Actions physiques. — Aimant, bain électrostatique
5. Actions toxiques. — a. Anesthésiques : éther, chloroforme ; b. Inébriants : alcool haschisch.
II. Symptômes observés. — A. État de la motilité. — Tous les sujets ne srésenlent pas les mêmes phénomènes. Pour faciliter l'exposition, nous
Fig. 118. — Hyperexcitabilité neuro-musculaire dans la léthargie (d'après Ylconographie photograpi 'tique de la Salpêtrière).
décrirons d'abord la succession des trois étals léthargie, catalepsie,
somnambulisme) telle que l'a établie Charcot pour le grand hypnotisme*, nuis nous grouperons tout autour les autres types et les divers délails observés.
1. Léthargie. — Sous l'influence d'un des moyens employés, après avoir ou non résisté, le sujet présente quelques phénomènes variables (inspiration profonde, spasme laryngé avec bruit glotlique), puis il s'endort et présente toutes les apparences du sommeil naturel ; les yeux sont fermés2, le corps est abaissé; les membres, soulevés, retombent.
Fig. 119. — Hyperexcitabilité neuro-musculaire dans la léthargie (d'après l'Iconographie photographique de la Salpêtrière).
Charcot a signalé dans la période de léthargie une particularité très curieuse, c'est Y hyperexcitabilité neuro-musculaire : en touchant un nerf avec l'extrémité mousse d'un crayon, on obtieui les mêmes effets que par l'électrisation de ce même point (grande importance contre la simu-
1 Voy. notre Revue, in Montpellier médical, janvier 1879.
2 Dans la léthargie, les paupières du sujet présentent un léger frémissement et, en les soulevant, on trouve les globes oculaires convulsés.
lation et pour l'étude de la physiologie des nerfs moteurs ') : on obtient ainsi la griffe du cubital (fig. 118), la contraction du facial (fig. 119) ou
O O O Cl, o
des muscles de l'oreille (involontaires) . Les fig. 120, 121 et 122 indi-
Voy. le livre de Richer, pag. 537.
quent, d'après Richer, les points moteurs principaux de l'avant-bras et de la l'ace, ainsi déterminés.
Par la persistance de celte excitation mécanique on peut même, à
.S o> 5 ft'S
£> fi
if W)
es ;
■ rH
z ce
cette période, déterminer des contractures, qui pourront persister si l'on réveille le sujet avant de les avoir fait disparaître et sontjusliciables de
transfert par un aimant. Il faut, pour éviter cette permanence, faire pendant le sommeil des frictions légères sur les muscles contracturés ou bien provoquer une contraction des antagonistes : alors tout rentre dans l'ordre, et on peut éveiller la malade.
Les réflexes sont habituellement exagérés durant cette période.
Pendant cette période léthargique, Gharcot a encore observé de
Fig. 122. — Points moteurs des principaux muscles de la face ^ d'après Richer).
1, frontal. — 2, sourcilier. — 3, orbiculaire palpébral supérieur. — 4> pyramidal du nez. — 5, palpébral inférieur. — 6, grand zygomatique.— 7, petit zygomatique. — 8, élévateur commun de l'aile du nez et de la lèvre supérieure. — 9, transverse du nez. — 10, triangulaire des lèvres.
curieux effets du courant galvanique appliqué sur la voûte du crâne. Les dix hystériques ainsi examinées peuvent être rangées, dit Richer, en trois groupes: 1. Sur quatre de ces sujets, le courant galvanique appliqué sur un des côtés du crâne provoquait, sans amener le réveil, des secousses musculaires, souvent très énergiques, du côté opposé du corps (membres et face) ; ce qui n'avait pas lieu chez la malade éveillée.
2. Chez quatre autres, on a eu, par le môme procédé, des secousses surtout hémi-latérales (les expériences étaient, du reste, moins nettes dans ce groupe). 3. Enfin, chez deux, la galvanisation du crâne n'a rien produit.
En résumé, nous constatons dans la léthargie l'abolition de toute influence volontaire et, par contre, l'exagération de l'excitabilité réflexe.
2. Catalepsie. — On fait passer le sujet de l'état de léthargie à l'état de catalepsie en lui ouvrant les yeux devant une lumière (fig. ia3).
Dans ce nouvel état, il est comme pétrifié, les yeux ouverts; les membres, en raison de la plasticité particulière des tissus (fîexibilitas cerea), gardent la position qu'on leur donne ; ils sont souples, légers, faciles à soulever. C'est ainsi qu'on fait tenir la malade en pont sur le dossier de deux chaises, on la soude à un mur ou à un individu, etc. ; on peut souvent, dans cet état, provoquer des phénomènes de suggestion et les actes automatiques que nous étudierons plus loin.
Il suffit de refermer les yeux du sujet pour revenir à la léthargie. On peut aussi, chez certains individus, arriver d'emblée à la catalepsie (sans passer par la léthargie) par la fixation d'un objet très lumineux (lumière Drummond) ou par un violent coup de tam-tam.
Chose plus curieuse encore, on peut, en ouvrant un œil et en laissant Grasset, 4e édit., tom. IL 55
l'autre fermé, développer une hémi-calalepsie et une hémi-léthargie sur le même sujet. De plus, le centre du langage étant à gauche, suivant
Fig. 123. — Procédé pour faire passer de la léthargie à la catalepsie (d'après l'Iconographie jiholograpliique de la Salpêtrière).
qu'on ouvre l'œil droit ou l'œil gauche, suivant que le cerveau gauche est ainsi cataleptisé ou non, la malade parle ou non.
Dans la catalepsie, il y a un état neuro -musculaire qui est comme la contre-partie de l'hyperexcitabilité observée dans la léthargie : la pression, la friction, la malaxation des muscles, des tendons ou des nerfs (excitation mécanique plus prolongée que dans la léthargie), entraînent le relâchement musculaire et la paralysie. Cette paralysie localisée ne persiste pas si l'on réveille le sujet; mais elle pourra persister si on le fait d'abord passer par l'état léthargique ou l'état somnambulique avant de l'éveiller.
Les réflexes sont généralement abolis dans cette phase.
En somme, il existe dans la catalepsie une exagération de la tonicité
statique et une diminution de l'excitabilité réflexe. Les nombreux tracés respiratoires et musculaires, recueillis à la Salpètrière démontrent, par la régularité et l'ampleur des premiers, le défaut de trépidation dansles seconds, l'absence de fatigue et, partant, de simulation volontaire.
3. Somnambulisme'. — ■ Pour passer de la léthargie ou de la cataepsie au somnambulisme, il faut exercer sur le vertex une friction légère; mais, dans un très grand nombre de circonstances, on le déterminera d'emblée par des moyens indiqués plus haut2.
Le sujet a alors les yeux clos ou demi-clos; il semble plutôt affaissé qu'endormi. C'est la période où apparaissent, en général, le plus nettement les curieux phénomènes intellectuels et les actes automatiques que nous décrirons tout à l'heure.
Dans cet état, l'hyperexcitabilité neuro-musculaire de la léthargie n'existe pas, mais il y a souvent une excitabilité cutanée qui peut entraîner des contractures {hyper excitabilité culano-musculaire , contracture somnambulique)3. Une môme excitation cutanée fait disparaître cette contracture ; ce que Dumontpallier a exprimé en disant que « ce qui fait, défait » . Après le réveil, la contracture peut persister ; mais alors, dit Richer, l'aimant n'en amène pas le transfert, comme il fait pour la contracture léthargique.
Souvent, sous l'influence des excitations cutanées légères et répétées, les muscles, avant de se contracturer, passent par un état, dit calaleptoïde, qui diffère surtout de l'état cataleptique vrai par un certain degré de raideur dans les membres.
Il va sans dire que ce qui précède s'applique aux cas où l'on ne fait aucune suggestion. Car, par ce dernier procédé, on trouble tout, puisqu'on produit à peu près ce que l'on veut (catalepsie suggestive, paralysie ou contracture suggesLive, etc.).
C'est ce troisième état de somnambulisme (le plus fréquent), que Bernheim a surtout étudié. Il considère alors plusieurs degrés4 dans
! Le somnambulisme est défini par Barth : «un rêve avec exaltation de la mémoire et de l'activité automatique des centres nerveux, en l'absence de la volonté spontanée et consciente ».
2 Les états précédents s'observent surtout chez les grands hystériques, tandis que le somnambulisme s'observe plus souvent d'emblée chez les sujets ordinaires.
3 Dumontpallier et Magnin ont développé ces contractures, par des excitations légères et répétées de la peau (soufflet capillaire), dans les trois états du sommeil hypnotique (léthargie, catalepsie ou somnambulisme).
1 Dumontpallier a défendu aussi l'opinion qu'il y avait seulement des différences de degré entre les trois états décrits par Charcot. «Tous les états différents décrits dans l'hypnose ne sont que des degrés d'une même affection, degrés entre lesquels il ne saurait y avoir de transition brusque... Cela est si vrai qu'on peut, au moyen d'une môme excitation suffisamment prolongée, faire passer le sujet de l'état de veille à l'état somnambulique, puis insensiblement à l'état cataleptique, et de là, enfin, à l'état léthargique. » Ce qui explique que ces derniers états (échelons les plus élevés) s'observent surtout chez les sujets perfectionnés et les grande hystériques de la Salpètrière.
le sommeil hypnotique : C'est d'abord l'engourdissement avec somnolence et souvent impossibilité d'ouvrir les yeux ; puis l'hypotaxie ou « charme » des anciens magnétiseurs, degré auquel on observe la catalepsie suggestive; au troisième degré, la sensibilité s'émousse et on peut suggérer des mouvements automatiques; au quatrième degré, l'hypnotisé ne communique plus, dans le monde extérieur, qu'avec l'opérateur; aux cinquième et sixième degrés, l'hypnotisé ne se rappelle rien au réveil : c'est le somnambulisme, léger ou profond.
Suivant les sujets, on obtient tel ou tel degré; l'exercice peut faire gagner un ou plusieurs degrés avec le même sujet. Enfin la docilité aux suggestions (caractère dominant du somnambulisme1) et la facilité de provoquer les divers phénomènes ne sont pas toujours en rapport avec la profondeur du sommeil2.
B. État de la sensibilité. — En général (sans que ce soit une règle absolue), la sensibilité générale cutanée est abolie et les sens sont exaltés1'. L'analgésie est complète: on peut piquer, brûler les sujets sans entraîner de protestation4 La vue s'exerce très subtilement par une fente palpébrale très réduite, peut-être même à travers les paupières f?) ; l'ouïe perçoit les conversations à voix très basse ; le toucher 5 apprécie des reliefs très réduits (sur des cartes par exemple, etc.). C'est par cette acuité extrême des sens que s'expliquent souvent les prétendues divinations des somnambules extralucides.
Dumontpallier G a constaté que les rayons ultra-rouges et ultra-violets du spectre d'une lumière Drummond agissent sur la peau de certains sujets et déterminent secondairement une contraction musculaire. De même pour le son transmis à une certaine distance par un long tube en caoutchouc ou par le tic-tac d'une montre, qui détermine des contractions musculaires synchrones à ce tic-tac ; de même encore avec les très faibles vibrations du téléphone et du microphone7.
1 Nous avons vu, dans le chapitre précédent, que le somnambulisme provoqué diffère du somnambulisme spontané, considéré comme un phénomène de nature hystérique, par l'absence de spontanéité dans les manifestations délirantes ou hallucinatoires. Le point de départ de toute suggestion hypnotique est extérieur au sujet, au lieu que, dans le délire hystérique, le sujet tire tout de son propre fond et se laisse difficilement influencer par ce qui vient du dehors. L'hystérique, en un mot, se suggestionne lui-même, au lieu que le sujet hypnotisé reçoit ses suggestions d'ailleurs, quitte à les compléter s'il y a lieu.
2 Bernheim ; loc. cit., pag. 9.
3 Ceci s'observe surtout dans l'état de somnambulisme.
1 Cependant, en dehors de toute suggestion, Panesthésie hypnotique n'est ni assez constante ni assez profonde pour remplacer le chloroforme en chirurgie.
5 II se développe, dit Richer, un état spécial d'attraction du sujet pour certaines personnes, et qui parait résider dans une hyperesthésie du tact.
'' Dumontpallier ; Société de Biologie, 7 janvier 1SS2.
' Le même auteur a établi (ce qui n'est pas admis par tout le monde) que . la facilité de production des différentes périodes de l'hypnotisme, l'intensité des
L'excitabilité électrique serait modifiée, d'après Tereg ', pendant la phase de catalepsie : il y a augmentation de l'excitabilité par les courants constants, et diminution par les courants faradiques.
C. L'état de la nutrition chez les sujets hypnotisés a été récemment étudié par Gilles de la Tourette et Cathelineau^. Ces auteurs ont trouvé durant les crises, comme dans l'hystérie, « la diminution des éléments de l'urine, l'abaissement du taux de tous les déchets urinaires : résidus fixes, urée, phosphate, avec inversion de la formule de ces derniers ». Cette anomalie leur sert d'argument pour considérer l'hypnotisme comme un état pathologique comparable à l'hystérie.
Voisin et Harant3ont, inversement, signalé l'exagération des excréta au cours de la léthargie hypnotique.
D. Pour bien comprendre l'état intellectuel et les suggestions'' des hypnotisés, il faudrait analyser le sommeil physiologique et les rêves. Rappelons simplement que la caractéristique du sommeil naturel est: d'une part, la persistance (dans une certaine limite) de la motricité, de la sensibilité et de la pensée; d'autre part, la disparition du contrôle et de la direction exercés sur toutes ces fonctions, à l'état de veille, par la conscience et la volonté. De là : 1. ce dévergondage de pensée, ces associations d'idées sans règle qui caractérisent le rêve ; 2. la possibilité pour une volonté étrangère de se substituer en quelque sorte à celle du dormeur et de diriger ces pensées dont le dormeur a abdiqué le gouvernement. De là, cette lucidité intellectuelle, quelquefois très grande, qu'on a dans le sommeil, qui taisait trouvera Laplace des prophénomènes qui les caractérisent, dépendent de l'état de la sensibilité (générale et spéciale). Elles lui sont en quelque sorte proportionnelles... Les résultats obtenus sont en rapport, pour chaque côté du corps, avec le degré d'activité de l'hémisphère cérébral qui commande à ce côté. . . En somme, nous avons toujours observe sur nos malades une relation constante entre l'état de la sensibilité et l'aptitude à la contracture, entre les zones cutanées sensibles et les départements musculaires dont il était possible de provoquer la contracture par excitation périphérique.» (Maonin, loc. cit.. pag. 87 et 91).
1 TiiREG ; Centr. f. d. m. VV. , 1887 (anal, in Revue des Sciences médicales, XXXI, pag. 627).
2 Gilles de la Tourette et Cathelineau: Société de Biologie, 26 avril et i3 décembre 1890; — Progrès médical, 26 avril et 20 décembre 1890.
1 Voisin et Harant; Congrès de médecine mentale, 1890 (Semaine médicale, 5 août 1890, pag. 278).
Hauer (Prag. med. Woch., 21 août 1889) a récemment étudié l'état des fonctions respiratoire et circulatoire au cours de l'hypnose provoquée. — Voy. aussi sur ce sujet les récents travaux de l'école italienne.
Enfin Sarlo et Bernardini (Arch. ital. di Biol., 1892; Revue des Sciences médicales, XL, pag. 4u) ontobservé.chez un épilcptique dont le cerveau se trouvait à découvert, la circulation cérébrale durant l'hypnose.
4 Voy., sur la suggestion en général; Blocq ; Gazette hebdomadaire, 1891, pag. 70, — et Gazette des Hà]ritaux, 1892, n° 10.
blêmes qu'il s'était posés le soir el à Tarlini sa sonate du Diable. De là aussi, les suggestions que l'on peut exercer sur l'homme endormi : comme Maury, que l'on faisait rêver de vésicatoire à la nuque en le pinçant dans cette région, des chauffeurs et de leurs actes en approchant un fer chaud de sa joue ; comme Reid, qui rêvait être scalpé par des sauvages parce qu'il portait un bonnet trop étroit ; comme Dugald Stewart, qu'une boule d'eau trop chaude aux pieds faisait rêver d'une éruption du Vésuve.
Cela dit, revenons au sommeil provoqué de nos hypnotisés et à l'influence qu'on a sur leurs pensées.
1. Suggestion d'idée. On imprime aux membres du sujei endormi (dans la phase cataleptique; une attitude particulière: ainsi, on place les membres supérieurs dans la position correspondante à la prière, à la menace ou à la colère : cette idée est immédiatement inspirée au sujet, et tout, dans son attitude générale, dans sa figure, l'exprime.
Inversement, Charcot et Richer font exprimer (par la faradisalion localisée) un sentiment quelconque à la figure d'un sujet : tout le corps entre alors en action et complète par le geste l'expression du visage '.
2. On peut suggérer non seulement une idée, mais un acte corrélatif, en donnant une attitude particulière au sujet ou en mettant dans la main un objet déterminé.
Ainsi, on place un sujet sur une échelle dans la position de grimper, il grimpe; à quatre pattes, il se met à marcher ainsi, etc.
On lui donne un chapeau, il se coiffe ; un verre, il boit ; un parapluie, il l'ouvre et paraît sentir l'orage, car il frissonne.
Ces actes suggérés ne se développent pas dans l'état léthargique, mais seulement dans l'état cataleptique ou somnambulique. D'où la curieuse expérience suivante (Richer) : Vous donnez à un sujet un pot à eau, une cuvette et un savon ; il se lave. Alors on lui ferme l'œil droit : tout ce côté devient léthargique , la main droite s'arrête ; mais la main gauche continue le mouvement. On renverse le phénomène en rouvrant l'œil droit et en fermant le gauche.
Un fait à noter, c'est qu'une fois lancé dans un de ces actes suggérés, le magnétisé le continue et le répète un grand nombre de fois: ainsi, il lacera et délacera une sandale indéfiniment. On trouve là, déjà, de la suggestion et de l'automatisme.
3. On provoque aussi de véritables hallucinations. « Vous dites à une hypnotisée qu'elle est dans un jardin avec des fleurs: elle prend une physionomie heureuse, se baisse, cueille, fait un bouquet; vous lui signalez une limace sur une de ces fleurs imaginaires : elle fait une grimace de dégoût, la jette, se frotte. De même pour les autres sens. Donnez une pomme de terre crue en disant que c'est une poire excellente : elle y mordra dedans et la trouvera bonne ; vous lui ferez encore
' Voy. les figures 140 à 157 de la dernière édition de Richek.
trouver à l'huile de foie de morue un goût d'eau ou de liqueur (ce sont là les prétendus «changements de substances» des anciens magnétiseurs). De même encore pour l'ouïe : vous lui ferez entendre un orchestre imaginaire jouant à volonté Mignon ou la Favorite.
On provoque donc et on dirige l'hallucination. Mais, souvent aussi, le sujet pourra la compléter et l'amplifier plus ou moins, suivant son imagination et grâce à la mise en jeu des groupes cellulaires corticaux voisins de celui qui a été directement évoqué par la suggestion. Ainsi, Richet dit à un de ses amis endormi qu'il est dans un ballon et qu'il va dans la lune: le sujet s'y voit en effet ; il aperçoit la terre comme une grosse boule (réminiscence de J. Verne! ; il voit des animaux fantastiques. On lui dit de les ramener sur la terre : s Tu es toujours comme cela, répond-il ; tu ne sais seulement pas comment nous ferons pour redescendre et tu veux te charger de ces gros animaux-là. Prends-les, si tu veux ; moi, je ne veux pas m'en embarrasser. » Puis il ajoute: « 11 y aura là un bien beau récit de voyage à faire ; mais on ne nous croira pas » .
Une autre hypnotisée, à qui on dit qu'elle fume, croit le faire et tousse. Une autre que l'on fait monter ainsi sur une tour y a le vertige ; une autre qui voyage sur mer a de vraies nausées.
Dans tous ces cas, et en raison du peu de spontanéité du sujet, on parviendra sans peine à modifier du tout au tout ses affirmations en formulant une suggestion inverse ; au sujet qui voit des animaux dans la lune on persuadera sans difficulté que ce sont des arbres, des individus, des statues, etc. L'hypnotiseur peut se jouer à son gré de la crédulité du patient, qui accepte aveuglément ses suggestions '.
Féré2 a constaté que, dans ces hallucinations provoquées de l'hypnotisme (comme dans celle de la grande attaque hystérique), l'état de la pupille varie suivant la distance présumée de l'objet hallucinatoire. Réciproquement, l'état des sens peut agir sur les hallucinations : ainsi, Une hallucination colorée n'existe que dans un œil, s'il s'agit d'une hystérique dont l'autre œil soit achromatopsique ; cependant le fait
1 D'après G. Guinon et S. Woltke {Nouvelle Iconographie, 1891, et Archives de Neurologie, mai 1891), c'est surtout dans la période de catalepsie que le sujet présenterait une certaine initiative dans la création des hallucinations sensorielles. Les hallucinations cataleptiques oflriraient donc d'étroites analogies avec le délire hystérique.
2 Féré ; Archives de Neurologie, 1882, n° 9.
Voy. aussi Fontan; Recueil d'ophtalmologie, 1887.
Moravsik (Neurol. Centr., i5 avril 1890; Annales médico-psychologiques, mai 1893, pag. 464) a également étudié les variations du champ visuel dans l'hypnose ; il a constaté que le champ visuel s'élargit sous l'influence des excitations périphériques et des suggestions gaies, au lieu qu'il se rétrécit sous l'influence des suggestions attristantes.
Luys et Bacchi (Académie des Sciences, 18 novembre 1889) ont enfin décrit l'état du fond de l'œil chez les sujets hypnotisés.
n'est pas constant, et Richer cite des bruits hallucinatoires perçus des deux côtés malgré l'hypocophose d'une oreille.
On peut donner des hallucinations unilatérales, en mettant le sujet en hémiléthargie et hémicatalepsie, ou même par la suggestion seule. C'est ainsi, dit Richer, que l'on peut suggérer une vision qui ne sera perçue que d'un œil. un bruit ou des paroles qui ne seront entendus que d'une oreille ; on peut même inculquer en même temps l'idée de surdité ou de cécité unilatérale de l'autre côté. Dumonipallier 1 a même montré qu'on peut provoquer simultanément des illusions ou des hallucinations doubles pour le même appareil sensoriel bilatéral ou pour deux appareils sensoriels différents (chaque moitié de la figure prenant l'expression correspondante à l'hallucination de ce côté s,.
Quand on place un écran entre les yeux du sujet et le point de l'espace où siège l'hallucination, la vision de l'objet imaginaire est tantôt suspendue, tantôt conservée, suivant les sujets ou, chez un même sujet, suivant les circonstances. En pressant sur l'œil d'un hypnotisé en hallucination visuelle, on lui donne deux apparitions au lieu d'une. Le prisme placé devant un seul œil dédouble aussi et dévie l'hallucination. La lorgnette (préalablement mise au point du sujet) rapproche ou éloigne l'objet imaginaire, suivant qu'on place directement devant l'œil de la malade l'oculaire ou l'objectif. Le miroir réfléchit l'objet imaginaire, que le sujet voit double alors, sans se rendre compte de la présence du miroir. L'hallucination d'une couleur peut développer des phénomènes de contraste chromatique aussi bien et même d'une manière plus intense que la perception réelle de la couleur :!. L'image hallucinatoire, tantôt masque et remplace les objets réels sur lesquels le sujet la voit, tantôt au contraire se fixe sur un objet réel (un portrait, sur une carte, par exemple), que la malade retrouve alors avec une merveilleuse facilité au milieu d'une foule d'autres semblables !
Ces suggestions sensorielles peuvent aussi être négatives. On rend invisible un objet, une personne; on supprime l'audition d'un bruit. Bernheim a bien étudié ces hallucinations négatives, et à la Salpêtrière on a bien montré que le sujet voit (mais inconsciemment) l'objet rendu invisible. Ainsi, on supprime pour une hypnotisée la vue d'un carré rouge sur un papier blanc ; elle ne le voit pas, mais dit bientôt voir un carré vert sur ce même papier blanc : c'est l'image complémentaire ou consécutive A du carré rouge qu'elle n'avait pas perçu.
1 Dumontpallieb ; Société de Biologie, 16 décembre 1882.
2 Voy. sur tous ces points le remarquable travail de Bérillon sur la Dualité cérébrale (Paris, 1884).
1 Voir dans le livre de Richer (auquel nous empruntons ces conclusions) le détail des expériences sur tous ces points.
4 On trouvera encore dans le livre de Richer un chapitre entier (pag. y3o) sur le parallèle entre les hallucinations visuelles et les images consécutives physiologiques.
On peut arriver à compliquer les hallucinations provoquées par suggestion jusqu'à un degré extraordinaire. On fera croire au sujet qu'il est en verre ou en caoutchouc, et on développera ainsi chez lui un délire systématisé à cette idée. On le transforme en chien, en oiseau (Richer). Richeta montré des faits curieux dans lesquels on suggère à la malade une personnalité nouvelle, qu'elle réalise alors et objective entièrement par sa tenue, sa conversation, ses allures, etc. Il faut lire dans l'ouvrage même de Richet ces rêves vécus, dans lesquels une femme endormie se transforme et parle en paysanne, actrice, prêtre ou général.
4- A côté des suggestions sensorielles que nous venons d'étudier, il y a aussi des suggestions d'acte ou motrices.
Le magnétiseur obtient de son sujet une obéissance passive, absolue. En fixant le regard ou en saisissant la main, on peut se faire suivre partout (fascination) . Heidenhain, expérimentant sur son propre frère, le force à boire de l'encre, à mettre la main dans la flamme d'une bougie, à couper avec des ciseaux et d'un seul côté sa barbe (cultivée avec tendresse depuis un an)... L'Influence va jusqu'à faire produire des actes involontaires : on obtient une selle ou une miction par ordre ; on purge par suggestion.
On a môme produit des modifications vaso-motrices bien curieuses. Bernheim, Beaunis, Liébault, Rybalkin ', ont déterminé la vésication de la peau. Dumontpallier 2 a obtenu une hyperlhermie de 4° sur une région limitée à volonté, et on a, de la môme manière, provoqué des hémorrhagies3 .
C'est encore dans les suggestions d'acte que rentrent les phénomènes d'automatisme, plus complets encore, inspirés par l'imitation . Le sujet reproduit alors servilement tout acte et toute parole du magnétiseur. Il ouvre la bouche, il tire la langue, comme lui. Quand l'un lève le bras droit, l'autre (en face) lève le bras gauche : c'est l'a imitation spéculaire j> de Despine. Si l'on fait un acte derrière le sujet, il ne bouge pas ; mais si cet acte est bruyant, il l'imite. Ainsi, Heidenhan fait asseoir un étudiant, lui fait tenir les pieds de la chaise avec les mains, l'endort, immobilise ses bras par la contracture, et alors marche bruyamment derrière lui : l'étudiant se lève et suit son maître à reculons, traînant toujours sa chaise, comme un escargot sa maison.
1 Rybalkin; Revue de l'Hypnotisme, î juin 1890.
2 Dumontpallier; Société de Biologie, 4 et 11 juillet i885, et Académie des Scieyices, 20 juillet.
3 Bourru et Burot ; Société de Biologie, 11 juillet i885.
Mabille et Ramadier; Progrès médical, 29 août i885, et Archives de Neurologie, 188G, XII, pag. 54.
Debove et Flamand (Société médicale des Hôpitaux, août iSSô) ont pu développer pur suggestion alternante l'anorexie et la boulimie chez les mêmes sujets.
Marès et Hellich (Société de Biologie, i5 juin 1889) ont réalisé par suggestion un abaissement de température allant jusqu'à 34° ,5.
Berger a bien décrit l'écholalie : c'est le cas où le sujet répète textuellement tous les mots qu'on prononce devant lui. Il suffit, dit Richer, de placer une main sur le front du sujet et l'autre sur la nuque pour le transformer, suivant l'expression de Berger, en véritable phonographe d'Édison.
Ces suggestions de motilité peuvent être négatives, et on a alors les paralysies psychiques ou suggestives. Développables dans la période somnambulique et dans la période cataleptique, elles sont flasques ou toniques (avec contractures).
5. Restent les suggestions intellectuelles. On suggère l'amnésie : on fait oublier au sujet son nom, des mots, des chiffres, des faits ; enfin on peut donner, parle même procédé, des idées fixes et des impulsions irrésistibles. Quelquefois, du reste, le sujet résiste (Richer, Féré) ; mais, le plus souvent, on le fait obéir malgré ses résistances, et on peut lui faire exécuter les actes les plus contraires à son état moral ordinaire (vol, meurtre, etc.).
E. La crise de sommeil provoqué se termine naturellement après un temps plus ou moins long ; quelquefois une véritable crise hystérique vient interrompre l'hypnose. Mais, le plus souvent, on réveille le sujet. Pour cela, Dumontpallier a posé le principe que «ce qui fait, défait 1 » : la main sur le vertex fait disparaître le somnambulisme, puis une action vive de la lumière sur les yeux défera la catalepsie, et une pression sur les globes oculaires supprimera la léthargie. Mais ce principe ne peut pas être généralisé d'une manière absolue.
Souvent on éveille le sujet en soufflant sur les paupières ou en appuyant fortement sur quelque région hypnogène (devenue dans ce cas hypnofrénatrice) , spécialement sur l'ovaire. Enfin, si la volonté d'éveiller est parfaitement inutile chez le magnétiseur, l'ordre verbal impératif est au contraire très efficace : on éveille comme on endort, par suggestion.
Après la crise, l'amnésie est plus ou moins complète suivant les cas2; elle est parfois absolue ; la malade est alors surprise d'avoir changé de pièce pendant la crise. Une malade, qui avait bu son chocolat pendant le sommeil, était furieuse, au réveil, de ne plus le trouver, et accusait sa voisine. Nous avons même vu chez un sujet l'amnésie s'étendre à la période qui avait précédé immédiatement l'hypnotisation.
1 « Toutes les excitations périphériques de diverse nature capables de provoquer les différentes phases de l'hypnose et, dans chaque période, les phénomènes qui la caractérisent, sont propres aussi à faire cesser les effets produits. Mise en action d'une façon continue, une même excitation produit successivement et alternativement des effets inverses (oscillations)» (Magnin, loc. cit., pag. 69 et 79).
2 Voy. Dichas; De la mémoire dans ses rapports aoec le sommeil kypinotique. Thèse de Bordeaux, 1887 ;
Pitres ; Gazette médicale de Paris, 22 novembre 1890.
HYPNOTISME ET SOMNAMBULISME PROVOQUÉ. 867 L'état de la mémoire au réveil est, du reste, influencé à volonté par la suggestion : on peut ordonner au sujet de se tout rappelerau réveil, ou bien de ne se rien rappeler, ou même de se rappeler toute autre chose que ce qui s'est réellement passé (Bernheim).
En tout cas, au cours d'une hypnose nouvelle, le souvenir de tout ce qui s'est passé dans les précédentes crises reparaît intégralement (à moins de suggestion contraire), et le sujet en peut rendre compte avec la plus grande fidélité ; ce caractère est, au point de vue médico-légal, d'une importance capitale.
F. Nous n'avons parlé encore que des suggestions laites et exécutées pendant le sommeil ; nous devons mentionner maintenant certains phénomènes qui persistent après le réveil ou qui, commandés dans le sommeil, ne se réalisent qu'un certain temps après le réveil.
1. La contracture musculaire développée (comme nous l'avons dit) chez les malades de Charcot et de Richer persiste après le réveil. On peut avec l'aimant la l'aire changer de côté1: quelquefois elle diminue ainsi et disparait après un certain nombre de transferts. Mais le moyen le plus rapide de faire disparaître cette contracture, c'est d'endormir de nouveau le sujet et d'opérer alors comme nous avons dit plus haut. Certaines hallucinations provoquées peuvent aussi, dans certains cas, survivre au réveil comme idées fixes, le reste de la raison étant entièrement revenu.
2. Bernheim a mieux étudié que personne les suggestions d'actes, d'illusions sensorielles, d'hallucinations, qui se manifestent non pendant le sommeil mais au réveil. « Le sujet a entendu ce que je lui ai dit ; il ne sait plus que je lui ai parlé. L'idée suggérée se présente dans son cerveau à son réveil : il a oublié son origineet croità saspontanéité... Quelquefois le sujet cherche lui-même des raisons aux idées qu'il trouve dans son cerveau... L'effet de la suggestion n'est pas absolument fatal : certains sujets y résistent. L'envie de commettre l'acte ordonné est plus ou moins impérieuse ; ils y résistent dans une certaine mesure, a Les exemples de tout cela abondent dans le Mémoire de
. Bernheim.
3. Bien plus, le même auteur a montré que i les suggestions d'actes peuvent se faire, non seulement pour le temps qui suit immédiatement le sommeil, mais pour un délai ultérieur plus ou moins long, Un somnambule auquel on fait promettre pendant son sommeil qu'il reviendra tel jour, telle heure, bien qu'à son réveil il n'ait aucun sou-
' Babinski (Société de Biologie, 6 novembre 1S86, et Progrès médical, aonov. iSK6) a démontré que deux sujets peuvent jouer, au point de vue du transfert, l'un par rapport à l'autre, un rôle analogue à celui que joue, cliez un seul sujet, un côté du corps par rapport au coté opposé ». Voy. dans l'art, du Dictionnaire encyclopédique le détail de ces expériences.
venir de sa promesse, reviendra presque certainement le jour et l'heure désignés, et exécutera les actes ordonnés pendant le même sommeil. « Ainsi, une suggestion peut dormir inconsciente dans le cerveau où elle a été déposée pendant le sommeil, et n'éclore que le jour assigné d'avance pour son éclosion.»Ces curieux phénomènes s'observent avec tous les genres de suggestion (actes, paralysies, hallucinations positives ou négatives, etc.).
4- Dumontpallier 1 a attiré l'attention sur ce fait que, dans les cas de cette dernière catégorie, les hystériques « qui accomplissent après le réveil un acte dont l'idée leur a été suggérée pendant la période somnambulique » se trouvent à ce moment dans un «état particulier».
Nous avons alors communiqué à la Société de Biologie2 l'histoire bien curieuse d'une femme que nous avons souvent observée avec plusieurs de nos Confrères (notamment avec les Drs Bringuier, Mossé et Brousse, qui l'ont successivement soignée) et qui met bien en évidence l'existence de cet état troisième des hystériques hypnotisables. Nous reproduisons ici cette Note3 :
« Cette femme, qui est hystérique et a des crises de sommeil spontanées, est très facilement endormie par le regard ou par la pression de certaines régions hypnogènes. Une fois endormie, elle est dans un état qui s'écarte par certains côtés des types classiques.
» L'insensibilité est complète sur toute la surface du corps, l'immobilité absolue; les membres sont plutôt en contracture qu'en catalepsie. Les jambes sont croisées l'une sur l'autre, les doigts intriqués, les mains étant devant ou derrière le corps suivant que la crise de sommeil est spontanée ou provoquée. Elle entend très bien, répond aux questions et cause, souvent môme avec une grande volubilité. Quand on lui donne un ordre de mouvement à exécuter immédiatement après le sommeil, elle croit lexécuter, mais ne bouge pas du tout. Il est impossible de lui faire changer ses jambes ou ses mains de place. Mais elle croit le faire et s'impatiente si on lui dit qu'elle n'obéit pas. Il est également impossible de lui procurer des hallucinations pendant son sommeil.
»Au contraire, on peut produire tous les phénomènes connus de suggestion en lui donnant l'ordre d'exécuter la chose après son réveil, soit quelques instants, soit plusieurs jours après. Nous lui avons aussi
1 Dumontpallier; Société de Biologie, 11 juillet i885.
2 Communication faite en notre nom par Dumontpallier le 25 juillet i885.— Voy. le détail de l'observation (Histoire d'une hystérique hypnoti sable) que nous avons publiée avec Brousse, in Archives de Neurologie, octobre 1887, pag. 321 ; — et Clinique médicale, pag. 633.
3 Ce fait est encore intéressant en ce qu'il montre aussi que le tableau symptomatique du sommeil provoqué peut différer, dans certaines limites, de la description un peu schématique donnée plus haut.— Pitres et d'autres auteurs ont décrit aussi des variétés dans l'attaque de sommeil provoqué.
donné des hémiplégies temporaires (avec anesthésies el contractures); nous lui avons fait faire des simulacres de vol et même d'assassinat (avec un couteau à papier); nous lui avons fait voir des personnes absentes ; nous lui avons donné des hallucinations négatives, etc. En lui disant pendant son sommeil de se rendre à tel ou tel endroit déterminé quinze jours, trois semaines après, à heure fixe, elle exécute parfaitement l'ordre.
«Voici comment les choses se passent dans ces cas (j'arrive ainsi à l'étude de cet état intermédiaire sur lequel Dumonlpallier vient si justement d'attirer l'attention). Voyons d'abord les ordres à exécuter bientôt après le réveil ; nous examinerons ensuite les cas où les ordres sont donnés à plus longue échéance.
»La malade étant endormie e! insensible, on lui dit : « Je vais vous réveiller. — Mais je ne suis pas endormie. — Gela ne fait rien ; écoutezmoi : je vais vous réveiller; puis, dix minutes après le moment de votre réveil, vous serez tout d'un coup paralysée du côté droit ; vous resterez paralysée cinq minutes; puis vous verrez M. A...; vous lui demanderez de vous guérir, et cette paralysie disparaîtra » Pendant tout le temps que dure ce petit discours, elle proteste, déclare qu'on veut se moquer d'elle, qu'elle n'obéira pas ; il ne lui manquerait plus que cela d'être paralysée ; et elle ne veut pas, non, non, non... C'est là « la période de lutte o sur laquelle Féré* a insisté après la communication de Dumontpallier, mais qui ici (chez notre malade) est absolument distincte de l'autre état intermédiaire que nous avons plus particulièrement en vue. — On insiste, on répète l'ordre. Elle parle toujours On finit par lui imposer silence en commençant la compression de l'ovaire (c'est le meilleur moyen de l'éveiller1.
» Dès qu'on comprime l'ovaire, elle se tait; bientôt les membres inférieurs se détendent, se décroisent ; puis les bras perdent leur raideur, s'étirent; elle frappe cinq ou six fois les deux poings fermés l'un contre l'autre ; puis s'éveille tout à fait. Ces actes qui accompagnent le réveil sont toujours les mêmes, très réguliers, et se suivent toujours dans le même ordre. Si, à un moment quelconque de cette période de réveil on cesse de comprimer l'ovaire, la malade s'immobilise dans la position où elle est à ce moment. On reprend la compression : elle reprend les actes successifs de réveil exactement au point où elle les avait laissés, et ne s'éveille complètement que quand elle les a tous exécutés.
» Une fois éveillée, c'est une personne nouvelle, mais ce n'est pas l'état normal. Quand elle est éveillée sans ordre ou avec ordre à longue échéance, elle n'a qu'un souci : remettre de l'ordre dans ses vêtements et s'en aller modestement à ses affaires. Ici, au contraire, elle garde une loquacité inusitée qui rappelle tout à fait sa manière d'être pendant le sommeil; elle est évedlée, sent très bien, reconnaît les gens, mais
1 Féré ; Société de Biologie, n juillet i885.
cause avec un abandon et une abondance qui prouvent l'éLat anormal. Puis, huit à dix minutes après le réveil, elle se plaint brusquement de douleurs dans le côté droit: ce côté seraidil complètement et perd absolument la sensibilité : c'est une hémiplégie complète avec hémianes- Ihésie et contractures. Après quelques minutes: « Ah ! M. A..., guérissez-moi >. Les membres droits se relâchent, et elle tombe lourdement dans une crise de sommeil spontanée avec contractures (comme celles que nous avons décrites plus haut).
• Il en est toujours ainsi : toujours, quand elle a exécuté un ordre (à courte ou à longue échéance), elle tombe dans une attaque qui est comme la crise de cet état intermédiaire que nous étudions.
» Maintenant voici le second cas : Au lieu de lui donner un ordre à courte échéance, on lui a dit pendant une crise de sommeil provoqué : «Dans trois semaines d'aujourd'hui, à quatre heures, vous viendrez chez moi n : ou bien : « Vous irez à l'hôpital ». Elle proteste comme ci dessus, parle beaucoup, déclare qu'elle n'obéira pas.. . On l'éveille par la compression de l'ovaire. Elle est dans son état normal, prend son bonnet, s'arrange et s'en va en disant simplement: i Bonjour ». Trois semaines après, à quatre heures, elle arrive au lieu indiqué, et, dès qu'elle y est arrivée, tombe lourdement, où que ce soit, en crise.
» Nous avons cherché à savoir ce qui se passe dans cette journée où elle doit exécuter un ordre, avant que l'heure de l'exécuter soit arrivée. Voici ce qui arrive : Le matin de ce jour, à une heure qu'il nous a été difficile de préciser, elle s'endort spontanément. Couturière de son état, elle manque ainsi son travail ce jour-là. Elle s'endort et reste endormie jusque vers l'heure où il faut exécuter l'ordre. Tout au moins, une fois éveillée complètement, elle ne se rappelle plus rien de ce qu'elle a fait à partir de ce sommeil spontané. Puis elle s'éveille et exécute l'ordre. Mais elle est dans un état anormal, vraiment somnambulique. Les yeux ouverts, elle marche droit devant elle, comme automatiquement, et, sans faire attention à rien, sans se laisser détourner par rien de sa route, elle va au but prescrit et tombe de nouveau en sommeil (comme nous l'avons dit plus haut) dès que ce but est atteint.
» Il me semble que, dans ce cas, l'état intermédiaire dont parle Dumontpallier est absolument indiscutable, et il m'avait frappé depuis longtemps. Cet état est vraiment somnambulique chez notre malade, il commence et finit par une crise de sommeil spontané très curieuse. Comme mémoire et personnalité, il ne me paraît pas (toujours chez notre malade) constituer une troisième personne : c'est la mémoire de la personne endormie. Elle se rappelle dans cette période intermédiaire ce qu'on lui a dit de faire dans le sommeil, et, une fois éveillée réellement, elle ne se rappelle rien de ce qu'elle a fait dans cette période intermédiaire.
» De plus, mon observation prouve que cet état intermédiaire ne peut pas être identifié avec l'état de rébellion, de discussion ou d'obéissance
à contre-cœur, signalé par Féré. Car chez notre malade ces deux états sont dissociés : la résistance et la discussion se manifestent nettement, pendant le sommeil provoqué, au moment même où le sujet reçoit l'ordre, tandis que l'état intermédiaire (que nous étudions) se développe seulement au moment d'exécuter cet ordre, ne s'accompagne d'aucune résistance du sujet, et le pousse au contraire automatiquement et comme fatalement à l'exécution intégrale de l'acte prescrit.
a En résumé, deux faits principaux me paraissent ressortir de cette observation: 1. Dans le sommeil provoqué, les sujets ne présentent pas toujours les divers caractères assignés aux types classiques : notre malade ne sent pas, est en contractures, entend, cause, mais ne remue pas et croit exécuter les ordres sans le faire réellement . 2. Quand on donne pendant le sommeil provoqué un ordre à exécuter après le réveil, l'exécution de cet ordre est précédée d'un état intermédiaire qui appai'tient à l'hypnotisme (par la mémoire et le défaut de spontanéité du sujet), état intermédiaire qui, chez notre malade, présente les caractères d'un état somnambulique, commence par une crise de sommeil spontané et se termine par une autre crise de sommeil spontané (cette dernière se développant avec une brusquerie brutale dès que l'ordre est exécuté). »
G. Enfin on peut également agir par suggestion sur des individus en état de veille . «J'ai constaté, dit Bernheim, que beaucoup de sujets qui ont été hypnotisés antérieurement peuvent, sans être hypnotisés de nouveau, pour peu qu'ils aient été dressés par un petit nombre d'hypnotisations antérieures (une, deux ou trois suffisent chez quelques-uns), présenter à l'état de veille l'aptitude à manifester les mêmes phénomènes suggestifs.»
On suggère ainsi des actes (impossibilité d'ouvrir ou de fermer la main, mouvements automatiques), des contractures, de la catalepsie, des troubles de sensibilité (anesthésies, hallucinations), des transferts, etc., etc.
III. Formes et nature de l'hypnose provoquée '. — On distingue, à l'heure actuelle, dans l'hypnotisme comme dans l'hystérie ,deux formes principales: i° le grand hypnotisme, répondant à l'ensemble du syndrome que nous venons de détailler ; 20 le petit hypnotisme, analogue à la petite hystérie, ne comprenant qu'une partie du tableau clinique, et caractérisé essentiellement par la suggestibilité du sujet.
Le grand hypnotisme exige la coexistence, chez un même individu, des trois états décrits par Charcotet Richer (léthargie, catalepsie, som-
1 Voy. Richer et Gilles de la Tourette ; art. du Dictionnaire encyclopédique. Babinski ; Archives de Neurologie, 1889;
Voy. aussi les Leçons que nous avons publiées dans la Revue de l'Hypnotisme, mai-juin 1889, et dans le tom. I de notre Clinique médicale, pag. 264.
nambulisme), se succédant suivanL un ordre el dans des conditions déterminées, et constituant par leur réunion une entité névrosique. Sa réalité est objectivement démontrée parla constatation des » caractères somatiques fixes» (hyperexcitabilité neuro-musculaire, contracture somnambulique) qui, d'après l'Ecole delà Salpêtrière, seraient antérieurs et supérieurs à toute suggestion. — Cette l'orme de l'hypnose, suivant la même Ecole, « mériterait seule la qualification de scientifique » ; quant à la suggestion, dépourvue de confirmation objective et laissant toujours la voie ouverte à la simulation, elle ne saurait, en l'absence de contrôle, être creusée avec certitude et fouillée avec la rigueur des méthodes expérimentales.
Le petit hypnotisme, défendu par Bernheim el l'École de Nancy, se réduit à la suggestion : tout dans l'hypnotisme n'est que suggestion, même les caractères somatiques fixes, sur l'existence desquels s'appuie la théorie précédente. Ces caractères somatiques fixes, d'observation couran'e dans un milieu de culture comme la Salpêtrière, seraient dus tout simplement à une suggestion des malades les uns par les autres. L'hypnotisme serait donc surtout caractérisé par un état de suggestibilité, se manifestant à des degrés divers. Les malades s'endorment par suggestion, (il suffit la plupart du temps de leur dire «dormez » pour obtenir l'hypnose) ; pendant le sommeil, la suggestion s'exerce au plus haut degré; enfin, après l'hypnose, elle peut se poursuivre même à longue échéance, el commander l'exécution d'actes ou la mise en jeu de conceptions variées
Que penser en présence de théories aussi absolues et aussi exclusives? Quelle opinion un esprit impartial peut-il se faire en une matière où l'on côtoie à tous pas l'inédit et le merveilleux? Doit-on «scientifiquement » admettre, pour employer l'expression des auteurs cités, une ou plusieurs formes de l'hypnose provoquée ?
Nous formulons aujourd'hui notre opinion dans les mêmes termes qu'il y a quelques années : « Jamais, en clinique, deux observations faites par des hommes également honorables, également éclairés, ne sont inconciliables ou foncièrement contradictoires. On peut chercher longtemps le terrain de conciliation, mais il est certain qu'il existe, et on doit faire effort pour le trouver ».
Tout en acceptant dans son intégrité le grand hypnotisme de la Salpêtrière, nous reprocherons à cette École de l'avoir en quelque sorte considéré « comme le prototype constant et immuable de tout ce que l'on devi'a observer ailleurs », de lui avoir fait dans les descriptions classiques (article du Dictionnaire) une part hors de proportion avec sa fréquence et son importance relative. Certainement les caractères somatiques fixes, indépendants de la suggestion, ont une réalité propre; mais ils font souvent défaut et on ne saurait exiger, pour un diagnostic, la présence de ces stigmates. La suggestion peut faire foi à elle seule, et il est des phénomènes tels que l'anesthésie, les contrac-
tures, certains actes sollicités par suggestion, dont la constatation rend bien improbable l'idée d'une supercherie. Enfin les elïets thérapeutiques de la suggestion, que nous énumèrerons plus loin, peuvent, surtout lorsqu'ils portent sur des fonctions organiques (régularisation des menstrues, provocation d'hémorrhagies, de vomissements, de garderobes, d'hypo ou d'hyperthermic) , servir d'arguments en faveur du petit hypnotisme. Comment, en effet, incriminer la simulation là où la volonté ne saurait intervenir?
A l'École de Nancy, qui ne voit que la suggestion, on peut opposer les constatations de nombreux cliniciens qui, dans les régions les plus opposées, ont observé la grande hypnose avec la complexité et la succession classique de ses divers stades; on ne peut donc accuser la Salpêtrière de l'avoir enfantée et propagée par c intersuggestion » chez ses seuls pensionnaires. La suggestion, d'autre part, ne saurait tout expliquer, puisqu'il est possible d'endormir par fixation un sujet, tout en lui donnant verbalement l'ordre inverse. De plus, la mise enjeu des zones hystérogènes peut avoir lieu indépendamment de toute suggestion, et même malgré une suggestion contraire. Enfin, il faut avouer que, malgré toutes les tentatives, l'hyperexcitabilité neuro-musculaire, le plus important parmi les caractères somatiques fixes de la grande hypnose, n'a jamais pu être obtenue par suggestion ' .
En somme, il existe des sujets qui, dans l'hypnose, ne présentent pas de caractères somatiques fixes : il en est d'autres chez lesquels la suggestion est impuissante à tout expliquer. Le grand et le petit hypnotisme nous paraissent donc avoir tous les deux une existence indiscutable, rigoureusement démontrée. Gomme nous l'avons dit ailleurs, le grand hypnotisme a précédé le petit et lui a ouvert la voie; ce dernier, d'autre part, est le plus fréquemment observé dans la pratique, de même que les manifestations de la petite hystérie sont d'observation plus courante que la grande attaque classique. Dans tous les raisonnements que l'on a, ces dernières années, opposés les uns aux autres, on a tablé sur des faits différents que l'on avait le tort d'envisager comme contradictoires, et le dernier mot, ici comme dans la plupart des questions très discutées et minutieusement approfondies de part et d'autre, nous parait appartenir à un éclectisme justifié.
Un mot, avant de terminer ce paragraphe, sur la nature de l'hypnose provoquée. Sur ce point nous nous rallions sans réserve à la doctrine de la Salpêtrière et admettons des relations étroites entre l'hystérie et
' Un des meilleurs arguments en faveur delà réalité du grand hypnotisme nous est fourni par la persistance des phénomènes qui le constituent, et la succession immuable des phases qui le caractérisent, au cours même des maladies les plus graves. Nous avons vu à la Salpêtrière une jeune fdle, atteinte d'une pneumonie sévère, obéir à la provocation de la grande hypnose et en dérouler le tableau complet, alors que la gravité de son état semblait défier toute initiative volontaire de sa part.
Grasset, 4p édit., tom. II. 56
les manifestations que nous venons d'étudier. Nous nous bornons à reproduire, en faveur de cette idée (combattue par Bernheim, comme on l'a vu au début de cet exposé, pag. 847) les nombreux arguments qu'a fait valoir BabinskH: i° les contractures, les paralysies, les ânestliésies, s'observent dans les deux névroses ; — 20 l'exagération de la suggestibilité leur est commune ; — 3" les somnambules hystériques et les somnambules hypnotiques présentent un étal psychique second ; — 4° Gilles de la Tourette et Cathelineau 2 ont démontré, dans les deux cas, un arrêt des échanges nutritifs et une diminution des excréta urinaires (diminution des résidus fixes, de l'urée et des phosphates, avec inversion de la formule de ces derniers) ; — 5° l'influence thérapeutique de l'hypnotisme s'exerce d'une façon prédominante (nous l'avons vu et nous y reviendrons) sur les troubles qui relèvent de l'hystérie ; — 6° on peut, chez un même sujet, observer une espèce de balancement entre les manifestations hystériques et hypnotiques ; — 70 enfin, les deux ordres de manifestations peuvent s'enchevêtrer.
«Pour toutes ces raisons, conclut Babinski, il me paraît impossible de ne pas voir entre l'hypnotisme et l'hystérie une parenté étroite, et l'on serait presque en droit de soutenir que l'hypnotisme est une manifestation de l'hystérie » . Et, plus loin : « Je me crois autorisé à conclure de toute cette discussion que les phénomènes hypnotiques sont de même essence que les phénomènes hystériques et que des liens intimes unissent l'hypnotisme à l'hystérie ».
En conséquence, nous renvoyons, pour ce qui est du mécanisme intime des phénomènes, de leur physiologie pathologit/ue, aux développements que nous y avons consacrés au chapitre de l'hystérie.
Diagnostic . — La succession des diverses phases de l'hypnose, la constatation des caractères somatiques fixes et l'extrême suggestibilité du sujet durant la phase somnambulique, ne permettront pas de méconnaître l'hypnotisme, quand tous ces caractères se trouveront réunis ; mais, le plus souvent, le tableau sera incomplet, et, il faut le reconnaître, la suggestibilité constitue, dans les cas frustes, l'élément le plus constant. Il sera souvent difficile, en l'absence des caractères somatiques fixes, de dépister la simulation et nous avons, pour notre part3, observé une jeune hystérique qui reproduisait à la perfection et volontairement, dans un but de supercherie, les diverses phases de l'hypnose provoquée.
Le délire hystérique, dernière période de la grande attaque (qu'il peut d'ailleurs résumer presque à lui seul), est assez comparable au somnambulisme hypnotique : le sujet a, comme dans l'hypnose, perdu
1 Babinski ; Hypnotisme et hystérie, in Gazette hebdomadaire, juillet 1891.
2 Gilles de la. Tourette et Cathelineau ; Progrès médical, 1S90, pag. 332. — Voy. aussi le chapitre de l'hystérie, pag. 780.
3 Semaine médicale, mars 1890, — et Clinique médicale, pag. l\Oi.
momentanément sa personnalité consciente et volontaire, et joue, en acteur consommé, un rôle souvent ingrat. — Mais, dans le délire hystérique, on retrouve presque toujours, au cours de la crise, quelque rudiment des autres périodes : gonflement du cou, mouvements convulsifs, phénomènes de l'aura céphalique ; la zoopsie est fréquente, les caractères somatiques fixes font défaut. Le sujet est, de plus, peu suggestible; il crée lui-même ses hallucinations et n'acceple que difficilement l'intervention d'une suggestion étrangère, qu'il interprète et modifie d'ailleurs à sa guise ; « il pense et agit pour lui et par lui » (Charcot). Si l'on peut parfois, comme nous l'avons vu (pag. 738), faire dévier son délire grâce à certaines influences extérieures (G. Guinon et S.Woltke), c'est toujours de son propre fond que l'hystérique en tire la matière et les développements. — L'hypnotisé, au contraire, suggestible à l'excès, ne pense et n'agit que par la volonté de celui qui le dirige. — Nous n'insistons pas là-dessus, ayant eu déjà l'occasion d'exposer ces faits.
Le somnambulisme spontané ou noctambulïsme, dont M"0 Stéph. Feinkind a tout récemment résumé l'histoire dans son intéressante thèse ', rentre encore, pour la majorité des cas (quelques-uns appartiennent à l'épilepsie) dans le cadre des phénomènes hystériques, et se distingue du somnambulisme provoqué par les mêmes caractères que le délire dont il vient d'être question. On peut le définir « une attaque nocturne d'hystérie à forme somnambulique » .
Il en pst de même du uigilambulisme hystérique1 ou dédoublement de la personnalité (dont chacune des manifestations peut être considérée comme une formule modifiée de la troisième période de la grande attaque), et de ['automatisme ambulatoire hystérique. — Dans tous ces cas, le sujet agit spontanément et sous l'influence de ses propres suggestions, au lieu que l'hypnotisé obéit aux suggestions d'autrui.
IV. Nous terminerons ce long exposé de l'histoire de l'hypnotisme 3
1 Steph. Feinkind ; Du somnambulisme dit naturel (noctambulisme) ; ses rapports avec l'hystérie et l'attaque d'hystérie à forme somnambulique. Thèse de Paris, i8g3.
Voy. aussi Charcot ; Gazette hebdomadaire, 7 janvier i8y3, 2, — et la note 3 de la page 740.
2 Azam ; Hypnotisme et double conscience. Traité, 1SS7 et 1893 ; Charcot; Clinique des maladies du Système nerveux, tom. II, 1893. Laurent ; Thèse de Bordeaux, 1893.
3 Nous avons volontairement laissé de côté, comme n'étant pas encore scientifiquement résolues, les deux questions de la transmission de la pensée (suggestion mentale) et de l'influx magnétique (force neurique de Barety). — On trouvera d'ailleurs tous les détails sur les divers phénomènes psychiques occultes (télépathie, lucidité, pressentiment), récemment étudiés par Groockes, Richet, de Rochas, Papus, Péladan, Uariex, Gibier, Paulhan, etc., et surles interprétations qu'on a tenté d'en fournir, dans le remarquable travail de A. Coste ; Les phénomènes psychiques occultes ; état actuel de la question (Thèse de Montpellier, i8g3).
par quelques mots sur les avantages, les dangers et Y importance médicolégale de cette névrose expérimentale.
a. Les avantages sont incontestables [quoique ce soit là un cùlé encore insuffisamment approfondi) . D'abord ce sont des éludes extrêmement importantes pour éclairer la physiologie et la pathologie du système nerveux. De plus, on peut obtenir d'heureux effets thérapeutiques : la suggestion est une arme puissante dont le médecin peut se servir pour le bien du sujet. Sans admettre tous les bons résultats obtenus par Braid (et certains sont remarquables!, Bernheim, Dumontpallier, Luys, Bérillon, etc., ont déjà montré ce que l'hypnotisme pourra faire en thérapeutique. Souvent on parviendra de la sorte à débarrasser un malade de troubles nerveux divers : spasmodiques (convulsions, contractures) ou paralytiques, sensitifs, sensoriels, et même vaso-moteurs ou viscéraux '.
I Voy., au chapitre précédent, le traitement de l'hystérie par l'hypnotisme.
L'hypnotisme étant, d'après l'École de la Salpètrière, unétat pathologique monopolisé au profltde certains hystériques, l'hypnose ne sauraitavoir d'action (et encore une action le plus souvent passagère et incomplète) que sur les manifestations de l'hystérie.— Pour Eernheim, au contraire, la plupart des individus étant accessibles à la provocation de l'hypnose, un grand nombre de troubles morbides (et des plus divers) seraient justiciables de ce mode d'intervention. On aurait obtenu, par exemple, en dehors de l'hystérie, le rappel ou la régularisation des menstrues, la suppression des douleurs de l'accouchement, l'arrêt d'hémorrhagies ou de vomissements, une action vomitive, diurétique ou purgative, la suppression de névralgies ou d'habitudes vicieuses, et môme la guérison de certaines maladies organiques.
II y a quelques années, Rourru et Burot (Congrès de Grenoble, i8S5), Luys {Académie de Médecine, 3o août 1SS7 et 7 août 18SS ; Les émotions chez les sujets en état d'hypnotisme, Traité, 1888), avaient proclamé la possibilité de produire par la simple présentation d'un médicament, chez un sujet hypnotisé, une action thérapeutique analogue à celle qu'eût provoquée l'administration interne de l'agent médicamenteux. — Une commission académique nommée pour vérifier ces laits n'est point parvenue à les confirmer, et son rapporteur, Dujardin-Beaumetz (Académie de Médecine, 6 mars 1888), tout en reconnaissant que l'approche d'un médicament provoque certains troubles chez l'hypnotisé, a démontré que les phénomènes observés sont toujours identiques, quelle que soit la substance employée ; la présentation d'un tube vide-a déterminé, dans un cas, des réactions intenses. — Des expériences personnelles, entreprises à cette époque, nous ont conduit aux mêmes conclusions. — Voy. aussi, sur ce poinl, Laborde ; Académie de Médecine, 14 août 1888.
Voy., sur les effets thérapeutiques de l'hypnose, en général :
Bernheim ; De la Suggestion et de ses applications à la thérapeutique, Traité, jyg6; - Hypnotisme, suggestion et psychothérapie, Traité, 1891 ; — Société d'hypnologie, juillet 1892 (Semaine médicale, i3 juillet 1892, pag. 28O) ;
Desplats ; Journal des Sciences médicales de Lille, iSbù ;
Fontan et Segard ; Eléments de thérapeutique suggestive, Traité, 1887;
Besse ; Thèse de Montpellier, 1888 ;
Schuster; Therap. Monat. , juillet 1889;
Krafft-Ebing ; Wien. med. Pr., ai juillet 18S9 ;
Von Corval, Mendel, Sperung, Moll ; Berl. kl. Woch., 1889;
Hirt ; Wien. med. Woch., juillet 1890 ;
Osgood ; The Boston med. andsurg. Journ., 1S90 ;
Il est possible enfin (certains le soutiennent et nous n'oserions, pour notre part, le contredire à l'heure actuelle) qu'un certain nombre de procédés surle mode d'action desquels on a beaucoup discuté (aimants,
Dujardin-Beaumetz ; Bulletin de Thérapeutique, janvier 1891 ; Laloy; Thèse de Paris, février 1891 ; Liébault ; Traité, Nancy, 1891 ; Ringier ; Traité, Munich, 1891 ;
Babinski ; Hypnotisme et hystérie ; du rôle de V hypnotisme en thérapeutique. Leçon faite à la Salpêtrière, le 19 juin 1891, in Gazette hebdomadaire, juillet 1891 ; Biswanger; Berl. kl. Woch., 16 mai 1892, pag. 495; Hulst ; Med. Rec, 4 mars 1893, pag. 265;
Strumpell ; Berl. Id. Wocli., i8g3, n° 1 {Revue Neurologique, i5mars 1893, n°3, pag. 86) ;
Donath ; Munch. med. Woch., i8g3, n°s 5, 6 et 7 ;
Booth; The New York med. Journ., 11 mars 1893, pag. 271 ;
Altschul; Revue Neurologique, 3i août 1893, pag. 459 ;
Bechterew ; Société de Neurologie et de Psychiatrie de Kazan, i8g3 {Revue Neurologique, i5 septembre i8g3, pag. 485); Gullerre ; La thérapeutique suggestive. Traité, 1893.
Nous citerons enfin, au hasard, parmi les succès thérapeutiques récents de l'hypnose, les faits isolés qui suivent :
Suppression d'attaques d'hystérie ou d'hystéro-épilepsie (Sollier; Progrès médical, i5 octobre 1S87 ; Booth ; loc. cit.) ; — d'attaques de sommeil (Hitzig ; Brain, 1893, et Revue Neurologique, i5 septembre 1893, n° 17, pag. 47$); — d'hallucinations (Bernheim; Revue médicale de l'Est, i5 juillet 1887) ; — d'habitudes vicieuses (Voisin; Congrès de Toulouse, 1887, et Semaine médicale, 12 octobre 1887, pag. ^io; Bernheim ; Revue de l'hypnotisme, décembre 1891) ; — de la morphinomanie (Bloch ; Revue de clinique et de thérapeutique, 1890, n° 20, pag. 319) ; — de crises épileptiques (Voisin, Bérillon ; Société d'hypnologie, 1891, et Semaine médicale, 29 juillet 1891, pag. 3o4- Ballet a combattu leurs conclusions).
Guérison de contractures et paralysies (Briand; Congrès de l'hypnotisme, 188g, et Semaine médicale, 14 août 188g, pag. 3o2), — de l'aphonie (Schnitzler ; Vienne, 1S89) ; — de l'insomnie (Frey; Semaine médicale, 20 juin 1888); — de troubles oculaires (Fontan ; Recueil d'ophtalmologie, 1887) ; — de névralgies (Moll ; Société de mèdecineberlinoise , 26 octobre 1887, et Semaine médicale, 2 novembre 1887 ; Frey ; Wien. med. Wocli., g-16 décembre 1888) ; — de névroses diverses (Bérillon; Congrès pour l'avancement des Sciences, 1889, et Semaine médicale, 4 septembre 1889, pag. 334 ; Luys ; Société médicale des Hôpitaux, 26 décembre i8go) ; — d'une rétraction de l 'aponévrose palmaire (!) (Kingsbury ; Brit. med. Journ., 10 janvier 1891).
Rétablissement des règles : Bernheim ; Congrès de Toulouse et Semaine médicale, 5 octobre 1887 ; — Regnault ; Semaine médicale, ig juillet i8g3, pag. 35o.
Action sur les aliénés: Burckhardt ; Corr. bl. f. schweiz. Aerz., 1886 {Revue des Sciences médicales, XXXI, pag. 626) ; — Voisin, Bérillon; Congrès de l'Hypnotisme, i8Sg (Semaine médicale, 14 août 1889, pag. 3o2) ; — Binswanger; Therap. Monat., mars-avril 1892 {Revue des Sciences médicales, XL, pag. 261) ; Robertson ; Journ. of ment. dis. , janvier 1890 ; — Toulouse ; Tribune médicale, 25 mai i8g3, pag. 4°6; — Voisin; Semaine médicale, 19 juillet 1893, pag. 35o.
Action sur le travail de l'accouchement: Porak.; France médicale, 19 octobre 1S86 ; — Léonard; Thèse de Paris, 1S86 ; — Pritzl ; Bulletin de Thérapeutique, 3o novembre 1886; — Dumontpallier ; Société de Biologie, 26 février 1887, et
couronnes aimantées, métallothérapie, homœopathie, et même, d'après certains auteurs, le séquardisme et les injections de phosphate de soude) tirent leur efficacité d'une action purement suggestive.
b. Les inconvénients sont réels aussi, d'ahord pour le sujet. Harting a vu l'hémiplégie et la mort chez des poules trop souvent soumises à l'hypnolisation. Il est incontestable que le perfectionnement même des sujets (ce qui est un fait acquis) prouve les progrès que fait leur impressionnabilité, leur nervosisme, sous l'influence des crises provoquées et travaillées. Il y a là déjà des arguments pour ne pas laisser magnétiser sans médecin et sans but médical1.
c. Mais les dangers sont bien plus graves au point de vue social et médico-légal2. Le magnétisé devient (à la phase de somnambulisme)
Revve de l'Hypnotisme, décembre 1891 ; — Liebault; Revue de l'Hypnotisme, 1 mai 1S87 ; — Mesnet; Académie de Médecine, 12 juillet 1887 ; — Auvard et Secheyron ; Archives de Tocologie, 1888; — De Jong ; Congrès de l'Hypnotisme, 1S89 (Semaine médicale, 14 août 1889, p^g. 3o3); — Fanton ; Congrès pour l'avancement des Sciences, 1889 (Semaine médicale, 21 juillet 1889, pag. 3i5) ; — Fraipon et Delbœuf ; Revue de l'Hypnotisme, avril 1890; — Debrovolsky; Revue de l'Hypnotisme, mars 1891. — Dans la plupart des cas où on a réussi à hypnotiser les parturientes, les douleurs ont reparu à la période d'expulsion.
Action dans les opérations chirurgicales : Pitres ; Journal de Médecine de Bordeaux, 6 juin 1886; — Santelli ; Thèse de Montpellier, 1887; — Furth ; Wien. med. Woch., 21 mars 1888; — Schnitzler ; Société des médecins de Vienne,
1888 (Semaine médicale, 29 juillet 1888) ; — Mesnet ; Académie de Médecine, 3o juillet 1889; — Fort; Congrès de l'Hypnotisme, 1889 (Semaine médicale, 14 août 1889, pag. 3o2).
On trouvera, dans la Revue et les Congrès de l'Hypnotisme en particulier, un grand nombre de faits analogues.
1 Voy. là-dessus le récent travail de von Ziemssen, in Mùnch. med. Woc/i., juillet 1S89, pag. 537 (Revue des Sciences médicales, XXXVI, pag. 121).
2 Voy. sur l'hypnotisme au point de vue médico-légal :
Liégeois ; Académie des Sciences et Traité, 1884 ; — Congrès de l'Hypnotisme,
1889 (Semaine médicale, 28 août 188g, pag. 326) ; — De la suggestion et du somnambulisme clans leurs rapports avec la jurisprudence et la médecine légale. Traité, 1889 ;
Ladame ; Revue de l'Hypnotisme, 1886, n° 1, pag. 10; Binet et Féré ; Traité, Paris, 1886;
Gilles de la Tourette ; Traité, 1886, 20 édition, 1S8S ; — Progrès médical, 3i janvier 1891 ; Thomas; Annales d'hygiène publique, 1886, XV, pag. 553; Mesnet; Académie de Médecine, i5 mars 1887 ; Lafforgue ; Thèse de Bordeaux, 1887 ; Rous ; Thèse de Montpellier, 1887 ;
Garnier; Annales médico-psychologiques, janvier 1890 ; Bernheim ; Revue médicale de l'Est, 1890, n° 18; Vintras ; France médicale, i3 février, 1891 ; Danillo ; Wien, med. Pr., 3o mars-6 avril 1890 ; Voisin ; Bulletin de Thérapeutique, 3o août 1891 ; Discussion à la Société d'Hypnologie, juillet 1891 ;
Bénédikt ; Assoc. med. britann., 1891 (Semaine médicale, i5 août 1891, pag. 344);
une chose dont le magnétiseur fait ce qu'il veut, et, circonstance aggravante, le magnétisé (dans bien des cas) ne se rappelle rien de ce qui s'est passé dans l'attaque, ou, ce qui est pis encore, se rappellera ce que voudra le magnétiseur (vrai ou faux). Donc, le magnétiseur pourra commettre tous les attentats sur son sujet lui mettre une torche ou un poignard entre les mains le faire à volonté incendier, assassiner, fournir un faux témoignage, porter une accusation grave, signer un testament ou une donation. — H y a aussi le côté moins important, dont on s'est cependant plus occupé en justice jusqu'à présent, de la responsabilité d'un hypnotisable, comme cet individu accusé de viol que Mottet a fait acquitter en le magnétisant devant la Cour : la question est ici très com plexe, car il faut encore démontrer que cet hypnotisable était réellement hypnotisé au moment du crime. — H y a aussi la question du somnambulisme simulé par tous ceux qui saisiront ce prétexte pour troubler l'esprit des jurés. — Mais ce sont encore les suggestions d'actes à longue échéance qui auraient les conséquences les plus graves: on peut faire assassiner un individu par un autre, en donnant à celui-ci l'ordre de le faire un mois avant ; le meurtrier accomplira son œuvre, devant des témoins peut-être, dans un état de veille apparent, et il ne pourra pas dire, une fois l'acte accompli, quel est l'instigateur de son crime; ou même, si on a pris soin de le lui suggérer, il pourra accuser un innocent de ce forfait.... L'esprit se perd au milieu du dédale de difficultés que l'hypnotisme peut faire surgir pour égarer l'action de la justice.
Telle est l'opinion peu rassurante professée par Liégeois et l'École de Nancy (Liébeault, Bernheim, Beaunis) : l'hypnotisé serait un irresponsable, pouvant servir d'instrument docile entre les mains d'un hypnotiseur malfaisant. Brouardel et Gilles de la Tourette, au contraire, n'acceptent point l'hypothèse (de confirmation jusqu'ici inédite) 2 du
Ballet; Leçon faite à la Salpètrière le 23 juin 1891, in Gazette hebdomadaire, 3i octobre 1891 ; Cullerre ; Annales médico-psyc/iologiques, mars 1892 ;
Voisin, Bénédikt ; Congrès international d'anthropologie criminelle, 1892 (Semaine médicale, 17 août 1892, pag. 334) ; Brown ; Jour», of the Am. med. Assoc, 12 novembre 1892 ; Voy. enfin, sur Y Affaire Gouffé, la Gazette des Tribunaux de 1890.
1 Comme l'a démontré Brouardel, le crime (viol) commis sur la personne de l'hypnotisé parait être la plus redoutable des conséquences médico-légales de l'hypnose. Telle est aussi l'opinion de Gilles de la Tourette (Annales d'hygiène publique, 1887, XVI, pag. 443) et de Ballet (loc. cit.).
2 Voisin a récemment rapporté la première observation d'un délit commis sous l'influence de l'hypnose : une femme aurait volé sous l'empire de suggestions imposées par trois malfaiteurs et quotidiennement répétées ; la justice a consacré cette interprétation du fait en rendant une ordonnance de non-lieu en faveur de la femme et condamnant les véritables auteurs. Or, sans incriminer en aucune façon la légitimité du jugement, il est permis de se demander, avec Ballet (loc. cit.) s'il s'agissait bien là de la véritable hypnose provoquée, si l'on n'avait pas
crime par suggestion. Tant qu'il s'agira d'un <t crime de laboratoire», le sujet s'y prêtera souvent sans résistance et exécutera passivement toutes les suggestions dont il semble pressentir l'innocuité. Mais, pour peu que l'acte suggéré ait des conséquences vraiment nuisibles ou particulièrement désagréables au sujet, on verra celui-ci hésiter, résister à la suggestion et finalement refuser de s'éveiller, tomber en léthargie ou en crise hystérique pour échapper à l'exécution de l'acte; on voit cela tous les jours, même lorsqu'il s'agit d'un crime expérimental.
Déplus, pour commettre un crime par suggestion, il faut au préalable avoir été endormi ; or la provocation de l'hypnose n'est généralement possible qu'en vertu d'un consentement formel du sujet ou. tout au moins, de sonadhér-ion tacite, et il semblerait bien difficile de l'endormir malgré sa volonté expresse.
Tout cela fût-il possible, le crime par suggestion n'offrira jamais pour le provocateur la sécurité relative que pourrait présenter une exécution personnelle. L'hypnotisé n'étant qu'un instrument passif et la part de l'imprévu étant réduite à néant, l'acte deviendra irréalisable toutes les fois qu'il s'écartera d'une manière quelconque des prévisions rigoureusement formulées. Or, quelle que soit l'imagination de l'hypnotiseur, il oubliera toujours quelque détail dont la précision eût été nécessaire à l'exécution de l'acte. F..., le sujet dont nous avons résumé l'histoire, mise par nous en présence de l'un de nos collègues qu'elle connaissait et invitée à le considérer comme une personne étrangère, refusa d'accepter la suggestion parce qu'elle avait reconnu la voix de notre confrère.
Enfin, ne se présentât-il aucun obstacle, la perpétration du crime sera maladroite, brutale, impulsive : l'hypnotisé ira droit devant lui et frappera sans précaution l'ennemi qu'on lui aura signalé. Il faut, en effet, pouracoomplir adroitement un acte quelconque, de l'initiative, du raisonnement et une conviction personnelle ; or tous ces éléments de succès font défaut dans le cas dont nous nous occupons.
Le crime par suggestion, théoriquement possible, nous paraît en pratique plein de difficultés, dépourvu de la plupart des chances de succès que présentent les crimes ordinaires, et, partant, peu redoutable.
En tout cas, la conclusion à tirer de tout cela (nous la reproduisons textuellement de nos précédentes éditions), c'est que le magnétisme n'est pas trop à répandre. C'est une pratique scientifique, médicale, qui doit rester telle, sous peine de devenir nuisible et dangereuse (sans compter l'effet sur les intelligences faibles que de pareils spectacles peuaffaire à l'une de ces déséquilibrées, de ces femmes nerveuses et débiles d'esprit, dont Lasègue a magistralement exposé l'histoire, qui volent par instinct, presque inconsciemment,dans les grands magasins; et dont quelques malfaiteurs, exploitant les tendances, se seraient approprié les déprédations.
vent troubler et dévier entièrement, sans compter les hystéries que cela peut créer). De sorte que nous ne serions pas éloignés de proposer le vœu formulé par le professeur Friedberg : « qu'il soit interdit d'hypnotiser une personne sans qu'elle ait donné son consentement formel et sans la présence d'un médecin responsable >, vœu dont nous préférerions la réalisation à la mesure prise, dit-on, par le Ministre de l'Intérieur de Prusse, et interdisant les séances publiques de magnétisme. Nous croyons que la Morale et la Société doivent plutôt craindre les magnétisations à huis clos que les magnétisations publiques '.
Ceci soit dit sans vouloir décourager les médecins de continuer l'étude de ces curieux phénomènes ; tout ce que nous en disons est pour prouver au contraire le devoir qui s'impose strictement à eux de bien connaître tous ces problèmes ardus. Les poisons les plus dangereux sont ceux que l'on doit le plus et le mieux étudier, parce que ce sont ceux qui peuvent faire le plus de mal ou le plus de bien, suivant qu'on sait ou non les manier.