‹ Thérapeutique des maladies de système nerveuxChapitre 75 sur 114 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

L'hystérie est un véritable Protée, qui se présente sous autant de couleurs que le caméléon. Cette phrase de Sydenham est devenue classique et exprime bien l'impossibilité où l'on est de donner une définition précise de cette névrose complexe, qui ne répond à aucune lésion précise, et qui peut se manifester par la séméiologie du système nerveux tout entier.

Tout le monde le reconnaît du reste 1 .

1 Briquet; Traité clinique et t/iérapeutique de l'hystérie. Paris, i85g ; Jolly ; art. de YHandb. de Ziemssen ;

Bernutz ; art. du Nouoeau Dictionnaire de Médecine et de Chirurgie pratiques ; Rosenthal ; loc. cit . ;

Gharcot ; Leçons sur les maladies du Système nerveux, II, III et passim. ; Axenfeld et Huchard ; Traité des névroses, 2° édition ;

P. Biche r ; Etudes cliniques sur la grande hystérie ou hystéro-épilepsie, 20 édition, i885; — Paralysies et contractures hystériques, Traité, 1892;

Strumpell, Eichhorst, Hirt ; Traités cités;

Pitres ; Leçons cliniques sur l'hystérie et l'hypnotisme, 1891 ;

Gilles de la Tourette ; Traité clinique et thérapeutique de l'hystérie, d'après l'enseignement de la Salpêtrière, tom. I, 1891 ;

Loewenfeld ; Pathologie et thérapeutique de la neurasthénie et de l'hystérie . Wiesbade, 1893.

Voy. aussi notre article Hystérie, in Dictionnaire encyclopédique des Sciences médicales, 1889.

2 « La définition de l'hystérie, dit Lasègue, (Archives générales de Médecine, juin 1878), n'a jamais été donnée et ne le sera jamais.» — «On ne peut, a-t-on dit encore, on ne pourra jamais donner de définition exacte de l'hystérie; on peut seulement affirmer que, par ses manifestations étranges, l'hystérie a supprimé le mot impossible de la pathologie ».

Pitres (loc, cit., pag. 11) a récemment donné de l'hystérie la définition clinique suivante: «L'hystérie est une névrose dont les accidents, très variés, ont pour caractères communs : a) de ne pas être sous la dépendance dir ecte de lésions organiques; b) de pouvoir être provoqués, modifiés ou supprimés par des manœuvres externes ou par des causes purement psychiques ; c) de coexister en nombre variable;d) de se succéder sous différentes formes et àdifférentes époques chez les mêmes sujets; e) de ne jamais retentir gravement sur la nutrition générale et sur l'état mental des malades qui en sont atteints ».

HYSTÉRIE. 715 Historique. — L'hystérie est connue depuis qu'il existe une civilisation, dit Briquet.

Du temps d'Hippocrate et de Galien, et avant eux, les femmes qui soignaient les personnes de leur sexe (on voit que l'invention des femmes-docteurs n'est pas nouvelle) connaissaient l'hystérie cl soutenaient sur cette névrose une théorie qui a fait fortune : la théorie utérine.

D'après les philosophes de l'époque, l'utérus était un animal logé dans la femme, animal qui désire ardemment engendrer des enfants. Quand on ne lui donne pas une suffisante satisfaction, il s'indigne, parcourant le corps en tout sens, et donne lieu à toute espèce de malaises et de maladies. Cette théorie s'est souvent transformée, mais elle reparaît avec des modifications, à notre époque, chez Louyer-Villermay et Landouzy.

L'hystérie se trouve dans tous les siècles, dans les grandes névroses épidémiques dont nous avons parlé. Les travaux se sont accumulés sur cette maladie d'une manière extraordinaire

Étiologie. — Sexe. — Avec la théorie ancienne, les femmes pou vaient évidemment seules être atteintes d'hystérie. Cette opinion doit être aujourd'hui abandonnée.

Ch. Lepois déjà, et surtout Briquet, ont bien mis en lumière l'existence de l'hystérie chez l'homme-; on est, depuis, revenu maintes fois

1 Voy. Dubois; Histoire philosophique de l'hypochondrie et de l'hystérie. Paris, i833.

2 Au fur et à mesure qu'on connaît mieux l'hystérie, on la trouve moins rare chez l'homme. — Dans un travail t'ait sous l'inspiration de Charcot, Batault a pu en réunir 218 cas.

Voy. sur le même sujet: Aussilloux; Montpellier médical, 1876;

Foet ; Gazette hebdomadaire, 1874, pag. 5o ;

Favre ; Annales médico-psychologiques, mai 187a ;

Petit ; Thèse de Paris, 1875, pag. 261 ;

Bonnemaison; Archives de Médecine, juin 1870;

Lombard ; Gazette médicale, 1876, pag. 16 ;

Martin ; France médicale, 1877, Pas- 7°5 i

Maricourt ; Thèse de Paris, 1877 ;

Klein ; Thèse de Paris, 1880, n° 4a5 ;

Jannet ; Ibid., n° 139;

(Jharcot ; Progrès médical, 1882, n°s 5o et 5i ; i885, n" 18 ; — Archives de Neurologie,, juillet 1891 ; — Clinique des Maladies du Système nerveux, 1892, pag. 285; Lecoq ; France médicale, 1882;

Debove ; Société médicale des Hôpitaux, 11 avril 1884, — clGazette des Hôpitaux, 1886;

MossÉ ; Gazette hebdomadaire de Montpellier, i883 et 1887 ;

Walton ; Arch. of med. de New-York, i883 (anal, in Archives de Neurologie 1884, VII, 20, pag. 25i) ;

Pastern apzki ; Archives de Psychologie et Neurologie Russes, 1883, II (anal, in Archives de Neurologie, 1884, VU, n° 20, pag. 244) ;

Putnam; Am. Journ. of NeuroL, 1884, pag. 507 ;

Mendel ; Berl. kl. Woch., mai-juin 1884 ;

sur ce sujet. A l'heure actuelle, l'hystérie masculine est de constatation banale. La participation, démontrée plus intime, de l'homme à la névrose, n'est, point due, suivant Charcot, à la déchéance du sexe fort: elle provient tout simplement de ce que l'hystérie est aujourd'hui mieux connue et plus facilement dépistée.

Cependant la fréquence en est incontestablement beaucoup moindro chez l'homme que chez la femme, d'après la proportion de 1 sur 20 suivant Briquet. — Briquet admet que la moitié au moins des femmes est hystérique ou très impressionnable ; un cinquième aurait des attaques.

Age. — ■ L'hystérie peut s'observer chez des petites filles ' et même chez les petits garçons [Briquet, Rosenthal). Mais cependant c'est à la puberté que se développent le plus grand nombre de cas. Plus de la

La.noaille de la Ghèze ; Gazette des Hôpitaux, 1SS4-8Ô ; Page ; London, iS85 ;

G. Guinon; Gazette médicale de Paris, 16 mai i885 ; Oliver ; Brain, octobre i885, pag. 396 ; Duponchel; Revue de Médecine, juin 1886 ; Oteretzkowski ; Archives de Neurologie, 1886, n° 36 ; Hamilton ; Brain, janvier 1S86;

Quinqueton ; Thèse de Paris, 18S6 ;

Goustan; Archives de médecine et de pharmacie militaires, 1887;

Grésantignes ; Journal de Médecine, 188S ;

Fage ; Journal de Médecine de Bordeaux, 21 septembre 1SS8;

Marie ; Progrès médical, 27 juillet 1889;

Roubinowitch ; Thèse de Paris, novembre 1890 ;

Mac Donnell ; New-York med. Joum., 8 février 1890 ;

Bitot ; Thèse de Bordeaux, 1890 ;

Souques; Archives générales de Médecine, août 1890; Lapeyrie ; Thèse de Montpellier, 1890 ; Mann; Thèse de Berlin, 1891 ;

Bourneville et Sollier ; Archives de Neurologie, novembre 1891, n°66, pag. 3So.

Voy. aussi nos leçons sur l'hystérie mâle, publiées par Bourguet et Jeannei., in Montpellier médical, mars 1889 (Clinique médicale, pag. i3i), et Nouveau Montpellier médical, 1891, tom. XVII.

Certaines formes d'hystérie, l'hystéro-lraumatisme et l'hystérie toxique en particulier, sont même plus fréquentes chez l'homme que chez la femme.

1 Voy. sur Yhystérie infantile;

H. Paris : Thèse de Paris, 1880, n°S3 ; Gasaubon ; Thèse de Paris, 1S80 ; Peugniez ; Thèse de Paris, i885 ;

Gharcot ; Leçons du Mardi, 1887-S8 ; — Leçons, 1890; Glopatt, Goldspiegel ; Thèses de Paris, 1888 ;

Blocq; Revue générale de clinique et de thérapeutique, 1889, n° 48, pag. 767 ;

G. Guinon ; Thèse citée ,

Burnet ; Thèse de Paris, février 1891 ;

Ghaumier ; Académie de Médecine, 2 décembre 1891 (7iouveau-nés). — Voy. aussi, à l'occasion du mémoire de Ghaumier, la récente discussion à l'Académie de Médecine (juillet-septembre i8g3) ;

Hirt ; cité in Journal de Médecine et de Chirurgie pratiques, 10 juin i8y3, pag. 434-

moitié des faits relevés par Briquet avaient pris naissance de 10 à 20 ans. La maladie est encore fréquente de 20 à 3o ans ; elle devient rare plus tard et exceptionnelle après la ménopause'. — Chez l'homme, d'après Pitres, elle présenterait son maximum de fréquence entre 25 et 4o ans.

L'influence de l'hérédité est également considérable.

Pour s'en rendre compte, Briquet a dressé des tableaux d'où il résulte que les hystériques ont 25 p. 100 de parents atteints de maladies nerveuses ou d'affections de l'encéphale, tandis que les sujets non hystériques n'ont que 2 1/8 pour 100 de ces parents. La moitié des mères hystériques donne naissance à des hystériques ; une fille qui naît d'une mère hystérique a une chance contre trois de devenir hystérique.

Nous ne sommes certes pas fanatiques des statistiques, qui donnent souvent les résultats les plus étranges ; mais, dans l'espèce, il nous semble que ces chiffres sont une image frappante et assez nette de l'hérédité.

D'après Amann, on trouve des dispositions héréditaires chez 76 p. 100 des hystériques. — Les parents peuvent, du reste, intervenir à divers titres, soit en léguant le nervosisme, soit en léguant les diathèses que ce nervosisme exprime. On a remarqué aussi que les parents âgés ont des enfants disposés à l'hystérie, comme à d'autres névroses d'ailleurs'-.

Il n'y a pas, d'après Briquet, de constitution physique spéciale aux hystériques, pas de signes extérieurs constants et prédominants, quoi qu'on en ait dit. La prédisposition à l'hystérie consisterait principalement dans l'état moral et se résume dans la facilité qu'a la femme d'être impressionnée péniblement, sans que le degré de l'intelligence joue un rôle quelconque.

La latitude et les climats paraissent sans influence.

Les différences constatées entre les divers pays viennent plutôt des différences de moeurs et de genre de vie.

La race israélite serait, d'après Charcot, plus spécialement prédisposée.

L'influence de la position sociale serait nulle, d'après Briquet : l'hystérie frappe les pauvres comme les riches.

L hystérie n'est point, comme on l'a cru, l'apanage exclusif et le monopole peu enviable des classes élevées; à côté des hystériques du grand monde, gens de culture et d'idéation vive, qui souvent proclament leur névrose avec une sorte de fierté, il y a des hystériques obtus et épais, dont l'imagination ne révèle rien de subtil aux recherches des psychologues.

' V0y. sur Y hystérie sénile : De Fleury ; Thèse de Bordeaux. 1890. Voy. aussi le cas récent rapporté par Fekhand (Société médicale des Hôpitaux, 16 juin i8g3).

1 Déjerine ; L'hérédité dans les maladies du Système nerveux. Thèse d'agrégation, 18S6.

Mais la naissance et l'éducation clans les grandes villes disposent beaucoup plus que la vie à la campagne.

Le mode d'éducation a une influence incontestable, soit en rendant le système nerveux trop impressionnable, soit en multipliant les occasions d'impression. Les passions, les affections morales vives \ contribuent puissamment au développement de l'hystérie.

Au point de vue des professions, on a beaucoup dit que l'hystérie est fréquente dans les couvents, dans la vie religieuse. Il y a du vrai ; mais ce n'est pas dû à la continence . Briquet a montré que ce n'est pas dans les ordres actifs, de charité ou d'enseignement, que l'hystérie c.-t fréquente ; c'est dans les ordres contemplatifs, mystiques. La continence est cependant la même de part et d'autre.

De plus, la maladie est fréquente chez les domestiques et les ouvrières de Paris, et fréquente même chez les fdles publiques. Sur 199 femmes publiques, Briquet trouve 106 hystériques, -28 impressionnables, et 65 non hystériques.

D'autre part, les veuves ne sont pas plus exposées que les autres à l'hystérie, et la satisfaction des besoins sexuels ne met nullement à l'abri de cette névrose. On peut dire que Briquet a complètement renversé l'ancienne opinion, qui attribuait l'hystérie à la continence2. — Ce sont là des propositions dont nous comprendrons toute l'importance pratique à propos du traitement.

Nous sommes ainsi conduits à étudier la grande question des rapports entre l'hystérie et l'état physiologique ou pathologique des organes génitaux.

Les anciens mettaient la maladie sur le compte de l'utérus, mais pas de l'utérus malade, anatomiquement altéré. C'était l'utérus non salisfait, fonctionnellement troublé, mais pas lésé. L'École analomo-palhologique, surtout à partir de Broussais, a matérialisé cette théorie et fait de l'hystérie une dépendance des maladies de l'utérus. Plus tard on y a joint, avec Négrier et Schulzenberger, les maladies de l'ovaire, et puis les maladies de tout l'appareil génital.

C'est une exagération manifeste de voir là l'unique éliologie de l'hys-

1 Charcot et Gilles du la Tourette (Progrès médical, i8S5, n° 4) ont montré l'influence que des pratiques répétées de spiritisme peuvent avoir sur le développement de l'hystérie chez les enfants. — On nous a consulté récemment pour un individu qui devenait névrosique et aliéné à la suite d'une séance dans laquelle une somnambule (dont il se moquait* lui avait prédit le jour de sa mort, à un an d'intervalle.

G.Guinon insiste, dans sa thèse (voy. plus loin), sur le rôle importantque jouent les histoires terrifiantes (histoires de loups-garous, de revenants) dans le développement de l'hystérie infantile.

Les tentatives répétées d'hypnotisalion peuvent aboutir aux mèm^s résultats chez les sujets prédisposés aux manifestations névropathiques (Séglas ; Bulletin médical, 1888, n° g3).

: Voy. encore, sur ce point : Petit ; Thèse de Paris, iSt>5.

térie. Suivant diverses statistiques, on trouve i/5, i/4 ou môme i/3des hystériques sans aucune lésion de ces organes.

Cependant il y a là une action pathogénique vraie. D'abord ce sont des maladies longues, qui, par l'anémie et les souffrances qu'elles entraînent disposent déjà à l'hystérie. Mais, de plus, il y a une relation particulière : les phénomènes qui accompagnent la menstruation et la grossesse chez certaines femmes ressemblent, du reste, beaucoup aux symptômes hystériques.

Il faut remarquer seulement que les lésions profondes de l'utérus, comme le cancer, entraînent moins souvent l'hystérie que des lésions superficielles et surtout de simples déplacements.

Dans la même catégorie de causes, nous mettons l'onanisme, qui a été noté chez quelques femmes (Rosenthal) et chez un bon nombre d'hommes atteints d'hystérie.

La grossesse, l'accouchement, les suites de couches, ont aussi une certaine influence sur le développement de la maladie. De même pour les troubles de menstruation, qui sont quelquefois secondaires, mais peuvent aussi être cause.

En dehors de ces maladies locales, les états généraux produisent encore l'hystérie. Ainsi, l'anémie, la chlorose, jouent souvent un rôle pathogénique considérable '.

On a aussi, et nous avons récemment encore attiré l'attention sur ce point2, l'hystérie associée à diverses maladies, organiques ou fonctionnelles, du système nerveux : tabès, sclérose en plaques, maladie de Friedreich, myopathies, mal de Pott, goître exophtalmique, épilepsie, neurasthénie, paralysie agitante, maladiesdestics, chorée, tétanie etc. — Ces maladies, d'après Babinski2, pourraient être considérées comme des agents provocateurs de la névrose. «Si, en effet, déclare-t-il, un léger traumatisme, une simple émotion ou toute autre cause banale, est susceptible de provoquer chez un individu jusque-là bien portant 1 apparition d'accidents hystériques, il est tout naturel qu'une affection organique ou dynamique du système nerveux, qu'un état pathologique préexistant, quel qu'il soit, puissent produire des effets analogues».

Dans un certain nombre de cas, on trouve des diathèses, et on les rencontrerait plus souvent si on les cherchait mieux.

Ainsi, on parle souvent d'hystérie chez des enfants de phtisiques ; c'est vrai. L'hystérie est, chez ces sujets, la manifestation de la diathèse tuberculeuse héréditaire, et on trouve des cas dans lesquels cette diathèse,

1 Laportk ; Thèse de Bordeaux, 1888.

Peut-être pourrait-on rapporter à une anémie symptomatique la fréquence relative de l'hystérie chez les sujets atteints de rétrécissement mitral (Giraudeau ; Archives générales de Médecine, novembre 1890I.

2 Des associations hystéro-organiques (un cas de sclérose en plaques et d'Iiystérie associées, avec autopsie), m Nouveau Montpellier médical, 1892, tom.I.

3 Babinski ; Société médicale des hôpitaux, 11 novembre 1892.

d'abord uniquement manifestée parties phénomènes nerveux, se révèle plus tard par les lésions classiques du poumon : à ce moment même, on voit souvent l'hystérie s'atténuer et disparaître. De même pour les autres diathèses, le rhumatisme notamment ».

Depuis notredeuxième édition, nous avons repris avec quelquesdétails l'étude des Rapports de lliyslérie avec les diathèses en général, et spécialement avec les diathèses scrofuleuse et tuberculeuse '2. Nous avons réuni d'abord 25 observations d'hystérie avec hérédité tuberculeuse, mais sans manifestation thoracique, puis 19 observations d'hystérie, toujours de nature tuberculeuse, mais avec manifestations thoraciques. Nous avons ensuite discuté tous ces faits et conclu ainsi: «On ne peut tout expliquer, ni par les fausses phtisies des hystériques, ni par les fausses hystéries des phtisiques, ni par la simple coïncidence. On ne peut dire, ni que les enfants de phtisiques deviennent hystériques par simple faiblesse native ou parce qu'ils sont orphelins de bonne heure, ni que l'hystérie prédispose à la phtisie en débilitant le sujet. On ne peut pas voir là deux maladies distinctes, antagonistes, et enfin on ne peut pas invoquer l'arthritisme comme souche commune des deux ordres de manifestations.

«Sur le terrain ainsi déblayé, reste alors et reparait notre doctrine montpelliéraine, déjà exposée au début de ce travail, et que je résume encore succinctement.

»La tuberculose est, comme toutes les diathèses, une maladie essentiellement générale et constitutionnelle; la phtisie pulmonaire est une des manifestations de cette maladie, elle n'en est pas la seule. Les névroses en général, l'hystérie en particulier, peuvent aussi être la manifestation directe de l'affection diathésique.

»De même que la chorée est souvent de nature rhumatismale et l'angine de poitrine de nature goutteuse, de même l'hystérie peut être de nature tuberculeuse, le mot tuberculeux ayant ici son sens nosologique et nullement son sens anatomique; c'est-à-dire que, dans l'hystérie

1 Voy. Durand ; Thèse de Paris, 1880, n° 62.

Au dire de Sydenham, Hufeland, Guéneau de Mussy, l'hystérie et le nervosisme sont le plus souvent « des rejetons de la famille arthritique ».

Grenier (Archives générales de Médecine, octobre 1888) a insisté sur les rapports de l'hystérie avec le diabète.

Gharcot (Clinique des maladies du Système nerveux, 1892, pag. 308) a également fait ressortir le rôle de la goutte dans la genèse de l'hystérie.

2 The Brain (trad. de Watteville), janvier 1S84, — et Montpellier médical, mars-août 1884.

Voy. aussi sur ce point: Leudet ; Association française pour l'avancement des Sciences. Congrès du Havre, 1877 ; Brousse ; Gazette hebdomadaire de Montpellier, i8Si,pag. 423; Largaud ; Thèse de Montpellier, 1882, n° 23; MossÉ ; Gazette hebdomadaire de Montpellier, i883;

Furet ; De l'hystérie dans ses rapjjorts avec certains états morbides. Thèse de Paris, 1888.

de nature tuberculeuse, nous ne supposons pas de tubercules dans les centres nerveux (cette proposition ne peut être comprise que si l'on admet comme nous que les tubercules ne sont pas pathognomoniques de la diathèse tuberculeuse, qu'ils existent sans elle et qu'elle existe sans eux).

«Essentiellement héréditaire, la diathèse tuberculeuse n'est bien comprise cliniquement que si on la suit dans les familles, derrière ses manifestations variées à travers les générations successives. On voit alors que l'hystérie peut remplacer la phtisie pulmonaire, chez un membre de la famille tuberculeuse au même titre que la méningite tuberculeuse la représente chez un autre et le mal de Pott chez un troisième.

»Outre ces cas ^Obs. i à xxv), dans lesquels l'hystérie est la seule manifestation de la diathèse chez le tuberculeux héréditaire, il y en a d'autres (xxv à xnv) dans lesquels le même sujet présente, à la fois ou successivement, les deux ordres de manifestations (thoraciques et névrosiques) de la diathèse. Il se passe alors ce que l'on observe classiquement pour les autres maladies à manifestations multiples : les deux ordres de symptômes se suppléent, se succèdent, se remplacent; ou, s'ils sont simultanés, s'influencent, se modèrent, jusqu'à la fin de la maladie ou jusqu'à ce que l'un d'eux l'emporte définitivement. En d'autres termes, les rapports mutuels de la phtisie pulmonaire et de l'hystérie dans la diathèse tuberculeuse sont comme les rapports des symptômes cérébraux et des symptômes abdominaux dans la fièvre typhoïde, ou ceux des manifestations viscérales et des manifestations articulaires dans la goutte.

îCe que nous disons là de l'hystérie et de la tuberculose n'est qu'un paragraphe d'un grand chapitre tout aussi vrai des rapports de toutes les névroses, et même de toutes les maladies du système nerveux, avec les dialhèses et les maladies générales.

ïSi l'on ne comprend pas les névroses sans voir leurs relations mutuelles; s'il est indispensable, en neuropathologie clinique, de considérer la famille névropathique, il faut aller encore plus loin et compléter tout cela par la famille diathésique, en dehors de laquelle on ne verra que des unités isolées, éparses, sans réalité vivante. »

Toutes ces causes ne représentent pas seulement des conditions prédisposantes, comme les appelle Briquet. Certains de ces éléments étiologiques, comme les diathèses, constituent le fond même de la maladie; d'autres, comme l'âge, le sexe, etc., déterminent la forme nerveuse de la maladie. Il reste à envisager maintenant les causes qui font apparaître l'hystérie elle-même, en déterminent l'explosion : causes occasionnelles ou déterminantes.

Nous trouvons ici la débilitation produite par diverses maladies générales ou locales, surtout celles de l'appareil génital. Mais très souvent on rencontre des impressions trop vives ou douloureuses,

chagrins, contrariétés, frayeur, revers de fortune, mauvais traitements ou bien des impressions sensorielles pénibles, désagréables, sur la vue, l'odorat, l'ouïe, etc.

Il ne faut pas oublier l'imitation, la contagion nerveuse, l'influence épidémique.

Tout le monde connaît les faits de Harlem, rapportés par Boerhaave. Bailly raconte qu'un jour de première communion, à l'église Saint-Roch, une jeune fille fut prise tout à coup de convulsions hystériques pendant la messe; dans l'espace d'une demi-heure, 5o à 60 femmes eurent des convulsions semblables.

Depuis quelques années, l'éliologie de l'hystérie s'est enrichie d'un certain nombre de facteurs, qui ont été énumérés et groupés par G. Guinon 1 dans son excellente Thèse, et dont les principaux sont : l'intoxication, ïinfection, le traumatisme.

Toutes ces » hystéries provoquées » doivent être, à notre avis, considérées comme des formes cliniques d'une seule et même névrose ; elles obéissent aux mêmes lois généiales, offrent les mêmes stigmates, et diffèrent simplement les unes des autres par quelques modalités dans leur expression symptomatique. «Les agents provocateurs, dit Guinon, peuvent quelquefois, mais non toujours, imprimer un certain cacbet aux manifestations de l'hystérie ». — Les troubles névrosiques peuvent être, dans ces hystéries provoquées, un peu plus tenaces que dans l'hystérie commune ; ils peuvent s'accompagner un peu plus fréquemment de neurasthénie ; mais tout cela n'est point suffisant, nous semblet-il, pour justifier la création de «névroses toxiques» ou de «névroses traumatiques» , offrant simplement avec l'hystérie des affinités de symptômes. C'est bien dans tous ces cas, l'hystérie vraie qui est enjeu, s'écarlant seulement de la forme classique par quelques particularités liées à l'élément étiologique.

Les hystéries toxiques ont reçu ce nom de Debove, en 1886 ; elles englobent un certain nombre des manifestations nerveuses (paralysies, contractures, attaques, phénomènes apoplectiques, troubles sensitifset sensoriels] que l'on voit survenir au cours de diverses intoxications: alcoolisme, héréditaire ou personnel, — saturnisme, — hydrargyrisme, — nicotisme, — morphinisme, — intoxication oxy ou sulfo-carbonée*.

1 G. Guinon; Les agents provocateurs de l'hystérie. Thèse de Paris, février 1SS9. Voy. aussi Brissaud ; Les hystéries provoquées, in Gazette des Hôpitau-v,

23 novembre 1889.

2 Voy. sur les hystéries toxiques, en général : Debove; Société médicale des Hôpitaux, 1886;— Brissaud; Thèse d'agrégation, 1886; - Beiîbgz; Gazette des Hôpitaux, 14 janvier 1888; — Hischmann ; Thèse de Paris, 1889; — Soutoul ; Thèse de Paris, décembre 1889 ;— Massalongo ; La Ri forma medica, juillet 1891, pag. i56.

— Sur l'hystérie alcoolique : Dreyfous ; Union médicale, novembre 188G ; — Ciiarcot ; Bulletin médical, 1887 ; — E. Grasset; Thèse de Bordeaux, 1887; — Guillemin ; Annales médico-psychologiques, mars 1888; — Lancekeaux ; Aca-

L'hystérie toxique, «accident tertiaire des intoxications», nécessitera souvent un diagnostic différentiel assez compliqué avec les névrites périphériques, qui reconnaissent fréquemment la même origine.

On a vu, de même, l'hystérie se développer au cours ou dans la convalescence de certaines maladies infectieuses* : fièvre typhoïde2, variole, rougeole, scarlatine3, pneumonie '', pleurésie, fièvre intermittente, rhumatisme5, grippe6, rage, syphilis "'. blennorrhagie s, etc. L'hystérie post-

démie de Médecine, 1888; — Salmeron; Thèse de Paris, juin 1890; — Camuzet ; Thèse de Paris, avril 1891 (hystérie hérédo-alcoolique).

— Sur Vhystérie saturnine : Debove; loc. cit.; — Achard ; Archives générales de Médecine, 1887; Bulletin médical, 1887, n* 45; Thèse de Paris, 1887; — Charcot ; Bulletin médical, 1887, pag. 387; — Potain, Letulle ; Bulletin médical, 1887; — Uutil ; Gazette médicale de Paris, 3i décembre 1887; — Plessard ; Thèse de Paris, 1888, n« 106 ; — Rendu ; Leçons de Clinique médicale, 1890, pag. 45i ; et Société médicale des Hôpitaux, 4 décembre 1891.

— Sur ['hystérie mercurielle : Letulle ; Société médicale des Hôpitaux^ 12 août 1887; Gazette hebdomadaire, septembre 1887; Finance médicale, novembre 1888; — Potain ; Bulletin médical, septembre 1887 ; — L. Guinon ; Gazette médicale de Paris, 26 novembre 1887; — Destay ; Thèse de Paris, 1887 ; — Rendu; Leçons de Clinique médicale, 1890, pag. 465.

Le tremblement dit mercuriel est aujourd'hui rapporté à l'hystérie par la majorité des auteurs (Charcot ; Mercredi médical, 22 juin i8g:>.)-

Sur Vhystérie tabagique : Gilbert ; Société médicale des Hôpitaux, 25 octobre

Sur Vhystérie morphinique : Neveu-Derotrie ; Thèse de Paris, novembre 1890,

— Sur Vhystérie oxy ou sulfo-carbonée : Marie ; Société médicale des Hôpitaux; 9 novembre 1888 ; — Rerbez; Société clinique, 1888; — Charcot; Leçons du Mardi, 1888-89; — Lop et Lachaux; 22 avril 1893 ; — Rloch; Deut. mediz. Zeit., 1893, n° 58, pag. 536.

L'hystérie aurait encore été observée au cours de certaines intoxications aiguës (camphre, chloroforme, etc.).

1 Voy., sur les hystéries post-infectieuses en général, nos leçons publiées, en février-mars 1890, in Gazette hebdomadaire de Montpellier, — et Clinique médicale, 1891, pag. 4>4-

2 Furet; Thèse de Paris, 1888.

' Grenier; Archives générales de Médecine, octobre 1888.

1 Berbez ; Revue de Médecine, 1886.

s Souza-Leite ; Archives de Neurologie, 1886.

G Le Joubioux ; Thèse de Paris, juillet 1890.

' Achard ; Thèse de Paris, 1887 ;

Richard ; Thèse de Paris, 1887 ;

Potain; Gazette des Hôpitaux, 1887, n° 47 et 53;

Raymond ; Progrès médical, 1888 ;

Schmitt; Revue médicale de l'Est, 1888;

Moravsik ; Centr. f. Nerven., 1888, IX, pag. 20;

Rouby ; Thèse de Paris, 1889 ;

Fournier ; Société de dermatologie et de syphiligraphie, mai 1893.

s Raymond ; Journal des maladies syphilitiques et cutanées, mars 1891.

infectieuse absorbe aujourd'hui un certain nombre des paralysies consécutives aux maladies aiguës, paralysies attribuées autrefois par Gubler1 à l'asthénie, et par Landouzy - à des lésions organiques des centres nerveux.

Le rôle du traumatisme [nervous shock) comme générateur de l'hystérie a été bien mis en lumière ces dernières années; non seulement il peut éveiller ou rappeler la névrose, mais encore il influe sur la forme et la localisation des phénomènes névrosiques. Brodie 3, le premier, a bien mis la chose en évidence.

Le shock nerveux est défini par Guinon «d'état dans lequel se trouve un sujet qui vient d'être victime d'un traumatisme ou d'une secousse matérielle quelconque, plus ou moins violente, mais s'accompagnant toujours d'émotion vive, état caractérisé par une série de symptômes tant psychiques que somatiques». — L'hystéro- traumatisme est «l'hystérie développée sous l'influence du traumatisme et de cet état qui en dérive, le shock nerveux».

Un traumatisme quelconque, opératoire ou autre (chute, violences, tremblement de terre, choc de la foudre4, morsure5, est susceptible d'appeler l'hystérie, quelle que soit son intensité. Un traumatisme léger agira pour cela aussi bien qu'un traumatisme grave, à condition que la sphère morale ait été très impressionnée par l'événement. En un mot, dans ces cas, l'effet produit est sans rapport avec l'intensité de la cause génératrice et ne ressemble en rien à ce qu'elle eût produit chez une autre personne. Comme disait Brodie, «ce genre de symptôme dépend plus de la constitution que de la lésion locale».

Nous reviendrons, d'ailleurs, plus loin sur l'hystéro-traumalisme, quand nous nous occuperons des formes de l'hystérie.

Symptomatologie. — La description symptomatique de l'hystérie présente des difficultés énormes. Chaque cas a, en effet, son allure spéciale. Il y a cependant des traits communs assez fixes, sur lesquels nous devrons insister.

Le début de la maladie se ferait, d'après Briquet, suivant trois types : 1. Quand l'hystérie se développe chez un sujet jeune, l'enfant devient impressionnable, irritable ; à la moindre émotion, il étouffe, suffoque, sanglote ; il a des palpitations, de l'agitation et des tremblements. Plus Lard, surviennent les migraines et la céphalalgie ; l'appétit devient capricieux et la digestion pénible. Les phénomènes douloureux s'accen-

1 Gubler ; Archives générales de Médecine, 1860-61.

2 Landouzy; Thèse d'agrégation, 1880.

3 Brodie; Leçons sur les affections nerveuses locales, trad. Aigre; in Progrès médical, 1879 et 1880.

'' Onimus ; Société de Biologie, ^ juin 1887 et 26 mai 1888; Charcot ; Semaine médicale, 2 décembre 1891.

5 Voy. l'observation d'hystérie rabil'orme que nous avons publiée récemment, in Semaine médicale, 22 juillet îSyi, pag. 289.

tuent à l'épigastre. entre les épaules, etc., etc. — 2. Le début peut être également progressif chez la femme adulte. On observe alors des troubles variés du côté de la tète ou du ventre, se transformant peu à peu en véritables phénomènes hystériques. — 3. Enfin, dans un tiers des cas environ, les prodromes manquent complètement, et le début se fait par une attaque hystérique, avec convulsions et perte complète de connaissance.

Si nous voulons maintenant analyser les symptômes de la maladie confirmée, il faut reconnaître tout d'abord que l'hystérie est une névrose de tout le système nerveux. Nous diviserons donc les symptômes comme on divise ordinairement les fonctions du système nerveux, et nous passerons successivement en revue ce qui a trait : i° à la motilité ; 2° à la sensibilité ; 3° à la circulation, aux sécrétions et à la nutrition ; 4° à la vie psychique.

I. La motilité peut être altérée par excès ou par défaut ; il faut envisager séparément les convulsions ou contractures, et les paralysies.

1. Convulsions et contractures. — Les convulsions peuvent être générales ou partielles. Nous décrirons d'abord les convulsions générales, l'attaque d'hystérie.

A. L'attaque est le phénomène capital de l'hystérie, comme symptôme et comme valeur diagnostique ; mais ce n'est pas le signe le plus fréquent de cette névrose.

Il ne faut pas croire en effet que toutes les hystéries se manifestent par des attaques. Loin de là : Briquet, se basant sur 43o observations, posa en principe que la moitié des femmes atteintes de cette névrose n'a pas d'attaques. Et cela est vrai surtout des femmes du monde, qui ont le plus souvent l'hystérie non convulsive.

L'attaque peut être un phénomène du début; sinon, elle survient dans la première ou au plus dans la deuxième année. Ces données sont cependant très approximatives, parce que le début est difficile à préciser chez les femmes nerveuses.

Elle survient quelquefois sans cause appréciable ; dans d'autres cas, elle a pour point de départ une excitation sensible quelconque, en particulier des organes génitaux : toucher vaginal, examen, compression du ventre, etc. Le plus souvent, il y a eu une impression psychique : conscience d'être observée, désir d'attirer l'attention sur soi, vue de plusieurs personnes l'observant et l'interrogeant, émotions vives, peine ou joie, colère, etc L'époque de la menstruation, la vue d'une autre attaque, provoqueront aussi les convulsions.

Elle peut se produire, sous l'influence d'impressions diverses, à toute heure du jour et de la nuit ; lorsqu'elle survient spontanément , c'est de préférence, d'après Charcot, vers les 6 à 7 heures du soir.

Elle peut se développer encore à la suite d'une provocation artificielle. En appuyant légèrement sur la région ovarienne (du côté de l'ovarie) on provoque une atlaque, tandis qu'en appuyant fortement sur la môme

Fig. 105. — Principales zones hystérogènes. — Face antérieure du corps, (d'après Richer).

i, i' . Zones sus-mammaires. — a. Zone mammaire. — 3, 3'. Zones sous-axillaires. — 4, 4', &• Zones sous-mammaires. — (i, 6'. Zones costales. — 7, 7'. Zones iliaques. — 8, 8'. Zones ovariennes.

région nous verrons qu'on arrête l'attaque. Ce n'est pas là, du reste, la seule région hyslérogène. On désigne sous ce nom 1 «des régions du

1 Iconographie photographique de la Salpêtrière, III, pag. 36.

corps, en général très circonscrites, au niveau desquelles une pression plus ou moins forte produit dans un temps variable, en partie ou en totalité, les phénomènes qui caractérisent l'attaque hystérique, et qui

Fig. 106. — Principales zones hystérogènes. — Face postérieure (d'après Richer). i. Zone dorsale supérieure. — i. Zone dorsale inférieure. - 3. Zone latérale

postérieure.

jouent souvent et spontanément un rôle important dans l'aura hystérique».

Il faut les distinguer de la dermalgie, surtout par ce fait que, dans la dermalgie, la sensibilité cutanée est exaltée, tandis qu'au niveau des

régions hystérogènes la peau a généralement perdu toute sensibilité au toucher, au pincement, à la piqûre, etc.

«Les régions hystérogènes ont une étendue qui varie entre 1 et 2 ou 3 centim. de diamètre. Celles que nous connaissons aujourd'hui occupent les sièges suivants : 1. la ligne médiane de la tète, à partir de la réunion du frontal aux pariétaux jusqu'au sommet de la tête ; 2. le sternum; 3 et 4- l'un des espaces intercostaux, au voisinage du bord correspondant du sternum ou de l'épaule, au-dessous de l'extrémité externe de la clavicule ; 5 et 6. au-dessus ou en dehors des seins, sur une ligne verticale qui descendrait du milieu de l'aisselle ; 7. au-dessous des seins ; 8. les apophyses épineuses de quelques-unes des vertèbres cervicales et dorsales ou leurs gouttières ; 9. la partie centrale des flancs: 10. la région des ovaires; et enfin 11. le pli de l'aine, à quelques centimètres au-dessous de la crête de l'os iliaque, j

«... Les régions hystérogènes sont plus ou moins nombreuses: il est des malades qui n'en présentent qu'une seule, d'autres en possèdent plusieurs...»

Dans ce dernier cas, l'activité des différentes régions hystérogènes n'est pas la même : « les unes répondent sur-le-champ à la plus légère excitation ; les autres ne déterminent d'attaques que si la pression a été énergique, et après un temps assez long ; enfin il en est d'autres où la pression ne parvient à produire que quelques-uns des phénomènes de l'aura. «

Buet', Gaube2 et Richer :J ont repris et développé cette question. Les figures io5et 106 représentent (d'après Richer) les principales zones hystérogènes 4.

Les prodromes peuvent manquer, durer aussi quelques heures et même quelques jours.

Ils consistent en un malaise indéfinissable : inquiétude, impatience, impossibilité de faire un travail continu ou de rester en place. La femme pleure et rit sans causes malgré elle. L'appétit et la digestion sont troublés; il y a des bâillements, des soupirs, de la douleur et de laconstriction épigastriques. Le malaise est tel quelquefois que la femme désire l'attaque, qui lui rend une santé plus complète.

Dans la grande hystérie, ces prodromes de l'attaque prennent une plus grande importance. Richer les groupe sous quatre chefs principaux : 1. les troubles psychiques, les hallucinations; 2. les troubles des fonctions organiques [digestives, sécrétoirjs, respiratoires, circulatoires) ; 3. les troubles de la motilité (amyosthénie, tremblement, secousses,

1 Buet ; Thèse de Paris, 1871.

2 Gaube ; Thèse de Bordeaux, 1882.

;> Richer ; Loc. cit., pag. 3o.

1 Voy. aussi les leçons de Pitres (Bordeaux, i885) sur les Zones hystérogènes et hypnogènes, — le récent Traité (1891) du même auteur, — et notre paragraphe des hyperesthésics hystériques.

contractures) ; 4- les troubles de la sensibilité (anesthésie, hyperesthésie, etc.).

En somme (et sans quj nous puissions insister), la période prodromique de l'attaque est caractérisée par l'apparition ou l'exagération de certains phénomènes appartenant aux symptômes fixes de l'hystérie, et que, par suite, nous retrouverons plus loin.

Les fig. 107 et 108 donnent, d'après Richer, deux exemples de cette

Fig. 107. — Prodromes de la grande attaque: accès épileptoïdc (d'après Richer).

phase prodromique. La première représente les accès épileptoïdes qui, chez Gen..., coupent par moments les prodromes agités de sa grande

Fig. 108. — Prodromes de la grande attaque : Hallucinations et contractures

(d'après Richer).

attaque, et la seconde figure un début par des hallucinations avec contractures chez Marc...

L'attaque commence souvent par une sorte d'aura, à point de départ variable.

Pour les anciens, depuis Hippocrate jusqu'à Ch. Lepois, le point de départ unique et constant était dans l'utérus. Récamier a cru sentir par le toucher, pendant la convulsion hystérique, des contractions vermiculaires, que personne n'a retrouvées depuis. Le plus souvent, d'après

Briquet, le point de départ serait à l'épigaslrc ; il y a là tout <le suite un sentiment de constriclion ou de chaleur brûlante.

Charcot a insisté sur les faits dans lesquels l'aura part d'un ovaire, ou tout au inoins de la région ovarienne dans une fosse iliaque. Ici encore, du reste, la douleur gagne rapidement le creux épigastrique, qui est le premier nœud de l'aura (Piorry).

Rarement (3i fois sur 221, d'après Briquet1, l'aura part des membres, des extrémités ou de la totalité des membres inférieurs ou supérieurs, quelquefois d'un seul membre. Chez ces malades, la sensation gagne le tronc, puis le creux épigastrique : la constriction épigastrique est ainsi toujours produite, quoique tardivement.

Enfin, dans quelques cas, le début se fait par une période déjà plus avancée de l'aura : la malade éprouve d'emblée la sensation de strangulation, ou même les troubles céphaliques : céphalalgie, vertiges, étourdissements ; et, tout de suite après, survient la perte de connaissance.

Dans les faits ordinaires, qui ne rentrent pas dans cette dernière catégorie, la constriction épigastrique est immédiatement suivie de la sensation de boule, qui est comme le second nœud de l'aura. Une sorte de globe monte, en quelques minutes, de l'épigastre au bord supérieur du sternum et plus souvent jusqu'au larynx, où il s'arrête et produit une sensation d'étranglement, d'étouffement, qui persiste quelque temps, à en juger parles mouvements de la malade, qui cherche à s'en débarrasser pendant l'attaque elle-même.

En même temps commencent les palpitations, qui continuent pendant l'attaque, en augmentant même d'intensité. Seulement les malades en ont maintenant conscience.

Très souvent enfin, l'aura aboutit à des phénomènes plus élevés, céphaliques, décrits par Charcot : sifflements comparables au sifflet du chemin de fer dans les oreilles, et spécialement dans l'oreille correspondante à l'ovaire point de départ; sensation de coup de marteau sur la région temporale de ce côté; enfin obnulation marquée de la vue, toujours du même côté. — Ces phénomènes peuvent même quelquefois se produire d'emblée : c'est «l'aura céphalique» de Bernulz.

En somme, on voit qu'il y a un type d'aura complète et divers autres types incomplets formés par la suppression d'un ou plusieurs stades du début de cette aura. L'aura complète comprend : l'ovaire, le creux épigastrique, la boule et la tète (Charcot). Supprimez le premier temps à l'ovaire : vous avez le type à point de départ épigastrique (Briquet, Bernutz). Supprimez enfin le creux épigastrique et la boule, et vous avez les cas à aura céphalique (Bernutz).

Au moment de la strangulation, souvent la malade pousse un ou plusieurs cm, qui annoncent la perle de connaissance. Ces cris sont très différents du cri isolé, rauque, sinistre (comme dit Bernutz) de l'épi leptique. — Ile se prolongent quelquefois tout le temps de l'attaque et ressemblent plutôt aux cris de souffrance d'un opéré.

Alors la malade tombe. La chute ne se fait pas n'importe où, comme dans l'épilepsie. Aussi est-il très rare que la femme se fasse mal ou se brûle, en tombant contre une pierre ou dans le feu. C'est là un caractère vrai de l'hystérie ; il faudrait se garder de conclure de là à la simulation dans un cas donné. C'est la conséquence de la conservation de connaissance pendant tout le début de l'attaque et du pressentiment qu'ont les hystériques de l'imminence de la crise.

A partir de ce moment, la malade est dans un état apparent de perte de connaissance complète. Elle ne sent plus rien, ne répond rien, ne peut plus agir spontanément. Mais, ici, il faut nécessairement distinguer les cas légers et les cas graves.

Dans les premiers, la perte de connaissance n'est qu'apparente. La malade voit et surtout entend tout ce qui se passe autour d'elle, sans pouvoir réagir ni le manifester ; mais elle se rappelle ensuite tout ce qui se passe pendant l'accès. D'où ce précepte, généralement donné, de ne jamais rien dire, pendant une attaque d'hystérie, que l'on veuille cacher à la patiente. Dans certains cas bénins, il serait même possible à quelques malades de mettre fin à leur accès sous l'influence d'une violente émotion, d'une secousse puissante, à la seule vue d'un seau d'eau ou d'un arrosoir qu'on leur destine.

Mais ce caractère n'est pas absolu, et, dans les cas graves, la perte de connaissance est tout aussi complète que dans l'épilepsie. La malade ne se rappelle plus de rien de ce qui se passe autour d'elle ou en elle.

A ce moment, la suffocation est à son maximum, et l'aspect général exprime cette dyspnée, qui peut aller jusqu'à la menace d'asphyxie. La figure est vultueuse, injectée ; elle garde cependant son expression habituelle, et en cela elle diffère du faciès de l'épileptique, qui a un aspeet particulièrement repoussant. Le cou est tuméfié, les carotides battent violemment ; les veines cervicales sont gonflées, distendues.

Ces phénomènes sont si intenses que quelques observateurs, Marshal Hall notamment, ont voulu attribuer les convulsions ultérieures au spasme laryngé lui-même. Partant de cette idée, on a même fait en Angleterre des trachéotomies, qui n'ont pas empêché les convulsions.

Briquet avait déjà observé une femme précédemment trachéotomisée pour un œdème delà glotte, et qui avait des attaques malgré sa canule. Bernutz ajoute, contre la théorie de Marshal Hall, les cas où toute l'attaque est constituée par des crises d'oppression extrême, des menaces d'asphyxie, sans convulsion d'aucune sorte.

Cette phase est, du reste, en général très courte, et bientôt surviennent les convulsions. Deux caractères très importants de ces convulsions sont : la grande étendue des mouvements et le désordre de leur succession.

L'étendue des mouvements est très considérable : ce sont des convulsions cloniques, dans toute la force du terme. La malade déplace ses membres et la totalité de son corps, dans le lit, par une série de mou-

vements . désordonnés qui, pris individuellement, ressemblent aux mouvements physiologiques, tandis que les secousses de l'épilepsie ou de l'éclampsie ne ressemblent à rien de physiologique.

L'irrégularité de succession est extrême: la flexion succède à l'extension, et inversement, sans ordre, passant d'un membre à l'autre, etc. Bernutz compare avec raison cet état à une lutte suscitée par la souffrance paraissant être au gosier. L'ennemi, la cause de tout le mal. est là, et beaucoup de mouvements semblent combinés pour entraîner et chasser ce globe gênant.

La figure reste en général indemne, assez calme, et ne grimace pas.

Bientôt les mouvements deviennent moins étendus, moins désordonnés ; la face est moins turgide, l'oppression diminue. On pense que tout va rentrer dans l'ordre et que la malade va reprendre connaissance; c'est ce qui arrive souvent, en effet. Mais, d'autres fois, sous l'influence d'une cause insignifiante ousans cause, un nouveau cri se fait entendre, et un nouvel accès se développe : il peut y en avoir deux, trois et même plus, avant la fin totale de la crise.

Quand l'accès touche réellement à sa terminaison, la malade peut reprendre directement connaissance après les convulsions, et tout est fini. Mais, souvent aussi, il y a une période intermédiaire intéressanle.

La face s'anime et reflète diverses expressions ; les yeux eux-mêmes interviennent dans le jeu dé physionomie, et l'on reconnaît le tableau d'une femme qui a des hallucinations. Ainsi, nous verrons se produire toute la mimique de la peur : yeux hagards, grands ouverts et fixes, regardant dans le vide et semblant fixer un objet qui fascine et effraye la patiente. Puis ce sera la colère. Souvent c'est la volupté : expression de figure, inclinaison des yeux portés en haut et en dedans, à moitié cachéssous la paupière supérieure ; spasme cynique, projection du bassin en avant. — Beaucoup d'auteurs anciens avaient même avancé qu'il y avait alors, à la fin de l'accès, une sécrétion abondante de mucus vaginal. La chose est difficile à contrôler ; Bernutz l'aurait constatée une fois.

Enfin ces diverses expressions s'effacent, les yeux se remplissent de larmes, et la malade éclate en sanglots. C'est la crise, après laquelle la connaissance revient entière.

Chez d'autres, c'est le rire qui termine la scène, rire fou, nerveux, convulsif. Il s'accompagne souvent d'un demi-délire, quelquefois incohérent et inintelligible, mais d'autres fois très imagé et à certains moments indiscret et compromettant. C'est à cette période qu'une malade de l'hôpital Saint-Éloi chantait des airs d'opérette qu'elle n'aurait pas avoué connaître dans l'intervalle de ses crises. — D'autres fois, enfin, la crise se juge par des mictions plus ou moins nombreuses, avec émission d'urines claires et abondantes.

Voilà l'attaque ordinaire, dans laquelle toutes les phases sont représentées. Il est bien entendu que, dans chaque cas particulier, telle ou telle phase peut manquer ; c'est même la règle.

Nous devons maintenant décrire à part une autre forme d'attaque, avec prédominance des convulsions toniques, qui représentent en grande partie l'épilepsie vraie.

Certains auteurs voient dans Vhystéro-épilepsie une maladie particulière, sorte d'hybride de l'épilepsie et de l'hystérie. Pour Charcot, au contraire, c'est une forme de l'hystérie vraie : l'hystérie épileptiforme'. C'est à ce dernier titre que son étude doit ôtre faite ici.

L'épilepsie et l'hystérie peuvent bien se superposer chez le sujet ; seulement alors les crises des deux névroses sont distinctes. On discerne en général ce qui appartient à l'une et ce qui appartient à l'autre, non seulement comme attaque, mais comme début et terminaison.

Un cas de Landouzy, cité par Briquet, est spécialement remarquable à ce point de vue : Une jeune femme, épileptique depuis son enfance, se marie à 18 ans, dissimulant sa maladie. La révélation de cette triste névrose entraîne dans le ménage des inquiétudes morales de tout ordre ; l'hystérie se superpose alors à l'épilepsie. Les deux maladies évoluent en même temps, mais d'une manière distincte. Plus tard, une grossesse ramène la paix entre les époux : l'hystérie disparaît, mais l'épilepsie reste.

Voilà comment les deux névroses se superposent et coïncident chez le môme sujet, tout en restant distinctes. C'est presque comme une pneumonie se déclarant chez un épileptique, ou une fracture de jambe évoluant chez un tuberculeux.

Ce n'est pas de ces faits que nous devons nous occuper ici, mais des formes mixtes, de ce que l'on appelle l'hystéro-épilepsie ou s hystérie épileptiforme», de la maladie des femmes, qui ont ce que l'on appelle à la Salpêtrière des « attaques-accès 2 j>.

1 Voy. Gharcot ; Semaine médicale, 2 juillet 1889, pag. 221.

2 L'observation III de Y Iconographie photographique de la Salpêtrière (tom. 1) est un bel exemple de cette superposition. Dans ce cas, voici ce qui distinguait les attaques d'iiystéro-épilepsie et les accès d'épilepsie:

Attaques d'hystéro-épilepsie. Accès d'épilepsie.

Pas d'aura. Pas d'aura.

Souvent cris répétés, pro'ongés, au Un cri étouffé, au début seulement, début et pendant la période clonique ; rarement absence de cris.

Rigidité générale ; attitude variable Rigidité générale ; attitude constante, des membres; crucifiement.

Mouvements cloniques très étendus, Quelques secousses cloniques, limi-

très variables; projection du thorax, du tées, tout à fait temporaires, bassin; tortillements, etc.

Tympanisme. Pas de tympanisme.

La compression ovarienne arrête l'at- Elle est sans action sur les accès, taque.

Retour rapide de la connaissance. Sommeil profond et prolongé; stupeur

consécutive.

Délire; chants Délire violent.

Attaques par séries durant quatre à Accès isolés, cinq heures.

Nous compléterons, au chapitre de l'épilepsie, le diagnostic différentiel des deux névroses.

En général, l'hystérie ne devient pas épileptiforme ; le plus souvent, elle l'est d'emblée, dès la première attaque.

La crise commence ordinairement par une aura qui est l'aura hystérique décrite. Puis survient la première période de l'attaque, qui est la plus épileptique [période épileptoïde] ; elle est franchement tonique : cri subit, pâleur extrême, chute, perte de connaissance, distorsion des traits de la physionomie, puis rigidité tonique de tous les membres; tels en sont les éléments principaux. On peut aussi voir, ici comme dans l'épilepsie, de petites secousses, des convulsions cloniques régulières, rythmiques, prédominant dans un côté. Mais la face est congestionnée, violette ; la bouche est remplie d'écume quelquefois sanguinolente (à cause de la morsure de la langue et des lèvres). Enfin, souvent après tout cela surviennent le relâchement musculaire, le coma et la respiration stertoreuse.

Richer et Regnard 1 ont appliqué la méthode graphique à l'étude de cette période épileptoïde ; la fig. 109 donne une bonne idée des résultats obtenus.

Cette période se subdivise en trois phases : la phase tonique, la phase clonique et la phase de résolution. Le tracé de la fig. 10g montre bien les secousses plus ou moins amples et désordonnées, aboutissant à la

Fig. 110. — Secousses généralisées : période épileptoïde (d'après Richer).

téta irisation. La fig. 1 10 représente également les secousses généralisées de la phase tonique.

Puis de rapides et brèves oscillations arrivent dans le membre tétanisé, et la phase clonique commence, telle que la représente la fig. 111.

Enfin la phase de résolution musculaire (fig. 112) termine ce premier acte du tableau.

Tout cela ne constitue encore que la première période de la grande

1 Richer et Regna.rd ; Société de Biologie, i3 juillet 1878. — et Renie mensuelle de Médecine et de Chirurgie, septembre 1878.

attaque, la période épileptoïde, pendant laquelle la pupille est d'abord rétrécie i phase tonique), puis dilatée le reste du temps1.

La deuxième période de l'attaque est ensuite franchement hystérique.

Fig. 111. — Phase clonique de la période épileptoïde. Représentation schématique des mouvements cloniques (d'après Ricfer).

Les mouvements prennent une grande étendue et portent sur tous les muscles des membres et de la face, avec un caractère intentionnel plus ou moins marqué.

C'est la période que Charcot appelle période des contorsions. « La

Fig. 112. — Phase de résolution de la période épileptoïde (d'après Richer).

malade s'asseoit sur son lit et se rejette brusquement en arrière, et cela à plusieurs reprises successives, avec une violence inouïe ; d'autre part, elle se plie en forme de pont, en prenant ses points d'appui seulement sur la tète et sur les pieds2. Enfin, dans celte période, la malade prend bs poses les plus excentriques, les plus grotesques, si bien qu'on pourrait l'appeler la période du clownisme. Si on la réveille en ce moment, elle entre en délire et commence à vous raconter son histoire, toujours la môme. »

Cette période comprend deux phases : celle des attitudes illogiques

1 Eéré ; Archives de Neurologie, n° 9, pag. 287.

2 On peut aussi observer cette variété spéciale, que l'on appelle le crucifiement (Voy. Iconographie photographique de la Salpêtrière).

ou contorsions, et celle des grands mouvements. C'est à la première que se rapporte l'attitude de l'arc de cercle représentée par la fig. n3.

Fig. 113.— Période des contorsions. — Arc de cercle (d'après Richer).

La perte de connaissance n'est pas la règle durant cette période? comme pendant la période épileptoïde ; l'hallucination préside quelquefois aux grands mouvements.

« La troisième période est celle des attitudes passionnelles ou des poses plastiques. Le regard devient fixe et exprime tantôt la crainte, tantôt la joie, tantôt le cynisme le plus accentué ; c'est dans cette période que la malade décrit des scènes d'amour, voit des fleurs, entend de la musique ; puis, passant à des idées plus sombres, raconte une scène d'assassinat, voit un ennemi, voit du sang, etc. »

On trouvera tous les détails (que nous ne pouvons reproduire ici) sur ces attitudes passionnelles dans le livre de Richer, qui résume ainsi les caractères de cette période : 1. L'attitude passionnelle exprime toujours un sentiment, une action ou une pensée ; 2. Pendant l'attitude passionnelle, les facultés intellectuelles sont actives, il y a toujours hallucination ; 3. Pendant l'attitude passionnelle, la sensibilité générale et spéciale est complètement abolie, mais la malade conserve la liberté de ses mouvements ; 4- Après l'attitude passionnelle, la malade garde le souvenir de ses hallucinations.

« La quatrième période est celle que Charcot a appelée post-hystéroépileptique ou période des hallucinations, période pendant laquelle la malade voit des animaux, le plus souvent des rats, des serpents, des vipères, en général des animaux noirs. Puis tout est fini, à moins qu'une nouvelle attaque ne recommence avec les mêmes phases 1 » .

1 Charcot; Gazette hebdomadaire, 1878, pag. 477-

Beaucoup d'auteurs confondent dans leurs descriptions la troisième période avec la quatrième et, de l'ait, en pratique il est souvent difficile de les distinguer. D'ailleurs, Charcot lui-même, dans ses descriptions ultérieures, a souvent fusionné les deux phases terminales.

Cette période de délire n'appartient, pour ainsi dire, plus à l'attaque, c C'est, dit Richer, comme un reste de l'attaque qui s'épuise, et les accidents qui se présentent alors sont justement comparables, et parfois môme identiques, à ceux qui précèdent l'attaque et lui servent en quelque sorte de prélude. >

Tout récemment, G. Guinon et S. Wollke 1 ont insisté, dans un intéressant mémoire, sur la possibilité de modifier par des influences extérieures le délire et les hallucinations qui caractérisent le terme de l'attaque. « Dans le délire de la phase passionnelle de l'attaque hystérique, concluent-ils, on peut modifier la marche des hallucinations et en créer de nouvelles à l'aide d'excitations diverses, mais toujours simples, des organes des sens. Ces hallucinations sont toujours indépendantes de la volonlé de l'opérateur et laissées exclusivement à l'initiative du malade, qui s'approprie la sensation perçue et la transforme à son gré en une hallucination correspondant à ses habitudes, à son genre de vie, à ses souvenirs, en un mot à sa propre personnalité ».

Ce mode d'intervention est bien différent (nous insisterons là-dessus au chapitre suivant) de l'action que l'on peut exercer sur les hallucinations et le délire d'un sujet hypnotisé, à la phase de somnambulisme : tandis que, dans le délire hystérique, c'est le sujet lui-même qui modifie son délire en présence de certaines influences extérieures, le sujet hypnotisé, au contraire, inféodé à l'hypnotiseur, obéit passivement, sans mettre en jeu aucun élément personnel, aux suggestions de ce dernier.

Le délire hystérique diffère donc du somnambulisme provoqué par la spontanéité relative des hallucinations chez l'hystérique ; on peut les solliciter, les préparer, mais c'est l'hystérique qui les crée. Dans le somnambulisme, au contraire, le sujet, en raison de la suggestibilité et de la passivité qui caractérisent cette phase de l'hypnose, ne crée rien par lui-même et accepte aveuglément les hallucinations qui lui sont imposées par l'hypnotiseur.

Les diverses phases que nous venons de décrire s'enchevêtrent, et l'une ou l'autre prédomine suivant les cas.

Pour démontrer que ces faits appartiennent à l'hystérie et non à l'épilepsie, Charcot fait remarquer d'abord quelesconvulsionsioniques ne sont pas exceptionnelles dans l'hystérie. Briquet avait déjà observé des cas avec raideur semi-tétanique, qui peuvent servir de transition. Wyet a même rapporté l'histoire d'une malade chez laquelle les attaques simulaient le tétanos et l'empoisonnement par la strychnine -.

De plus, dans ces hystéro-épilepsies, on ne constate jamais de petit mal, de vertiges ; la compression de l'ovaire, ou le passage d'un courant

1 G. Guinon et Sophie Woltke ; Archiv.es de Neurologie, mai 1891, n° C3, pag. 346.

2 Wyet; Revue des Sciences médicales, XII, pag. 179.

électrique de la tête aux pieds, arrête ou modifie l'attaque ; il n'y a jamais obnubilation de l'intelligence ni démence ; la température, si elle est élevéependant l'attaque, ne reste jamais élevée pendantl'état de mal.

Nous reviendrons, du reste, sur tous ces caractères. La question importante à retenir pour le moment, c'est que ces cas appartiennent à l'hystérie et ont le pronostic de l'hystérie, ce qui est capital.

En dehors de ces deux types (l'attaque ordinaire et l'attaque épileptiforme), qui sont les plus fréquents, il y a d'autres formes de crises.

Charcot admet que l'attaque d'hystéro-épilepsie peut se modifier suivant deux modes principaux :

1. Par extension ou prédominance d'une période aux dépens des autres, lesquelles s'atténuent ou même s'effacent ; ainsi se produisent : a. l'attaque épileptoïde, — b. l'attaque démoniaque, — c. l'attaque d'extase, — d. l'attaque de délire.

2. Par immixtion d'éléments étrangers à la constitution fondamentale de l'attaque, tels que le somnambulisme, la léthargie et la catalepsie, par exemple.

Richer ajoute aux variétés précédentes : a. l'attaque de syncope, — 6. l'attaque de spasme, qui peut se rattacher à la période prodromique de la grande attaque, — et c. l'attaque de contracture, que l'on peut classer parmi les variétés se rattachant à la quatrième période.

L'attaque syncopale n'est pas très fréquente, Briquet l'a trouvée dans n cas sur 4°°- Quelquefois la syncope constitue toute l'attaque : la malade reste sans connaissance, pâle et inanimée (nous avons vu récemment un cas de ce genre, qui effrayait singulièrement l'entourage); après une crise de quelques minutes, surviennent des sanglots et des pleurs, ou bien il y a retour simple de la connaissance ; chez d'autres, la syncope est la terminaison d'une attaque ordinaire.

L'attaque de spasmes ne doit pas être confondue avec les convulsions partielles, dont nous parlerons plus loin ; elle est constituée, dit Richer, « lorsque le spasme est plus ou moins généralisé, qu'il affecte simultanément ou successivement divers appareils, enfin qu'il survient brusquement pour disparaître de même, après une durée relativement courte. Le type de cette variété d'attaque se retrouve dans les divers symptômes qui marquent la période prodromique de la grande attaque et qui constituent, à proprement parler, l'aura hystérique ».

L'attaque épileptoïde se définit d'elle-même par la première période de la grande attaque que nous avons décrite : il y a des accès séparés et un eétat de mal épileptoïde ' ».

1 Marie (Progrès médical, 20 septembre 1884) a vu survenir chez une jeune femme deux séries d'attaques hystériques, constituées chacune par des paroxysmes extrêmement nombreux, et séparées l'une de l'autre par unmois d'intervalle; il yeut, dans l'une, 45o6attaques, et, dans l'autre, 17083 ; dans une seule journée il fut noté 1760 crises.

Ballet (Archives de Neurologie , 188/5, VIII, pag. 129 et 277; et Soczeié médicale

L'attaque démoniaque est une attaque de contorsions (première phase de la deuxième période), dont on peut rapprocher l'attaque de grands mouvements ou de clownisme.

L'attaque d'extase, à rapprocher de l'attaque d'altitude passionnelle, reproduit la troisième période de la grande attaque.

L'attaque de délire et l'attaque de contracture appartiennent au contraire, comme tableau symptomatique, à la quatrième période.

Eclairé par l'étude de la léthargie provoquée, que nous ferons dans le chapitre suivant, Richer divise les atlaques de léthargie en : 1. attaque de léthargie simple (attaque de sommeil », attaque de léthargie des auteurs) ; 2. attaque de léthargie avec mort apparente3; 3. attaque de léthargie compliquée : a. de contractures partielles ou généralisées (attaque de coma de Briquet) ; b. de l'état cataleptiforme. — Charcota observé, chez certains sujets atteints de narcolepsie hystérique, des zones à la fois hypnogènes et hypnofrénatrices.

Nous n'insisterons pas sur l'attaque de catalepsie (Voir le chap. XI de l'art. II).

Enfin les attaques de somnambulisme seront plutôt décrites dans le chapitre suivant s.

B. Convulsions partielles. — Nous devons les envisager successivement dans les divers grands appareils.

k. Du côté du tube digestif, nous trouvons d'abord la sensation de boule, qui est produite par la convulsion de l'œsophage, certainement la plus fréquente de tout cet appareil.

des Hôpitaux, 3 juillet 1891) et GïîAUGOT(Consultations de la Salpêtrièi'e,2j octobre 1891) ont observé récemment des attaques d'hystérie à forme d'épilepsie jaksonnienne.

1 Nous en citerons plus loin une remarquable observation d'ARMAiNGAUD, à propos des types vaso-moteurs, et signalerons en même temps quelques travaux récents sur la narcolepsie, que Gharcot considère comme un « état de mal hystérique», différant de l'état de mal épileptique par la bénignité de son évolution. Cette bénignité tiendraitau ralentissement des combustionsetàl'amoindrissemenl des déchets urinaires (Gilles de la Tourette et Gathelineau) pendant la crise de sommeil.

2 Les livres sont remplis d'histoires de mort apparente simulée par des léthargies, de résurrections ne survenant même quelquefois qu'au second coup de rasoir de l'autopsie, comme cela arriva à Vésale, d'après Ambroise Paré.

3 Le somnambulisme dit spontané est considéré par Gharcot comme une modalité de la troisième période de la grande attaque.

C'est au somnambulisme hystérique (ou plutôt au vigilambidisme, pour employer une expression familière à Gharcot) qu'il faut rapporter les cas, bien étudiés aujourd'hui, de dédoublement de la personnalité (Azam, Gharcot, Garamanna et Girolano, Laurent : Thèse de Bordeaux, 1892-93) et {'automatisme ambulatoire hystérique (Voy. Voisin ; Congrèsde médecine mentale, in Semaine médicale, 10 août 1889, pag. 291; — Tissus ; Thèse de Bordeaux, 1887; — Proust; Académie de Médecine, 1890; — Saint-Aubin; Thèse de Paris, juillet 1890; — Meige ; Thèse de Paris, i8y3; — Régis ; Journal de Médecine de Bordeaux, n01 26 et 27, i8g3).

Ce phénomène manque chez peu d'hystériques. Briquet l'a trouvé 370 fois sur 4oo. Il varie seulement de forme et de fréquence.

Quand il est complet, la malade sent une boule qui monte du creux épigastrique au gosier, et là s'arrête, serre la gorge et produit une sensation pénible de constriction, de strangulation. Quelquefois le phénomène de la strangulation se produit seul et d'emblée : la malade éprouve un étouffement, un serrement, comme on le ressent dans les émotions vives, quand on a peur. — En dehors même de l'hystérie, cette constriction à la gorge est un phénomène nerveux très fréquent. C'est un des éléments principaux du trac des acteurs, des examens et des concours.

Il y a, du reste, divers degrés dans cette constriction : 1. c'est une sensation de corps étranger avalé et immobilisé dans le pharynx, que l'on ne peut faire ni monter ni descendre; 2. c'est une sensation de doigts ou de cordon serrant le cou : 3 c'est une strangulation complète, avec impossibilité de déglutir.

Quelquefois il y a même une sorte d'horreur pour les liquides. Chez une malade de Landouzy, une mie de pain dans un verre d'eau produisait des convulsions terribles. Quelques patientes ne peuvent pas boire du tout; d'autres, au contraire, ne triomphent du spasme qu'à force de boire. Une malade de Sauvages était obligée, à chaque morceau qu'elle avalait, de boire un verre d'eau ; pour ne pas montrer cette infirmité, elle fut réduite à manger seule pendant plus d'un an.

Hippocrate et tous les anciens, sauf Galien, jusqu'à Fernel, au xvie siècle, attribuaient le phénomène de la boule à l'ascension de l'utérus. Ce symptôme est essentiellement produit par des contractions péristaltiques de l'œsophage se faisant de bas en haut et par une contraction circulaire du pharynx, en même temps qu'un spasme du larynx '.

En descendant dans le tube digestif, nous trouvons comme convulsions partielles, du côté de l'estomac : les vomissements (nous parlerons plus tard des vomissements liés, chez les hystériques, à l'ischurie et à l'anurie 2J.

' Voy. Haushalter ; Œsophagisme hystérique et dysphagie, in Médecine moderne, 1890.

2 Voy sur les vomissements hystériques : Fouquet; Thèse de Paris, 1880; Deniau ; Thèse de Paris, i883 ; Hervé de Lamer; Thèse de Paris, i885 ; Basset ; Thèse de Paris, 1888.

Rorinson (Lancet, 10 juin 1893, pag. i38o) a vu récemment la mort subite survenir au cours de vomissements incoercibles chez un hystérique.

Les hystériques qui vomissent sont fréquemment anorexiques.— SoLLiER(Revue de Médecine, août 1891) attribue, dautres fois, l'anorexie hystérique (une des manifestations les plus graves et les plus tenaces de la névrose) à l'anesthésie

A un premier degré de convulsion, le vomissement ne se réalise pas ; il y a une simple conlraclure de l'estomac. La malade sent au creux épigastrique une sensation de contraction profonde ; l'estomac se. serre. Quelquefois c'est l'origine et le point de départ de la boule; d'autres fois, tout se borne là.

A un deuxième degré, le vomissement est complet. Le phénomène est quelquefois passager, plus souvent tenace, et peut durer des mois entiers. Et cependant on remarque une conservation relative de la nutrition, un certain degré de fraîcheur et d'embonpoint ; les forces déclinent un peu, mais l'aspect extérieur ne se modifie pas Bernutz cite un exemple de cet ordre après quinze mois. Nous avons récemment observé une jeune hystérique de 20 ans, qui vomissait d'une façon incessante , et n'avait cependant rien perdu de son embonpoint et de ses couleurs.

Quelquefois les vomissements sont incoercibles et se produisent après chaque repas. La défécation est supprimée. Il faut nourrir les malades par lavements.

Ici se pose une grosse question, que beaucoup d'auteurs ont discutée, et que Briquet résout affirmativement: Les aliments franchissent-ils la valvule iléo-csecale de bas en haut, et les malades peuvent-ils vomir ce qui est administré en lavements ?

La chose est fort difficile à décider, à cause de la simulation. Pour se rendre intéressantes et paraître extraordinaires, les malades peuvent se livrer à toutes sortes d'actes inimaginables. Ainsi, Jaccoud cite un fait de Nysten dans lequel la tromperie fut reconnue : la patiente avalait des boulettes de matières fécales, qu'elle rendait ensuite.

Barthez a discuté la même question à propos de la passion iliaque. En tout cas, voici un fait de Briquet très curieux à cause de la précision des détails et de la rigueur avec laquelle il paraît avoir été observé. Nous le livrons sans commentaires:

Une hystérique de 27 ans, dans un état de somnolence habituelle, prend du café et le vomit. On administre du café en lavement : après une demi-heure, elle éprouve du malaise, des coliques, des gargouillements, puis des nausées, et elle finit par vomir le café (un tiers du lavement environ). Deux jours après, l'expérience est refaite toutentière devant Briquet, qui surveille : elle vomit le café. On varie alors l'épreuve. On ajoute beaucoup de magnésie au café : le café est vomi avec des traces de magnésie. Sans prévenir la malade, on lui donne un lavement avec de la teinture de tournesol bleu : douze minutes après, la teinture de tournesol était vomie et tournait au rouge. Enfin on donne

buccale ou stomacale, à l'existence d'un spasme œsophagien, à de l'hyperesthésie gastrique, à la localisation de zones hystérogènes dans l'estomac, etc.

Voy, encore, sur ce point : Lloyd ; The Am. Journ. of the med. Se, septembre 1893, pag. 2G4.

un laveuibut d'eau salée: un quart d'heure après, la malade vomit un liquide où le nitrate d'argent révélait beaucoup de chlorures.

L'intestin peut aussi être le siège de convulsions successives ; les faits précédents le prouvent déjà.

Les borborygmes sont dus à un mélange de convulsions et de paralysies : pneuinatose intestinale et cheminement bruyant de ces gaz. Certaines hystériques ont dans le ventre un bruit considérable, que l'on peut entendre de très loin et qui constitue une grande curiosité. Souvent il y a aussi des éructations gazeuses '.

D'autres l'ois, des contractures circulaires se produisent en deux points de l'intestin, emprisonnant des gaz et matières dans le segment interposé, qui forme une tumeur limitée, bizarre, pouvant se déplacer. Ce sont ces tumeurs en mouvements qui ont donné la sensation d'utérus en migration à Hippocrate et à Fernel2. Quelquefois elles s'accompagnent d'assez vives douleurs et ont pu en imposer pour un étranglement herniaire 3.

p. Dans X appareil respiratoire, nous étudierons d'abord les troubles vocaux.

Les convulsions courtes des muscles du larynx et du thorax donnent lieu à une sorte de cri plus ou moins aigu. Quelquefois ces convulsions sont prolongées et avec une espèce de coordination, ce qui produit un cri soutenu particulier, simulant la voix de certains animaux : aboiement, hurlement des chiens, miaulement du chat, rugissements, glapissements, gloussement des poules, grognement du cochon, coassement des grenouilles 4.

L'apparition de ces cris est plus ou moins fréquente, quelquefois périodique et régulière.

L'imitation a ici une influence toute particulière. Une jeune fille hystérique avait un spasme respiratoire de cet ordre ; après quelques

1 La pneumatose abdominale peut aussi reconnaître pour cause la déglutition par les malades d'une grande quantité d'air (aérophagie). — Voy. Rosenbach (Wien. med. Pr., 1889, n" 14, pag. 553; anal, in Revue des Sciences médicales, XXXV, pag. 169) et Bouveret (Revue de Médecine, février 1891).

2 Bouchacourt; Grossesse nerveuse, in Lyon médical, 1S93, pag. 401.

J Se hle singer ; Wien. med. Pr., 1890, n° 8, pag. 293 (Revue des Sciences médicales, XXXVII, pag. 126).

' Charcot est revenu récemment (Semaine médicale, i5 septembre 1886 ; et Archives de Neurologie, janvier 1892, n° 67, pag. 69) sur ces tics laryngés hystériques, qu'il ne faut pas confondre avec la Maladie des tics (voy. pag. 584), et qui ne s'accompagnent ni d'éc'iolalie ni de coprolalie.

Voy. aussi, sur les spasmes du larynx : Bessière ; Annales médico-psychologiques, mars 1890;

Baginsky ; Berl. kl. Woch., 7 décembre 1891, n" 5o, pag. 1170 (Revue des Sciences médicales, XXXIX, pag. 719).

Récemment Léo (Deut. med. Woch., 24 août 1893) a publié la relation d'un cas mortel de spasme hystérique de la glotte.

jours de séjour à la campagne, elle imitait l'aboiement des chiens de basse-cour. Itard raconte que, dans un pensionnat, une jeune fille poussait des cris, avec soulèvement des épaules, en entendant la cloche de l'établissement. Bientôt quelques autres élèves présentèrent le même phénomène. On les renvoya chez elles, où elles guérirent vite. La première fut guérie par l'humiliation qu'elle éprouvait à pousser des cris en public : on la mena dans les rues fréquentées et au milieu du monde.

On trouvera dans les auteurs l'histoire de plusieurs épidémies d'aboiements. Une jeune fille, qui jappait comme un chien, fit japper quatre de ses compagnes dans la même salle de l'Hôtel-Dieu. A Oxford, une épidémie d'aboiements débuta par deux familles dans lesquelles cinq sœurs furent affectées'.

On observe encore des convulsions portant sur ïacte respiratoire même. Tel est Y asthme (asthma uteri des anciens) ; tel est encore le hoquet1, qui est souvent tout particulier et bruyant ; il peut même devenir gênant pour les personnes voisines ; on a noté des épidémies de hoquet et de vrais cas de contagion. Tels sont encore les éternumenls et les bâillements 3.

Brodie1 cite deux cas curieux dans lesquels il y avait des accès d'éternument . Chez une des malades, les crises revenaient une fois par semaine, et chaque fois elle avait une centaine d'éternumenls ; l'écoulement qui tombait des narines sulfisait à tremper un mouchoir.

Souza Leite et Féré s ont, plus récemment, insisté sur ces éternuments névropathiques. Nous en avons nous-mème observé un exemple remarquable.

On a noté également les rires ou les pleurs, avec un caractère franchement convulsif et indépendamment de toute gaieté. Houllier cite les filles d'un président de Bouen qui étaient prises d'un fou rire qui durait

' Voy. aussi îes travaux récents sur le bégaiement hystérique: Rallet ; Société médicale des Hôpitaux, 11 octobre 1889 et 4. juillet 1890; Theitel; Berl. kl. Woch., 10 novembre 1S90, pag. 1041 {Revue des Sciences médicales, XXXVI11, pag. i33) ; Kbamer ; Prag. med. Woch., 8 avril 1891 ; Chervin ; Archives de Neurologie, mai 1891 ; Pitres ; Leçons citées ;

(jHABBEttT ; Progrès médical, 20 février 1893, n° 8, pag. 137 ; Ballet et Tissier ; Société médicale des Hôpitaux, 11 octobre 1889; — et Archives de Neurologie, 1890, n° 58 ; Higier ; Berl. kl. Woch., 21 août 1893.

2 More au ; Thèse de Paris, juillet 1892; Stockton ; Med. Neios., 4 février 1893.

3 Charcot ; Bâillements hystériques, in Leçons du Mardi, 1888-89 ; FÉRÉ ; Nouvelle Iconographie de la Salpêtriùre, 1888, pag. i63 ; Gilles de la Tourette, G. Guinon et Uuet; Ibid., 1890, n° 3.

4 Brodie; Progrès médical, 1880, pag. 55g. s Féré et Souza-Leite; Ibid., 1880, n° 4-

une ou deux heures. Alors la mère et les parents arrivaient, et en les voyant ainsi se mettaient, eux aussi, à rire involontairement; mais bientôt ils s'arrêtaient, exhortaient les malades, les grondaient, les menaçaient. Le père pleurait, rien n'y faisait ; les jeunes fdles riaient toujours et assuraient qu'elles ne pouvaient s'empêcher de rire.

Briquet a vu également une malade qui était prise d'accès de rire involontaire, que le chagrin même n'empêchait pas ; il lui arrivait souvent de rire quand elle avait envie de pleurer, et quelquefois elle riait et pleurait presque en même temps. Quoiqu'elle eût des sentiments pieux très sérieux, elle était parfois prise de ce spasme inextinguible à l'église, pendant les offices.

Nous citerons enfin la toux hystérique, déjà bien décrite par Sydenham, de nouveau étudiée par beaucoup d'auteurs, Lasègue entre autres *. Ce phénomène serait plus fréquent chez les jeunes filles que chez les femmes au delà de 3o ans. Ce n'est jamais un phénomène primitif; on ne le rencontre guère que dans l'hystérie confirmée.

Elle est produite par des causes diverses : laryngite ou bronchite, suppression des règles, excitation respiratoire par une marche forcée, par un air chargé de fumée ; d'autres fois, elle survient sans cause appréciable. — Elle constitue un symptôme très fatigant, pénible même pour les assistants. Quelquefois continue et incessante, elle ne donne de répit que la nuit. Elle survient le plus souvent par accès de plusieurs heures, souvent irréguliers, quelquefois périodiques.

La malade éprouve d'abord une titillation très gênante à la gorge, un picotement ; puis commence la toux, avec un son aigre, très aigu, toujours le même chez la même malade. Elle ne s'accompagne le plus souvent d'aucune expectoration, ne correspond à aucun signe d'auscultation , sauf quelquefois un peu de sibilance expiratoire. — La toux cesse presque toujours la nuit : c'est là un caractère important.

Après un temps variable de quelques mois à un ou deux ans, la toux disparaît, quelquefois graduellement, le plus souvent brusquement, après une émotion par exemple.

Le diagnostic est quelquefois difficile d'avec la phtisie au début. Comme le dit Bernutz, l'anémie est souvent profonde, elle entraîne des étouffements et des palpitations à la moindre fatigue ; il y a des troubles dyspeptiques, des points d'hyperesthésie dans la poitrine et le long du rachis, quelquefois même des accès de fièvre erratique. Les troubles menstruels pourront entraîner des hémoptysies complémentaires ou supplémentaires, et à ce moment on trouvera des râles sous-crépitants et de l'obscurité respiratoire sous la clavicule. Berntz cite deux obser-

1 Voy. aussi Gharcot ; Toux et bruits laryngés hystériques, in Archives de Neurologie, janvier 1892, n° 67, pag. 69.

Grasset, A" édit., tom. II. 48

vations de cet ordre, dans lesquelles on pouvait très Lien croire à la présence de tubercules'.

Weir Mitchell 2 a récemment rapporté trois cas de tâchgpnée hystérique et fait l'histoire de cette manifestation ; on a vu la fréquence expiratoire s'élever jusqu'à 180 inspirations par minute, affectant surtout le type costal supérieur ; pendant le sommeil, elle tombe à i8ou 20 respirations ; le rythme respiratoire est régulier.

7. Du côté de l'appareil circulatoire, les malades éprouvent des palpitations, survenant le plus souvent par crises qui peuvent se prolonger beaucoup. Les battements cardiaques s'élèvent à 120, 160 pulsations, souvent avec irrégularité. Il n'y arien, en général, à l'examen physique direct, sauf quelquefois un peu plus d'éclat dans les bruits.

Les contractions du cœur sont parfois très fortes : la tète du médecin est soulevée. Chez d'autres malades, au contraire, elles peuvent être très faibles et donnent à l'auscultation une espèce de sensation comparable à celle d'une souris qui gratte sa cage. — Dans certains cas, enfin, la malade éprouve des douleurs névralgiques concomitantes.

S. Certains phénomènes peuvent affecier Y appareil génito-urinaire. Ainsi, le spasme du col vésical supprimera l'émission de l'urine ; c'est un état qu'il faut bien distinguer de l'ischurie par diminution de sécrétion : le cathélérisme jugera la question en faisant uriner le malade.

La vessie peut participer aux convulsions : pendant les crises, sous l'influence d'une émotion, l'urine s'échappe involontairement.

Les convulsions des uretères peuvent se produire douloureuses et simuler les coliques néphrétiques.

Les sphincters sont enfin parfois le siège des spasmes ; la défécation et le toucher rectal deviennent impossibles. Un phénomène analogue du côté du vagin constitue le vaginisme.

e. Les muscles striés sont, eux aussi, chez certaines malades, le siège de convulsions partielles qui peuvent prendre la forme choréique ou la forme de tremblement.

La chorée a été constatée 21 fois sur 43o cas. Ce n'est pas, en général, la chorée vulgaire, mais ordinairement une forme de chorée rythmique \

1 Voy. sur Y hystérie pulmonaire : Debove; Société médicale des Hôpitaux, 10 novembre 18S2 ;

Petit ; Journal de Médecine de Paris, 6 mai 1888 ; Laurent ; Encéphale, janvier-lévrier 1889.

Voy. aussi le paragraphe des troubles vaso-moteurs dans l'hystérie {Jiémoptysies, ete.)

2 Weir Mitchell ; The Am. Journ. of the med. Se, mars i8y3, pag. 235 (anal, in Reoue Neurologique, 1893,11° 9, pag. 237).

Voy aussi, sur la dyspnée hystérique : Ohaumier ; Poitou médical, août îiiyi.

3 L'hystérie peut toutel'ois, nous l'avons vu (pag. G90), provoquer des mouvements analogues à ceux de la chorée arythmique. — Joffroy (Société médicale des Hôpitaux, 3 avril 1891) a vu, d'autre part, la chorée rythmée hystérique succéder à une chorée de Sydenham accompagnée de péricardite.

Quelquefois on observe des mouvements de ftexion et d'extension du corps ; ce phénomène a été noté dans certaines épidémies. D'autres fois, les malades présentent divers tics : clignotement, nystagmus, chorée rotatoire, salut, mouvements incessants des épaules au point d'user les vêtements.

Le plus souvent de courte durée, ces mouvements se prolongent parfois pendant des mois et même des années. Bernutz avance que, dans ces cas, la peau peut s'altérer par le frottement, et on voitdes accidents généraux se développer. Tout peut aussi disparaître brusquement.

Bernutz cite une demoiselle dont le membre inférieur était le siège d'une convulsion régulière revenant trente fois par minute : c'était une flexion forcée suivie d'une extension brusque, portant le pied contre le front, qu'on avait dù garnir de linges pour éviter les contusions. Cet état dura plusieurs mois, malgré toute espèce de traitement, et puis disparut brusquement un jour, après une émotion.

Charcot a cité des faits analogues dans ses leçons cliniques sur la Chorée rythmique hystérique.

On voit, dit-il, « le front s'infléchir fortement sur le bassin, entraînant la tête, qui à son tour s'incline sur la poitrine, et il est un moment où le fi'ont ne s'éloigne guère plus de 5o centim. du genou droit, qui dans ce temps-là est dans l'extension forcée ; puis la tête et le tronc se redressent, décrivant une trajectoire qui figure un demi-cercle parcouru tout à l'heure en sens inverse dans le mouvement de flexion, si bien qu'au dernier terme, le dos, puis l'occiput, retombent lourdement sur l'oreiller ; presque aussitôt ce mouvement de flexion recommence, suivi bientôt du mouvement d'extension, et ainsi de suite. On dirait l'image d'une salutation profonde et répétée, rendue ridicule par sa répétition même et par son exagération '.»

Chez d'autres hystériques, on observe du tremblement 2. Ce phéno-

1 Gharcot ; Progrès médical, 1878, n° 6 ; — i885, n°s 12 et i3. Voy. encore, sur la chorée rythmée hystérique :

Iconographie photographique de la Salpêtrière (Observation I du tom. II); Orcholle ; Thèse de Paris, juillet 1888 ;

Pitres; Gazette médicale de Paris, mars-juin 1888 ; — Leçons citées, pag. 3o8 ; Courmont; Hémichorée rythmique croisée périodique, in Lyon médical, 16 juin 1889 ;

Blaikie Smith; Brit. med. Journ., 11 juillet 1889 ;

Vani.air; Des myoclonies rythmiques, in Revue de Médecine, 1889;

Laveran ; Société médicale des Hôpitaux, 12 juin 1891 ;

Mathieu ; Gazette des Hôpitaux, i5 août 1891 ;

Roque; Lyon médical, 17 juillet 1892.

2 Parmi les récents travaux sur le tremblement hystérique, nous citerons : Pitres ; Leçons publiées par Bitot, in Progrès médical, 14 septembre 1889 ; —

Traité, 1891, pag. 288. Cet auteur distingue trois grandes variétés de tremblement hystérique: trépidatoire, vibratoire ai intentionnel. Rendu ; Société médicale des Hôpitaux, 12 avril 1889 ; — Leçons de Clinique

mène n'est jamais continu. Ce sont des accès très faciles à provoquer, surtout chez les femmes à caractère craintif, et notamment chez celles qui ont été maltraitées dans leur jeunesse. Le tremblement hystérique offre d'ailleurs des modalités fort variables et peut similer toutes les variétés de tremblements connus (sclérose en plaques, paralysie agitante, goitre exophtalmique). Un certain nombre de tremblements dits toxiques (saturnin, mercuriel) ne seraient, d après la plupart des auteurs, autre chose que des manifestations hystériques.

C'est encore dans ce groupe qu'il faut placer les secousses que l'Ecole de la Salpêtrière a décrites chez les hystériques ; Briquet et Landouzy ne les avaient pas mentionnées. Du reste, cet accident, s'il est fréquent dans l'hystérie, ne lui est point particulier, car il n'est pas rare de le rencontrer chez les épileptiques, du moins chezles femmes épileptiques' .

C. Contractures'2. — Pomme a parlé, le premier, du raccourcissement des extrémités dans la paralysie hystérique. Ces contractures ont été très bien étudiées par Charcot et ses élèves, notamment Bourneville et Voulet, Blocq, Bicher, Babinski.

Ce n'est pas là un phénomène du début ; généralement il ne parait que dans l'hystérie consommée, souvent après les paralysies et les anesthésies, et. dans ce cas, les contractures atteignent les membres paralysés, comme dans les lésions cérébrales.

On observe quelquefois des signes précurseurs dans le membre qui va se contracturer : fourmillements, engourdissements, crampes, sensations douloureuses ; mais, le plus souvent, le début est absolument brusque. — Les accidents présentent, du reste, diverses formes cliniques : hémiplégique, paraplégique ou circonscrite.

Dans le type hémiplégique, le bras est le plus souvent en flexion; quelquefois, mais plus rarement, en extension. Dans ce dernier cas, il

médicale, 1890, pag. 4<)5 ; — Société médicale des Hôj'itaux, 29 janvier 1892; Sacaze ; Montpellier médical, juillet 1^90 ;

Charcot ; Progrès' médical, 6-i3 septembre 1S90 ; — Leçon du 26 janvier 1892; Dutil ; Nouvelle Iconographie de la Salpêtrière 1890-91; — el Thèse de Paris, mars 1891 ;

Laveran ; Société médicale des Hôpitaux, 1 avril 1892; (JoChez ; Archives de Neurologie, novembre 1892, n° 72, pag. 470; Popoff ; Archives de Neurologie, mai i8g3, n° 7^, pag. 373; Roger ; Semaine médicale, 10 novembre 1893, pag. 022.

1 Iconographie photographique de la Salpêtrière, I, pag. 94.

L'hystérie, nous l'avons vu, peut aussi présenter des mouvements anormaux arythmiques, analogues à ceux de la chorée (Voy. plus haut), de la maladie des tics, etc.

2 Voy. Klumpke ; Contractures hystériques, in Revue de Médecine, mars iSSr>; Blocq ; Des Contractures, Thèse de Paris, 1887 ;

Pitres ; Journal de Médecine de Bordeaux, avril 1889 ; Richer ; Paralysies et contractures hystériques. Traité, 1892; Babinsiu ; Société médicale des Hôpitaux, 5 mai 1893.

est rigide le long du corps. Ou encore, il est en extension et adduction; la malade le porte derrière le dos en le tordant; la torsion peut môme aller au point de produire une luxation de l'épaule. Le membre inférieur est ordinairement en extension, avec pied bot varus équin, qui est le vrai pied bot hystérique, la face plantaire en dedans'.

Il y a ensuite certaines formes exceptionnelles. Ainsi, Lasègue a vu les extrémités inférieures fléchies au point que les genoux venaient toucher le menton.

Dans le type paraplégique, le début se fait quelquefois par un membre, puis la contracture gagne l'autre. C est le type complet de l'extension et de l'adduction extrêmes : les genoux se touchent et ne peuvent pas être séparés.

Enfin, la contracture peut envahir les quatre membres, toujours suivant les mêmes types.

En face de ces contractures plus ou moins étendues que l'on rencontre chez les hystériques, il nous reste à étudier les contractures partielles qui affectent divers groupes musculaires.

Souvent provoquées par une excitation sensible plus ou moins énergique, et surtout fréquentes dans l'hystéro-traumatisme2, elles peuvent alors être considérées comme des réflexes exagérés et permanents. Ainsi, une jeune fille hystérique reçoit en jouant, un grain de sable dans l'œil droit : aussitôt survient une contracture de l'orbiculaire des paupières, qui dure trois mois. Une autre malade se pique l'index avec une aiguille : le doigt reste fléchi en crochet pendant des mois3. — Cette cause peut aussi manquer.

La contracture atteint quelquefois la moitié de la face et fait croire à une paralysie du côté opposé : Moutard-Martin a relevé une erreur de ce genre. Landouzy a trouvé deux fois le trismus. Briquet a observé la contraction des muscles de la langue, qui devient raide, immobile, et se tient constamment hors de la bouche. Charcot a constaté une contracture simultanée de la langue et du voile du palais, et a rattaché à un spasme {hémispasme glosso-labié des hystériques) ' la plupart des

1 Babinski, dans le travail que nous venons de citer, s'est surtout attaché à distinguer l'hémiplégie spasmodique hystérique de celle qui a pour origine une lésion cérébrale.

' Renard ; Siw la Contracture hystéro-traumatiqve. Thèse de Paris, 1886.

1 Voy. aussi sur ce point: Charcot; De l'influence des lésions traumatiques sur le développement des phénomènes d'hystérie locale, in Progrès médical, 1878, pag. 18 ;

Lasègue; Des hystéries périphériques, in Archives de Médecine, 1878, pag. 6; Brodie ; Progrès médical, 1879 et 1880. 4 Voy. sur l'hémispasme glosso-labié :

Charcot ; Semaine médicale, 1887 ; — Leçons du Mardi, et Nouvelle Iconographie de la Salpêtrière, 1888; — Clinique des Maladies du Système nerveux, 1892, pag. 298, 366 et 368 :

phénomènes autrefois rapportés à une paralysie de la face chez ces malades. Cet hémispasme glosso-labié, dont nous avons déjà parlé au chapitre des convulsions des nerfs périphériques, se caractérise par une déviation spasmodique unilatérale de la face, avec de légères secousses convulsives dans les muscles du visage et la commissure labiale du même côté. Quand on provoque un mouvement de physionomie, les phénomènes s'exagèrent : si le sujet rit, les dents du côté contracturé sont mises à découvert; lorsqu'il souffle une bougie, l'air passe à travers l'hiatus développé par la contracture, sans soulever le voile génien. La langue, recourbée en forme de crochet et déviée du côté contracturé, est difficilement projetée hors de la bouche; elle est quelquefois entièrement ankylosée à l'intérieur de la cavité buccale. L'orbiculaire des paupières est souvent associé au spasme ; l'ouverture palpébrale est rétrécie et le sourcil du même côté généralement abaissé; en môme temps il existe, au-dessus de la partie la plus interne du sourcil, deux ou trois petites rides verticales, qui remplacent les plis transversaux du front en partie effacés. Enfin on note, toujours du même côté de la face, une anesthésie sensitive et sensorielle1.

L'hémispasme glosso-labié, quelquefois isolé, le plus souvent associé à une hémiplégie, est une manifestation tenace et peut, contrairement à ce qui se passe dans les cas de lésion organique, persister après la guérison de l'hémiplégie concomitante.

Delprat4 a récemment décrit la contracture bilatérale des muscles de la face innervés par le facial inférieur.

Il y a aussi un torticolis hystérique. — Boddaert, Charcot et d'autres ont décrit un pied bot hystérique, pied bot varus équin isolé. — Récemment on a signalé une scoliose hystérique3.

Galezowski a aussi observé quelquefois des contractures dans différents muscles de l'œil, entre autres dans l'orbiculaire et dans les muscles droits, externes ou internes, du globe. La contracture peut, dans des cas tout à fait exceptionnels, atteindre les muscles de l'iris et de l'accommodation et amener par conséquent des modifications notables dans la vision

Achard ; Archives générales de Médecine, 1887 ; Brissaud et Marie ; Progrès médical, 1887; Babinski, Berbez ; Ibid.

Belin ; Thèse de Paris, 1889.

Lumbroso, il faut le reconnaître, a de nouveau soutenu en 1888 (Lo Speri mentale, janvier 1888, anal, in Revue des Sciences médicales, XXXIII, pag. 498) la nature paralytique des troubles en question.

1 Gilles de la Tourette ; De la superposition des troubles de la sensibilité et des spasmes de la face et du cou chez les hystériques, in Nouvelle Iconographie de la Salpêtrière, 1N89.

- Delprat ; Nouvelle Iconographie de la Salpêtrière, 1892, n° 1, pag. 38.

3 Vie; De la scoliose hystérique . Thèse de Paris, 1892.

1 Galezowski; Contracture hystérique de l'iris et du muscle accommodateur

Il faut faire une mention spéciale des contractures périarticulaires s'accompagnant de douleurs vives et simulant une tumeur blanche avec immobilité douloureuse de l'articulation. Ce symptôme, qui se présente surtout à la hanche et simule la coxalgie, a une grande importance clinique.

C'est Brodie qui sépara le premier des affections articulaires vraies, inflammatoires, un certain nombre d'arthropathies qu'il appela la «maladie articulaire hystérique». Les Anglais étudièrent de près ces faits, que Paget traita sous le nom de simulation nerveuse d'affections organiques. En France, on a surtout étudié la coxalgie hystérique, et Blum a nettement résumé dans sa Thèse d'agrégation (1875) l'état de la question à cette époque1.

Ce sont de simples contractures musculaires douloureuses, simulant une vraie arlhropathie ; elles appartiennent le plus souvent à l'hystérie confirmée et invétérée, à grandes attaques, à manifestations antérieures multiples. Le phénomène est rarement primitif.

Les articulations le plus souvent atteintes sont : la hanche surtout, puis le genou2, la main, le pied et l'épaule.

Le début est souvent soudain. Après une ou plusieurs crises, la contracture s'établit brusquement. D'autres fois, la douleur commence au niveau de l'articulation, lancinante, pulsative, térébrante. Mais (et c'est là un caractère important) elle ne trouble jamais le sommeil et apparaît au réveil avec une nouvelle intensité. Elle occupe habituellement le côté interne de l'articulation et se propage le long du membre. Elle est souvent soulagée par une forte pression et exaspérée par une pression légère. La peau est quelquefoishyperesthésiée. La pression dessurfaces articulaires l'une contre l'autre n'est pas douloureuse.

En même temps l'articulation est immobilisée par les contractures : tout mouvement volontaire ou communiqué est d'emblée impossible ; le membre rigide prend une attitude fixe. La longueur apparente du membre peut même sembler diminuée3.

avec myopie consécutive, m Progrès médical, 1878, pag. 3 ; — Astigmatisme par contracture du muscle accommodateur, in Société de Biologie, 9 avril 1892.

Voy. aussi : De Lapersonne ; Strabisme hystérique, in Bulletin médical du Nord, i3 février 1891.

' Voy., tout récemment, la Revue de Plicque, in Gazette des Hôpitaux, 6 juin

2 Voy. Gourmont ; Diagnostic de la contracture hystérique avec l'arthrite du genou, in Province médicale, 14 mars 1891.

3 Dans la coxalgie hystérique, l'impotence fonctionnelle est complète ou du moins très accusée dès l'origine des accidents ; on n'observe pas cette période de boiterie lentement progressive qui marque les débuts de la coxalgie vraie. Ici la claudication « est d'emblée très marquée, avec de brusques saceades, des menaces déchûtes continuelles. L'irrégularité des saccades peut môme constituer un type de boiterie auquel M. Paget a donné le nom de boiterie choréiforme, type particulier à la coxalgie nerveuse. Mais, en général, la claudication est reléguée au

Le chloroforme fait disparaître les contractures, mais celles-ci reparaissent dès que la malade revient à elle, et il est impossible de profiter du sommeil pour maintenir définitivement les membres redressés. Blum rapporte un fait de Lefort très curieux à ce point le vue:

Une malade présente une coxalgie hystérique ; on la chloroformise et on applique pendant le sommeil un appareil plâtré laissant le pied libre ; au réveil, le pied se tord en varus exagéré. On applique un appareil plâtré tenant tout : le plâtre ne résiste pas à l'effort des muscles, et une contracture nouvelle et semblable réapparaît. Un mois et demi après, nouvelle chloroformisalion, redressement ; on place la patiente dans une gouttière de Bonnet. Un an après, on enlève l'appareil : la contracture reparaît. Quelque temps plus tard, nouvel appareil plâtre renfoncé par des bandes silicalées, toujours appliqué pendant la chloroformisation ; l'appareil est enlevé deux mois après : la contracture se développe de nouveau. Un mois plus lard, nouvel appareil avec attelle métallique en T ; pas de déviation possible : la malade ressent de violentes douleurs dans les muscles contracturés. Un jour ces douleurs disparaissent tout d'un coup ; on enlève l'appareil quelque temps : la contracture était guérie, sauf cependant le pied bot.

Voilà certes un résultat, tout heureux qu'il ait été, qui peut être considéré comme indépendant des appareils inamovibles

Notons, en terminant la description de ces contractures périarticulaires, qu'il n'y a ni rougeur, ni chaleur, ni gonflement.

On peut encore observer des contractures du côté des muscles lisses; les spasmes déjà étudiés deviennent permanents dans l'œsophage, la vessie, etc. Les anciens admettaient même un ictère vaporeux, par contracture du canal cholédoque.

Quand les contractures frappent les membres, elles s'accompagnent en général de trépidation épileptoïde, de ces phénomènes tendineux que l'on rencontre dans la sclérose latérale, et que nous avons décrits ailleurs. La chose a été notée par Charcot, même dans des cas où les contractures ont ensuite totalement disparu sans laisser de traces2.

second plan, bien en arrière des autres symptômes, douleurs et contractures » (PlicqueI.

Voy . aussi Rroussolle ; La claudication chez l'enfant. Thèse de Paris, 1-885-86.

1 Uharcot (Progrès médical, 1890, vol. II, pag. 264) s'est vivement élevé contre l'emploi des appareils inamovibles dans les cas de cette nature.

2 Babinski (loc. cit.) a récemment soutenu, au contraire, que le plus généralement, dans les contractures hystériques, les réflexes tendineux ne sont pas exagérés. Une exagération manifeste et unilatérale de ces réflexes, dit-il, dans un cas d'hémiplégie spasmodique, permet le plus souvent d'affirmer que les troubles moteurs ne relèvent pas de l'hystérie. Il en est de môme, ajoutc-t-il, dans un cas de paraplégie, de l'exagération bilatérale des réflexes, quand celle-ci est très prononcée et qu'elle se caractérise par le phénomène connu sous la dénomination d'épilepsie spinale. Jl faut toutefois éviter de confondre avec l'exagération des réflexes ou l'épilepsie spinale certains mouvements volontaires ou un simple tremblement, qui peuvent survenir lorsque l'on pratique les manœuvres destinées à rechercher l'existence de ces phénomènes.

Ces contractures peuvent durer très longtemps, des mois et des années, quelquefois même indéfiniment. Mais le fait le plus remarquable de leur histoire est leur disparition subite, immédiate, qui survient, quelquefois sans raison apparente, après une durée vraiment énorme. Pour mieux représenter la chose, nous rappellerons comme type l'histoire d'une malade célèbre de Charcot, Etch...

La maladie débute à 34 ans par une attaque convulsive épileptiforme; les crises se succèdent à partir de ce moment. A 4o ans, apparaissent des phénomènes permanents (ovarie et rétention d'urine] . En octobre 1868, hémiplégie. En 1869, la contracture se déclare au membre inférieur, et envahit quelque temps après le membre supérieur. Au moment où Charcot faisait ses leçons, elle présentait une contracture hémiplégique type.

Le 21 mai 1875, elle avait toujours une contracture du membre inférieur droit et des membres du côté gauche, datant de six ans ; depuis près d'un an s'y était jointe une contracture des mâchoires qui nécessitait l'emploi de la sonde œsophagienne. Il y avait en même temps d'autres phénomènes hystériques.

Le 22 mai, à 7 heures et quart du soir, survient une attaque avec contractures des muscles du cou à gauche, qui portent le menton derrière l'épaule de ce côté. La malade crie; la contracture des mâchoires avait disparu Elle s'agite ; on cherche à la contenir : avec son bras devenu libre, elle repousse ceux qui la tiennent. Elle veut aller à la fenêtre pour avoir de l'air; comme on s'y oppose, sa colère augmente, et, sous cette influence, on voit cesser successivement la contracture de la jambe droite, puis celle de la jambe gauche, enfin celle du bras gauche. On laisse Etch... se lever ; elle marche : à 8 heures, la guérison était complète.

Charcot cite encore trois autres cas. Dans l'un, il y avait contracture d'un membre inférieur datant de quatre ans au moins; la malade reçut une vive remontrance pour inconduite; on la menace de la chasser, tout s'efface. Chez la deuxième, la contracture d'un membre durant depuis plus de deux ans disparait après une accusation de vol. Chezla troisième, enfin, une contracture hémiplégique persistant depuis dix-huit mois disparaît après une vive contrariété.

On comprend l'importance de ces faits au point de vue pronostique.

Charcot1 a, plus récemment, décrit sous le nom de adiathèse de con-

' Charcot ; Leçons sur les maladies du Système nerveux, tom. III;

Brissaud et Richer; Progrès médical, 1880;

Ballet et Delaneff ; Gazette médicale de Paris, 1882 ;

Uharcot et Richer ; Société de Biologie et Progrès médical, i883;

Brunet ; Thèse de Paris, i883 ;

Brissaud ; Thèse de Paris, 1886; — Archives générales de Médecine, octobrenovembre i8(jo ; Berbez ; Progrès médical, <j-iO octobre 1886 ; Blocq ; Thèse de Paris, 1888.

tracture» l'aptitude que présentent les hystériques à réaliser des spasmes toniques dans un membre sous l'influence de certaines excitations mécaniques, en particulier la constriction du membre par un lien circulaire.

2. Paralysies1. — Hippocrate parle d'une jeune fille qui, à la suite d'une toux sans importance, eut une paralysie du membre supérieur droit et du membre inférieur gauche, sans troubles de la face ni de l'intelligence ; elle guérit bientôt, en même temps que les règles apparaissaient. C'est là très probablement un cas, déjà bien ancien, de paralysie hystérique.

On trouve une série de mentions de ce phénomène dans différents auteurs; puis il est oublié. C'est Wilson, en 1839, et c'est ensuite Macario, en i844, qui reprennent la question.

Il s'agit là, du reste, d'un symptôme fréquent. Landouzy le trouve 4o fois dans 370 cas, Briquet 120 fois dans 43o cas ; c'est donc chez plus du quart des hystériques qu'on le rencontrerait.

Beaucoup d'auteurs (Landouzy, Macario, Gendrin, Leroy d'Eliolles) ont cru que la paralysie se développe toujours après une attaque convulsive. Piorryamême voulu tirer de cette circonstance toute une théorie: il attribue la paralysie à la déperdition considérable d'influx nerveux qui se fait pendant les crises. La théorie et le fait même sur lequel elle veut s'appuyer sont également faux. La paralysie se produit souvent en dehors de toute attaque.

Chez la moitié de ses malades, Briquet a vu la paralysie apparaître longtemps après les attaques, et quelquefois même sans aucune espèce d'attaque antérieure. Nous avons observé une jeune fille, dont nous reparlerons, chez laquelle une paraplégie brachiale hystérique a débuté brusquement sans attaque convulsive d'aucune sorte. De plus, les femmes qui ont des attaques non convulsives (léthargiques, comateuses, etc.) sont aussi sujettes que les autres aux paralysies. La dépense nerveuse n'y est donc pour rien.

Les accidents se développent souvent après une affection morale brusque. Une hystérique, par exemple, reçoit à l'improviste la nouvelle de la mort de sa mère ; à l'instant ses jambes tremblent, fléchissent sous elle : elle est paraplégique. — Une jeune fille monte le soir un escalier non éclairé ; un homme déguisé se jette sur elle ; dans son effroi, elle veut crier et se sauver: elle chancelle, tombe, et on la porte paralytique.

1 Voy. Marie et Souza.-Leite ; Revue de Médecine, 10 mai i885; Lober; Thèse d'agrégation, 1886;

Richer; Paralysies et contractures hystériques. Traité, 1892;

Preuii ; Club médical de Vienne, mai iSy3 et Wien. med. Wocli., 1S93, pag. 969 (anal, in Semaine médicale, 3i mai 1893, pag. 272; et Archives de Neurologie, juillet 1893, n° 77, pag. 29).

HYSTÉRIE. 755 — Féré a vu une paralysie hystérique s'établir brusquement à la suite d'un rêve'.

Quelquefois le phénomène est causé par une fatigue, une marche exagérée 2. On le voit se développer chez les ouvrières mises en apprentissage forcé, chez des domestiques surmenées, chez les paysannes à l'époque des récoltes, etc. La jeune fdle dont nous parlions tout à l'heure, et que nous avons observée, était modiste ; elle passait des nuits et faisait de grands excès de travail pour nourrir sa famille pauvre ; elle ressentit tout d'un coup une douleur entre les épaules et fut paralysée des deux bras.

D'autres fois, la paralysie apparaît en même temps qu'un autre phénomène hystérique disparaît brusquement.

Le début est rapide ou graduel. Dans le premier cas, les choses se passent comme clans l'hémorrhagie cérébrale, quelquefois même avec perte de connaissance [apoplexie hystérique'0,, ou bien comme dans l'hémorrhagie de la moelle (c'est ce qui est arrivé chez notre malade). Si le début est au contraire graduel, la maladie s'annonce par des phénomènes de fourmillement, engourdissement, etc.

Une fois déclarée, la paralysie présente des degrés variables : 1. C'est un simple engourdissement : les membres sont lourds et moins mobiles; 2. La contractilité musculaire est diminuée, ce qui abaisse la force et la justesse des mouvements ; 3. La faiblesse motrice, plus accentuée, permet encore les mouvements des jambes dans le lit, mais ne permet pas la marche d'une manière générale ; les mouvements ne sont pas possibles avec un poids à déplacer ; 4- Enfin la paralysie est complète. Ce dernier cas est rare ; Briquet ne l'a constaté que huit ou dix fois.

Richer distingue, dans son Traité, les degrés suivants dans la paralysie hystérique : i° Yamyosthénie, qui n'est qu'un léger degré de paralysie; 2° la paralysie vulgaire, qui répond aux cas le plus communément observés ; 3° la paralysie par suppression des mouvements coordonnés [astasie-abasie).

La paralysie vulgaire présente, d'après lui, les caractères suivants : —

1 Féré ; Société de Biologie, 1886.

2 Le traumatisme joue quelquefois un certain rôle, et alors les erreurs de diagnostic sont faciles. Voir notamment l'histoire de ce malade de Troisier et (Iharcot, dont on s'est beaucoup occupé assez récemment (Société médicale des Hôpitaux, 27 mars et 14 juillet 1880; Gazette hebdomadaire, i885, n°3i ; Progrès médical, i885, n» 34, pag. i34).

3 Voy. sur Vapoplexie hystérique :

Debove; Société médicale des Hôpitaux et Archives générales de Médecine, 1886;

Achard ; Thèse de Paris, 1887; — et Archives générales de Médecine, janvierfévrier 1887 ;

DumONTpali.ier ; Société médicale des Hôpitaux, 25 mars 1887; Martinenq ; Annales médico-psychologiques, mars 1887; Rouby ; Thèse de Paris, i88y (dans la syphilis)

a. elle est rarement complète ; — b. elle atteint à un égal degré les muscles antagonistes ; — c. les troubles de la nutrition y sont rares; — d. la contractililé électrique est conservée ; — e. elle s'accompagne fréquemment de troubles de la sensibilité ; — f. les réflexes cutanés sont souvent abolis ; les réflexes tendineux persistent ordinairement et sont même parfois exagérés ; quelquefois, mais rarement, ils sont abolis: — g. elle présente, chez un même individu, des variations d'intensité très manifestes.

Duchenne a posé ce principe que, dans les paralysies hystériques, la réaction électrique reste normale pour les deux espèces de courants électriques. La proposition est vraie en général. Il y a quelques cas exceptionnels qui s'accompagnent du reste d'atrophie, et dans lesquels on peut, par suite, supposer une lésion consécutive. La règle est évidemment la conservation de l'état électrique normal, même après des années 1 .

Ces paralysies sont le plus souvent accompagnées d'anesthésie cutanée 2 et même musculaire. Les malades ne sentent pas les contractions, même quand elles sont produites par l'électricité. L'aphasie a été quelquefois signalée 3.

La paralysie apparaît, disparaît et reparaît, souvent sans cause apparente. Une malade de Briquet avait de ces alternatives très fréquentes. Elle marchait, s'asseyait; puis, sans cause, elle ne pouvait plus se lever. Elle restait paralysée de demi-heure à six mois, et puis, sans cause encore, tout disparaissait, pour reparaître un peu plus tard. La modiste que nous avons citée fut débarrassée de sa paralysie brachiale par une attaque convulsive; à l'époque menstruelle suivante, elle fut prise d'une paralysie, dont elle fut ensuite débarrassée par l'émotion produite par une séance d'électrisation faradique.

Le siège de la paralysie peut varier brusquement. Chez une femme, une hémiplégie gauche cesse ; elle est remplacée par une hémiplégie droite. Chez d'autres, la paralysie affecte successivement le bras, la jambe, le larynx, le diaphragme, etc.

De là résultent diverses formes cliniques. La paralysie peut atteindre un côté de la face, mais c'est très rare ' ; elle peut aussi, on l'a récemment

1 Voy. Schiffer; Deut. Arck. f. kl. Med., 1891, XLV1II, n°» 3 et 4.

Ludwig Mann (Berl. kl. Woch., 3i juillet i8y3, n° 3i, pag. 749 ; anal, in Revue Neurologique, i5 septembre 1893, n° 17, pag. 47*i) aurait récemment constaté une diminution de la résistance électrique de la tète dans les cas d'hystéro-traumatisme.

- L'anesthésie cutanée est généralement plus étendue, dans l'hystérie, que le territoire paralysé, au lieu que, dans 1< s névrites par exemple, le domaine des troubles moteurs dépasse en général les limites du territoire anestuésié.

3 Harbisson (New-York med. Journ., 20 mai 1S93, pag. 558) a récemment rapporté un cas d'aphasie hystérique dans lequel le sujet avait conservé la faculté de chanter.

1 Charcot, jusqu'à ces dernières années (Semaine médicale, 2 lévrier 1887) avait cru pouvoir affirmer que la paralysie faciale hystérique n'existe pas, et

démontré, inté resser les muscles oculaires1; quelquefois elle frappe un membre2 ou une partie d'un membre, avec toutes les combinaisons possibles. Pour les membres, les formes les plus liabituelles sont V hémiplégie*

que, dès lors, la constatation d'une paralysie faciale dans un cas de diagnostic douteux, exclut d'emblée la névrose ; il mettait sur le compte d'une confusion, d'ailleurs facile, avec l'hémispasme glosso-labié (que nous avons décrit), l'opinion de ceux qui avaient décrit une paralysie faciale dans l'hystérie. Il se basait en particulier, pour justifier son opinion, sur l'impossibilité que l'on éprouve à provoquer par suggestion hypnotique une paralysie faciale, au lieu que l'on obtient facilement de la sorte un spasme de la face chez les hystériques. — Tout récemment, cependant, à la suite des communicationsde Chantemesse (Société médicale des Hôpitaux, 24 octobre îSgo), Ballet (Ibid., 14 novembre 1890), Boinet (Société de Biologie, 10 janvier 1891), il est revenu de son opinion première et a donné, dans ses dernières publications (Archives de Neurologie, juillet 1891, et Clinique des maladies du Système nerveux, 1892, pag. 290), droit de cité au nouveau symptôme. —La paralysie (ou parésie) faciale hystérique porte le plus souvent sur le facial inférieur, mais elle peut aussi envahir le facial supérieur; elle s'accompagne généralementd'ancsthésie.

Voy. encore, sur la paralysie faciale hystérique :

Decoux (Thèse de Paris, juillet 1891) ;

Remak ; Berl. kl. Woc/i., 3 octobre 1892;

Gasniek; Étude sur la paralysie faciale hystérique. Thèse de Paris, mars 1893 (3o observations).

Ballet (Société médicale des Hôpitaux, 14 octobre 1892) a rapporté un cas de paralysie faciale hystérique systématisée, dans lequel les troubles n'apparaissaient qu'à l'occasion de la parole ; l'acte de siffler ou de souffler n'était aucunement gênée. (Jette limitation des phénomènes à certains mouvements bien spécialisés rapproche ce cas des faits d'astasie-abasie dont nous parlerons plus loin. — Le même auteur a récemment publié avec Sollier (Revue de Médecine, juin i8g3) un cas de paralysie faciale systématisée, avec aphasie, accompagnant le mutisme hystérique.

Babinski (Société médicale des Hôpitaux, 28 octobre et 16 décembre 1892) a insisté sur la bilatéralité fréquente de la paralysie faciale hystérique, et l'association non exceptionnelle de la paralysie faciale d'un côté avec un spasme de la face du côté opposé.

1 Borel ; Progrès médical, 1887;

Ballet; Ophtalmoplégie externe dans V hystérie et le goitre exophtalmique, in Revue de Médecine, 1888; Debove ; Société médicale des Hôpitaux, 12 décembre 1890.

2 Voy., sur les monoplégies hystériques du membre supérieur : Castex ; France médicale, i885, pag. io54 ;

Méchin ; Thèse de Paris, 1887 ;

Rendu ; Archives de Neurologie, septembre 1887;

Miura ; Arc/iives de Neurologie, mai 1893, n° 75, pag. 321 (3i cas).

;) Voy., sur ïhèmiplègie hystérique :

Bl. Edwards; Thèse de Paris, 1889;

Gilles de la Tourette ; L attitude et la marche dans l'hémiplégie hystérique^ in Nouvelle Iconographie de la Salpétrière, janvier-février 1888 ;

Charcot (Clinique des maladies du Système nerveux, 1S92, tom. I, pag. 363) a récemment comparé, dans ses Leçons la démarche de l'hémiplégie hystérique (démarche helcopode, ou helxipode, de s^xm, trainer) à celle de l'hémiplégie organique (démarche helicopode ou hélipode, de eXtatrw, tourner, rouler). La différence tient surtout à ce que l'hémiplégie hystérique demeure flasque, tandis que l'hémiplégie organique tend généralement à la contracture ; l'exagération des

et la paraplégie 1 ; cette dernière pouvant être brachiale (rare) 8 .

Du côté du larynx, on constate l'aphonie. Le fait était déjà connu d'Hippocrate, qui avait noté des cas de perte de parole subite et se résolvant par une émission d'urine claire, abondante. Tout le monde sail qu'une émotion étrangle la voix : vox faucîbus hœsit. L'hystérie crée la permanence de cet état. En général, du reste, les phénomènes hystériques ne sont que l'exagérat ion et la permanence des phénomènes produits par une vive impression. — L'aphonie apparaît souvent brusquement ; elle disparaît de même, après une durée très variable (quelquefois plusieurs années) ; les récidives sont fréquentes.

Les mouvements de la langue, des lèvres (actes de souffler, de siffler) sont faciles, mais il est impossible aux malades d'articuler un seul mol, même à voix basse, et même d'imiter les mouvements d'articulation que l'on réalise devant lui. Cependant l'intelligence est normale ; le malade peut écrire et le fait d'ailleurs avec empressement, en même temps qu'il accuse par une mimique expressive et souvent dramatisée la présence d'un obstacle laryngé s'opposant d'une façon absolue à l'émission des sons. Charcot 3 s'est attaché à distinguer ce mutisme hystérique de l'aphasie et de la paralysie labio-glosso laryngée.

réflexes et la trépidation épileptoïde feraient généralement défaut dans la paralysie d'origine névrosique.

Ghaecot (ibid., pag, 3o8) a vu, dans un cas, l'hystérie simuler le syndrome de Weber (pag. 3o8 du tom. I).

Tournant (Thèse de Paris, mars 1892) vient également d'attirer l'attention sur la simulation par l'hystérie du syndrome de Millard-Gubler ou paralysie alterne de la face et des membres (pag. 3o6 du tom. I).

1 Dana ; New-York med. Rec, 5 janvier 1889, pag. 21 (Revue des Sciences médicales, XXXIV, pag 178);

Pitees; De la paraplégie hystérique, in Gazette hebdomadaire de Bordeaux, septembre 1890; — Voy. aussi, dans les Leçons du même auteur (pag. 465), et à la pag. 577 de notre tom. I, l'étude du pseudo-tabes hystérique ;

Féraud ; Limousin médical, août i8g3.

2 La paralysie peut également frapper les quatre membres. Voy. sur ce point la Thèse de Chevahee ; Paris, 1877.

Voy. aussi, sur b-s Paralysies périphériques dans l'hystérie : Beissaud et Lamy, in Archives générales de Médecine, août-septembre 1891 .

3 Charcot ; Progrès médical, i3 novembre 1886. Voy. aussi, sur le mutisme hystérique : Cartaz ; Progrès médical, 1886 ; Crésantignes ; Journal de Médecine, 18 août 1888;

Fage ; Journal de Médecine de Bordeaux, 21 septembre 1888 ; Natiee ; Revue mensuelle de laryngologie, 1888, n° 4 ;

Lusch ; Mùnch. med. Woe/i„ mars 1890, pag. 2i5 (Revue des Sciences médicales, XXXVI, pag. 121) ; Stephan ; Revue de Médecine, septembre 1889 ; Biolet ; Thèse de Paris, juin 1891 ;

Voy. aussi, sur ce point: Lépine et Gourmont ; Mutisme hystérique avec agraphie, in Revue de Médecine, octobre 1891 ;

Dufoue (Thèse de Montpellier, 1890-91) a récemment attiré l'attention sur la paralysie des dilatateurs de la glotte dans l'hystérie.

HYSTÉRIE. 759 Duchenne a noté dans certains cas la paralysie du diaphragme. — On peut encore observer: pour la vessie, la rétention d'urine ; pour le pharynx et l'œsophage, la dysphagie (rare et. seulement après des convulsions répétées de ces organes). Pour l'intestin, on trouvera dans Briquetcette étrange affirmation, textuellement reproduite par Bernutz, qu'il n'y a pas de paralysie entre l'estomac et le rectum 1 ; c'est là une erreur : la tympanite est, au contraire, un phénomène de cet ordre. Du côté du rectum on peut avoir l'incontinence des matières ou la constipation. — Le cœur présente parfois des syncopes (nous en avons déjà parlé).

La durée de ces paralysies est très variable et souvent fort longue La terminaison peut être graduelle ; elle survient alors sous l'influence du retour de la menstruation ou de la disparition progressive de l'hystérie elle-même. Mais, le plus souvent, la terminaison est brusque et survient à la suite de quelque émotion.

Ainsi, Briquet voit en consultation une malade atteinte de paralysie hystérique ; il rédige avec son confrère une consultation avec pronostic favorable : dès qu'elle le sait, elle se met à marcher. Une paraplégique était traitée inefficacement depuis plusieurs mois: on emploie la noix vomique, qui produit quelques soubresauts. On lui persuade que c'est l'indice du retour des mouvements, et elle marche. Chez notre malade, l'influence, surtout psychique, de l'électrisation fit disparaître la paraplégie ; une attaque convulsive avait guéri la paralysie des bras.

Il y a quelques années, Blocq* a attiré l'attention sur un trouble moteur relativement fréquent chez les hystériques, d'origine nettement parétique en certains cas et se traduisant par une impotence plus ou moins complète, pour certains mouvements spécialisés, en particulier ceux de la station et de la marche. Uastasie-abasie, à l'étude de laquelle

Troisier ; Société médicale des Hôpitaux, 8 avril 1892;

Bach ; The New-York med. Journ., 22 octobre 1892, pag. 46(5 ;

Gadziacki ; Société de Psychiàtrie de Saint-Pétersbourg, avril 1893 {Revue Neurologique, 3i juillet 1893; n° 14, pag. 4o3).

Ballet et Sollier {Revue de Médecine, 10 juin 1893, n° 6, pag. 533) ont observé, nous l'avons dit, la coexistence de Vagraphie avec le mutisme hystérique. Ils l'ont rattachée, non pas, comme dans le cas d'une lésion organique, à la perte des images verbales, graphiques ou visuelles, mais simplement au défaut de la synthèse psychique de ces images qu'exige l'écriture courante.

Voroïinski {Société de Neurologie et de Psychiatrie de Kazan, 19 septembre i8g3 ; anal, in Revue Neurologique, 3o décembre 1893, n* 24, pag. 701; vient de publier un cas de mutisme hystérique ayant duré deux ans.

1 D'après B&rnheim {Société de Médecine de Nancy, mars 1888) la tympanite hystérique serait due, non pas à une paralysie intestinale, mais à une diminution d'étendue de la cavité abdominale, par suite d'un abaissement du diaphragme.

2 Blocq; Archives de Neurologie, 1888, n°s 43 et 44;— Revue générale de Clinique et de Thérapeutique, 14 mars 1889 ; — et Troubles de la marche dans les maladies nerveuses, m Bibliothèque médicale Charcot-Debooe, 1892.

nous avons nous-mêmes consacré une série de leçons ', est un mode d'incoordination consistant dans l'impossibilité pour le malade de se tenir debout sans s'efl'ondrer, ou de progresser suivant le mode habituel. La force musculaire est cependant conservée : au lit, le sujet meut ses membres à volonté. Hors de son lit, il peut également en faire l'usage qu'il lui plait, à condition de modifier le mode de progression usuel : alors que l'impotence sera absolue pour la marche normale, le sujet marchera sans peine en entre-croisant volontairement les jambes à chaque pas, ou à quatre pattes, à cloche-pied, etc.

On distingue généralement plusieurs formes aux phénomènes : formes parétique, ataxique ou choréique, trépidante et saltatoire. — Enfin l'astasie-abasie, bien que constituant le plus souvent une manifestation de l'hystérie, ne doit point toutefois être inféodée à la névrose et peut être observée en dehors de cette dernière.

1 Leçons recueillies par Bourgurt, in Montpellier médical, mars 1889; — Clinique médicale, pag. 1 3 1 .

Voy. encore, sur Vastasie-abasie :

Berbez ; Gazette hebdomadaire, 1888, pag. 754; Brunon ; Normandie médicale, 1 mai iS8y ; Ladame ; Archives de Neurologie, janvier 1S90; Cahen ; Thèse de Paris, décembre 1890; Thyssen; Archives de Neur ologie, janvier 1891 ; Hammond ; Med. Rec, :>.8 février 1891 ;

Tranquilli ; Riv. gen. ital. di clin, med., 20 juillet 1891 (fasc. supplément.); Weill ; Archives de Neurologie, janvier 1892 ; Maigre ; Thèse de Paris, juillet 1892 ; Jolly ; Thèse de Lyon, 1892-93 ;

Bouchaud ; Journal des Sciences médicales de Lille, 16-23 décembre 1892 ;

Prince; The Journ. of nerv. and ment, dis., décembre 1892, n° 12, pag. 887;

Babinski ; Paralysie hystérique systématique, in Société médicale des Hôpitaux, 8 juillet, 28 octobre et 4 novembre 1892 ;

Bremer; The Journ. of nerv. and ment, dis., janvier i8g3, n° 1, pag. i3 (Revue Neurologique, 28 février i8g3, n° 1, pag. 28) ;

Klima ; Journal des Médecins tchèques, i8g3 (anal. Ibid., 3o mai 1893, n° 10, pag. 266) ;

Kalindero ; La Roumanie médicale, juin 1893, pag. 97 ;

Lagrange ; Congrès de Médecine mentale, août 1893 (anal, in Semaine médicale, 12 août 1893, pag. 390).

Tout récemment Debove et Boulloche (Société médicale des Hôpitaux, 17 novembre 1893) ont appelé l'attention sur un nouveau syndrome, la staso-basophobie, consistant dans l'impossibilité, pour le sujet qui en est atteint, de marcher seul et même de se tenir debout, alors qu'il s'agit de traverser une rue ou une place ; un soutien quelconque ou l'apparence d'un soutien permet au contraire la progression. Ce trouble est très analogue en apparence à l'astasie-abasie, mais il diffère de celle-ci par d'importants caractères : la staso-basophobie n'est pas une manifestation hystérique et ne s'accompagne pas des stigmates de la névrose ; c'est, de plus, une phobie, c'est-à-dire un trouble mental caractérisé par la « peur » de progresser seul dans certaines conditions. Il ne faut pas la confondre avec l'agoraphobie (voy. pag. 372), car le trouble peut survenir dans un espace restreint et ne provoque ni anxiété ni angoisse.

II. La sensibilité est, comme la molilité, altérée dans les deux sens ; de là, des hyperesthésies et des anesthésies.

1. Hyperesthésies 1 . — a. La peau peut être affectée. La dermalgie n'est cependant pas un phénomène très fréquent. On la trouverait dans 1/10 des cas. C'est un symptôme bon à connaître au point de vue du diagnostic différentiel.

L'intensité en est variable : depuis une simple exagération de la sensibilité à certains moments, notamment en temps d'orage, jusqu'à l'intolérance de toute pression du doigt, qui donne à la patiente une sensation d'aiguilles en faisceaux. — L'étendue est variable aussi. Quelquefois l'hyperesthésie est circonscrite en certains points, l'anesthésie se trouvant sur d'autres points ; ou bien les deux phénomènes alternent dans la même région, ou encore ils se trouvent réunis aux mêmes points. Ainsi, chez notre malade, il y avait anesthésie tactile (elle ne reconnaissait pas les objets) avec hyperesthésie à la douleur (hyperalgésie) .

L'extension complète de l'hyperesthésie constitue un affreux supplice pour la malade : elle ne peut rien saisir avec les mains, ni marcher ou mettre les pieds par terre ; elle ne peut pas même rester au lit et est tourmentée par une insomnie perpétuelle. Quelquefois il y a, en même temps, une hyperesthésie sensorielle qui crée un état d'impressionnabilité horrible.

On décrit quelques dermalgies particulières. Celle des grandes lèvres et de la vulve produit un vaginisme particulier, pour lequel la dilatation est absolument contre-indiquée ; celle de la mamelle a pu aller jusqu'à en imposer à de grands chirurgiens, qui décidaient l'ablation2, etc.

Pitres a récemment décrit, sous le nom d'haphalgésie « une variété de paresthésie caractérisée par la production d'une sensation douloureuse intense à la suite de l'application sur la peau de certaines

1 Voy. Pitres; Hgperalgésies liystériques, in Revue générale de Clinique et de Thérapeutique, 6-i3 septembre 1888.

2 Dans ces cas, dit Brodie, on ne perçoit aucune tumeur dans l'organe; mais, quand l'allection est de date un peu ancienne, le sein devient plus volumineux, probablement par suite d'une hyperémie secondaire ; pourtant il n'y a pas de rougeur de la peau, plutôt au contraire un peu de pâleur avec un aspect légèrement lisse.

Ici peut se placer aussi la description de ce qu'on appelle le sein hystérique : « début brusque du gonflement, qui atteint son maximum en quelques heures ; le sein triple de volume, il est tendu, luisant, mais sans chaleur ni rougeur. Pendant vingt-quatre heures, le gonflement et la douleur persistent au même degré, puis diminuent peu à peu, et finalement disparaissent au bout de huit jours » (Iconographie photographique de la Salpétrière, II, pag. 209).

Gilles de la Tourette (Congrès de Chirurgie, avril 1893) a récemment expliqué le phénomène du «sein hystérique » par un œdème de la mamelle, consécutif à des troubles vaso-moteurs d'origine névrosique.

Grasset, 4e édit., tom. II. 49

substances qui ne provoquent à l'état normal qu'une sensation banale de contact » (cuivre, laiton, or, argent).

b. L'hypereslhésie des muscles est très fréquente. Briquet, sur '|3o malades, n'en a trouvé que 20 au plus qui fussent indemnes. La douleur se fait sentir dans les masses musculaires et à leurs points d'attache; elle ne suit pas le trajet des nerfs et ne présente pas de points névralgiques. La masse musculaire tout entière est douloureuse. La pression, môme superficielle, exagère la sensation; le pli cutané n'est pas douloureux. Les mouvements, le courant électrique, exaspèrent énormément la douleur. Le repos complet est, au contraire, un sédatif constant. L'hyperesthésie peut atteindre un très haut degré d'intensité; la pression détermine alors des attaques.

Nous décrirons quelques espèces particulières.

a. La rachialgie est une des plus importantes. Déjà décrite par Sydcnham, elle affecte le trapèze, le grand dorsal, la masse commune, une partie du sacro-lombaire ou le long dorsal. La fréquence de ce phénomène est extrême, c'est un symptôme presque constant de l'hystérie, seulement il faut quelquefois le chercher.

L'étendue de cette douleur est variable; elle occupe en général toute la hauteur de la colonne. Si elle n'est qu'à une région limitée, c'est surtout la partie inférieure du rachis, sur une étendue de quatre à cinq vertèbres. Dans ces points, la pression réveille de la douleur au niveau des apophyses épineuses et dans les gouttières avoisinantes. Le phénomène peut aller jusqu'à l'irritation spinale complète.

Quelquefois la pression sur les apophyses épineuses détermine, à la région cervicale, de la strangulation et la constriction de la glotte; au haut de la région dorsale, l'oppression, la dyspnée, le serrement de la poitrine; plus bas, la constriction épigastrique.

Dans les cas où ces symptômes douloureux dans le dos prennent une certaine intensité, on peut commettre les erreurs de diagnostic les plus graves et croire à des lésions de la colonne vertébrale. 1 J'ai vu, dit Brodie, condamner au repos et à la position horizontale, pendant des années, des jeunes filles que l'on soumettait encore au traitement par les cautères et les sétons, alors que le grand air, l'exercice et les passelemps les eussent complètement guéries en quelques mois'. »

|3. Briquet désigne sous le nom de cœlialgie l'hyperesthésie des divers muscles composant la cavité abdominale. La thoracalgie ou pleuralgie de Bernutz s'applique aux muscles thoraciques, la miélosalgie aux muscles des membres. Ce dernier phénomène est, du reste, plus rare; Briquet l'a observé 64 fois.

' Voy . A.UDUY ; Du pseudo-mal de Pott hystérique, in Lyo/< médical, 'ii octobre 1887;

Kikmisson; Société de Chirurgie, 7 mars 1888 ;

Merlin; Thèse de Paris, juillet, 1889;

LSenedikt ; Collège médical de Vienne, 3o novembre 1891.

y. Briquet place la céphalalgie dans l'hypereslhésie des muscles ; d'autres la mettent dans les névralgies, d'autres parmi les maux de tête plus profonds, comme la migraine ou la céphalée fébrile. En tout cas, c'est un symptôme à étudier à part.

La fréquence en est très grande. Briquet l'a vue 3oo fois sur 356 cas. Elle précède souvent les manifestations vraies de l'hystérie confirmée. Il faut se méfier en général des petites filles qui sont sujettes à la céphalalgie et à la migraine.

Barement générale, elle est souvent hémicrânienne '. Souvent aussi elle est limitée : c'est le « clou » ou l'œuf hystérique, qui est assez caractéristique. Elle peut, dans ce cas, se rencontrer un peu partout, le plus souvent à la région temporale ou sincipitale.

L'intensité varie et peut aller jusqu'à arracher des cris à la malade ; on la compare à un clou enfoncé, à un morceau de glace ou à un charbon ardent; dans bien des cas. son diagnostic avec la méningite peut offrir des difficultés 2. Quelquefois il y a en môme temps des troubles gastriques. Le syndrome de la migraine ophtalmique (pag. 169) a été quelquefois observé 3.

c. En arrivant aux viscères, nous citerons, comme transition des douleurs superficielles aux douleurs profondes, la douleur épigastrique, qui est un mélange de gastralgie et d'épigastralgie. Quelquefois c'est une simple dermalgie épigastrique ou une hyperesthésie des muscles de la paroi, exagérée par la pression et par les mouvements, notamment aux attaches des grands droits. Ces formes simples sont rares.

Le plus souvent, il y a en même temps gastralgie vraie, qui atteint des degrés divers : dépravation de l'appétit avec dégoût pour les substances vraiment alimentaires, douleur gaslralgique, crampe allant jusqu'au déchirement atroce. Dans ces cas, la pression du creux épigastrique peut provoquer les attaques.

1 Auld ; Hémicrânie hystérique, in T/ie Lancet, iâ avril i8g3, pag. 8Ô0.

2 Voy. sur la pseudo- méningite liystérique : Macé; Thèse de Paris, 1888 ; Haushalter; Revue médicale de l'Est, 1889, pag. a34 ;

Huchard ; Reoue générale de Clinique et de Thérapeutique, 1890, pag. 489; Chantemesse ; Société médicale des Hôpitaux, -2-2. mai 1891 ; Pitres ; Leçons, pag. ig3 ;

Ollivier ; Association française pour l'avancement des Sciences (Semaine médicale, 23 septembre 1891); Tuja ; Province médicale, 2O novembre 1892 ; Gilharducci ; Archives de Neurologie, novembre 1892, pag. 387 ; Brugère ; Thèse de Bordeaux, janvier 1893 ;

Bardol ; De l'hystérie simulatrice des maladies organiques de l'encéphale chez les enfants; Thèse de Paris, 1893 ; Monestier ; Thèse de Montpellier, 1893.

3 Babinski; Société de Biologie, 27 juillet 1889; — Archives de Neurologie, 1890, n° Go ;

Finck ; Migraine ophtalmique hystérique. Thèse de Paris, juillet 1891.

Les troubles des fondions gastriques sont toujours à surveiller. Capricieux au début, le phénomène peut devenir grave, entraîner la détérioration de l'organisme et produire la mort, directement ou par tuberculose. Ces accidents entraînent le marasme , sans lésion gastrique.

L'hyperesthésie peut atteindre l'intestin lui-même. Alors il y a des coliques plus ou moins fortes, avec pneumatose, au point de produire l'anhélation. Ephémères, survenant à la suite de chaque repas chez certaines malades (intestin grêle), elles sont durables et entraînent une tympanite opiniâtre chez d'autres (gros intestin). Le symptôme peut durer alors six mois, un an ; il simule une ascite, la grossesse, etc. '.

L'ovarie mérite une mention spéciale, à cause des nombreux travaux qu'elle a suscités.

C'est une douleur iliaque siégeant dans le flanc, aux limites extrêmes de la région hypogastrique. Elle est très fréquente, de l'aveu de tous. Seulement elle est rapportée à des origines diverses.

Les Anglais, et en France Schutzenberger, Piorry et Négrier, la rapportent à l'ovaire ; Briquet (et son livre a eu une grande autorité) l'attribue aux muscles de la paroi : myodynie de l'extrémité inférieure du muscle oblique (douleur dite ovarienne), et myodynie du pyramidal ou de l'extrémité inférieure du grand droit (douleur dite utérine).

Charcot a repris et développé la théorie de l'ovaire. Il ne nie pas la dermalgie ni la myosalgie ; il y a même certains cas dans lesquels tout cela se complique de tympanite, ce qui produit la « fausse péritonite » des Anglais. Mais, dans d'autres cas, il n'y a pas d'hyperesthésie; il peut même y avoir anesthésie : le muscle est alors pincé sans douleur. II faut, pour provoquer la douleur, enfoncer profondément les doigts.

On détermine ainsi un foyer net, à l'intersection d'une ligne horizontale des épines antéro-supérieures et d'une ligne verticale de l'épigastre. Vers la partie moyenne du détroit supérieur, on sent quelquefois l'ovaire même comme une olive ou un petit œuf. C'est alors qu'on provoque la douleur. Et la douleur ainsi provoquée est spécifique ; elle s'accompagne des phénomènes de l'aura hystérique.

Ce foyer correspond au vrai siège de l'ovaire. On ne peut pas en juger sur le cadavre dont le ventre est ouvert, car les rapports y sont essentiellement changés, notamment par suite de la vacuité des plexus érectiles de Rouget. Mais, sur les cadavres congelés, ou mieux en enfonçant une aiguille sur le point en question, quand le corps n'est pas ouvert, on atteint l'ovaire — De plus, la zone sensible paraît s'élever, chez la femme, durant la grossesse.

' Goodell (Journ. of Am. med. Assoc, 9 juillet 1S8S ; anal, in Semaine médicale, 29 août 1S8S) a insisté sur les troubles que peuvent présenter les hystériques du côté du gros inteslin : on observe tantôt la défécation douloureuse ou accompagnée de lipothymies, tantôt la « colite pelliculaire» ou «entérite pseudo-membraneuse »; d'autres fois, le syndrome de la fissure anale, etc.

Il y a une relation importante, pour le côté du corps, entre l'avarie et les autres accidents d'hystérie locale. — On ne sait rien de précis sur l'état même de l'ovaire. — Nous devrons revenir, du reste, sur la manière de provoquer ou d'arrêter les attaques par la pression de cette région

Nous croyons inutile d'insister sur les autres douleurs abdominales, telles que : hystéralgie, cystalgie, néphralgie, douleur testiculaire2, etc. Ce sont des phénomènes faciles à constater et à comprendre.

Du côté du thorax, le syndrome de l'angine de poitrine a été assez fréquemment signalé :i.

d. Les névralgies sont très fréquentes dans l'hystérie 4. On les confond souvent avec des myosalgies ou myodynies.

Les névralgies intercostales sont celles que l'on observe le plus souvent. Sydenham, Franck, ont signalé l'odontalgie, qu'il est bon de connaître, parce qu'elle peut être le prétexte de l'avulsion successive et inutile de toutes les dents de la mâchoire. — Gilles de la Tourette a décrit la névralgie faciale3 ; Achard et Soupault 0 ont observé à plusieurs reprises la névralgie sciatique.

e. Nous avons déjà parlé, à propos des contractures, des douleurs articulaires qui peuvent simuler des maladies graves de l'article. Nous retrouvons ici celles de ces arthralgies qui ne s'accompagnent pas de contractures, et qui peuvent cependant en imposer gravement au médecin.

Brodie les a bien décrites.

Si l'articulation de la hanche est prise, « vous rencontrez, dit-il, de la douleur à la hanche et dans le genou, douleur qui est augmentée par la pression et par le mouvement; la malade reste étendue sur un lit ou sur un divan, conservant toujours la même position. Vous vous dites que ce sont là les signes d'une affection de la hanche. Mais poussez plus loin l'observation : la douleur est rarement limitée à un point, elle s'étend à tout le membre. La malade fait des grimaces et pousse quelquefois des cris si vous exercez une pression sur la hanche ; mais elle le fait aussi si vous pressez sur l'os coxal ou la région lombaire,

1 Les récents travaux sur l'hystérie mâle ont remis en question l'origine de la douleur dite ovarienne. On a fréquemment, en effet, signalé chez l'homme une douleur analogue ; Mesnard (Annales de la Policlinique de Bordeaux, avril 1892, pag. ni) a même ohservé récemment deux sujets chez lesquels la douleur de la fosse iliaque constituait la seule manifestation de l'hystérie. — Il est donc préférable de substituer au terme d'ovarie le mot de zone hystérogène iliaque, qui ne préjuge en rien le siège précis du phénomène.

2 Terrillon ; Société de Chirurgie, 10 novembre 1886.

3 Marie; Revue de Médecine, 1882; Le Clerc ; Thèse de Paris, 1887.

1 Artières ; Névralgies hystériques. Thèse de Paris, juillet 1891.

5 Gilles de la Tourette ; Progrès médical, août 1891.

,; Aciiaud et Suupault ; Gazette des Hôpitaux, 21 juillet 1892, pag. 783.

ou la cuisse, ou même la jambe jusqu'au niveau des malléoles. Partout la sensibilité morbide siège dans V enveloppe cutanée: si vous pincez la peau jusqu'à la soulever des parties sous-jacentes, la malade se plaint plus que si vous poussez fortement la tète du fémur dans la cavité cotyloïde.

»La douleur est plus forte quand la malade voit l'examen auquel on la soumet ; si au contraire quelque chose vient à la distraire, c'est à peine si elle profère une plainte. Il n'y a pas d'amaigrissement des muscles fessiers, qui ont conservé leur forme, et l'état général de la malade ne ressemble en rien à celui qu'on trouve dans les cas de suppuration des os et des cartilages. On ne constate pendant la nuit aucun de ces élancements douloureux qui s'accompagnent souvent de cauchemars. La douleur empêche parfois le sommeil ; mais, une fois endormie, la malade ne se réveille qu'au bout de plusieurs heures. Cet état de choses peut persister pendant des semaines, des mois ou même des années, sans amener la formation d'abcès. »

Il y a quelquefois, seulement, des troubles vasculaires autour de la jointure malade. La plupart de ces malades présentent d'autres manifestations hystériques, qui ont le plus souvent précédé l'arthropathie et qui peuvent aussi la remplacer.

Le début et la terminaison de ces accidents sont le plus souvent graduels. Cependant Brodie cite des cas dans lesquels tout disparut brusquement après une secousse physique ou morale, ou même sans cause appréciable. Les récidives sont à craindre et peuvent se manifester sous l'influence du moindre traumatisme portant sur l'articulation '.

f. Les sens peuvent acquérir une finesse extraordinaire. C'est par là qu'il faut expliquer certains faits bizarres attribués au magnétisme. Les paupières en apparence complètement abaissées, les patientes voient par une fente imperceptible. Elles entendent de très loin, ce qui simule une sorte de divination. Cette hyperesthésie sensorielle peut rendre douloureux l'exercice des sens.

Tels sont les phénomènes d'hyperesthésie rétinienne [kopiopie de

1 D'après Plicque (loc. cit.), la coxalgie hystérique diffère de la coxo-tubereulose par les caractères suivants : i° La douleur, dans la coxalgie hystérique est plus superficielle que profonde ; elle n'amène pas de réveils et des soubresauts brusques pendant le sommeil. — 2° Les contractures s'étendent souvent au genou et môme au cou-de-pied ; les attitudes vicieuses qu'elles déterminent sont assez irrégulières. — 3° L'intégrité anatomique est absolue; il n'existe ni empâtement, ni adénopathics, ni atrophie. — 4* Le chloroforme, en amenant la résolution musculaire, permet de constater l'intégrité des mouvements et l'absence de craquements, à des périodes déjà anciennes de la maladie. — En outre des nuances nombreuses qui varient pour chaque cas clinique, ajoutc-t-il, c'est à la constatation nette et précise de ces quatre symptômes différentiels qu'il faut avant tout s'attacher.

Ballet (Société médicale des Hôpitaux, 29 juin 1889) a récemment rapporté un cas de coxalgie hystérique accompagnée d'atrophie ; mais il s'agissait d'un malade alcoolique, qui pouvait de ce chef avoir réalisé des lésions poîynévritiques.

Fœrster), qui tourmentent certaines hystériques. « Il n'est pas de praticien, dit Abadie1, qui n'ait eu à soigner de femmes se plaignant de ne pouvoir fixer un instant sans éprouver de violentes douleurs de tôte, accusant une photophobie des plus pénibles, des douleurs frontales et périorbitaires presque constantes, s'exaspérant à la moindre lecture. Ces malades sont, en outre, tourmentées par des sensations pénibles de brûlure, de piqûre, de corps étrangers dans la conjonctive et les paupières, et néanmoins elles ne présentent aucune altération du fond de l'œil, aucune anomalie de la réfraction, =>

Charcot a signalé la présence, d'ailleurs exceptionnelle, d'une « zone hystérogène oculaire » (rétinienne), dont la pression provoque une crise au môme titre qup la pression ovarienne; il ne faudrait pas confondre une attaque ainsi amenée avec des phénomènes hypnotiques sollicités, comme il est banal de le faire, par la pression du globe de l'œil.

2. Anesthésies'2. — Les phénomènes bizarres de l'hystérie devaient frapper l'imagination des peuples ; aussi ont ils fait partie des symptômes de la sorcellerie. Parmi ces signes, l'anesthésie est certainement un des plus saisissants : il fut particulièrement noté. Il se révélait par l'indifférence du patient aux supplices physiques ; on en arriva à en faire un caractère, un critérium de la sorcellerie.

En même temps que l'anesthésie, la peau présente habituellement, dans ces cas, une ischémie spéciale : ainsi, Grisolle et Charcot ont vu des sangsues prendre avec beaucoup de peine sur le côté anesthésié. Ce fait fut aussi remarqué autrefois, et de cet ensemble de signes on constitua une des épreuves de la sorcellerie.

Quand un individu était suspect, on lui bandait les yeux et on lui sondait la peau avec des aiguilles. L'absence de douleur et d'hémorrhagie le condamnait Quelquefois alors on le brûlait.

Cette pratique se répandit tellement et généralisa à tel point le nombre des sorciers, qu'il fallut en restreindre la portée et l'application. On en contesta la valeur, et enfin, en i6o3, un arrêt du Parlement de Paris défendit cette, épreuve.

Alors (c'est une deuxième phase de cet historique) on se jeta dans l'excès opposé : on ne crut plus à l'anesthésie, et on attribua à une pure jonglerie tous les faits qu'on avait observés.

Enfin, arriva une troisième période scientifique. Avec Piorry |i843),

' Abadie ; Progrès médical, 1878, pag. 28. 2 Voy. sur Vanesthésie hystérique :

Pitres ; Journal de Médecine de Bordeaux, 1S86-87 ; — Traité, 1891 ; Lichtwitz ; Anesthésié hystérique des muqueuses et des organes des sens ; zones hystérogènes des muqueuses. Thèse de Bordeaux, 1887; D'Aurelles de Paladines ; Thèse de Paris, juillet 1889 ; Dana; Ain. Journ. of the med. Se, octobre 1890; Janet ; Archivés de Neurologie, mai 1892.

Macario (i844) et Gendrin (i846],les études commencent et conduisent au livre de Briquet (1809). Plus récemment, nous citerons les études de Charcot, Janet, etc.

La sensibilité cutanée est atteinte dans tous ses modes: tact, douleur, température. Quelquefois le tact peut être conservé, la sensibilité à la douleur et à la température ne l'étant pas, et inversement. Très souvent (et c'est là un fait très curieux) les malades ne se doutent pas de leur aneslhésie. D'une manière générale, c'est un phénomène qu'il faut rechercher soi-même chez les hystériques '.

La sensibilité réflexe peut être elle-même atteinte : ainsi, la paralysie réflexe de l'épiglotte {aneslhésie pharyngée) s'observe très souvent. Cependant Chairon l'a considérée à tort comme un signe constant et caractéristique; mais c'est un symptôme fréquent. On peut aller loucher l'épiglotte avec le doigt, en évitant le voile du palais, sans provoquer de réflexes. Ce signe se rencontre également chez quelques épileptiques, certains saturnins, dons la paralysie labio-glosso-laryngéc, el après l'usage des bromures ; ce n'enest pas moins un symptôme important de l'hystérie, et facile à constater-.

A un degré plus avancé, non seulement la peau, mais les muqueuses et même les muscles sont frappés {perte du sens musculaire). Certains organes, très susceptibles à l'état normal (testicules), peuvent également être anesthésiés :i. Les membres sont insensibles dans toute leur épaisseur. Briquet raconte l'histoire d'une malade qui avait une insensibilité des membres si profonde, qu'en lui bandant les yeux on pouvait l'en lever de son lit, la poser presque sur le carreau et la replacer dans son lit, sans qu'elle eût la moindre idée de ce qui s'était passé. Quand ce trouble est très accentué, on peut observer chez les hystériques le « signe de Romberg», c'est-à-dire un effondrement subit sous l'influence de l'occlusion des yeux.

Les sens eux-mêmes peuvent être atteints.

1 L'aneslhésie se localise habituellement, chez les hystériques, dans les régions où siègent d'autres troubles, quels qu'ils soient (paralysies, contractures, spasmes, œdèmes). Voy. sur ce point: Gilles de la Tourette ; Nouvelle Iconographie de la Salpétrière, 1889.

2 Cadet de Gassicourt, Rendu (Société médicale des Hôpitaux, 29 mai 1891), MossÉ (Association française pour l'avancement des Scieyices, in Semaine médicale, 28 septembre 1892, pag. 3g3>, ont récemment insisté sur l'abolition fréquente du réflexe pharyngé chez les sujets sains et en dehors de l'hystérie.

Pitees (loc. cit., pag. 68) indique aussi l'abolition du réflexe au chatouillement, avec conservation, dans quelques cas, du réflexe de Rosenbach. Ce dernier consiste, nous l'avons déjà vu, dans la contraction des muscles abdominaux sous l'influence de l'excitation superficielle des parties latérales de l'abdomen ; d'après Rosenbach, ce réflexe, aboli dans certains cas de lésions cérébrales, serait toujours conservé dans l'hystérie. Cette loi, vraie dans la majorité des cas, ne saurait toutefois être acceptée comme formule absolue. — Les réflexes organiques (vasculaircs, éreetcurs, sécrôtoires, pupillaircs) seraient habituellement conservés.

3 Bitot et Sabrazès ; Journal de Médecine de Bordeaux, 3 janvier 1892.

Comme disposition et étendue de l'anesthésie, ondistinguetroisgrands types cliniques : généralisé, disséminé et hémiplégique.

1. Le type généralisé est très rare ' . La malade, confinée dans un lit, ne peut pas se mouvoir. La vue a une influence nécessaire sur tous les mouvements. La patiente ne peut rien tenir; elle ne marche que difficilement et ne sent rien ; il lui semble être dans le vide.

2. Le type disséminé est plus fréquent. On trouve alors des plaques d'anesthésie bizarrement répandues sur tout le corps. C'est surtout cette forme-là qu'il faut chercher pour la constater. L'insensibilité occupera une épaule, une partie d'un membre, la face, une portion limitée du tronc, et cela sans relation appréciable avec le trajet d'un nerf. Briquet a vu, par exemple, l'anesthésie occuper le pourtour de l'anus etla moitié postérieure des grandes lèvres ; d'après le même auteur, il y aurait plutôt un certain rapport avec la distribution des vaisseaux sanguins. Le début se fait souvent par les parties de la peau les plus éloignées du centre. — La plupart du temps, les territoires anesthésiés des membres sont limités par une ligne circulaire d'amputation (anesthésieen forme de gant, de manchette, de manche, etc.).

3. Le type hémiplégique est le plus fréquent de tous; il siège plus souvent à gauche. On l'a rencontré g3 fois sur 4oo cas, et 70 fois à gauche sur g3. Complète ou incomplète, l'anesthésie ne porte, dans ce dernier cas, que sur la sensibilité à la douleuret quelquefois à la chaleur. La ligne de démarcation médiane est le plus souvent très nette à la tête, au cou, sur le tronc. Il y a pâleur et refroidissement du côté insensible. Les muqueuses sont atteintes encore du même côté. Il en est de même des sens: vue, ouïe, goût et odorat-. C'est le tableau complet de l'hémianesthésie d'origine cérébrale, que nous avons décrite ailleurs :!. Il y a, de plus, ovarie du côté anesthésié.

Du côté de la vue4, on constate une diminution de l'acuité visuelle

1 Voy. les cas récents de Courmont (Lyon, médical, 19 mai 1889), et Raymond (Société médicale des Hôpitaux, 10 février 1 S<j3 ; Bullet in médical, 21 février 1893).

2 L'anesthésie sensorielle siège quelquefois du coté opposé à l'anesthésie cutanée.

3 Voy., dans la première partie, le chapitre consacré à l'IIémianesthésie. A Voy. sur les troubles oculaires en général, dans l'hystérie :

PiCHON ; Encéphale, 1888 ;

Paeinaud ; Annales d'oculistique, i885, XCVI, nos 1 et 2 ; — Revue générale d'Ophtalmologie, 1889; Jeaffresson; Lancet, i3 avril 1889;

Bosc ; Modifications de la pupille chez l'homme sain, l'épileptiqne et l'hystérique. Thèse de Montpellier, 1890-91 ; Gharcot ; Semaine médicale, 14 février 1891, pag. 53 ;

Rouffinet ; De l'œil hystérique ; Revue générale, in Gazette des Hôpitaux, 3i octobre 1891, pag. 1173; Pansier ; Les manifestations oculaires de l'hystérie. Thèse de Montpellier, 1892; Kœnig; Recueil d'Ophtalmologie, 1893.

et un rétrécissement concentrique du champ visuel 1 . — Ce rétrécissement fait disparaître certaines couleurs, comme le vert, dont le champ est normalement plus étroit ; quelquefois la malade ne voit plus les objets que sous une forme sépia uniforme2. Souvent, en même temps que le rétrécissement du champ visuel pour les couleurs, il existe une inversion plus ou moins durable du cercle des couleurs, le rouge occupant d'habitude les parties les plus périphériques du champ de la vision. La dyschromatopsie et Yachromatopsie sont considérées comme des symptômes importants de l'hystérie.

Regnard a, de plus, constaté un fait que nous avons retrouvé chez un malade atteint d'hémianesthésie d'origine cérébrale: les couleurs qui ne sont pas perçues se superposent cependant par la rotation. Notre malade, qui ne distingue pas les deux tiers du disque de Newton, a la sensation résultante de blanc par la rotation, comme nous ; tandis que, si nous masquons avec des papiers noirs les couleurs qu'il ne voit pas, pour nous mettre dans des conditions analogues aux siennes, le disque en rotation ne nous apparaît plus blanc, mais

1 Voy., tout récemment, Mœbius ; Mùnch. med. Woch., 29 septembre 1891, n° 29, pag. 681.

D'après Charcot (Semaine médicale, 12 décembre 1888), le rétrécissement concentrique du champ visuel ne s'observerait, en dehors de l'hystérie, que chez les épileptiques (immédiatement après les attaques) et dans les cas de lésion du segment postérieur de la capsule interne accompagnée d'hémianesthésie. — Cette manifestation, à laquelle Zaniboni (Arch . ital. di clin, med., 1K93; anal, in Revue Neurologique, 3o mai 1893, n° 10, pag. 267) a récemment refusé toute valeur séméiologique, passerait souvent inaperçue si on ne la recherchait, car les malades n'en ont pas conscience.

Charcot a également insisté sur la valeur séméiologique de la diplopie ou polyopie monoculaire (vision double ou multiple des objets, un seul œil étant ouvert) dans l'hystérie.

Voy. sur ce point: Parinaud ; Annales d'Oculistique, 1S7S ;

Duret ; Académie de Médecine, 22 septembre 1891 ;

Galezowski; Société de Biologie, 3o janvier 1892 ;

Le Taro ; De la polyopie monocidaire. Thèse de Bordeaux, juillet 1892 ; Josserand ; Lyon médical, i8g3, n° 14.

Bouveret et Chapotot (Revue de Médecine, septembre 1S921 ont observé récemment la diplopie monoculaire dans un cas de tuberculose des pédoncules ; ils en concluent que « outre la diplopie monoculaire d'origine hystérique décrite par Parinaud et rattachée par cet auteur à un état spasmodique du muscle de l'accommodation, il existe encore une diplopie monoculaire d'origine nucléaire, pouvant être engendrée par une lésion organique du cerveau intéressant le centre de l'accommodation ».

Enfin la macropsie et la micropsie, c'est-à-dire l'erreur sur la dimension des objets, leur grossissement ou leur amoindrissement rapide lorsqu'on les rapproche ou qu'on les éloigne, sont aussi des manifestations de la névrose.

2 « Ces altérations chromatiques du champ visuel se manifestent principalement, comme on l'a dit, dans l'œil correspondant au côté hémianesthésié, mais il est habituel que le champ visuel pour les couleurs se montre en môme temps rétréci, à la vérité à un degré beaucoup moindre, dans l'œil du coté opposé. » (Charcot).

rouge. Ce phénomène trop curieux est facile à constater avec les toupies dites newtoniennes '.

Cette hémianesthésie est un type clinique très net. D'après Briquet, elle n'existerait avec ses caractères que dans l'hystérie, et jamais dans les lésions cérébrales. Cette assertion a été renversée par les travaux de Turck et de Charcot sur l'hémianesthésie d'origine cérébrale. La lésion de la capsule interne produit un syndrome semblable.

Martin a observé un fait d'hémianesthésie analogue, qu'il rapporte à l'hystérie, chez un jeune homme de 11 ans. Le petit malade eut une scarlatine avec rhumatisme secondaire II ne souffrait pas du côté anesthésié, malgré le gonflement des jointures. La maladie évolue, la sensibilité revient, et l'hémianesthésie disparaît complètement2. La nature hystérique de ce fait ne nous paraît pas absolument démontrée. Nous avons vu récemment un militaire, qui n'avait rien d'hystérique, présenter une hémianesthésie droite pendant une attaque de rhumatisme ordinaire.

1 Voy. Grenier ; Thèse d'agrégation, 1S86.

L'amaurose hystérique est habituellement considérée comme étant purement psychique, suggestive pour employer le langage actuel : « L'amaurose hystérique unilatérale, qui fait partie de l'anesthésic sensitivo-sensoriellc des hystériques, n'a pas de substratum organique, de localisation anatomique ; elle est purement psychique. Le sujet voit avec sa rétine, il voit avec son cerveau; la première reçoit l'impression, la seconde, par son centre cortical visuel, la perçoit. Mais l'image virtuelle perçue, l'hystérique la neutralise inconsciemment avec son imagination; oculos habet et non viclet ; il voit avec les yeux du corps, il ne voit pas avec les yeux de l'esprit; l'amaurose n'est qu'une illusion négative» (Bernheim ; Revue médicale de l'Est, 1 octobre 1886).

On peut se servir, pour le démontrer, de l'appareil de Snellen modifié par Stceber : le sujet étant pourvu de lunettes dont un verre est rouge et l'autre vert, on lui fait regarder sur un tableau six lettres alternativement recouvertes de verres rouges et verts ; à l'état normal, on doit voir, dans ces conditions, les six lettres si les deux yeux sont ouverts, trois seulement (celles recouvertes par le verre de même couleur) quand un seul œil est ouvert ; les autres lettres sont, en effet, dans ce dernier cas, neutralisées par la superposition du rouge et du vert. Un hystérique atteint d'amaurose unilatérale devrait se comporter, les deux yeux étant ouverts, comme un sujet sain chez lequel on a pratiqué l'occlusion d'un œil ; or l'hystérique accuse la perception des six lettres.

De même, en regardant à travers un prisme, les deux yeux étant ouverts, l'hystérique accuse une double image ; si l'amaurose était réelle , il devrait n'en percevoir qu'une.

De même, enfin, pour les couleurs : Un hystérique privé de la vision des couleurs, pour l'œil gauche par exemple, et placé en présence d'un carré de papier vert, le verra gris avec l'œil gauche et vert avec l'œil droit. Si on place devant l'œil sain un prisme à base supérieure, les deux yeux du malade étant ouverts, il verra deux carrés verts (au lieu d'un carré vert et d'un carré gris); si on place le prisme devant l'œil achromatope, les deux carrés seront vus gris. Le malade se persuade, en effet, par une auto-suggestion inconsciente, que l'œil devant lequel est placé le prisme doit voir sous la même teinte les deux objets résultant de la réfraction.

2 Martin ; Revue des Sciences médicales, XII, pag. 179.

On a signalé également Yhypoacousie unilatérale ', Yhémianosmie, Yhémiageustie.

En terminant l'étude des troubles de la sensibilité, nous dirons un mot des sensations anormales, étranges, que perçoivent certaines malades. Ainsi, les unes voient les objets tout tachés de rouge ou teints en vert ; les autres ont des bourdonnements, des sifflements d'oreille L>. entendent des bruits imaginaires. Quelques-unes sont poursuivies par une odeur particulière, comme cette malade de Briquet qui, après chaque attaque, avait une odeur de cadavre. Certaines trouvent délicieuse l'odeur de l'assa-fœtida ; ou bien encore le bruit de taffetas, de pomme mangée, la vue d'une épingle, l'odeur d'ail ou de fromage, les impressionnent péniblement et provoquent des crises nerveuses plus ou moins bruyantes :i.

Charcot a appelé l'attention sur un autre genre de trouble visuel non encore signalé, quoique très fréquent. Ce sont des hallucinations se produisant dans l'intervalle des orages convulsifs, à leur suite, ou encore dans le temps où ceux-ci menacent d'éclater. «Il est très commun de voir dans le service, dit-il, des hystériques dans leur période de calme, assises tranquillement, occupées à des travaux d'aiguille, se soulever brusquement et quitter leur siège en poussant un cri, comme si elles étaient surprises par la vue d'un objet effrayant dont elles voudraient fuir le contact. De fait, si on les interroge touchant le motif de ces mouvements imprévus, elles racontent qu'elles ont cru voir des animaux, surtout des rats, des chats, d'autres fois des bêtes fantastiques, courir sur le parquet ou sur le mur voisin. Plus rarement, c'est l'apparition de têtes grimaçantes qui a été la cause de l'effroi. On apprend, de plus, que ces animaux imaginaires, généralement de couleur noire ou grise, plus rarement d'un rouge vif, se présentent toujours, pour chaque malade, du même côté, et le côté où l'hallucination se dessine est toujours celui qui correspond à l'hémianesthésie, et par conséquent à l'amblyopie... Habituellement, les animaux passent en série et courent rapidement, venant de derrière la malade et se dirigeant en avant.

1 Gellé ; Progrès médical, 19 septembre 1891, n° 38, pag. 202.

2 Gilles de la Tourette ; Vertige de Ménière hystérique, in Progrès médical, 1 août 1891.

3 Le Dentec (Archives de Médecine navale, août 1893, et Journal de Médecine de Bordeaux, 1893, n° 28, pag. 32g) a récemment révélé l'existence, chez les hystériques anesthésiques, de la sensibilité colorée, et démontré la possibilité d'évoquer chez elles, par le pincement de la peau, l'apparition de certaines couleurs.

Déjà Binet (Académie des Sciences, 17 décembre 1888) avait signalé avec insistance la formation, consécutivement aux excitations cutanées, d'images visuelles correspondantes : une piqûre provoque l'apparition, dans le champ visuel, d'un point sombre ou éclairé (suivant les individus); deux piqûres, réalisées simultanément en des points différents, donnent une double image avec un intervalle de même étendue.

Ils disparaissent en général aussitôt qu'elle tourne les yeux directement de leur côté ; cependant il peut arriver que l'hallucination persiste plus longtemps dans toute sa vigueur, lorsque l'hystérique est à l'époque d'une grande marée nerveuse, en état de mal, ou sort d'une crise !.»

III. Troubles circnlaloires, sécrétoires et trophiques 2 — Le pouls est en général normal, mais les hystériques sont très sujettes aux palpitations, et du reste à tous les signes de la chlorose et de l'anémie.

On remarque aussi des oscillations curieuses dans l'état de contraction des muscles vasculaires, oscillations indépendantes du cœur. Tout le monde connaît la facilité avec laquelle la figure rougit ou pâlit chez ces malades. Briquet avait noté une sensation de froid aux extrémités, coïncidant quelquefois avec la rougeur et la chaleur de la figure. Sydenham avait remarqué des sueurs chez certaines hystériques, générales ou partielles, quelquefois unilatérales, survenant sous le moindre prétexte.

A la face, il y a non seulement des alternatives de rougeur et de pâleur, mais quelquefois des ecchymoses, de l'œdème 3, des éruptions

1 (Iharcot; Progrès médical, 1878, pag. 3.

Voy. aussi, sur les hallucinations des hystériques, qui ont leur importance au point de vue médico-légal, une leçon de Pitres (pag. 34 du tom. II de ses Leçons).

2 Voy. Martin ; Des troubles de l'appareil vaso-moteur dans l'hystérie; Thèse de Paris, 1876, pag. i36.

Athanassio ; Thèse de Paris, 1S90. — L'auteur, dans son important travail, admet la classification suivante, proposée par Gilles de la Tourette, des troubles en question dans l'hystérie :

, A. non spécialisés. [ Me.urs-

! » erythemes passagers.

éruptions vésiculeuses.

A. Troubles trophiques de la 1 B sp6cialis6s \ Vf™?£fas-

peau et de ses dépendances. \ \ zona simple et gangréneux.

canitie.

C 1 chute des cheveux.

chute des ongles.

ecchymoses spontanées, hémorrhagies cutanées.

gangrène symétrique des extrémités (névrose B. Troubles vaso-moteurs et \ vaso-motrice).

œdème bleu.

s crétoires ) gonflement du cou.

— du sein, galactorrhée.

sueurs locales.

/ lésions des appareils ligamenteux péri-articu-

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