphates terreux), tomberait à 2 pour 1, î pour î, et même au-dessous.
Les lois formulées par Gilles de la Tourette et Cathelinau ont été vérifiées par un certain nombre d'auteurs, et nous avons nous-mêmes observé des faits confirmatifs2. Mais, d'autre part, elles ont été aussi discutées au point de vue de leur réalité intrinsèque ou de leur application trop exclusive à l'hystérie (Voisin, Royer, Poels).
Bosc, qui a tout récemment consacré un travail à cette question et rapporté quelques données nouvelles à la solution complexe du problème, conclut de la façon suivante :
« La crise d'hystérie bouleverse chacun des termes de la formule urinaire, entraînant une diminution des oxydations (diminution de l'azote total), un ralentissement de ces oxydations diminuées (diminution du coefficient des oxydations, augmentation de l'acide urique), et enfin une hypotoxicité très considérable. »
Alors qu'il faut en moyenne, à l'état normal, pour tuer un lapin 70 centim. cubes d'urine normale par kilogramme d'animal, et, pour tuer un chien, 100 centim. cubes par kilogramme, il a fallu jusqu'à 240 centim. cubes d'urine hystérique pour tuer un lapin. — Bosc admet, d'autre part, que l'inversion des phosphates peut faire défaut dans la crise d'hystérie et exister, au contraire, très nettement dans les urines recueillies après des attaques épileptiformes ; mais, dans ce dernier cas, tous les autres termes de la formule urinaire seraient normaux.
1 Gilles de la Tourette et Cathelineau ; Progrès médical, 1 décembre 1888, 4-ii mai 1889; — Académie des Sciences, 14 avril 1890;— Progrès médical, 26 avril 1890 ; — Société de Biologie, 7 avril 1892 ; — Progrès médical, 10 décembre 1892;
Voy. aussi, sur la « formule urinaire » des hystériques : Bouchard ; Académie des Sciences, 21 avril 1890 ; Voisin ; Société de Biologie, 23 avril 1892 ; Voulgru ; Thèse de Lyon, 1892 ; Bosc ; Société de Biologie, 7 mai et 23 juillet 1892 ; Royer ; Société de Biologie, 7 janvier 1893 ;
Poels ; Journal de Médecine, de Chirurgie et de Pharmacologie de Bruxelles, 1893 {Revue Neurologique, 3o mai i8g3, n° 10, pag. 267).
2 Archives de Neurologie, 1890; — et Clinique médicale, pag. 5i3.
Dans quelques cas rares, ou plutôt à certaines périodes, on peut observer de la fièvre chez les hystériques. Briand l'a vue se présenter sous trois formes': 1. Lente, elle est primitive ou secondaire (déjà décrite par Briquet); 2. Intermittente, en général à type tierce; 3 Courte, d'allure typhoïde, elle est généralement primitive, signalant le début de l'hystérie avant toute attaque d'hystérie; les phénomènes de la névrose se développent ensuite.
Boulay, résumant dans une Revue récente les modernes travaux de Debove, Barié, Deleuil , Marie, Ghauveau, Fabre, sur ce sujet, distingue deux formes de fièvre hystérique : tantôt la fièvre est le principal, sinon l'unique symptôme; d'autres fois, elle fait partie d'un complexus plus ou moins étendu, simulant une maladie générale ou une affection viscérale (fièvre typhoïde, méningite, affection pulmonaire, péritonite, paludisme). Debove, dans un cas de fièvre hystérique proprement dite (forme lente de Briquet), a vu la température demeurer élevée pendant trois ans, avec des paroxysmes s'élevant jusqu'à 4i°- Lorentzen aurait observé, dans un cas, une température de 44°>9> Teale et Vizioli, chacun de son côté, 45°. — L'hyper thermie hystérique semblerait résulter, non pas de l'excitation des centres thermogénétiques démontrés par Aronsohn et Sachs, OU, Girard, et siégeant vers la base de l'encéphale, mais d'une action inhibitoire exercée par la névrose sur les centres thermotaxiques (ou régulateurs) de l'écorce cérébrale.
Nous laissons pour le moment de côté l'histoire des troubles psychiques, si importants dans l'étude de l'hystérie, et dont nous nous occuperons en détail à propos de la physiologie pathologique de cette névrose.
Avant d'en venir là, nous dirons quelques mots de certaines formes un peu spéciales de l'hystérie2.
1 Briand; De la fièvre hystérique. Thèse de Paris, 1877, n° 54 ;
Debove, Barié ; Société médicale des Hôpitaux, i3 février i885 et 23 avril 1886 ;
Deleuil ; Thèse de Montpellier, 1887 ;
Macé, (Ihauveau, Fabre ; Thèses de Paris, 1 888 ;
Bressler; New-York med. Rec, avril 1888, pag. 466 (Revue des Sciences médicales, xxxiu, pag. 497) ;
Boulay; Revue générale, in Gazette des Hôpitaux, décembre 1890, n° 148;
Vizioli ; Ann. di Neurol., 1891, l'asc. V-Vi (anal, in Reçue des Sciences médicales, XL, pag. i55);
Sarbo ; Arch. f. Psych., 1891, XXIII, pag. 496.
Affleck (Semaine médicale, 12 octobre 1892, pag. 410) a vu, dans un cas récent la température s'élever à 44°> sans exagération du taux de l'urée.
2 Pitres, dans son Traité, reconnaît à l'hystérie les formes ou variétés suivantes
i° D'après sa marche S a'Sue\
v \ chronique.
„ n, , , ... .. . , , ( convulsive ou non convulsive.
2° D après ses ocal.sations et la nature périphérique ou viscérale, de ses symptômes \ momJ ou*p0iysymptomatique.
n„ t-v. • i>« .1 1 • . ( infantile, juvénile, sénilc.
V D après 1 âge et le sexe des sujets. . . \ tcmininc. Masculine.
L'hystérie chez l'homme est un fait aujourd'hui bien démontré. Petit a pu en réunir dans sa Thèse 61 observations, plus ou moins démonstratives du reste. Aussilloux, un des premiers à Montpellier, en a publié un exemple intéressant ; on retrouve en général les caractères ordinaires : boule, convulsions désordonnées, etc.
Foët traite et guérit ces malades par la compression des testicules. Aussilloux fait cesser l'attaque par des applications froides sur les parties sexuelles, et spécialement sur le testicule et la région mammaire '.
Depuis nos dernières éditions, les travaux se sontmultipliés sur l'hystérie chez l'homme (Voy. au paragraphe de l'Etiologie). Une description symptomatique détaillée n'est pas nécessaire à part, parce que, comme l'a établi Charcot, cette hystérie est identique à celle de la femme. — Mais nous devons insister ici sur une forme de l'hystérie, particulièrement fréquente chez l'homme et d'allures cliniques assez spéciales, Y hystéro-traumatisme .
On donne le nom d' hystéro-traumatisme à tout un groupe de mani-
1 Dreyfuss a vu un jeune homme hystérique chez lequel les attaques étaient classiques: précédées d'une aura qui part de la fosse iliaque gauche (l'ovaire ne serait donc pas toujours le point de départ de cette sensation) et remonte jusqu'à la base du cou, elles sont constituées par une phase de contracture, une phase de contorsions, et enfin une phase d'assoupissement et d'indifférence. La compression du testicule gauche arrête l'attaque. Il y avait en même temps un léger degré d'hémianesthésie gauche (Société de Biologie, 23 décembre 1877 ; et Progrès médical, 1878, I).
2 Beodie ; Leçons sur les affections nerveuses locales, trad., 1880; Troisier, Péréol, Joffroy, Terrillon, Rendu ; Société médicale des Hôpitaux, i885 ;
Charcot; Leçons sur les maladies du Système nerveux, tom. III, iSS5 ; — Semaine médicale. 7 décembre 1887 et 12 décembre 1888; Burckhardt ; Revue médicale de la Suisse romande, 1886 ; Lober; Thèse d'agrégation, 1886;
Berbez ; Hystéy^ie et traumatisme. Thèse de Paris, 1887 ; — Revue générale, in Gazette des Hôpitaux, 6 août 1887, pag. 777 ;
Debove ; Société médicale des Hôpitaux. 14 octobre 1887, w. décembre i8«jo, et 6 juin 1891 ;
G. Guinon : Revue de Chirurgie, novembre 1888; — Thèse citée ; Thyssbn ; Thèse de Paris, 1888 ;
Vibert ; Traité, 1888 (Accidents de chemin de fer); - Société de Médecine légale, i3 juin 1892 ;
Brissaud ; Les hystéries provoquées, in Gazette des Hôpitaux, 23 novembre 1889, pag. 1217 ; Rougier ; Thèse de Paris, juillet 1889 ; Cosserat ; Thèse de Nancy, 1889-90 ;
Dumontpallier; Semaine médicale, 26 mars 1890, pag. 97; Billon ; Thèse de Montpellier, 1890-91 ; Pitres; Progiès médical, 1890, n' ^9 ; Roth ; Berl. 1:1. Woch., 2 mars 1891 ;
Bruns ; Revue générale, in Schmidt's Jahr., 1893, XXXV1I1, pag. 73; Kornii.off : Gazette des Hôpitaux de BotUine (anal, in Revue Neurologique, i5 mai 1893, n° 9, pag. •ÏMjj ;
festationsnévrosiques généralement tenaces, survenant à l'occasion d'un choc physique ou moral, et reproduisant tout ou partie de la symptomatologie de l'hystérie, le plus souvent avec un élémeut neurasthénique surajouté.
Décrits pour la première fois parBrodie, en 18.37, les troubles nerveux post-traumatiques ont été étudiés en Angleterre et en Amérique, par Abercrombie, Braid, Bussel Beynolds, Weir-Mitchell, H. Page; — en Allemagne, parErichsen, Oppenheim, Bernhardt, Thomsen, Strùmpell ;
— en France, par Charcot, Berbez et l'École de la Salpêtrière ; récemment Blum vient de lui consacrer une importante monographie. Nous ayons nous-mêmes publié sur ce sujet, en 1888, une série de Leçons*.
La définition de l'hystéro-traumatisme, longtemps limitée aux conséquences nerveuses du choc matériel, en particulier aux troubles qui suivent les accidents de chemin de fer (d'où les noms de railway-spine, railway-brain donnés en Angleterre à la névrose), comprend aujourd'hui toutes les variétés de choc nerveux intense, quelle qu'en soit l'origine (traumatisme proprement dit, fulguration ou commotion morale pure).
— Il n'existe d'ailleurs aucune relation entre l'énergie de la cause efficiente et les phénomènes consécutifs : un léger traumatisme, par exemple, pourra solliciter chez un sujet une vive réaction nerveuse, alors qu'une épouvantable catastrophelaissera indemnes les centres nerveux de son voisin; tout dépend, en effet, de la façon dont le système nerveux réagit, de ïémotion produite, et le défaut d'équilibre qui constitue la névrose ressortit aux causes prédisposantes habituelles des manifes tations névrosiques. — ■ De même, en cas de choc matériel, la nature du traumatisme (opératoire, accidentel) importe peu ; par contre, le point d'application de l'agent extérieur a le plus souvent une grande importance au point de vue de la localisation des troubles nerveux.
Ces derniers, surtout fréquents chez l'homme, plus exposé que la femme au traumatisme, consistent en paralysies flasques ou spasmodiques, contractures douloureuses, arthralgies, etc.2. Berbez attribue à ces diverses manifestations les caractères communs suivants : i° la disposition segmentaire, le rayonnement autour d'une ou plusieurs articulations ; 20 la constance des troubles sensitifs (anesthésie ou hyperesthésie ; 3° la fréquence des troubles trophiques (atrophies musculaires, dégénérescence fibreuse des muscles) ; 4° la production sous l'influence
MUe Bychowski ; Thèse de Paris, juin 1893 ;
Pel ; Berl. kl. Woch., 12 juin 1893, n° 24, pag. 56i (Revue Neurologique, i5 août 1893, n° i5, pag. 421) ; Blum; De l'hystéro-neurasl/iénie traumatique. Traité, i8g3.
1 Leçons publiées par Bourguet, in Montpellier médical, juin 1S88 ; — Clinique médicale, pag. 76 et 436.
2 Steph a.n (Nederl. Tij. u. Geneesk, 2 novembre 1889) a signalé la rétention d'urine parmi les manifestations de l'hystéro-traumatisme ; — et Potain (Semaine médicale, 9 décembre 1891) a décrit, parmi les manifestations de « l'hystéro-traumatisme interne », le syndrome de la colique néphrétique.
des mêmes causes ; 5° la même durée habituelle; 6° la facilité à se remplacer l'une par l'autre ; 70 la coexistence des mêmes stigmates hystériques.
La paralysie flasque est la forme la plus fréquente ; elle occupe généralement un membre ou un segment de membre et peut s'accompagner d'une anesthésie complète, portant sur toutes les formes de la sensibilité (y compris le sens musculaire) et présentant l'aspect habituel de l'anesthésie hystérique. D'autres fois, il s'agit d'une hémiplégie ou d'une paraplégie. La paralysie peut s'accompagner, à un moment donné, de contractures (en flexion d'habitude) ou de vives douleurs. Enfin la contracture peut s'installer d'emblée, le plus souvent dans le voisinage d'une articulation, et provoquer en ce point une hyperesthésie intéressant à un haut degré l'enveloppe cutanée
Les stigmates hystériques font souvent défaut, ou tout au moins se présentent rarement au complet, dans cette forme de la névrose 1 . Inversement les manifestations psychiques sont habituelles : oubli de l'événement initial, de la période qui l'a précédé et des circonstances qui l'ont suivi (amnésie rétro-antérograde) (Azam, Charcot5); — assombrissement du caractère, qui devient triste, morose, préoccupé, hypochondriaque ; il s'agit presque toujours, en effet, d'une » association hystéro-neurasthénique» , dans laquelle les manifestations de la neurasthénie3 précédent d'un laps de temps plus ou moins long l'éclosion de l'hystérie.
Une fois installés, les phénomènes hystéro-traumatiques se caractérisent par leur opiniâtreté, leur ténacité, la longévité habituelle de la manifestation initiale et la résistance qu'elle oppose aux efforts du traitement. Charcot rapportait naguère l'histoire d'un malade qui a guéri seulement au bout de huit années d'impotence fonctionnelle 4; cette longue durée est d'ailleurs un des caractères habituels de l'hystérie masculine (Charcot). — Quand la guérison se produit, elle survientle plus souvent d'une façon brusque et sous l'influence d'une émotion ; leshok nerveux, générateur des accidents, est aussi l'agent curateur par excel-
1 Schultze ; Semaine médicale, 1 juillet 1891, pag. 270.
2 Charcot ; Revue de Médecine, février 1892 ;
Souques ; Amnésie rétro-antérograde , in Revue de Médecine, niai et novembre 1892;
Monod ; Congrès pour l'avancement des Sciences, septembre 1S92; Baccelli ; Soc. lancis. degli Osped,, 1893 (anal, in Revue Neurologique, i5 août i8g3, n° i5, pag 420-
3 Voy. pag. 398.
'• Prince (The Am. Journ. of the med. Se, juillet 1892, pag. 03) a récemment rapporté trois cas de paralysie bystéro-traumatique (monoplégie et hémiplégie) a\yantduré 21, 2S et 29 ans, sans atrophie ni contractures.
Voy. Alamartine ; Thèse de Lyon, 1S88-89 (point de vue médico-légal) ; — Hoffmann; Samml. Id. Voi-tr. von Volkmann (Semaine médicale, 16 mai 1891, pag. 208) ; — et la discussion à la Société de Médecine légale, août 1689.
lence; on peut le comparer à la pression des zones hystérogènes, qui est à la fois capable d'engendrer et de réfréner une crise d'hystérie.
Au point de vue de sa nature, l'hysléro-traumatisme est encore aujourd'hui discuté, bien que l'opinion proclamée par Gharcot gagne tous les jours du terrain. Un certain nombre d'auteurs allemands en font une névrose spéciale, la névrose traumatique1, présentant simplement des analogies avec l'hystérie; en France, au contraire, on conclut à la nature hystérique des phénomènes, la névrose empruntant au choc traumatique, origine des accidents, certains caractères symptomatiques et évolutifs, qui permettent tout au plus de considérer l'hystéro-traumatisme comme une forme un peu spécialisée de l'hystérie2.
Marche, Durée et Terminaisons. — Les circonstances font énormément varier la marche de l'hystérie, qu'il est difficile de décrire. Briquet distingue à ce point de vue une forme aiguë et une forme chronique.
La forme aiguë, qui est beaucoup plus rare, débute brusquement après une émotion, se manifeste immédiatement par des attaques, et se termine en peu de temps. C'est dans cette forme que l'on observerait la fièvre hystérique. Constatée par certains auteurs, rapportée par d'autres à des inflammations locales, comme les lésions utérines, la fièvre nerveuse, la fièvre hystérique pure existerait d'après Briquet, et durerait de trois à quatre mois, complètement distincte des fièvres graves, comme la fièvre typhoïde. Nous avons déjà cité les travaux se rapportant à ce sujet.
La forme chronique, qui est la plus fréquente, présente de nom-
' Oppenheim ; Die traumatischen Nevrosen, Berlin, 1889 et 1891.
Voy. aussi Strumpell ; Munch. med. Woch., 14 janvier 1890 (Revue des Sciences médicales, XXXVI, pag. 121) ;
Discussion au Congrès de Berlin, en 1890 (Semaine médicale, 20 août 1890,
Donath ; Wien. med. Woch., septembre-octobre 1890;
Elzholz (Collège médical de Vienne, novembre 1891, in Semaine médicale, 2-9 décembre 1891) accepte la théorie de Meynert, qui rattache l'affection à des troubles vaso-moteurs et la centralise dans la capsule interne.
Schultze ; Deut. med. Woch., 5-12 janvier i8g3;
Benedikt, Reuss, Winternitz, Mauthner; Collège médical de Vienne, févriermars i8g3 (anal, in Revue Neurologique, i5 avril 1893, n" 7, pag. 173) ;
Strumpell, Wernicke ; 12e Congrès de Médecine interne, 12-13 avril i8g3 (ibid., n" 10, pag. 270).— L'un des rapporteurs du Congrès, Strumpell, a soutenu une opinion tout à fait analogue à celle de Charcot : il considère les « névroses traumatiques» comme des manifestations de l'hystérie, de la neurasthénie ou de l'hystèroneurasthénie.
Byron Bramwell (Assoc. med. Britann., 1893; anal, in Semaine médicale, 16 août 1893, pag. 398) a fait récemment intervenir la commotion de la moelle dans la pathogénie de l'hystéro-traumatisme.
2 On peut en dire de même, à peu de chose près, de l'hystérie toxique.
breuscs variélés de marche que Briquet ramène à six types: l. Début rapide; les accidents atteignent très vite toute leur intensité en se succédant à court intervalle ; 2. Début tout à fait aigu, avec fièvre et délire, comme dans la méningite : 3. Phénomènes légers et restant ainsi pendant toute la vie; 4 Début et accroissement essentiellement graduels et lents ; 5. Grandes attaques se reproduisant à certains intervalles, séparées par un calme complet, sans aucun autre signe de la névrose; 6. Marche à grandes rémissions, avec temps d'arrêt de durée variable.
La terminaison habituelle est la guérison ou le statu quo. Certaines hystéries guérissent complètement ; d'autres laissent une grande impressionnabilité de divers appareils ou de l'économie tout entière; certaines entraînent un état nerveux pénible. La phtisie est admise par quelques auteurs comme une terminaison possible ; il faut, dans ce cas, qu'il y ait une prédisposition antérieure, une diathèse déjà existante, et alors il nous paraît plus rationnel d'admettre que l'hystérie elle-même était déjà la première manifestation de la tuberculose, comme nous l'avons exposé plus haut dans l'étiologie.
Il faut bien savoir que l'hystérie peut, quoique rarement, se terminer par la mort. On trouvera dans les auteurs un certain nombre de faits, d'abord de malades mortes dans l'attaque par suffocation ou de mort subite ensuite de malades ayant succombé au marasme progressif et aux suites d'une hystérie chronique prolongée.
Nous avons vu, à l'hôpital Saint-Éloi une hystéro-épileptique succomber dans l'état de mal, sans que l'autopsie ait rien révélé ; nous en avons vu une autre mourir subitement, mais elle présentait une sclérose cérébrale étendue.
Enfin Pitres a consacré tout récemment (tom. II, pag- 48 de ses Cliniques) une intéressante leçon au suicide des hystériques '-.
Si nous avons longuement insisté sur les symptômes de l'hystérie, nous serons brefs sur I'Anatomie pathologique.
L'hystérie est toujours une vraie névrose ; il n'y a pas de lésion le plus souvent, et en tout cas il n'y a pas de lésion constante :i. Tout le
1 Mollière a cependant réuni en 1884 (Mémoire lu à la Société des Sciences médicales de Lyon) un certain nombre de cas de mort subite survenue au cours de la crise hystérique.
2 Une jeune hystérique, dont nous avons publié, il y a quelques années, les roma. nesques aventures (Semaine médicale, mars 1890), et qui, pour justifier une grossesse, avait raconté, au cours de l'hypnose simulée, une tragique histoire de viol, s'est récemment suicidée à l'occasion d'une nouvelle grossesse.
3 Strumpell a soutenu qu'il y a dans l'hystérie <• des lésions matérielles inconnues, mais certaines». A ce compte, le domaine des névroses doit disparaître en totalité, car un pareil argumentpcut s'appliquera toutes les maladies dépourvues d'un substratum anatomique .nettement démontré. Mieux vaut, nous semble-t-il, conclure avec Guinon qu'il existe dans l'hystérie des troubles fonctionnels pouvant se localiser dans certains territoires des centres nerveux.
monde connaît le fait célèbre de Charcot: on trouva une sclérose des cordons latéraux chez une vieille hystérique qui avait de très anciennes contractures. Mais ce n'était là qu'une coïncidence lune hystérique pouvant avoir un tabès dorsal1), ou mieux une lésion secondaire, toute altération fonctionnelle pouvant entraîner une lésion anatomique à un moment donné, par le fait même de sa persistance et de sa répétition2.
Physiologie pathologique. — Nous allons maintenant résumer la théorie qui a cours, à l'heure actuelle, sur le mode de développement des phénomènes hystériques, et qui a pour point de départ l'étude approfondie de « l'état mental « des malades.
L'état mental des hystériques a été fouillé dans ces dernières années avec un soin tout particulier, non seulement par les médecins, mais par les philosophes 3.
Ces recherches ont montré que les phénomènes psychologiques ont une importance beaucoup plus grande qu'on ne l'avait cru jusqu'à présent dans l'histoire de cette névrose et ont conduit à faire une physiologie pathologique toute neuve de l'hystérie, à en donner la
' Pierret a émis une opinion tout à fait semblable sur ce cas, au dernier Congrès de Grenoble.— Siredey (Société médicale des Hôpitaux, 6 mars 1891), Blocq et MarinêsCO (Archives de Médecine expérimentale, 1 mai 1892) ont d'ailleurs rapporté récemment des faits très remarquables d'association hystéro-tabétique ; on a vu, d'autre part, l'hystérie coexister avec les lésions de la sclérose en plaques, etc. Il est indispensable (et Charcot a bien des fois insisté sur ce point) d'être bien pénétré de la possibilité, sinon de la fréquence, d'associations pareilles, pour éviter, au cours d'un examen, de se laisser entièrement absorber par celui des deux états dont la symptomatologie est la plus apparente.
2 Voy. Feldmann; Inaug. dissert., Breslau, 1887.
3 Voir Pierre Janet ; L'automatisme jisyc/tologique. Thèse de doctorat ès lettres, Paris, 1889 (2e édition, sous presse). — Etat mental des hystériques ; stigmates mentaux. Un vol. de la bibliothèque Charcot-Debove. Paris, i8g3. — Etat mental des hystériques; accidents mentaux Thèse de doctorat en médecine, Paris, 29 juillet i8g3, et un volume de la bibliothèque Charcot-Debove.— Conférences faites à la Salpètrière, in Archives de Neurologie, 1892.— Série de Mémoires dans la Revue philosophique, de 1887 à aujourd'hui. — Cominunicationsà la Société et aux Congrès de Psychologie physiologique ;
Colin ; Thèse de Paris, novembre 1890 ;
Séglas (hystérie et onomatomanie), Soci été médicale des Hôpitaux, mars 1889; Ballet; Id., ibid., 10 mai 1889;
Legrand du Saulle ; État mental des hystériques ; leurs délits; 3° édition, 1891 ;
Moravsik (folie hystérique) ; Allg. Zeits. f. Psych., L, 1-2, 1893.
Brener et Frend ; Mécanisme psychique des phénomènes hystériques, in Neur. Centr., 1893, n0* 1 et 2.— Ils admettent la constance d'un trauma psychique à l'origine des accidents, trauma dont le souvenir, souvent passé inaperçu, se réveille à l'occasion de l'état de mal hystérique ou de l'hypnose, et proposent la cure psycho-thérapique (fievue Neurologique, 1893, n" 1, pag. 36).
Vibert ; Les mensonges des hystériques, in Société de Médecine légale, n déc. i893 ;
Bloco„ ; Etat mental des hystériques, in Gazette des Hôpitaux, 25novembre i8g3.
théorie mentale, la théorie psychologique, ce que nous proposerons plutôt d'appeler la formule cortico- cérébral0..
Nous avons dû placer cette étude ici, quoiqu'elle vise également la neurasthénie, déjà étudiée dans ce volume, et l'hypnotisme, qui ne sera étudié que dans le chapitre suivant. Mais il nous a paru urgent de ne pas scinder ce paragraphe, et alors sa place était dans le chapitre de l'hystérie.
Pour faire cet exposé sommaire, mais aussi complet que possible, nous allons suivre pas à pas l'œuvre de Pierre Janet, qui personnifie bien cette Ecole nouvelle par son double titre de professeur de philosophie et de docteur en médecine, élève de l'Ecole normale et de la Salpètrière. Nous réserverons pour la fin de cet exposé les quelques considérations critiques personnelles qu'il nous a paru nécessaire d'ajouter.
«L'hystérie, a dit Charcot, est en grande partie une maladie mentale.» En tout cas, les symptômes mentaux jouent un rôle considérable dans le tableau clinique de cette névrose.
Comme tous les autres symptômes de la maladie, ils peuvent être essentiels, permanents, et jusqu'à un certain point indifférents au malade : ce sont les stigmates mentaux; ou bien ils sont accidentels, passagers et pénibles pour les malades : ce sont les accidents mentaux.
Dans les stigmates mentaux nous passerons successivement en revue, avec Janet, les anesthésies, les amnésies, les aboulies, les troubles du mouvement et les modifications du caractère.
Les anesthésies sont le premier type de ces stigmates « précieux pour l'examen psychologique ».
Les plus intéressantes (au point de vue qui nous occupe) sont les anesthésies systématisées Le type de ces anesthésies est fourni, dans l'hypnotisme, par le sujet suggestionné qui « verra toutes les personnes de la salle, mais ne pourra plus voir ni entendre une personne qu'on lui aura désignée ; il pourra voir des objets, des papiers qu'on lui présente, mais ne pourra plus voir certains papiers portant une croix ou marqués d'un chiffre impair » . Sans suggestion, l'hypnotisé n'est en rapport qu'avec son hypnotiseur. Les somnambules spontanés agissent de même et ne perçoivent qu'une certaine catégorie de sensations en rapport avec leur rêve : telle celle qui « voyait fort bien que la lampe apportée par elle avait besoin d'être remontée, mais ne voyait pas les personnes présentes, cherchant en vain à attirer son attention ».
Les hystériques éveillées peuvent présenter le même symptôme : telle la malade de Gilles de la Tourette, qui ne savait plus reconnaître que le goût du jus d'oignons, ayant perdu tous les autres. Une autre «avait les deux mains absolument anesthésiques, mais elle reconnaissait toujours au contact deux ou trois objets seulement appartenant à sa
toilette habituelle, ses boucles d'oreille et ses épingles à cheveux en écaille... Une autre malade, ayant également les mains tout à fait anesthésiques, savait toujours par le simple contact et sans miroir si sa coiffure était bien ou mal disposée selon ses goûts ».
« Dans tous les cas, conclut Janet, il semble que la sensibilité et l'insensibilité soient réparties, non pas d'après des modifications physiques du sens lui-même, mais d'après de certaines idées du malade, qui déterminent le choix des impressions senties ou non senties. »
Nous avons décrit plus haut les anesthésies localisées et leur distribution par segments de membre, distribution qui est plutôt physiologique qu'anatomique (Charcot), mais qui, remarque Janet, correspond à une physiologie bien grossière, bien populaire. Quand la main est paralysée, l'anesthésie s'arrête au poignet, quoique les muscles paralysés soient en réalité à l'avant-bras. L'hystérique amaurotique a une lunette d'anesthésie sur la face (conjonctive et paupières comprises) : «elle a perdu l'œil, non pas seulement dans le sens physiologique, mais dans le sens populaire du mot, c'est-à-dire tout ce qui remplit l'orbite. Il semble donc que, même dans les anesthésies localisées, les associations habituelles de nos sensations, les idées que nous nous faisons de nos organes jouent un rôle important et déterminent ces répartitions ».
L'anesthésie, même quand elle est très étendue ou générale, est ignorée du malade, lui est indifférente, t modifie très peu, et le plus souvent aucunement, le fonctionnement physiologique des membres» .
Tous ces caractères distinguent si bien l'anesthésie hystérique des anesthésies organiques que, m une hystérique déjà anesthésique contracte accidentellement une anesthésie organique, elle se plaint de cette dernière, quoique très limitée, tandis qu'elle ignorait la première beaucoup plus étendue.
Cette spécialisation des anesthésies hystériques est encore marquée par leur mobilité et les contradictions qu'elles présentent.
Le sommeil, spontané ou provoqué, les attaques, l'ivresse, les émotions, modifient la répartition de ces anesthésies. Nous avons vu récemment, avec Brissaud, une hystérique hémianesthésique, chez laquelle l'anesthésie changeait de côté au membre inférieur, quand on lui faisait croiser les jambes, c'est-à-dire mettre la jambe droite à gauche, et réciproquement.
Les contradictions sont plus curieuses encore. Une hystérique amaurotique se trompe avec la boîte de Fiées, qui fait voir à droite le pain à cacheter de gauche (c'est le même fait que pour la jambe de notre hystérique), ou elle voit les deux pains à cacheter. La dyschromalopsie n'empêche pas que le disque de Newton soit vu blanc ; les couleurs non perçues interviennent dans la constitution de la couleur résultante. Une hystérique qui fixera longtemps, sans le voir, un carré rouge verra ensuite apparaître un carré vert complémentaire, comme tout le monde. Parinaud, Pitres, Bernheim, ont multiplié ces expériences curieuses
dans l'amaurose hystérique. De même les anesthésies, le rétrécissement du champ visuel, non seulement sont mobiles « mais encore, pendant le même instant, varient et se manifestent par des phénomènes contradictoires, suivant la façon dont on interroge le sujet».
Pour tenter d'expliquer cela, Lasègue, qui avait déjà analysé tous ces phénomènes avec beaucoup de finesse, disait que l'hystérique est un distrait. «Un individu, disait-il en 1864, distrait par une forte préoccupation, ne perçoit pas des sensations que, dans une autre situation d'esprit, il eût à peine tolérées. . . Il est probable que les hystériques, dont l'état moral offre tant d'autres singularités, acquièrent également par le fait de la maladie une sorte de paresse qui les rend moins propres à percevoir certaines modalités psychiques. » Et Janet continue très justement : « La distraction, en effet, môme chez l'homme normal, produit des phénomènes équivalents à ceux de l'anesthésie hystérique : elle nous empêche de sentir le chapeau que nous avons sur la tête ou de voir le parapluie que nous tenons à la main. Dans les cas les plus forts, c'est à cause d'elle que le soldat blessé au milieu de l'ardeur de la bataille ne sent pas la douleur de sa blessure. L'insensibilité ainsi produite est, elle aussi, mobile et contradictoire, car elle disparaît dès que nous changeons la direction de notre attention, et elle laisse subsister des mouvements adaptés et intelligents : l'homme distrait tient ferme son parapluie et ne le laisse pas tomber, quoiqu'il le cherche partout. Or, la distraction est énorme chez les hystériques.... Aussi, sans prétendre que cela résolve le problème, je crois que l'on a une première approximation de la vérité dans cette formule : l'anesthésie des hystériques est une distraction ».
Pour serrer le problème de plus près. Janet analyse alors la sensation perçue et montre qu'elle contient deux choses : il y a d'abord l'impression venue du dehors jusqu'aux cellules de l'écorce cérébrale, ce que l'on a appelé les sensations élémentaires, les états affectifs (Maine de Biran), les phénomènes subconscients. Puis l'assimilation, 1-a perception personnelle se fait sur un certain nombre de ces impressions subconscientes, et la sensation, ainsi rattachée à la personnalité du sujet, est constituée complète.
Or, suivant les cas, les aptitudes, les circonstances, chacun perçoit un nombre variable de ces impressions subconscientes. En d'autres termes, il y a pour chacun, suivant l'expression de Janet, un champ de la conscience dont l'étendue est variable. C'est le champ de la conscience qui se rétrécit chez le distrait et surtout chez l'hystérique.
« Voilà donc une nouvelle formule plus précise que la précédente ; l'anesthésie est une distraction très grande et perpétuelle, qui rend les sujets incapables de rattacher certaines sensations à leur personnalité, c'est un rétrécissement du champ de la conscience. »
On a institué une série d'expériences pour vérifier cliniquement cette théorie. Toutes sont basées sur les considérations suivantes: Il faut
démontrer l'existence de ces impressions subconscientes distinctes de la sensation perçue ; or, ces impressions subconscientes peuvent se superposer, se modifier, s'influencer réciproquement ; et alors l'existence de ces impressions non perçues peut être démontrée par l'influence qu'elles exercent sur d'autres impressions perçues, accessibles par suite à notre observation.
Ainsi toutes ces expériences sur l'amaurose hystérique, dont nous avons cité quelques exemples plus haut, rentrent dans cette catégorie: l'impression subconsciente non perçue du rouge, chez une hystérique dyschromatopsique, est démontrée par ce fait qu'elle donne une sensation perçue de blanc quand elle se superpose aux autres couleurs du disque de Newton ou quand elle donne sur la rétine fatiguée la sensation perçue du vert complémentaire.
Ainsi certains malades ne sentent pas un objet placé dans leur main. Mais ils saisissent l'objet et font les mouvements nécessaires pour le retenir et l'empêcher de tomber. D'autres malades même « modifient les mouvements de la main insensible suivant la nature de l'objet. Elle lient la paire de ciseaux mise dans sa main, passe les doigts dans les anneaux, ouvre et ferme alternativement les ciseaux» . Pour une aiguille, « elle la tient et fait machinalement des mouvements de va-et-vient, comme pour coudre une étoffe ».
Dans le sommeil hypnotique, on peut donner des suggestions à point de repère, donner le point de repère dans un membre anesthésique, et cependant l'ordre est exécuté, par exemple, quand on pince une partie insensible.
Les associations d'actes provoquées par des excitations non senties prouvent bien l'existence des impressions subconscientes, non perçues par l'hystérique à cause du rétrécissement de son champ de conscience. Et Janet conclut avec Herzen : « Une idée qui disparaît de la conscience ne cesse pas pour cela d'exister, elle peut continuer à agir à l'état latent et pour ainsi dire sous l'horizon de la conscience....; dans cet état subconscient elle peut avoir encore des effets moteurs et influer sur d'autres idées.»
L'anesthésie hystérique serait donc « une maladie mentale, une maladie psychologique; elle existe non dans les membres, ni dans la moelle, ni dans les centres basilaires, mais dans l'esprit » ; le mot esprit représentant « les fonctions les plus élevées du cerveau et probablement les fonctions de 1 écorce... L'anesthésie hystérique est une maladie de la personnalité ».
Ce que nous venons de dire de la sensibilité tactile ne s'applique pas à la douleur. Dans l'analgésie, les impressions subconscientes ne paraissent pas persister, et un hystérique peut se brûler sans déplacer ses membres. C'est pour cela, d'après Janet, que les réflexes liés à une douleur disparaissent chez l'hystérique (réflexe oculaire, réflexe nauséeux, réflexe du chatouillement), tandis que les réflexes liés à lasen-
sibilité tactile persistent (réflexe rotulien, réflexe de la déglutition). De tout cela, Janet conclut encore que la douleur n'est pas une sensation comme les autres, décomposable comme les sensations tactiles en impression subconsciente et en perception personnelle : « la douleur disparaît quand la synthèse disparaît; » il n'y a pas de douleur subconsciente, pas de douleur sans perception personnelle.
Les amnésies, beaucoup plus fréquentes qu'on ne croit chez les hystériques, jouent un grand rôle dans l'état mental de ces malades et contribuent à expliquer dans bien des cas leurs mensonges et leurs inconséquences.
Janet les divise, comme les anesthésies, en systématisées, localisées et générales; il ajoute les amnésies continues.
Dans l'amnésie systématisée, peut- être la plus fréquente, « les malades perdent, non pas tous les souvenirs acquis pendant une période, mais une certaine catégorie de souvenirs, un certain groupe d'idées du même genre formant ensemble un système ». Et le malade oublie tout ce qui concerne une personne ou une famille, certains mots ou certaines catégories de mots, soit pour l'articulation, soit pour l'écriture (formes d'aphasie et d'agraphie) . En portant sur la mémoire des mouvements, ces amnésies produisent des espèces de paralysies systématisées : l'ophtalmoplégie externe, l'astasie-abasie, seraient l'oubli des mouvements pour mouvoir l'œil, pour se tenir debout ou pour marcher.
Les amnésies localisées portent sur une période donnée. Un accident, une émotion, une attaque, suppriment les souvenirs antérieurs (amnésie rétrograde) d'une certaine période, ou les souvenirs ultérieurs (amnésie antérograde) pendant une certaine durée également.
L'amnésie générale, d'ailleurs fort rare, assimile le malade « à un enfant qui vient de naître, mais avec les facultés de l'âge adulte » . C'est la table rase.
L'amnésie continue est non plus la suppression de souvenirs reçus, mais l'impossibilité, à partir d'un certain moment, de recueillir aucun souvenir. Cette amnésie « entre pour une bonne part dans ce qu'on appelle vulgairement les distractions et les étourderies » des hystériques.
On trouvera de nombreux et intéressants exemples de tout cela dans les livres cités de Janet et dans celui de Sollier '.
Janet soumet toutés ces amnésies à une analyse psychologique tout à fait parallèle à celle que nous avons vu appliquer aux anesthésies.
D'abord on retrouve dans les amnésies systématisées l'influence de
1 Paul Sollier; Les troubles de la mémoire, in Bibliothèque Charcot-Debove, Paris, 1892.
la pensée du sujet. « On voit le souvenir, que le sujet prétend avoir oublié, jouer son rôle et déterminer le choix des oublis, comme la sensation en apparence non sentie du point de repère sert au sujet à reconnaître le papier qu'il ne doit point voir ». — De plus, l'amnésie, même « formidable », ne trouble pas le fonctionnement intellectuel. Sauf dans les cas spéciaux d'amnésie continue, l'hystérique est indifférente à ce trouble qu'il faut chercher. — Ces amnésies sont mobiles, comme les anesthésies ; c'est pour cela qu'elles apparaissent toujours, dans l'histoire de l'hystérie, comme des amnésies périodiques.
Enfin ces amnésies présentent aussi des caractères contradictoires. Le malade en amnésie générale est à la fois un enfant et un adulte ; ce qui est aussi contradictoire psychologiquement que physiquement. Il reste intelligent comme s'il avait la mémoire ; ses raisonnements bénéficient de ces souvenirs qui paraissent lui manquer. A un amnésique occupé à causer, Janet glisse un crayon dans la main et demande un nom oublié : il écrit impertubablement comme s'il n'était pas amnésique. Donc, les souvenirs de l'amnésique, comme les sensations de l'anesthésique, « d'un côté semblent présents, de l'autre semblent absents ».
On prévoit que l'interprétation sera la même que pour les anesthésies.
Il y a des distractions de mémoire comme il y a des distractions de sensations, et « l'amnésie hystérique est, elle aussi, une forme de la distraction ». Comme pour les sensations, il y a pour le souvenir complet, d'abord l'image qui se forme et se fixe, et puis la perception personnelle, l'assimilation psychologique, la personnification de cette image. L'amnésie hystérique est un trouble de ce second temps de l'évolution psychologique : c'est une amnésie d'assimilation. Et en effet, les souvenirs paraissent disparus dans les actes personnels, dans les affirmations personnelles. Mais ils reparaissent quand la personnalité abdique ou n'intervient plus, dans le sommeil spontané ou provoqué, les rêves, les actes irréfléchis, l'écriture obtenue pendant l'occupation de la personnalité à autre chose. « Le souvenir se présente quand la conscience claire et personnelle est absente, quand le souvenir est isolé sans rapport avec la vie complète delà malade.» Pour retrouver ses souvenirs, « il faut que la malade ne se rende compte de rien et réponde automatiquement aux questions par association mécanique des idées, sans réfléchir, sans avoir la perception personnelle de ce qu'elle fait ».
En somme, l'amnésie hystérique, comme l'anesthésie hystérique, est un trouble de la personnalité. « Les éléments du souvenir, la conservation et la reproduction des images sont intacts, mais il y un défaut de synthèse actuelle des éléments psychologiques, défaut qui supprime plus ou moins complètement l'assimilation des souvenirs à la personnalité La perception personnelle, incapable de rattacher tous les
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éléments à l'ensemble de la personnalité, néglige de percevoir telle ou telle catégorie d'images. »
Les aboulies, diminution ou abolition de la volonté, constituent le troisième stigmate mental des hystériques.
Quoique moins importante ici, la classification peut être reproduite en : aboulies systématisées, aboulies localisées et aboulies générales.
Dans la première catégorie, un acte est devenu impossible ; mais le diagnostic est souvent délicat entre le « non pouvoir » et le « non vouloir», entre l'amnésie et l'aboulie. L'impuissance professionnelle de Levillain rentre dans ces aboulies systématisées. Janet y rattache certaines insomnies, qui seraient des aboulies du sommeil.
Dans les aboulies générales (les plus importantes), il y a les aboulies motrices et les aboulies intellectuelles. Dans les premières est cette attitude immobile, paresseuse, apathique, de certaines hystériques, sans paralysie ni idées fixes. Ce n'est pas le délire du toucher ; et la preuve est que les contacts passifs ne lui répugnent en rien. C'est le mouvement, l'acte volontaire et personnel, qu'elle ne peut pas vouloir.
L'aboulie intellectuelle se manifeste surtout par le défaut d'attention (aprosexie). Ce n'est ni de l'anesthésie ni de l'amnésie. Le malade lit, voit, se rappellerait s'il faisait attention; mais il ne sait pas ce qu'il a lu, parce qu'il n'a pas pu concentrer son attention, il n'a pas su vouloir lire utilement. Les efforts faits pour prêter son attention peuvent devenir alors l'occasion de vraies souffrances, de troubles moteurs, d'attaques. L'aprosexie conduit à une sorte d'ignorance, qui engendre le doute et les étonnements du malade sur les choses les plus banales.
Janet montre dans ces aboulies les mêmes caractères psychologiques que dans les autres stigmates mentaux. Il souligne chez les malades la conservation des actes anciens, de ceux qui par leur répétition sont devenus les plus automatiques, les plus faciles à une volonté défaillante, et au contraire la perte des actes nouveaux, de ceux pour lesquels l'intervention de la volonté est plus nécessaire. « Un acte n'est volontaire que par sa nouveauté » ; il devient ensuite automatique par la répétition. Puis, il note la conservation des actes subconscients et la perte de la perception personnelle des actes. Un hystérique, distrait par une conversation, fait un acte qu'on lui souftle tout bas et ne le fait pas s'il concentre sur l'exécution volontaire de cet acte toute son attention impuissante; et en même temps il ne se rend pas personnellement compte de l'acte subconscient qu'il a accompli.
« Il y a donc un rétrécissement de l'esprit pour les actes, comme pour les sensations et les images : la diminution de la puissance de synthèse intervient pour modifier les actions comme pour transformer la sensibilité et la mémoire. »
Ainsi se rattachent aux autres stigmates mentaux l'aboulie et toutes ses conséquences, comme la «continuation monotone d'une même action
habituelle », le « besoin de commandement et de direction » avec une « docilité exagérée » .
En quatrième lieu, Janet étudie de la môme manière et au môme point de vue les troubles du mouvement.
Les mouvements volontaires peuvent être ralentis. Féré et Binetont mesuré l'augmentation du temps de réaction, que Duchenne avait déjà signalée en montrant que, dans des mouvements bilatéraux, la main insensible est toujours en retard sur l'autre. En même temps, Onanolï a démontré que le temps de la réaction subconsciente pouvait être au contraire diminué.
Les mouvements volontaires sont indécis, mal dirigés, ataxiques ; les mêmes actes étant exécutés fort correctement d'une manière subconsciente.
L'hystérique ne peut pas faire à la fois plusieurs mouvements simultanés; elle les simplifie, se concentre sur un, et est troublée ou arrêtée s'il faut en ajouter un autre.
Il y a de la faiblesse musculaire (amyosthénie) appréciable au dynamomètre. Seulement cet hystérique, qui serre à peine le dynamomètre quand on le met en expérience, balayera la salle ou rossera un ami avec une force peu commune, parce que c'est pour lui de la vie courante, subconsciente et automatique. Féré a démontré que la plus grande énergie de l'effort momentané (dynamomètre) coïncide avec la plus grande activité des fonctions intellectuelles.
Tous ces troubles du mouvement sont donc des « phénomènes moraux», « des manifestations immédiates du grand trouble de la volonté et de l'attention consciente, de l'aboulie ».
Un trouble de mouvement plus complexe est l'incapacité que présente l'hystérique anesthésique quand il ne voit pas le membre à déplacer. Janet appelle cela le « syndrome de Lasègue ». 11 se produit quand l'anesthésie porte sur le sens musculaire. Dans ce cas, « le sujet anesthésique qui détourne les yeux ne sent plus son bras; il fait plus, il l'oublie; il ne sait plus y penser d'aucune manière ». Il n'a plus conscience, des mouvements, ni des images kinesthésiques nécessaires pour les reproduire. Chez certains malades, on peut rendre le mouvement possible en suggérant l'hallucination visuelle de ce mouvement. Une légère sensation visuelle (l'ombre projetée, le déplacement d'une couverture) suffit à rendre le mouvement possible (Lasègue). Certains continuent, les yeux fermés, un mouvement commencé, mais ne peuvent pas en commencer un nouveau (Pitres). L'image motrice peut quelquefois être évoquée par le sens auditif (Raymond).
Puis il y a des variétés anormales du syndrome de Lasègue : la syncinésie (possibilité de faire les mouvements du membre malade, à condition que ces mouvements soient simultanément bilatéraux et symétriques), l'allocinésie (exécution de l'ordre donné, mais du côté
opposé), l'étérocinésie (exécution d'un mouvement précisément inverse du mouvement ordonné et voulu). — C'est toujours le même trouble avec des phénomènes de suppléance plus ou moins compliqués.
Ces mêmes malades (ayant le syndrome de Lasègue) peuvent l'aire, si elles sont distraites, des mouvements automatiques avec le membre anesthésique, sans le voir. Les catalepsies partielles étudiées par Lasègue sont des phénomènes du même ordre : elles peuvent durer très longtemps, la malade étant occupée à autre chose et n'étant nullement fatiguée: mais, ajoute Lasègue, «la sensation de fatigue reparait en même temps que la vue est rendue à sa libre activité». Le phénomène présente, du reste, des modifications et des complications, allant jusqu'aux mouvements automatiques d'imitation.
Janet démontre l'existence, dans ces symptômes, d'un phénomène psychologique. «L'unité, la coordination de ces contractions musculaires, leur complication, leur relation indiscutable avec des impressions tactiles, auditives ou visuelles, le choix, l'intelligence en un mot, qui s'y manifestent constamment, me paraissent au premier chef des phénomènes psychologiques. ^ D'autre part, il est certain qu'il n'y a rien de conscient ; le malade ne connaît en rien son intervention. Ce sont donc ces phénomènes ignorés du malade, subconscients, dont nous avons parlé. L'absence de fatigue est du même ordre ici que l'absence de douleur dans l'anesthésie. «En général, il n'y a pas de douleur subconsciente» ou plutôt de douleur provoquée par les seuls phénomènes subconscients.
Donc le syndrome de Lasègue, pris dans sa totalité clinique, avec ses symptômes négatifs et ses symptômes positifs, se rattache encore à la théorie générale des stigmates mentaux, en accusant, avec la disparition ou la restriction des phénomènes personnels et conscients, «la permanence dans l'esprit de toutes les sensations et de toutes les images sous la forme de phénomènes isolés et subconscients» .
Enfin Janet rapproche de tout cela la diathèse de contracture (opportunité decontracture, contractures latentes), qu'il considère comme «des phénomènes analogues aux catalepsies partielles». Ces contractures «sont dues également à des phénomènes subconscients, qui doivent être rapportés à des sensations et à des images kinesthésiques subsistant à part, isolément, en dehors de la conscience personnelle du sujet. D'un côté comme de l'autre, des excitations extérieures provoquent de telles sensations. Celles-ci, en raison du rétrécissement de la conscience, de la distraction et de l'anesthésie, ne sont ni contrôlées, ni arrêtées par les autres phénomènes psychologiques, et tendent à persister indéfiniment, en se manifestant comme toujours par des mouvements extérieurs» .
Le dernier chapitre des stigmates mentaux est consacré aux modifications du caractère. Ce que nous avons dit déjà de l'attention, de la mémoire,
de la volonté, ce que nous allons dire des accidents mentaux, diminue notablement l'importance de ce paragraphe.
L'intelligence est diminuée, et surtout «le pouvoir de progresser et d'acquérir des notions nouvelles» .
L'automatisme, au contraire, se développe : les idées anciennes ou une idée nouvelle, une fois acquise, domine, obsède. L'hystérique rêve sans cesse, la nuit dans le sommeil, et souvent le jour dans la veille. L'hystérique est ainsi la proie des enchaînements du subconscient, et, dans son incapacité de sentir et de vouloir, dans l'impuissance de son impersonnalité, elle s'ennuie et fait durer indéfiniment une action une fois commencée.
Pour les émotions, il y auraitencore diminution. Les hystériques «sont en général, fort indifférentes, au moins pour tout ce qui ne se rattache pas directement à un pelit nombre d'idées fixes». Les affections, les sentiments de famille, diminuent, se rétrécissent (apathie psychologique, psychopathie). Il en serait de môme de la pudeur etde la sensibilité génitale. La disparition porte surtout sur «les sentiments sociaux, les émotions altruistes» (sauvagerie, misanthropie). De tout cela, résulte l'égoïsme, caractère classique, nouvelle preuve du rétrécissement de la personnalité, devenue incapable de comprendre et d'aimer autrui.
En même temps, elles sont impressionnables à l'excès, se laissent facilement distraire de cette impression, n'adaptent pas leur émotion à sa cause, ni comme qualité ni comme quantité, rééditent pour des causes nouvelles et différentes des tableaux d'émotion antérieure qu'elles récitent. Elles sont souvent jalouses et presque toujours tristes. Tout cela est toujours du rétrécissement du champ de la conscience.
Quant à l'érotisme, dont on avait voulu faire un caractère dominant de l'hystérie à l'époque du règne de la théorie utérine de la névrose, il existe « comme toutes les idées fixes possibles »; mais rien de plus. Quand la coquetterie existe, elle se rattache à l'égoïsme déjà cité.
L'habitude du mensonge et de la simulation a été également fort exagérée. On a souvent traité de tromperies des phénomènes bizarres qui paraissaient capricieux ou faux, uniquement parce qu'on ne les comprenait pas (Pitres). Mieux on connaît les hystériques, moins on les traite de menteuses et de simulatrices. On connaît même des hystériques qui ont simulé la simulation, qui ont trompé en disant qu'ils avaient menti. Le mensonge, volontaire et réfléchi, n'est pas un caractère spécifique de l'hystérie.
Et cela conduit au suicide des hystériques que Pitres a si bien étudié en en citant un cas; Legrand du Saulle en a rapporté trois, Gilles de la Tourette un, Janet un. Nous en avons cité un septième personnel. Mais, très souvent aussi, les idées fixes impulsives ne sont pas exécutées, parce que ces actes « sont mal préparés », n'étant « ni réfléchis ni volontaires ».
La comparaison de ce caraclère peut être faite avec celui de certains aliénés et celui de certains criminels; mais elle s'impose surtout avec celui de l'enfant.
Enfin ce caractère est mobile et contradictoire ; ce qui montre une fois de plus « le défaut d'unité de l'esprit, la diminution de la synthèse personnelle et la conservation des phénomènes automatiques qui réapparaissent avec un dévelo ppementexagéré ».
Telle est l'histoire résumée de ces stigmates mentaux par lesquels «doit être diagnostiquée et comprise la maladie de l'hystérie. Chacun d'eux nous montre très bien que le sujet est diminué dans sa personnalité et qu'il n'est plus maître de sa propre pensée ».
Passons maintenant aux accidents mentaux. En les étudiant. Janet s'est efforcé de démontrer qu' «un accident hystérique n'est pas uniquement un accident physique, il est en même temps un accident moral...; un certain troublede ces fonctions psychologiques (del'écorce cérébrale) joue un rôle important dans tout accident hystérique ».
Il passe ainsi successivement en revue : la suggestion et les actes subconscients, les idées fixes, les attaques, les somnambulismes et les délires.
Sans dire, avec Gilles de la Tourette, que tout l'état mental des hystériques se résume dans la suggestibilité, il est certain que la suggestion joue un grand rôle dans leur histoire psychologique. Et il faut entendie par là, non seulement la suggestion dans le sommeil provoqué, mais aussi à l'état de veille.
Il y a des suggestions négatives : on fait naître des anesthésies, des paralysies, des amnésies (phénomènes analogues aux stigmates ordinaires de l'hystérie). — H y a des suggestions positives élémentaires : attitudes, mouvements, hallucinations. — Puis viennent les suggestions complexes, auxquelles « tout l'organisme comme tout l'esprit semble prendre part », dans lesquelles il se fait une association telle d'images et de mouvements que l'évocation artificielle d'un terme fait naître les autres : d'où les suggestions à point de repère. — Enfin, les suggestions générales représentent un dernier degré de complication : les éléments en sont si nombreux qu'ils transforment entièrement le sujet, qui présente ainsi de vraies modifications de sa personnalité.
Janet combat ensuite l'opinion de Bernheim, qui définit la suggestion « l'acte par lequel une idée est introduite dans le cerveau et acceptée par lui ». C'est une exagération qui conduit aux « confusions les plus étonnantes : on voit décrire sous le même nom la leçon d'un professeur à ses élèves et les hallucinations provoquées chez une hystérique... Il n'est plus possible de distinguer la maladie mentale, qui est pourtant une triste réalité, de l'état psychologique normal».
En faisant rigoureusement l'analyse psychologique de la suggestion,
et d'abord de la suggestion négative, on voit que, comme le stigmate mental, elle présente deux grands caractères : la conservation des phénomènes subconscients et automatiques, la diminution ou la suppression delà synthèse qui constitue la perception personnelle.
Toute suggestion, même complexe, a pour premier caractère de consister dans le «développement automatique de toutes les images contenues dans une idée» . En second lieu, ce développement « n'est que la répétition des pensées anciennes, et il s'effectue sans que le sujet en ait la perception personnelle... Ils ne composent pas leur rôle, ils le récitent... La suggestion n'est rattachée à la personnalité ni par le souvenir quand elle est terminée, ni par la perception consciente pendant qu'elle s'exécute». — Ces caractères différencient nettement la suggestion des phénomènes physiologiques que Bernheim veut en rapprocher : ils ne s'appliquent pas à la docilité et à l'influence, qui laissent intervenir la volonté et la personnalité du sujet.
Les actes provoqués pps suggestion rentrent dans les actes subconscients, qu'on étudie bien dans les mouvements des membres anesthésiques, dans les mouvements provoqués chez un sujet distrait, dans les suggestions posthypnotiques. Ces actes subconscients ne sont pas de simples réflexes, puisqu'ils sont intelligents, coordonnés, compliqués (calcul, écriture). En même temps, le sujet les ignore et les accomplit d'autant mieux que sa volonté personnelle est plus distraite par autre chose.
Ces actes subconscients et les pensées conscientes exercent une action réciproque et variable suivant les cas: le «cumberlandisme» est l'exemple de la pensée consciente entraînant un acte subconscient et ignoré. Inversement, une idée subconsciente peut provoquer des pensées et des actes conscients.
Et la suggestion, ainsi analysée en ses termes même complexes, revient toujours au a développement de certains phénomènes physiologiques en dehors de la perception personnelle, en dehors de la personnalité ». La suggestion interrompt le cours de la conscience ou développe, à côté et en dehors d'elle, une idée parasite, qui s'installe et échappe à son contrôle.
Dès lors, la suggestion n'est plus un phénomène banal constant, elle a des conditions en dehors desquelles elle ne peut pas exister. Les déments, les incohérents, les hystériques « trop malades», ne sont pas suggestibles : ils ne sont pas capables de la systématisation, du développement nécessaire à la suggestion. Inversement, il faut aussi n'avoir pas l'esprit entièrement sain pour être suggestible: l'esprit ne se laisse envahir et supplanter par la suggestion que s'il a un degré de faiblesse. La suggestion « demande comme condition essentielle une maladie de la personnalité » .
L'hystérie n'est pas la seule affectioncapable d'entraîner cette maladie de la personnalité; mais elle en est une des causes les plus fréquentes.
« La disposition à la suggestion et aux actes subconscients est le signe d'une maladie mentale, mais c'est surtout le signe de l'hystérie.*
Cette étude psychologique de la suggestion était indispensable pour comprendre maintenant les idées fixes des hystériques.
Les idées fixes sont des sortes de suggestions spontanées, ou du moins ce sont des phénomènes développés automatiquement en dehors de la volonté et de la perception personnelle du sujet, comme les suggestions. Seulement elles se développent sans provocation extérieure directe, naturellement, sous l'influence de causes accidentelles.
Ce qui caractérise l'idée fixe de l'hystérique, c'est qu'habituellement le sujet ne se rend pas compte clairement de son existence et de l'obsession qui en résulte. Ce sont des idées fixes subconscientes. Pour les révéler nettement, il faut mettre ou observer le sujet dans ces états, naturels ou provoqués, que nous savons propres à révéler le subconscient : les attaques, les rêves, le somnambulisme provoqué, la distraction. Janet cite des exemples très curieux de cette révélation expérimentale.
Ces idées fixes subconscientes provoquent des actes, des sensations dans certains cas, ailleurs une cécité, l'anorexie. On comprend l'utilité thérapeutique de la découverte par le médecin de cette idée fixe, ignorée du malade, au moins en partie (car quelquefois une partie de l'idée fixe est consciente).
Dans ce groupe rentrent les dysesthésies : perceptions inexactes des impressions qui frappent les sens. Janet classe dans ce symptôme l'haphalgésie (contact douloureux) de Pitres, l'influence des aimants et de leurs pôles, la diplopie monoculaire (c'est consécutivement à une diplopie binoculaire, par une hallucination habituelle, par une idée fixe, que s'engendrerait ce symptôme). — De même nature encore sont les hypereslhésies, ou mieux les hyperalgésies. Certaines hyperesthésies vraies ne sont dues qu'à la finesse exagérée des sens ; mais la plupart seraient dues à des idées fixes : telles l'ovarie, les arthralgies, les coxalgies hystériques. Loin d'être dues à un affinement des sens, ces hyperalgies coïncident avec l anesthésie tactile de la région. Elles ont une répartition fonctionnelle, non anatomique. Elles sont souvent provoquées par un accident net. qui explique l'existence et la nature de l'idée fixe subconsciente. Souvent un incident (un délire, l'ivresse) révélera cette idée fixe latente.
La même pathogénie peut encore s'appliquer aux tics et aux mouvements choréiques. Les spasmes, les tremblements, la toux, le hoquet, le rire, le sanglot, les chorées rythmées ou même certaines chorées non rythmées, ne sont spontanés qu'en apparence. Il y a au début un fait réel, une émotion, une irritation, un traumatisme, qui font naître l'idée fixe, et de là le mouvement anormal, qui est en général systématique,
s'accompagne souvent d'anesthésie superposée. Le plus souvent, l'idée fixe pathogène est subconsciente.
Les paralysies et les contractures sont encore des troubles moteurs que l'on peut rattacher aux idées fixes, au moins dans certains cas. Ces deux symptômes peuvent être rapprochés l'un de l'autre : c'est de l'impotence, avec les muscles flasques dans un cas, durs dans l'autre. Comme les stigmates, ils sont systématiques, localisés ou généraux.
Les paralysies systématiques (portant sur une catégorie particulière de mouvements) sont les plus fréquentes : un des types les plus nets en est l'astasie-abasie, qui s'accompagne souvent d'angoisse, d'aboulie, de chorée ; tels sont encore l'ophtalmoplégie externe et certains mutismes. Les contractures systématiques immobilisent par exemple la main dans la position qui tient l'aiguille. Dans tous ces cas, « c'est une fonction, et surtout une fonction intelligente du membre, qui se sépare des autres ». — Les paralysies localisées sont les monoplégies, en général post-traumatiques, dont Charcot a si bien décrit les caractères spéciaux. On connaît aussi les contractures localisées, parmi lesquelles le météorisme par contracture du diaphragme. — Enfin il y a les paralysies et les contractures générales.
Ces divers symptômes dépendent de phénomènes psychologiques : ils se développent après un accident léger et souvent une période de méditation; ils disparaissent de même par une émotion, un rêve, une suggestion: ils sont systématiques, indifférents au malade, etc. — Les phénomènes psychologiques dont dépendent ces symptômes sont des amnésies. L'aboulie ne suffit pas à les expliquer. Il faut l'amnésie des images motrices dont la conservation est nécessaire pour les mouvements. Il faut réapprendre au malade à mouvoir son membre.
Le mécanisme intime de cette amnésie est plus difficile à établir. Janet écarte la théorie, proposée par beaucoup d'auteurs, de l'épuisement des centres, qui peut s'appliquer à quelques cas, mais ne doit pas être généralisée. En effet, le repos ne fait pas disparaître le symptôme, qui augmente et s'éternise; de violentes attaques n'épuisent pas les centres voisins; la guérison subite, la mobilité ou la suspension de ces paralysies pendant une attaque, ou à sa suite, ou dans le somnambulisme provoqué, sont des caractères incompatibles avec l'idée de l'épuisement. De même pour les mouvements que l'on peut déterminer dans les membres paralysés quand le sujet est distrait. — Applicable seulement aussi à un petit nombre de faits serait la théorie « de l'amyosthénie et de l'exagération de la diathèse de contracture », qui fait de ces symptômes la seule exagération de ce qui se passe dans le syndrome de Lasègue, la contracture étant alors considérée comme l'analogue des catalepsies partielles.
Janet admet, comme « la plus vraie et la plus générale », la théorie des paralysies et contractures par idée fixe (autosuggestion de Russel Reynolds, de Charcot). — Un accident est le point de départ de cette
idée fixe qui persiste, est le plus souvent subconscienle et se révèle dans les rêves, le somnambulisme, etc. — Cette notion de l'idée subconsciente répond en partie aux objections que nous avions laites personnellement à la théorie de l'autosuggestion dans l'hystéro- traumatisme; Janet veut bien les discuter, du reste, les trouvant « plus importantes ». Il reconnaît d'ailleurs plus loin (c'est un point sur lequel nous avions insisté) que « jamais aucun de ces procédés ne nous a permis de constater une idée fixe relative aux stigmates » ; et cependant l'hystérie traumatique en présente.
« L'influence des idées fixes sur les stigmates est d'une autre nature; elle est indirecte». Ainsi l'idée fixe est surtout une cause de distraction , qui diminue l'étendue du champ visuel comme elle rétrécit le champ de la conscience.
Dans les attaques d'hystérie « les phénomènes psychologiques jouent un rôle plus considérable que dar.s l'accès comitial ».
Etudiant d'abord l'attaque émotionnelle ou attaque de Briquet Janet montre l'émotion morale au début (douleur physique ou morale, contrariété, colère, surprise, peur, terreur) ; à chaque attaque nouvelle, l'émotion primitive se reproduit : c'est l'aura psychique de Pitres, qui est toujours la même pour chaque malade et est en rapport avec l'émotion initiale. L'état émotif se reproduit automatiquement, et les convulsions n'en sont qu'a une manifestation passagère et non nécessaire ». Ajoutez, pour les cas moins simples, l'association des idées et les idées fixes subconscientes, qui envahissent peu à peu tout l'esprit et perdent en grandissant leur précision, et vous arriverez à admettre « avec Briquet l'existence d'attaques émotionnelles dues à la reproduction d'un rêve, d'une idée fixe ».
Dans l'attaque de tics (downisme) , il s'agit encore « d'idées fixes se développant en dehors de la volonté des malades. Tous ces tics ont une origine et reproduisent un incident de la vie passée ».
Dans les attaques d'idées fixes, les extases (crises d'idées), les malades « sont absorbés par une pensée obsédante qui remplit leur petit champ de conscience. Leur insensibilité apparente est une anesthésie par distraction, due aux idées qui encombrent leur faible pensée ». Ce sont des hallucinations visuelles, des images verbales (long bavardage intérieur), des rêves entraînant des attitudes ou des conversations (rêves joués ou parlés).
Le plus souvent, «les différents genres d'attaques et les divers phénomènes psychologiques se combinent les uns avec les autres » ; de là, les attaques complexes et enfin l'attaque complète ou attaque de Charcot : la période épileptoïde serait l'attaque émotionnelle : la période de clownisme rappelle « les tics, les contorsions étranges, si fréquentes chez les hystériques qui répètent indéfiniment un mouvement absurde dès qu'elles l'ont commencé ». Les périodes des altitudes passionnelles
et du délire sont des variétés de l'extase, des rêves joués ou parlés.
En terminant ce chapitre, Janet insiste sur la régularité et la persistance de ces phénomènes psychologiques de l'attaque. Loin que l'hystérie soit variable et protéiforme, « pendant des années ce sont les mêmes attaques, les mêmes attitudes, les mêmes stigmates ; loin d'être trop changeante, l'hystérique n'est pas assez mobile elle reste indéfiniment au même point de sa vie, en face de la même émotion, sans savoir s'adapter aux circonstances indéfiniment changeantes ». Ces idées fixes ne sont que des répétitions (des réminiscences), ne pouvant se développer et se reproduire ainsi que si l'attention et la volonté sont énormément réduites; elles sont subconscientes.
En résumé, les idées fixes des hystériques, comme les suggestions, « présentent au plus haut degré les caractères de l'automatisme psychologique, la régularité, la répétition du passé et la subconscience..., chez les esprits dont la synthèse est affaiblie...; elles indiquent une division des phénomènes de conscience, qui se manifeste plus complètement encore dans les somnambulismes, qu'il nous reste à étudier avant les délires».
Le somnambulisme est « un état anormal, distinct de la vie normale du sujet», sans caractère pathognomonique. C'est «une existence seconde, qui n'a d'autre caractère général que d'être la seconde ». — Il faut cependant, pour le constituer, un trouble de mémoire, qui fait l'oubli au réveil, et un certain degré d'intelligence « qui permet jusqu'à un certain point la perception des phénomènes extérieurs ».
On peut d'abord caractériser et classer les variétés du somnambulisme parles modifications de la mémoire. — i° Si les somnambulismes sont réciproques, le souvenir de l'état 1 se retrouve dans l'état 2 et le souvenir de l'état 2 dans l'état 1. — - 20 Dans les somnambulismes réciproques et dominateurs, le souvenir de l'état 1 se retrouve dans l'état 2; mais le souvenir de l'état 2 ne se retrouve pas dans l'état 1. — 3° Dans les somnambulismes en gradation, l'état 2 domine l'état 1 et est dominé à son tour par l'état 3.
Les variétés peuvent aussi être classées au point de vue du développement intellectuel.— i° Dans l'hémisomnambulisme, les phénomènes subconscients peuvent « se grouper, se coordonner de manière à former des pensées assez complètes, qui se développent ainsi tout à fait isolément»: c'est l'écriture automatique du médium dans les séances spirites, c'est la suggestion chez le sujet distrait. Ces phénomènes involontaires, inconscients et cependant intelligents, coexistent avec l'intégrité de la pensée et de la conscience normale du sujet. — 20 Si le somnambulisme est à forme léthargique, les malades perdent leur conscience et leur personnalité normale ; mais la vie psychologique n'est pas arrêtée. — 3° Dans le somnambulisme cataleptique, il n'y a qu'un petit nombre d'idées, ou même une seule, qui se développe sans
obstacles ni contre-poids et entraîne des attitudes harmonieuses et persistantes de tout le corps. — 4° Si le somnambulisme est monoïdéique, le champ de conscience est très rétréci : de là l'électivité pour l'hypnotiseur et ce qui vient de lui. — 5° Enfin, la malade peut reconstituer dans le somnambulisme complet une personnalité entière et nouvelle, qui peut occuper une partie de la vie parfois plus importante que l'état normal.
Dans tous les somnambulismes, il y a une amnésie qui ressort du mécanisme déjà étudié des autres amnésies hystériques : seulement cette amnésie est localisée à certaines périodes de la vie. Janet explique cette localisation en montrant que le somnambulisme « est composé de phénomènes psychologiques rattachés par association, réunis autour de certaines sensations, de certaines images, de certaines idées même, que le sujet ne sait plus percevoir» ; et il donne du somnambulisme cette sorte de définition : c'est « avant tout un état anormal pendant lequel se développe une nouvelle forme d'existence psychologique, avec des sensations, des images, des souvenirs qui lui sont propres, capable dans certains cas de persister au second plan après le réveil et de se continuer sous la première existence, la plus ordinaire ». Ainsi compris, le somnambulisme se rapproche de l'hystérie, non seulement en fait (comme tous les observateurs l'ont constaté), mais encore en droit : « le somnambulisme est précisément caractérisé par !e môme phénomène qui se retrouve au fond de tous les symptômes hystériques, la désagrégation de l'esprit, le dédoublement de la personnalité... Il en est de même des écritures subsconscientes, des phénomènes médianimiques ; ces faits présentent en eux-mêmes ce qu'il y a d'essentiel dans l'hystérie... Pour nous, conclut Janet, cette division de la personnalité qui se manifeste chez le somnambule et le médium, c'est précisément ce que nous appelons hystérie, parce qu'elle se retrouve dans tous les phénomènes que l'on considère comme hystériques » .
Il ne reste plus qu'à dire un mot de quelques délires vrais, « qui semblent être le développement naturel de certains symptômes hystériques déjà connus ».
Ainsi, l'exagération de l'aboulie peut arriver à la suppression à peu près complète de toute synthèse mentale : c'est la psychasthénie aiguë, la confusion mentale. — L'exagération des phénomènes automatiques, avec verbiage, langage télégraphique, conduit au délire maniaque. — L'exagération des idées fixes aboutit au délire systématisé : le mensonge, l'érotisme, l'anorexie, en seraient des formes simples ; les idées de haine, de persécution, les grands délires à évolution chronique, en constituent les formes plus graves.
Ces délires, et d'autres, existent chez des hystériques et des hystériques ordinaires, à histoire d'autre part classique. Ils peuvent être
HYSTÉRIE. 805 superposés à la névrose, mais ils peuvent aussi en faire partie, à titre de symptômes directs.
Il s'agit maintenant de trouver, comme conclusion à cette longue et laborieuse étude, sinon une définition de l'hystérie, du moins un caractère commun qui permette de rapprocher la majorité des faits recueillis de tous côtés.
Après une longue période dans laquelle ce caractère commun a été vainement cherché dans les symptômes physiques, Briquet ouvre la voie nouvelle en faisant pivoter la maladie autour de «la perturbation des actes vitaux qui servent à la manifestation des sensations affectives et des passions ». Gharcot précise et développe l'étude psychologique : «Beaucoup d'accidents de l'hystérie, dit-il, sont des accidents d'ordre psychologique et sont dus aux pensées des malades». Mœbius développe et cherche à préciser cette notion de l'hystérie comme une maladie de l'esprit. Le fait caractéristique serait que, chez le névrosé, le rapport de la pensée au mouvement est immédiat, sans passer par la volonté consciente. « On peut considérer, dit-il, comme hystériques toutes les modifications maladives du corps qui sont causées par des représentations (Vorstellungen) » .
Cette définition de l'hystérie « un ensemble de maladies par représentation » est passible d'objections qui en empêchent la généralisation. L'élude du somnambulisme attire l'attention sur le dédoublement delà personnalité, qui en est le fondement, même dans les formes plus légères. On en rapproche alors divers phénomènes hystériques, paroxystiques (attaques). Puis Pierre Janet étudie ce dédoublement de la personnalité en dehors du somnambulisme, dans la suggestion posthypnotique, dans les actes inconscients, dans l'écriture des médiums. Il applique cela à l'hystérie en dehors des attaques, à certains symptômes persistants, non paroxystiques ; il généralise, fait de ce dédoublement de la personnalité le caractère psychologique de l'hystérie . C'est, dit-il, la formation et la désagrégation, dans l'esprit, « de deux groupes de phénomènes, l'un constituant la personnalité ordinaire : l'autre, susceptible d'ailleurs de se subdiviser, formant une personnalité anormale différente de la première, et complètement ignorée par elle». C'estl'idée développée par Jules Janet, dans le passage suivant : «L'état incomplet delà personnalité première constitue les tares hystériques; il permet l'action désordonnée de la personnalité seconde, c'est-à-dire les accidents hystériques. La seconde personnalité, toujours cachée derrière la première, d'autant plus forte que celle-ci est plus affaiblie, profite de la moindre occasion pour la terrasser et paraître au grand jour », et par Brener et Frend, quand ils disent: «Cette division de la conscience que l'on a constatée avec netteté dans quelques cas célèbres de double existence 1 se retrouve d'une façon rudimentaire chez toute hystérique ;
1 Voy., sur la double personnalité, les indications fournies à la page 740.
la disposition à celte dissociation, et en même temps à la formation d'étatsde conscienceanormaux quenous proposons de réunir sous le nom d'états hypnoïdes, constitue le phénomène fondamental decette névrose.»
Janet trouve plu.- tard ces définitions exactes, mais incomplètes, parce qu'elles laissent en dehors les stigmates. Et alors il fait intervenir le rétrécissement du champ de la conscience, a C'est un état exagéré de distraction, qui n'est pas momentané et ne résulte pas d'une attention volontaire dirigée uniquement dans un sens ; c'est un état de distraction naturelle et perpétuelle, qui empêche ces personnes d'apprécier aucune autre sensation en dehors de celle qui occupe actuellement leur esprit c'est une faiblesse morale particulière consistant dans l'impuissance que présente le sujet faible de réunir, de condenser ses phénomènes psychologiques, de les assimiler à sa personnalité.» Les stigmates (l'anesthésie comprise) peuvent être considérés comme une dépendance de ce caractère psychologique. « Les choses se passent comme si les phénomènes psychologiques élémentaires étaient aussi réels et aussi nombreux que chez les individus normaux, mais ne peu-' vent pas, à cause du rétrécissement du champ de la conscience, à cause de cette faiblesse de la faculté de synthèse, se réunir en une seule perception, en une seule conscience personnelle. »
De tout cela, Janet conclut qu'il faut faire entrer l'hystérie « dans le groupe des maladies mentales », en la caractérisant de la manière suivante :
« L'hystérie est une maladie mentale appartenant au groupe considérable des maladies de dégénérescence ; elle n'a que des symptômes physiques assez vagues, consistant surtout dans une diminution générale de la nutrition ; elle est surtout caractérisée par des symptômes moraux : le principal est un affaiblissement de la faculté de synthèse psychologique, un rétrécissement du champ de la conscience ; un certain nombre de phénomènes élémentaires, sensations et images, cessent d'être perçus et paraissent supprimés de la perception personnelle ; il en résulte une tendance à la division permanente et complète de la personnalité^ la formation de plusieurs groupes indépendants les uns dt-sau très; ces systèmes de faits psychologiques alternent les uns à la suite des autres ou coexistent ; enfin ce défaut de synthèse favorise la formation de certaines idées, parasites, qui se développent complètement et isolément, à l'abri du contrôle de la conscience personnelle, et qui se manifestent parles troubles les plus variés, d'apparence uniquement physique. » Et, plus succinctement : « L'hystérie est une forme de désagrégation mentale caractérisée par la tendance au dédoublement permanent et complet de la personnalité».
Nous avons tenu à faire aussi complet et aussi fidèle que possible ce résumé des théories psychologiques nouvelles de l'hystérie. Il y a là un
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effort considérable et précieux, dont il ne faudrait cependant pas dénaturer le caractère, en en exagérant la portée.
Cette analyse, très fine et très vraie dans ses grandes lignes, des phénomènes psychologiques de l'hystérie, démontre que cette névrose est une maladie, surtout cérébrale, ou, si l'on veut, plus spécialement cortico-cérébrale.
Cette dissociation du subconscient et du conscient est une fonction pathologique de l'écorce cérébrale. Nous avons vu un paralytique général au début qui ne pouvait retrouver le chemin de son domicile qu'à condition de n'y pas penser, d'être distrait : volontairement et consciemment, il se perdait dans les rues. L'hystérie est donc une névrose, surtout cérébro-corticale.
Nous disons « surtout» parce qu'il n'est pas démontré que ces caractères psychologiques soient absolument constants, généraux. Nous croyons que l'hystérie reste une névrose du système nerveux tout entier, avec prédominance, si l'on veut, de l'écorce cérébrale.
Faut-il en conclure que l'hystérie est une maladie mentale ? Oui, si on veut qualifier de mentale toute maladie dans laquelle les phénomènes cérébraux psychologiques jouent un grand rôle. Non, si on laisse au mot de maladie mentale son ancien sens classique.
L'hystérique assiste souvent, avec les débris de sa personnalité consciente, aux dévergondages pathologiques de son subconscient: mais il sait que c'est pathologique ; il ne croit pas ensuite que ce soit arrivé, si on nous permet cette expression vulgaire. Chez le mental vrai, au contraire, l'influence pathogénique est telle qu'il croit normal son état maladif et admet la réalité de son délire, considérant au contraire les autres comme malades. La personnalité consciente n'est pas seulement séparée de la sphère subconsciente; elle est elle-même malade, altérée, faussée. Le rêve, le somnambulisme, la distraction, ne sont pas états mentaux, au sens propre du mot, parce que la personnalité consciente et intelligente n'en est pas, à proprement parler, atteinte.
La sphère subconsciente constitue comme une couche de centres audessus de la réflectivité médullaire, de la réflectivité bulbaire, même de la réflectivité cérébrale basilaire, et au-dessous de la sphère consciente et personnelle. On conçoit donc un état pathologique de cette sphère subconsciente, sa dissociation morbide de la sphère consciente, sans que la personnalité consciente soit elle-même foncièrement altérée. Supposez un degré de plus dans le mal : l'altération porte sur la personnalité consciente elle-même : le malade n'assiste plus seulement à son rêve, il ne se contente plus de le jouer ou de le dire, il y croit ; voilà l'état mental constitué : l'hystérique est devenu fou.
L'hystérie n'est une maladie de la personnalité que si on comprend sous ce nom à la fois le conscient et le subconscient. Mais, si on sépare la personnalité consciente de la sphère subconsciente, on ne doit pas
dire que l'hystérie ordinaire est une maladie de celte personnalité consciente.
Pour nous, l'hystérie n'est vraiment mentale que quand elle se complique.
Si on voulait laisser l'hystérie dans les maladies mentales, il faudrait trouver un nouveau mot pour exprimer ce degré de plus de mal, qui est contingent. Mieux vaut laisser au mot maladies mentales son ancien sens et dire que ces recherches récentes ont établi, non la théorie mentale de l'hystérie, mais sa théorie psychologique, ou mieux encore sa formule cortico-cérébrale.
En fait, il serait dangereux (surtout au point de vue médico-légal) de croire que tous les hystériques sont fous. Beaucoup ne sont même pas des toqués, alors même que tous auraient des symptômes psychologiques de premier ordre.
Les exagérations que nous combattons ne sont pas dans l'esprit de Pierre Janet; mais nous tenons à en garantir les néophytes, qui, séduits par ces suggestives études, seraient tentés de le dépasser en voulant le suivre.
Diagnostic1. — L'affection hystérique, dit Sydenham, imite presque toutes les maladies qui arrivent au genre humain ; et il ajoute ailleurs: Quand j'ai bien examiné une malade, que je ne trouve en elle rien qui se rapporte aux maladies connues, je regarde l'affection dont elle est prise comme une hystérie.
Cette opinion est un peu exagérée. Il y a des signes positifs assez nets, que nous avons énumérés et qui permettent en général le diagnostic ; mais il faut se rappeler, en toute circonstance, que l'hystérie peut simuler la plupart des maladies organiques ou fonctionnelles des centres nerveux.
Le diagnostic de l'hystérie sera surtout basé sur la constatation des stigmates de la névrose et l'évolution de la maladie. — Les principaux stigmates s sur lesquels on pourra s'appuyer sont : certains troubles moteurs (attaque classique, diathèse de contracture), les anesthésies (hémianesthésie cutanée et muqueuse, ou anesthésie segmentaire avec sa distribution spéciale, anesthésie pharyngée ou conjonctivale), la présence de zones hystérogènes (iliaque, testiculaire, mammaire, etc.), certains troubles sensoriels (rétrécissement du champ visuel pour les objets et les couleurs, avec inversion de ces dernières, diplopie ou
1 Voy. Souques ; Syndromes liystériques simulant les maladies du Système nerveux. Thèse de Paris, mars 1891.
Dans un ordre d'idées inverse, voy. Buzzaed ; De la simulation de l'hystérie par les maladies organiques des centres nerveux ; Discours prononcé à la Société de Neurologie de Londres, in Brain, 1890, et Traité, 1892.
2 Blocq; Des stigmates hystériques; Revue générale, in Gazette des Hôpitaux, 23 janvier 1892, pag. 85.
polyopie monoculaire, macropsie ou micropsie), la vérification de la formule urinaire de Gilles de la Tourette et Gathelineau, etc. Ces stigmates permettront, dans la plupart des cas, de déjouer la simulation, très incriminée autrefois et démontrée relativement rare 1 .
Quant à l'évolution, elle est généralement caractérisée par un début brusque, émotionnel et une grande mobilité dans l'intensité des symptômes, cela chez un sujet d'hérédité suspecte et qui, simultanément ou à d'autres périodes, a pu présenter diverses manifestations névrosiques.
L'intérêt majeur du diagnostic est de savoir si l'on a affaire à une névrose pure ou s'il y a par derrière quelque lésion. Il peut, en effet, y avoir altération des centres nerveux. La mobilité des accidents et la présence de phénomènes nerveux proprement dits seront d'une grande utilité. Cependant la distinction n'est pas toujours facile. Nous avons vu récemment plusieurs faits d'hystérie symptomatique de tumeurs cérébrales, d'une sclérose étendue d'un hémisphère, d'une sclérose en plaques, etc. Dans plusieurs de ces cas, on avait bien diagnostiqué l'existence d'une altération centrale ; mais, dans l'un, on s'était cru en présence de la névrose pure, classique.
L'hystérie peut aussi se présenter comme épiphénomène dans le cours d'une maladie d'un organe autre que les centres nerveux. Ainsi, nous avons vu une hystérique avoir un cancer du pylore et y succomber. Il faut éviter, dans ces cas, de laisser absorber toute son attention par la contemplation des phénomènes nerveux ; sans cela, on ferait complètement fausse route pour le pronostic.
Nous nous occuperons dans l'un des Chapitres suivants du diagnostic de l'attaque d'hystérie avec l'accès comitial.
Pronostic. — L'hystérie, comme le dit Frank, est une maladie qui n'est pas tant dangereuse que désagréable ; et cela, pour la patiente et pour ceux qui l'entourent. Si en effet on considère, avec Landouzy, sa longue durée, les souffrances vives qui l'accompagnent, les obstacles qu'elle apporte à l'exercice des fonctions vitales et même des devoirs de famille et de société, les modifications fâcheuses qu'elle produit dans la constitution et l'extrême susceptibilité qu'elle laisse au physique et au moral, on regardera avec raison l'hystérie comme l'une des maladies les plus redoutables.
D'après Briquet, l'hystérie qui débute dans le bas âge dure toute la vie, à moins qu'il ne se produise un changement favorable au moment de la puberté ou au mariage. Quand elle débute après 25 ou 3o ans, la maladie dure beaucoup moins. Suivant Charcot, au contraire, la guérison des manifestations hystériques s'obtient beaucoup plus facilement chez l'enfant que chez l'adulte; c'est même dans l'enfance, disait-il,
Knopp ; Semaine médicale, 16 août 1893, pag. 400. Grasset, 4e édit., tom. II.
que l'on doit être hystérique lorsqu'on veut être assuré de guérir, car à cet âge le traitement a beaucoup plus de prise.
L'hystérie serait plus facile à guérir sur une constitution lymphatique et chez un sujet débilité, qu'avec un tempérament sanguin et une nutrition en pleine activité.
Traitement1. — 1. Prophylaxie. L'hérédité jouant un très grand rôle, il y aura des précautions toutes spéciales à prendre chez les enfants d'hystériques. Déjà, pendant la grossesse de la mère, il faudra éviter toutes les émotions, toutes les causes d'excitation. En général, il ne faut pas laisser nourrir la mère, et choisir pour l'enfant une nourrice robuste.
Dans l'éducation, on commencera de bonne heure à fortifier le côté physique et à éviter un développement précoce intellectuel et surtout affectif. L'habitation à la campagne, la vie un peu rude, les bains et les lotions froides, les promenades, l'exercice, les jeux agités et bruyants, sont à conseiller. On évitera au contraire trop d'affection et de sensiblerie dans les rapports avec les parents; on proscrira les bals, les soirées, les toilettes, les histoires effrayantes et la lecture des romans. Tissot a dit avec raison : Si voire fille lit des romans à i5 ans, elle aura des vapeurs à i5 ans.
Quant à la musique, on proscrira les romances, la musique sentimentale. Maison n'a pas besoin d'interdire le piano, qui est une corvée et une occupation mécanique et gymnastique avant de parler à l'imagination. Comme le dit Briquet, si vous voyez une jeune fille rêver et se lancer dans le pays des chimères, faites la mettre à son piano : les châteaux en Espagne tomberont bien vite.
Telle est la direction à imposer à l'éducation, et l'on doit en tracer les détails à la famille, non comme un conseil banal, mais comme une règle absolue et nécessaire.
Le mariage, à l'âge voulu, doit-il être conseillé, soit pour prévenir, soit pour guérir l'hystérie? C'est là une grave question, qui mérite attention.
Hippocrate le recommande à ces deux titres. Pour une fille menacée d'hystérie, il dit : nubat illa et morbum effugiet; et, pour une fille hystérique, il dit : ego impero virgines his morbis affectas quam citissime cum viro jungi. Ces formules ont résumé l'enseignement presque unanime jusqu'à nos jours.
Briquet a réfuté ces raisonnements par les faits. Rien n'établit l'action utile du mariage. Un mariage heureux, désiré, peut certainement être utile, comme tout bonheur, toute tranquillité; mais un mariage malheureux peut aussi être cause du développement ou de l'aggrava -
1 Voy. assez récemment: Thermes ; Traité, 1889; Holst ; Traité, Stuttgart, 1891.
tion de l'hystérie. D'autre part, il faut se rappeler ce que dit Frank: Peut-on imaginer quelqu'un de plus malheureux que le mari d'une hystérique? A moins peut-être qu'il ne trouve du plaisir dans la variété : en effet, une hystérique, dans l'espace de vingt-quatre heures, est successivement triste calme, douce, tranquille, irascible, etc., présente le caractère de dix personnes différentes. — Il ne faut pas oublier aussi l'hérédité, qui menace les enfants. Et on verra, d'après tout cela, qu'en définitive le mariage n'est pas à considérer comme un remède prophylactique ou curatif. On peut le permettre suivant les circonstances, mais on n'a pas le droit de le prescrire1.
Dans les cas d'épidémie, pour éviter et restreindre la contagion nerveuse, il faut surtout agir sur le moral. L'épidémie de suicide des filles de Milet disparut quand on les avertit que toutes celles qui se pendraient seraient exposées nues en public, la corde au cou. Il y a peu de temps, une épidémie du même ordre fut arrêtée dans une petite ville du département, quand le curé prévint en chaire qu'on refuserait la sépulture religieuse et les prières de l'Eglise à toutes celles 'qui se tueraient.
En même temps, il faut séparer les personnes atteintes, quand les circonstances permettent de le faire, dans les pensionnats, les communautés, et même dans la vie de famille-'.
2. Dans le traitement curatif, il faut s'adresser d'abord à la cause, si c'est possible. On modifiera la constitution, on traitera l'anémie, qui existe presque toujours; on attaquera la diathèse, si on la découvre. Si l'on soupçonne une cause locale, on examinera avec soin l'état de l'appareil génital, et on traitera les déplacements ou les maladies de l'utérus, s'il y a lieu. Ou bien on expulsera les vers intestinaux ; on essayera de ramener la menstruation, le plus souvent troublée. On supprimera la cause morale, s'il y en a une : l'inquiétude, la jalousie, la peine, etc. — C'est là une première indication, indispensable à remplir.
Après cela, comme moyen médicamenteux, tout a été employé et vanté, depuis la poudre de vers lombrics jusqu'au pénis désséché. L'analyse est nécessaire.
D'abord les antispasmodiques. D'après les théories anciennes, l'utérus craignait les mauvaises odeurs et les évitait par la fuite, tandis qu'il
' Nous avons entendu Charcot formuler sur ce point son opinion en ces termes : « Le mariage provoque plus souvent l'hystérie qu'il ne la guérit».
2 Charcot {Progrès médical, 1880, n° g) a insisté sur l'utilité de l'isolement dans le traitement de l'hystérie. C'est une idée à laquelle nous souscrivons absolument : bien souvent les traitements (l'hydrothérapie en particulier) échouent complètement dans la famille et réussissent quand la malade est soustraite à son milieu ordinaire et à ses influences habituelles. Nous reviendrons d'ailleurs sur ce pointa la fin du chapitre.
aimait et recherchait les parfums. Delà, toule une médication: ou faisait respirer des fétides, de manière à faire fuir l'utérus des parties supérieures du corps, et on pratiquait à la vulve des fumigations parfumées, afin de l'attirer en bas à sa position naturelle. Les fétides employés étaient très variés : le castoréum a été l'un des premiers. On conseillait aussi la corne du cerf, le pied d'élan, le pied de bouc, le vieux cuir, la chandelle au moment où on l'éteint, la fumée de lampe à demi éteinte, les poils d'hommes et d'animaux, les verrues des pieds des chevaux ; on faisait brûler cela sous le nez.
Ce sont là des idées et des pratiques bien étranges. Mais nous savons que les contemporains en sont arrivés, avec Fonssagrives, à ne trouver comme caractère commun du groupe des antispasmodiques que leur volatilité et leur odoréité.
Que valent les antispasmodiques dans l'hystérie? Briquet fait une charge à fond contre ces moyens; Bernutz les défend au contraire. En somme, ils produisent une stupéfaction diffusible peu profonde et passagère, qui ne diffère que par le degré de l'action anesthésique. Ils seront donc indiqués, non contre la névrose hystérie, mais contre quelques-unes de ses manifestations, spasmes ou convulsions.
L'indication capitale de ces agents se trouvera dans cet état d'agacement, d'excitation, d'éréthisme nerveux, qui précède ousuitlesattaques: l'état d'imminence spasmodique, l'attaque incomplète, la boule hystérique, le nervosisme. Ces agents peuvent entièrement dissiper ces états.
Dans les cas d'excitation plus intense et durable, les antispasmodiques sont encore indiqués à un autre titre : ils produisent une sédation passagère et permettent le traitement du fond même de l'hystérie, en calmant l'éréthisme général qui s'oppose à ce traitement. — On les emploie encore contre quelques spasmes peu tenaces: la constriction de la gorge, la strangulation, la dysphagie même, cèdent quelquefois à l'éther'. Mais les convulsions un peu tenaces et habituelles résistent ordinairement. Ainsi, on perd son temps à employer les antispasmodiques contre la toux hystérique.
Pour obtenir une action persistante, il vaut mieux recourir aux stupéfiants fixes, narcotiques et anesthésiques. Seulement, pour ces agents plus que pour tous autres, il faut tenir compte des susceptibilités personnelles, de l'ataxie thérapeutique, que certaines hystériques poussent si loin. Combal cite une dame qui ne pouvait pas prendre une goutte de laudanum, même par surprise, sans délire. Bernutz en a vu une autre
1 Chez une malade de Gharcot (Obs. v de l'Iconographie p/iotogi-aphique, I), les inhalations d'éther prolongées donnent lieu assez souvent à un état cataleptique; l'éther occasionne aussi un délire qui offre aussi beaucoup d'analogie avec celui qui succède aux attaques ; la volonté parait absente; la malade s'abandonne à des conlidences qui trahissent ses aspirations, ses besoins les plus intimes. Les sensations génitales dominent chez plusieurs hystériques dans le délire produit par l'éther.
qui prenait impunément des lavements avec 200 gram. de laudanum.
Quand il est bien toléré, l'opium continué à assez haute dose est un excellent traitement contre les états convulsifs durables. Il doit être en général préféré à la belladone, parce que celle-ci entraîne plus rapidement les phénomènes d'intoxication. La belladone aurait une indication générale dans les cas d'idiosyncrasie contre l'opium et dans les cas de constipation opiniâtre et gênante.
Le chloral peut aussi remplacer ces agents, surtout comme hypnotique. Le bromure de potassium ne réussit pas toujours. Il ne serait pas indiqué quand il y a une trop grande excitabilité nerveuse, mais il l'est au contraire à un haut degré dans les cas épileptiformes. On peut arriver rapidement à 10 gram. par vingt-quatre heures. On a essayé le bromure de camphre, qui agirait à moindre dose ; ce moyen est encore à l'étude1.
En tout cas, il faut avoir à sa disposition un arsenal thérapeutique considérable et varié, parce qu'il faut changer souvent et longtemps.
A côté de ces moyens, qui agissent par sédation, d'autres agissent par perturbation : tels sont ceux appelés à tort des révulsifs (ce serait en tout cas plutôt de la dérivation). Nous mentionnerons les ventouses scarifiées sur les muscles contracturés, les sinapismes ou vésicatoires au creux épigastrique contre le hoquet tenace, etc.
Ce n'est pas là de la dérivation vraie, il n'y a rien d'humoral ; c'est une action perturbatrice sur le système nerveux, sans parler de l'effet moral produit par ces moyens un peu violents.
Les antipériodiques peuvent aussi agir de la même manière, en rompant l'ordre dans les cas de retour régulier des crises 2.
Ces deux effets, sédatif et perturbateur, peuvent être obtenus par l'hydrothérapie, qui est peut-être le plus puissant moyen que nous ayons contre l'hystérie. Les bains tièdes prolongés sont un très bon agent de sédation à employer contre tous les phénomènes d'excitation. Pomme en faisait un fréquent usage et regrettait que la journée n'eût pas plus de vingt-quatre heures, afin de les prolonger davantage. C'est un excellent moyen contre les convulsions permanentes ; on leur donne une durée de quatre, six et huit heures.
L'eau glacée a encore une action sédative. L'ingestion de glace pilée,
' Plus nous voyons d'hystériques, moins nous donnons les bromures. On peut même, dans les cas douteux, faire un moyen de diagnostic de ces agents, qui ne font rien ou font peu de chose aux hystériques et modifient toujours heureusement (ne fût-ce que pour un temps) les épileptiques.
2 Casciani (Semaine médicale, 3o avril 1892, LXXXVI -, Giorn. internas, del Se. med., 1893) a préconisé récemment l'emploi du sulfate de quinine contre les manifestations convulsives de l'hystérie,
Nieemeyer (Semaine médicale, 10 août 1892, CLXII) a proposé, dans le môme but, l'emploi de Yoxyde de zinc associé à la valériane (o,5o centigr. de chaque par jour).
l'applicalion épigastrique d'une vessie remplie de glace, sont uliles contre les vomissements et le hoquet. Cruveilhier faisait boire à ses malades plusieurs verres d'eau froide à la régalade. Briquet prescrit la glace pilée et avalée par cuillerées à bouche.
L'action perturbatrice est obtenue quand on projette de l'eau à la figure ou sur le corps des hystériques, pendant l'attaque.
Enfin on peut avoir une action tonique générale et tonique spéciale pour le système nerveux, contre la névrose elle-même, par le drap mouillé, les lotions froides, les affusions, les douches, etc. C'est une médication que nous ne saurions trop recommander.
h'électrisation cutanée faradique est très bien indiquée contre les anesthésies; elle agit plus ou moins rapidement et les fait presque toujours disparaître, au moins pour un temps. De plus, la douleur produite dans certains cas est un puissant moyen de perturbation, et la crainte d'une nouvelle séance peut achever la guérison. C'est ce qui nous est arrivé chez une malade dont une éleclrisalion douloureuse a guéri la paralysie.
Préconisée aussi comme moyen perturbateur contre les convulsions tenaces, elle est conseillée par Briquet contre la toux hystérique et les spasmes permanents. L'effet psychique doit jouer ici un très grand rôle.
On emploie aussi avec succès les courants interrompus contre les paralysies, à titre d'excitants, et on peut essayer les courants continus contre les contractures (?) . Nous reviendrons sur leur action dans le traitement de l'attaque.
A côté, nous placerons la métallothérapie. Déjà, à propos de l'hémianesthésie d'origine cérébrale, nous avons fait connaître les recherches de Burq, reprises et confirmées à la Salpêtrière.
Nous retrouvons ici cette question, au point de vue particulier des hystériques. Nous résumerons les principaux faits acquis'.
Quand on applique une plaque métallique sur la peau d'une hystérique hémianesthésique, la sensibilité revient, en môme temps que la force musculaire augmente et que la température s'élève.
Tous les métaux ne produisent pas ces effets chez une même malade. Chaque hystérique est sensible à un métal donné, quelquefois à deux ou même trois.
La sensibilité métallique des hystériques est en général fixe, constante
1 Voy., pour plus de détails et pour les renseignements bibliographiques, notre Revue du Montpellier médical, juin 1880. Nous nous faisons seulement un devoir de rétablir un détail historique qui nous avait échappé : Parmi les précurseurs vraiment scientifiques de Burq, il faut citer G.-H.-A. Despine, d'Aix en Savoie, qui, après de nombreux essais, faits de 1820 à i838, mit bien en lumière l'action des métaux dans la cure des maladies nerveuses, le phénomène du transfert, etc. Voy. sur ce point le travail du D" Monard (La Métallothérapie en 1S20, in Lyon médical, 1880), et la lettre du D' Guilland père, in Montpellier médical, août 1880. Voy. aussi, récemment, Moricoort ; Manuel de Métallothérapie, 1888.
et toujours la même pour une malade. On l'a vue cependant varier quelquefois ; après des applications réitérées, après une perturbation par l'électricité, elle peut disparaître. Elle disparaît également souvent dans le voisinage des grandes attaques.
Le phénomène ainsi développé est transitoire. Qu'on laisse ou non les métaux appliqués sur la peau, on voit au bout d'un certain temps la sensibilité disparaître de nouveau dans les mêmes points : c'est l'anesthésie de retour.
En même temps que la sensibilité (générale et spéciale) reparaît dans une région anesthésiée, elle disparaît dans la région symétrique. C'est là le phénomène du transfert, constaté d'abord par Gellé (pour l'ouïe) et dénommé par Dumontpallier.
De plus, avant que l'anesthésie de retour s'établisse d'une manière définitive, on observe des oscillations successives. Ces oscillations, découvertes par Charcot et bien étudiées par Richer, se produisent que l'application métallique soit ou non continuée. Leur nombre est très variable; on en a observé 10, 12 et plus.
Cela posé, si une hystérique est guérie de son hémianesthésie (pour une cause ou pour une autre) et qu'on réapplique le métal auquel elle était sensible, l'anesthésie reparaît (Charcot) . Celte anesthésie métallique ou post-métallique apparaît au point d'application, puis s'étend de là à tout le corps, en suivant pour cela une marche singulière : elle débute par quatre points symétriques, parmi lesquels celui qui est le siège de l'application.
L'anesthésie provoquée ou métallique a une valeur diagnostique et pronostique. Charcot a, en effet, constaté que cette facilité de développer l'anesthésie diminue chez les malades à mesure que l'hystérie s'affaiblit. Ce serait donc là un moyen d'apprécier, chez les malades hystériques, la solidité delà guérison.
Cette action des métaux sur les membres sensibles une fois constatée, on a essayé de la produire sur le côté sain chez les hystériques encore hémianesthésiques. On choisit les mêmes malades que dans l'expérience fondamentale, seulement on applique le métal sur le côté sain au lieu de l'appliquer sur le côté anesthésié. Le phénomène s'accompagne d'oscillations consécutives et aboutit finalement à la situation première.
Cette manière de procéder a réussi dans certains cas où l'expérience fondamentale avait échoué.
Ajoutons sur ce point une remarque particulière. En général, l'anesthésie provoquée s'accompagne d'amyoslhénie, de refroidissement et de pâleur de la peau. Cette association n'est cependant pas constante. Il y a une certaine indépendance entre ces divers éléments, et on a vu l'anesthésie apparaître avec la rougeur de la peau, etc. (Vigouroux).
L'anesthésie n'est pas la seule manifestation hystérique modifiée par les applications métalliques. On a vu les mêmes procédés agir de la
même manière sur des paralysies, des contractures, des attaques convulsives, l'état hypnotique et la catalepsie. Tous ces états peuvent être provoqués, transférés par les métaux.
« On peut mettre en évidence différents états pathologiques dont les conditions sont présentes chez le sujet » (Charcot).
Voici enfin quelques particularités curieuses notées par différents auteurs, Vigouroux surtout :
a. Certains métaux (cuivre et zinc) perdent leur efficacité si l'on recouvre d'une couche isolante la face du métal non en contact avec la peau.
b. L'action est changée et généralement annulée si au premier métal on en superpose un second qui ne touche pas la peau, le premier métal étant actif et le second ne l'étant pas pour le malade en observation.
Si l'on place une série de disques ainsi superposés, l'effet final dépend de la nature du disque qui termine la colonne: positif si ce dernier métal est actif, négatif s'il est inactif.
L'action du premier métal est également perturbée par un second métal (inactif) placé sur le même membre, à quelque distance du premier.
En réalité, le métal neutre n'annule pas l'effet du métal actif. Il immobilise l'état d'innervation tel qu'il est au moment où on l'applique. II rend durable l'état de transfert ou l'état primitif, suivant que la superposition est faite dans l'un ou l'autre de ces étals.
Ces observations permettent de transformer la métalloscopie en métallothérapie externe.
Quant à la métallothérapie interne, elle paraît bien avoir donné quelques résultats dans un certain nombre de cas. Cependant il faut se rappeler que c'est là un point bien moins établi que les précédents dans la doctrine de Burq, et ne pas rendre solidaires l'une de l'autre la métalloscopie et la métallothérapie interne.
Nous avons déjà dit, à propos de l'hémianesthésie cérébrale, comment on a rapproché de ces applications métalliques les courants continus faibles, l'électricité statique, les solénoïdes, les aimants.
On a aussi essayé à la Salpêtrière, avec un plein succès, les vibrations sonores d'un diapason. On obtient ainsi les mêmes effets qu'avec les aimants, les métaux, etc. Pour avoir l'action locale, on fait appuyer la main sur la caisse de résonnance ; pour l'action générale, on place la malade sur la caisse même de résonnance. On fait ainsi disparaître des anesthésies, etc. — On a même fait des expériences pour démontrer que ce n'est pas la transmission acoustique qui agit dans ces cas, mais la transmission directe des vibrations.
On a encore fait des essais du même ordre avec des agents thermiques. Regnard, Vigouroux, ont obtenu des transferts, des anesthésies ou des contractures provoquées, etc., avec le froid. Thermes a montré
que l'eau à 8° ou à 38° peut, suivant les sujets, remplacer les métaux sensibles.
Mentionnons enfin des expériences un peu paradoxales faites avec des disques de bois, et qui n'ont du reste pas réussi entre les mains de tout le monde. Hughes Bennett aurait fait disparaître une anesthésie en appliquant des disques de bois sur la peau ; il s'est môme amusé (zum Scherz, dit Rosenbach) à donner du quassia à l'intérieur pour compléter le traitement. Westphal a obtenu des résultats analogues avec des jetons en os ou en ivoire.
Ces faits sont restés isolés. A la Salpêtrière , on a plusieurs fois essayé de les reproduire sans y parvenir. Du reste, la possibilité de supercherie ou d'effet psychique dans quelques cas n'entraîne pas l'impossibilité d'effet réel dans l'immense majorité des autres cas.
Toutes les expériences de la Société de Biologie ont été faites, en effet, avec un grand luxe de précautions. Ainsi, un bandeau était toujours placé sur les yeux de la malade, on ne la prévenait pas du changement de métal, on la trompait même sur la nature du métal appliqué, etc.; toutes choses qui répondent à la prétention des médecins anglais de tout expliquer en métallothérapie par 1' « expectant attention » .
On voit toute l'extension que les recherches récentes ont donnée à la métallothérapie ; le sens étymologique du mot est dépassé, et il vaudrait mieux le remplacer par le mot œsthésiogénie '.
Deux caractères particuliers distinguent, du reste, cette action œsthésiogène dans les anesthésies hystériques et dans les anesthésies
1 Dujardin-Beaumetz et Jourdanis (Société de Thérapeutique, 28 juillet 1880), ont étudié les propriétés œsthésiogènes de certains bois appliqués sur la peau, ou œylothérapie. Les plaques de bois directement appliquées sur la peau rappelleraient la sensibilité chez les malades anesthésiques plus promptement que les métaux. Tous les bois n'agissent pas avec la même intensité; on peut les classer, au point de vue de l'efficacité de leur action, dans l'ordre suivant: quinquina, thuya, bois de rose, acajou, pitch-pin, noyer, érable, pommier ; on n'obtient aucun effet sensible avec le peuplier, le frêne, le palissandre et le sycomore (le marbre, la pierre, ne donnent aucun résultat). Dans aucun cas, il n'y a eu de transfert ; le retour de la sensibilité a toujours été très fugace. La température de la plaque de bois ne modifie en rien les résultats.
La théorie électrique est difficile à soutenir en présence de ces recherches. Guéneau de Mussy a résumé à la même séance de la Société de Thérapeutique la théorie de Maggiorani, d'après laquelle ce serait une sorte d'action de contact développant des vibrations moléculaires très rapides en rapport avec le mouvement vibratoire moléculaire du système nerveux. Nous n'insisterons pas sur cette hypothèse (Schiff), qui est séduisante, mais qui, commel'a ajouté Féréol, équivaut à l'aveu de notre ignorance.
Voy. encore sur ce point : Vigouroux ; Progrès médical, 12 septembre 1880.
Actuellement on voit dans la plupart des résultats de ces applications externes (métaux, diapasons, aimants, plaques de bois) la conséquence d'une action suggestive Nous envisagerons plus loin, au chapitre de l'hypnotisme, l'hypothèse (Luys) d'une action des médicaments à distance.
organiques. Dans ces dernières, il n'y a pas de transfert, et l'effet est permanent ; dans les premières, au contraire, il y a transfert avec oscillations successives précédant le retour définitif à l'état antérieur.
Cette règle, vraie dans la majorité des cas, n'est cependant pas absolue. Vigouroux et d'autres ont vu le transfert dans des cas d'origine organique ou toxique. Proust, Ballet et d'autres ont vu aussi, dans des cas analogues, les effets n'être pas permanents et augmenter de durée après chaque nouvelle application. D'autre part, Debove a montré qu'on évite le transfert, et on obtient des guérisons, chez les hystériques, par l'aimantation bilatérale et prolongée. Mais enfin on peut dire néanmoins que ce n'est pas là la règle générale.
Si donc nous prenons les choses de haut et dans leur plus grande généralité, nous pouvons conclure que les métaux (et autres agents œsthésiogènes ') ramènent la sensibilité suivant deux types différents : type transitoire avec transfert (qui appartient surtout à l'hystérie) et type permanent sans transfert (qui appartient surtout aux maladies organiques et toxiques2).
L'importance diagnostique, pronostique et thérapeutique de cette loi justifie les développements que nous avons donnés à cette question.
Dans les troubles musculaires, on peut tirer profit de l'exercice rythmique des muscles atteints. Ainsi, pour la voix, dans les cas d'aboiements ou d'autres spasmes du même ordre, l'exercice régulier de la parole est utile : on fait déclamer des vers, scander les mots, lire à haute voix, chanter en marquant la mesure. De même pour ce qui se passe du côté des membres inférieurs : Bernutz cite une dame qu'on faisait promener, précédée ou suivie d'un tambour battant la charge.
Reste encore le traitement moral, qui a ici une grande importance.
Une femme était atteinte de convulsions choréiformes durant depuis six semaines, et si violentes que l'épiderme des avant-bras était excorié par le frottement. Après plusieurs médications infructueuses, Guéneau de Mussy saisit un jour le bras de la malade, et, lui parlant de la nécessité de guérir, de l'insuffisance des agents employés, dit qu'il lui reste un moyen, réservé jusque-là à cause de son énergie ; il faut même prescrire en même temps un contre-poison, que l'on tient à côté pour le cas où les effets delà pilule seraient trop énergiques. On prescrit alors une pilule de mica panis, que l'on recommande à la sœur pour qu'elle ne s'égare pas, et à côté 125 gram. de protoxyde d'hydrogène à titre d'antidote. La malade éprouve, au passage de la pilule, un sentiment de brûlure œsophagienne telle qu'elle se jette sur la bouteille de protoxyde d'hydrogène pour le calmer. Après une pilule, les convulsions cessaient complètement.
! Parmi lesquels il faul comprendre les vésieatoires (Gazette hebdomadaire, 1880, 1).
2 C'est là toutefois une question à reprendre, depuis que l'on a démontré l'exislencc de l'apoplexie hystérique et la possibilité d'une origine toxique de la névrose.
Des effets plus curieux encore ont été obtenus dans des cas de constipation. Des purgatifs répétés étaient restés inactifs ; une pilule panchymagogue è mica partis entraîna une superpurgation. Tout cela rentre dans les suggestions, que nous étudions dans le chapitre suivant.
Dans un cas d'aphonie, Bernutz place la patiente dans un coin de la chambre la bouche ouverte; il se met dans le coin opposé, armé d'une seringue à injection remplie d'un liquide glacé; il en dirige le jet vers la bouche de la malade à travers toute la pièce : l'aphonie est guérie.
Guéneau de Mussy cite plusieurs faits de paralysie guérie par ses pilules fulminantes.
Seulement, pour essayer ces moyens il faut inspirer une grande confiance à la malade : il faut qu'elle soit convaincue qu'on croit à son mal, et on ne doit prévenir absolument personne autour d'elle de la réalité des choses.
3. Il nous reste encore à parler des moyens dirigés contre Yattaque d'hystérie elle-même, et d'abord des moyens employés pour l'arrêter, la faire avorter1.
Partant de l'idée ancienne déjà plusieurs fois rappelée, Arélée recommande de faire revenir l'utérus à sa place et de l'y maintenir; pour cela, on repoussait la matrice dans le bassin, et on comprimait fortement. Par une théorie absurde, on était arrivé ainsi, soit pour les antispasmodiques, soit pour la compression du ventre, à des faits vrais. C'est qu'en réalité l'ordre des idées était l'inverse de ce que l'on dit généralement : les anciens n'avaient pas édifié leur théorie a priori pour en déduire la pratique; ils avaient d'abord bien observé les faits et avaient ensuite bâti leur théorie. Celle-ci a changé, mais ceux-là sont restés.
La pratique a été poursuivie. Au xvic siècle, Monardès plaçait une grosse pierre sur le ventre de ses malades; au xvn°, Willis conseille la compression de l'abdomen pour empêcher le spasme convulsif de monter au cou et à la tête; au xvme, la pratique populaire recommande ce moyen comme secours aux convulsionnaires ; tantôt on appuyait sur le ventre avec un pesant chenet ou un pilon; tantôt on enserrait le ventre dans de longues bandes que l'on tirait à droite et à gauche ; d'autres fois enfin, trois, quatre et même cinq personnes montaient sur le corps du malade.
Une chose curieuse, c'est que cet usage est resté dans le peuple, du moins dans une partie de notre population. On a pu voir, dans un faubourg de la ville, un alcoolique qui a des attaques épileptiformes ; quand une crise le prend, sur la route ou ailleurs, sa femme et sa fille, qui l'accompagnent toujours, s'assoient sur lui et invitent quelque passant à en faire autant.
1 Voy. récemment Pitres; Revue générale de Clinique et de Thérapeutique, 10-17 septembre 1890.
A notre époque, du reste, on a repris l'étude scientifique de ce traitement: Récamier faisait mettre sur le ventre un oreiller ou le coussin d'un canapé, et y faisait asseoir quelqu'un dessus. Briquet repousse cette pratique, et la déclare inefficace et même dangereuse.
La question a été encore étudiée plus tard; seulement on a substitué l'ovaire à l'utérus. Négrier recommande la compression de la région ovarienne; mais son livre fait peu de bruit et de prosélytes. Charcot a de nouveau attiré l'attention sur ces faits.
Il présente des cas graves d'hystéro-épilepsie, dans lesquels il y a douleur ovarienne nette et aura partant de ce point. Quand l'accès s'est produit, que la femme est par terre sur un matelas, le médecin met un genou en terre et plonge le poing fermé dans la fosse iliaque, qui est le siège de l'ovarie. Il faut faire appel à toute sa force pour vaincre la rigidité des muscles abdominaux. Cette résistance une fois vaincue, quand on a pénétré dans le bassin, la sédation se manifeste; quelques mouvements de déglutition se produisent, et les muscles reviennent en résolution. Il faut maintenir la compression pendant quelques minutes, et alors l'attaque est bien réellement terminée; sinon, on pourrait recommencer. Chez toutes les malades, l'effet n'est pas aussi complet. Chez quelques-unes, l'attaque est seulement modifiée, mais toujours en bien.
Le fait est mis hors de doute (nous l'avons vu contrôler encore récemment à l'hôpital Saint-Eloi), mais on ne peut pas nier d'autre part la brutalité du moyen. Comme le dit Bernutz, il est bien difficile qu'une mère permette jamais de l'employer sur sa fille. En principe, d'ailleurs, l'attaque d'hystérie ordinaire ne mérite pas un si grand moyen. On pourra seulement l'employer dans les attaques graves d'hystéro-épilepsie, qui, en se répétant, pourraient mettre en danger la vie du malade ' .
Un procédé un peu analogue pour faire avorter l'attaque est la constriction du larynx, proposée par Guéneau de Mussy; c'est une sorte de strangulation véritable. La chose est encore à expérimenter, son efficacité n'étant pas démontrée pour la généralité des cas.
Richer et Regnard ont attiré l'attention sur l'action du courant galvanique sur les attaques d'hystérie et surtout d'hystéro-épilepsie.
Le courant continu, appliqué pendant la période d'état de mal hystéroépileplique, a toujours diminué le nombre des attaques. Les interversions du courant arrêtent en général l'attaque, mais lorsqu'elle est déjà commencée : par exemple, si l'on fait une application de quarante éléments Trouvé à un malade en état d'attaque et qu'on intervertisse les pôles, l'excitation qui résulte de cette rupture du courant détermine
1 Voy., dans V Iconographie photographique de la Saïpêtrière, les résultats obtenus par la compression ovarienne prolongée avec un compresseur, celui de Poirier par exemple.
l'arrêt immédiat de l'attaque. Ajoutons enfin que les attaques peuvent disparaître pour ne plus revenir, ou, ce qui est plus fréquent, les attaques reviennent et s'espacent de plus en plus, et perdent peu à peu de leur intensité '.
Les médecins anciens avaient multiplié les moyens d'intervention dans les attaques qu'ils cherchaient à abréger, les croyant très funestes, dangereuses. Depuis l'arrachement des ongles ou d'un poil du pubis jusqu'aux pilules très complexes dans lesquelles entrait le placenta desséché, tout a été mis en usage. Nous ne parlerons pas des pratiques que préconisaient Forestus et bien d'autres, basées sur ce fait plus ou moins vrai de l'écoulement du mucus vaginal à la fin de l'attaque. Ce sont des procédés que la morale et les plus élémentaires convenances réprouvent d'une manière absolue.
Briquet recommande le chloroforme. Les hystériques sont très sensibles à son action. On place sous leur nez un plumasseau de charpie imbibée. La patiente fait d'abord quelques mouvements pour s'en débarrasser, puis l'agitation cesse, les muscles tombent dans le relâchement; au bout de quelques minutes, la malade s'endort et les convulsions cessent. De l'aveu même de Briquet, les fortes convulsions ne sont que momentanément arrêtées, et le moyen ne réussit bien que dans les attaques de moyenne intensité. Dès lors reparaît l'objection que Briquet lui-même faisait à d'autres procédés : ce n'est pas la peine d'employer un moyen qui, en somme, est dangereux pour enrayer seulement des attaques sans danger.
On a encore essayé le nitrite d'amyle. Bourneville a arrêté par ces inhalations des attaques d'hystérie grave et d'hystéro-épilepsie. C'est un moyen dangereux et insuffisamment étudié jusqu'à présent2.
Le plus souvent donc, on se bornera à surveiller la malade pendant l'attaque. On enlève à la patiente tout ce qui peut gêner la circulation ou la respiration : vêtements, ceinture, etc On la maintient au lit ; il faut quelquefois résister aux convulsions Irop fortes en immobilisant les quatre membres. On ne doit recourir aux liens que si c'est absolument indispensable. On peut faire quelques inhalations antispasmodiques. Un peu d'eau froide en aspersion ou en boisson est utile : on a recommandé de faire avaler, de gré ou de force, à la malade un grand verre d'eau
1 Société de Biologie, i3 juillet 1878, et Gazette hebdomadaire, n° 3o.
Didier (Lyon médical, 2 décembre 1888) a, plus récemment, proposé l'usage du courant faradique et considère l'efficacité de ce moyen, dans un cas donné de diagnostic douteux, comme permettant de conclure à la nature hystérique des phénomènes.
2 Bourneville et d'Olier ont essayé plus récemment (Société de Biologie, 3i juillet 1880) le bromure d'éihylc. Ce médicament, administré à plusieurs reprises à cinq hystériques mâles de Bicétre et à des malades de la Salpêtrière, a presque constamment amené la cessation des phénomènes convulsifs, et plusieurs fois, chez deux malades, le passage rapide du clownisme au délire.
froide. Il n'y a pas à redouter qu'elle s'étouffe. Enfin, chez une ovarienne, on essayera la compression.
On peut encore, dans un but thérapeutique, chercher à provoquer une attaque au lieu de la combattre. On sait en effet que certains phénomènes permanents, comme les contractures ou les paralysies, disparaissent parfois brusquement au moment d'une attaque convulsive.
Le moyen à employer est assez simple : on pratique la compression de l'ovaire douloureux ; on provoque tous les phénomènes de l'aura, et si l'on insiste on peut arriver à l'attaque complète. Ce procédé a été essayé quelquefois. Il a réussi notamment entre les mains de Liouville, pour faire cesser d'anciennes contractures1.
Nous terminions, dans notre troisième édition, ce paragraphe en reproduisant les conclusions thérapeutiques qui nous avaient paru découler de la doctrine qui rattache l'hystérie aux diathèses (ces conclusions sont extraites de notre travail déjà cité sur les Rapports de l'hystérie avec les diathèses scrofuleuse et tuberculeuse) :
« Jusqu'à présent, on s'est toujours beaucoup trop exclusivement préoccupé, dans le traitement de l'hystérie, du seul élément nerveux, de la névrose, du syndrome, sans chercher à combattre le fond morbide lui-même, la maladie diathésique elle-même.
» Quoique nous n'ayons pas de spécifique contre les diathèses (en dehors de la syphilis), nous n'en avons pas moins des moyens rationnels et variés de les traiter. La médication du rhumatisme n'est pas celle de la scrofule ni celle de la tuberculose. Dès lors, il n'est pas indifférent de savoir si une hystérie donnée est de nature arthritique ou tuberculeuse.
» Un traitement rationnel et complet de l'hystérie doit donc comprendre trois ordres d'indications et essayer de les remplir.
» 1. Il y a le fait actuel, le symptôme présent, constaté chez l'hystérique. Ainsi, les œsthésiogènes, les inhalations d'éther, la compression de l'ovaire, etc., sont des moyens de combattre certaines manifestations de l'hystérie assez importantes pour faire indication.
» 2. Il y a l'état du système nerveux qui réalise les phénomènes hystériques successifs, et qu'il faut modifier à tout prix. Je ne compte guère sur les bromures (trop employés dans l'hystérie) ; mais on se trouvera fort bien de l'hydrothérapie (souvent avec changement de milieu) et de l'électrothérapie (courants continus et surtout électricité statique).
t> 3. Enfin il y a ladiathèse, la maladie générale, qui est derrière. C'est ici que, suivant les cas, les arsenicaux, les sulfureux, les alcalins, le
' On pourrait aussi utiliser dans le même but ce que nous avons dit plus haut des différentes régions hystérogènes.
PI>RGIGAL SOCIETY
HYSTÉRIE. m
chlorure d'or et de sodium, les eaux minérales, etc., devront être prescrits et feront la base du traitement fondamental cl chronique.
t> Dans toute hystérie, il faut combiner la réponse à ces trois ordres d'indications, si l'on ne veut pas rester dans quelques praliques stériles, basées sur un diagnostic superficiel. »
Malgré les progrès considérables accomplis, ces dernières années, dans l'étude clinique et théorique de l'hystérie, la thérapeutique de cette affection n'a point subi une évolution parallèle, et les propositions précédentes, en grande partie reproduites de nos éditions antérieures, conservent leurs applications à l'heure actuelle. Il nous paraît bon, toutefois, de consacrer à cette importante question quelques développements nouveaux: d'une part, en effet, certaines acquisitions ont été réalisées ; d'autre part, grâce aux notions récentes sur la physiologie et la pathogénie de la névrose, on peut tenter aujourd'hui d'interpréter le mode d'aclion de certains agents, empiriquement utilisés dans la thérapeutique ancienne. On en arrive de la sorte à grouper et à hiérarchiser, dans une synthèse relativement étroite, l'innombrable série des moyens auxquels on a reconnu quelque efficacité.
Blocq' a récemment présenté, dans un mémoire très ordonné, une synthèse de ce genre, dont le plan et les conclusions, répondant en tous points à nos idées, peuvent être ainsi résumés :
Le traitement de l'hystérie, dans lequel on voit aujourd'hui « une uniformité de bon aloi succéder à la multiplicité indescriptible des procédés autrefois mis en œuvre s, comprend trois grandes divisions : i° traitement psychique, 2° traitement externe, 3° traitement interne. Certains y ajoutent un traitement chirurgical. — Leurs indications respectives se tirent de la forme de la névrose (forme latente, l'orme légère, forme grave, forme mono-symptomatique) , de ses accidents (attaques, paralysies, contractures, anorexie), de ses causes, enfin de l'état (âge, sexe, tempérament) du sujet qui en est porteur.
î. Traitement psychique. — Il comprend deux moyens principaux : ïisolement et Y hypnotisme.
«Je ne saurais trop insister, déclare Charcot3, sur l'importance capitale que j'attache à Y isolement dans le traitement de l'hystérie, où, sans contestation possible, l'élément psychique joue, dans la plupart des cas, un rôle considérable, s'il n'esl pas prédominant. Il y a près de quinze ans que je suis fermement attaché à cette doctrine, et tout ce que j'ai vu, tout ce que je vois, ne fait que confirmer de plus en plus mon opinion. »
1 Blocq ; Traitement de l'hystérie, in Gazette des Hôpitaux, 21 mai 1892.
2 Oharcot ; Leçons sur les maladies du Système nerveux, tom. III. — Tout récemment encore, nous avons entendu Charcot recommander de « ne jamais laisser un hystérique là où il excite l'étonncment ou l'admiration.»
L'isolement soustrait le névrosé à un entourage dont la sollicitude, la compassion, les angoisses en présence des manifestations morbides si variées qu'il leur prodigue, constituent pour la névrose un milieu de culture éminemment favorable1. D'autre part, le mépris de la névrose, dans certaines familles où la sollicitude, trop matérialisée, a besoin pour s'éveiller de la certitude d'une lésion, agit dans le même sens. — Le domaine familial est d'ailleurs suspect chez l'hystérique, dont la névrose est bien souvent la résultante, l'aboutissant de tares héréditaires.— Enfin l'isolement arrache momentanément l'hystérique au cycle restreint dans lequel évoluent ses idées et ses conceptions et corrige en partie, en la modifiant, la déviation pathologique qui caractérise l'étal mental.
« Si le champ restreint de la conscience n'est occupé que de l'idée seule de la manifestation pathologique, — hystérie monosymptomatique, — l'isolement aura pour effet de substituer à cette auto-suggestion morbide, l'idée de guérison qu'entraîne, par une association intime, l'espoir de la sortie à laquelle aspirent naturellement tous les sujets isolés » (Blocq).
L'isolement, pour être efficace, doit être rigoureux ; c'est dire que les demi-mesures (séjour à la campagne avec une partie de sa famille ou chez des amis) est absolument insuffisant. L'hystérique doit être entièrement sevré du milieu familial et transporté dans un milieu étranger, où il se trouve sous la dépendance exclusive d'une autorité compétente. Ces conditions se trouveront remplies dans un établissement spécial d'hydrothérapie (Lafoux, Saint-Didier, Brioude, Champel, Divonne), où l'action de l'eau froide, lorsqu'elle est indiquée, viendra se joindre aux bienfaits de l'isolement. La durée de la cure sera d'un ou deux mois en moyenne 2.
U hypnotisme 3 dont l'étude fera l'objet du chapitre suivant, peut
1 « L'hystérique ne tarde pas à devenir, en effet, le point de mire de préoccupations excessives de tous les membres de sa famille. Qu'il règne alors en maître et fatigue les siens d'incessants caprices auxquels ceux-ci se soumettent par compassion,c'est déjà là une résultante doublement fâcheuse. Mais il y a plus: il semble que les attentions continuelles dont le malade est l'objet, et surtout que les inquiétudes qu'il provoque, se répercutent en quelque sorte sur son esprit malléable, et par là entretiennent et exagèrent au besoin le trouble mental. Ces angoisses même, se traduisant quelquefois par des questions incessantes et maladroites en la circonstance, ramènent et maintiennent l'attention du sujet dans le cercle des accidents morbides actuels ou possibles, qui devient à tous points de vue un véritable cercle vicieux » (Blocq).
2 Le traitement de Weir-Mitchell, très employé en Amérique, en Angleterre et en Allemagne, consiste dans la combinaison des moyens suivants : isolement, repos, massage, électrisation faradique, suralimentation et toniques médicamenteux.
3 Voy. Blocq; Indications de V hypnotisme dans le traitement de l'hystérie, in Bulletin médical, 1889, n° 58, pag. 921 ;
Voy. aussi Janet ; Lu suggestion chez les hystériques, in Archives de Neurologie, novembre 1892, pag. 448.
remplir, lui aussi, d'utiles indications L'isolement agit en déplaçant, par l'influence du milieu nouveau, auquel le sujet s'adapte et s'inféode, le champ de conscience restreint de l'hystérique ; l'hypnotisa tion a pour but de modifier, en utilisant la suggestibilité du malade, c'est-à-dire sa tendance à accepter sans contrôle les idées qu'on cherche à lui imposer, les conceptions dans lesquelles il se complaît et auxquelles il s'abandonne.
L'hypnotisation, déclare Blocq, ayant pour premier effet d'exaspérer, temporairement au moins, cette suggestibilité des sujets, ne saurait par conséquent être considérée comme un véritable mode de traitement de la maladie hystérique. La suggestibilité est par elle-même un trouble morbide, que l'on utilise ici (en l'entretenant ou l'exagérant quelquefois) au profit du malade. C'est dire combien l'utilisation de ce procédé est délicate et d'indications restreintes; il faut pour l'appliquer, suivant la formule de Blocq, que les inconvénients liés pour le malade à un excès de suggestibilité ne soient pas comparables à ceux que lui font éprouver certains troubles, tels que l'aphonie, la paralysie, la contracture, par exemple, auxquels on a affaire et dont on peut espérer le débarrasser parce procédé.
Tous les hystériques, comme l'a fort bien établi Babinski1, ne sont pas hypnotisables. Parmi ceux qui sont justiciables de l'hypnose, le sommeil provoqué n'exercera chez quelques-uns aucune action sur les phénomènes morbides ; chez d'autres, la suggestion amènera une atténuation des troubles ; dans d autres cas, elle provoquera leur disparition passagère, suivie d'une prompte réapparition, soit au réveil, soit au bout d'un temps déterminé ; parfois le trouble supprimé par suggestion sera remplacé par un accident d'une autre nature ; enfin, dans quelques cas, relativement peu nombreux, on obtiendra la guérison complète et définitive des accidents présentés par le sujet.
Nous insisterons, au chapitre suivant, sur les procédés mis en usage pour provoquer la suggestion hypnotique.
La plupart des auteurs font entrer aujourd'hui dans le cadre des procédés suggestifs la métallothérapie et l'emploi des aimants. Enfin la suggestion indirecte obtenue chez le sujet à l'état de veille « en adressant pour cela, non à lui-même, mais à une tierce personne, des propos qu'on saura de nature à l'impressionner », est encore une des méthodes du traitement psychique.
2. Traitement externe . — Ses principaux agents sont Y hydrothérapie, Y électrothérapie et la kinésithérapie .
L'hydrothérapie s'emploie sous forme de douches froides (i3 à i8°),
1 Babinski ; Gazette hebdomadaire, juillet 1891, n0' 3o et 3i. Voy., dans les numéros suivants du même recueil, l'intéressante discussion entre Bisunheim et Babinski.
Grasset, 4e édit., tom. II. 53
d'enveloppement dans le drap mouillé, ou d'ablutions froides pratiquées avec une grosse éponge.
L' 'électrothérapie faradique est exceptionnellement, indiquée; la franklinisation ou électrisation statique (tabouret, bain électrique) répond au plus grand nombre des cas '.
La kinésithérapie est représentée par la gymnastique et le massage, que l'on combine ordinairement aux moyens hydrothérapiques — Dans les monoplégies brachiales, Charcot recommande le « procédé du dynamomètre », qui consiste à engager le sujet à serrer chaque jour, à plusieurs reprises, un dynamomètre, et à dresser soigneusement la courbe des résultats obtenus. Cette manœuvre, souvent suivie d'une guérison rapide, « agit en éveillant dans l'esprit les représentations kineslhétiques ayant trait au membre paralysé » (Blocq) 2.
3. Le traitement interne (en dehors, il va sans dire, des médicaments suggestifs: aqua fontis, pilules fulminantes) a fort peu d'efficacité dans l'hystérie, du moins contre les manifestations hystériques. Les bromures sont, en règle générale, impuissants contre la névrose ; Blocq fait toutefois une exception en faveur du bromure de camphre qui, à la dose de ogl' 20 à o?r,6o, en pilules, lui aurait donné quelques résultats.
La valériane les valérianates d'ammoniaque, de zinc et de quinine, l'éther, etc., peuvent aussi rendre quelques services. Enfin, certains narcotiques (sulfonal, chloral, de préférence à l'opium) remplissent des indications déterminées.
4- On a proposé enfin d'opposer à l'hystérie un traitement chirurgical : la clitorideclomie, les cautérisations du clitoris, l'ovariolomie (oophorectomie, opération de Battey) , ont été successivement préconisées :i. « Bien, déclare Pitres, ne justifie ces opérations; rien, pas même
1 Voy. Blanc Fontenille ; Progrès médical, 19 février 1887.
2 De môme, Seifeet {Semaine médicale, i5 novembre 1S93, CCLXII), dans les cas d'aphonie hystérique, combine avec le massage externe du larynx et la compression répétée de l'organe, des exercices de gymnastique méthodique delà voix, précédés d'une série d'inspirations profondes et régulières. — Bach (New-York med. Journ., 22 octobre 1892, pag. 466) employait aussi les exercices méthodiques d'articulation, et provoquait le premier son par action réflexe, en injectant un peu d'eau chaude dans le larynx.
:l Voy. Spencer Wells, Hégar et Battey; Am. Journ. of the med. Se, octobre 1886 (anal, in Revue des Sciences médicales, XXIX, pag. 078); Teissier; Thèse de Paris, i8S5; Magnin; Thèse de Paris, 1886;
Castagne ; De l'ablation des o.nnexes de Vutérvs dans l'hystérie. Thèse de Montpellier, 1891 ; Pitres ; Loc. cit.;
Polaillon; France médicale, 1892, n° 16, pag. 254 ; Antona et Janni ; Ri forma medica, 1893.
Debove (Société médicale des Hôpitaux, 18 novembre i8g3) a vu, tout récemment, l'hystérie apparaître après une double ovariotomie.
le succès; car, avant de faire courir à une malade les dangers inhérents à une intervention sanglante, il faudrait être certain que la guérison ne peut être obtenue par des méthodes plus inoffensives; et cette certitude, on ne l'a jamais, on ne peut pas l'avoir. 11 parait même démontré que, dans les cas heureux où les mutilations organiques graves ont été suivies de la guérison d'accidents hystériques anciens, ce n'est pas l'opération elle-même qui a fait la cure, mais bien l'émotion provoquée par l'opération ».
L'intervention chirurgicale ne saurait donc être érigée en traitement systématique de l'hystérie ; tout au plus, dans les cas d'hystérie coexistant avec des lésions occupant la zone génitale, pourra-t on, par un traitement rationnel de ces lésions, obtenir en même temps la disparition des troubles nerveux.
Enfin Charcot1 s'est élevé contre l'intervention des pratiques chirurgicales (appareils inamovibles, extension, ténotomie) dans certaines manifestations localisées de la névrose, telles que les contractures et les paralysies.
Tels sont, méthodiquement groupés, les principaux moyens que l'on oppose actuellement à l'hystérie. Pour ce qui est de leurs indications respectives et de la conduite à tenir dans un cas déterminé, suivant la forme morbide à laquelle on a alFaire, nous nous bornerons à reproduire un certain nombre d'espèces que nous avons exposées dans nos Consultations médicales :
A. Hystérie sans manifestations actuelles autres que les stigmates. — I. Forme légère avec anémie. — 1. Tous les matins, lotion froide à l'éponge sur tout le corps sauf la tête, suivie d'une friction sèche et (suivant les forces du malade) d'un séjour au lit ou d'une promenade de trois quarts d'heure.
Ou immersion rapide (entrer et sortir) et totale (jusqu'au cou) dans une baignoire d'eau froide, suivie comme la lotion.
Ou, si c'est possible à réaliser dans de bonnes conditions, douches froides de 3o secondes, en jet brisé sur tout le corps, en jet plein sur les membres inférieurs, suivies d'une friction sèche, d'un massage et d'une promenade.
Continuer cela toute l'année, sauf dans les périodes de très grand froid.
1 UHA.RCOT ; Bulletin médical, a3 mars 1887;— Clinique des maladies du Système nerveux, 1892, tom. I, pag. n3.
Voy. aussi Blocq; Nouvelle Iconographie de la Salpêtr 1ère, 1888, n» \, pag. 28; Terrillon ; Ibid., 1888, n° 4» et 1891, pag. 249.