LOCALISATIONS NERVEUSES DE LA SYPHILIS
Nous décrirons d'abord avec soin les manifestations nerveuses de la période tertiaire, sur lesquelles de nombreux travaux ont été accumulés, et nous dirons ensuite un mot sur les accidents nerveux de la période secondaire et la syphilis infantile :.
i° Encéphale1'. — Étiologie. — La fréquence de la syphilis dans les maladies du système nerveux est considérable, d'après Fournier. Dans
1 Gros et La.ncerea.ux ; Des affections nerveuses syphilitiques, Paris, 1861; Lance reaux ; Traité historique et pratique de la syphilis, 2e édition, 1873 ; —
Archives générales de Médecine, avril-mai 1891 ; - Leçons de Clinique médicale, 1892 ; Heubner ; Handb. de Ziemsscn ;
Hanot ; Revue générale, in Revue des Sciences médicales, IX, 2; Chauvet; Thèse d'agrégation, Paris, 1880;
Rumpf ; Arch. f. Psych. und Nerven., i885, pag. 410> — Traité, Wiesbaden, 1887; Ziemssen ; Mùnch. med. Woch , 1888;
Fournier ; Accidents nerveux de la syphilis, in Gazette médicale de Paris, 17 décembre 1888 ;
Oppenheim; Berl. kl. Woch., 1889, n"8 48 et 49 (Revue des Sciences médicales, XXXV, pag. 584) 5 Gowers; Letsomian lectures, 1889 (Semaine médicale, 9 janvier 1889) ; Mauriac; Syphilis tertiaire, 1890 ; Gharcot ; Œuvres complètes, passim.; OEbeke; Allg. Zeits. f. Psych., XL VIII, 1-2, 1891 ; Gajhiewicz ; Syp/tilis du Système nerveux, Traité, 1892;
Dinkler ; Maladies post-syphilitiques du Système nerveux central et périphérique. Gongrès de Baden-Baden, juin i8g3.
2 La syphilis peut agir sur les centres nerveux par l'intermédiaire d'une série de processus anatomiques. dont les principaux sont les suivants : la gomme, la sclérose, la méningite, l'artérite, l'anévrisme ; enfin elle peut les troubler fonclionnellement et engendrer des névroses.
;! Fournier; La Syphilis cérébrale, Traité, 1879; — Bulletin médical, 1887 ;
Gaudichier; Syphilis cérébi aie précoce, Thèse de Paris, i886(4i4 observations); — et Congrèsdes Sociétés savantes, 1890 (Semaine médicale, 4 juin 1890, pag. 202);
Gharcot ; Clinique des maladies du Système nerveux, tom. I, 1891;
Bitot ; Archives cliniques de Bordeaux, février i8g3, n° 2, pag 69 ;
Darier; art. Syphilis cérébiate, in Manuel de Médecine de Debove et Achard,
un hôpital exclusivement consacré à l'épilepsie el aux paralysies, Althaus compte 5 pour 100 d'affections nerveuses syphilitiques pour la totalité des admissions. Les paralysies syphilitiques représentent 20 pour 100 des paralysies admises dans l'hôpital. Les troubles d'intelligence ou de mémoire syphilitiques comptent Go pour 100. — D'autre part, Fournier1, sur 3, 420 cas de syphilis tertiaire, a constaté 63 1 fois une atteinte de l'encéphale.
En général, la syphilis est aidée dans sa localisation sur le système nerveux par une disposition personnelle spéciale qui détermine cette manifestation de la maladie plutôt qu'une autre, comme la disposition héréditaire aux maladies nerveuses. Ainsi, Lallemand a vu un cas de syphilis cérébrale chez un sujet migraineux dans sa jeunesse ; Zambaco, chez un individu dont le père était mort apoplectique, et qui lui-même était sujet aux congestions cérébrales; Heubner, chez un autre qui avait eu une paralysie infantile2.
Les traumatismes ont une action analogue. Lallemand a vu une syphilis cérébrale se développer après un coup sur la tète; Wilks et Wagner ont observé des faits du même ordre.
Nous citerons encore les influences psychiques, le travail intellectuel exagéré, les fatigues, les frayeurs, les excès (alcoolisme). J. Frank a observé une femme syphilitique qui devint épileptique après une chute dans l'eau; elle avait au crâne une exostose et guérit par le traitement antisyphilitique3.
La syphilis peut cependant aussi frapper le cerveau sans que le sujet présente de prédisposition connue. L'âge ne paraît avoir aucune influence; le sexe masculin est le plus souvent atteint; Gaudichier, dans sa thèse, compte 33y hommes pour 39 femmes. Les professions les plus menacées sont celles qui prédisposent au surmenage cérébral.
L'âge de la syphilis n'est pas indifférent : les manifestations peuvent être précoces, se présenter au début de la période tertiaire, ou même dans la période secondaire ''; mais c'est une exception. Les accidents
1 Fournier ; Congrès international de Dermatologie et de Syp/iiligraphie,
2 Voy. aussi Tarnowsky ; Arch. /'. Derm. undSyph., 1891. XXIII, 3, pag. 385.
3 Voy., sur le rôle du surmenage nerveux (intellectuel, moral et physique) et de l'hérédité nerveuse, la récente communication de Fournier au Congrès de Dermatologie et de Syphiligraphie, 10 décembre 1891.
4 Nous citerons plus loin des faits de cet ordre pour la moelle ; pour le cerveau, Liandier a communiqué à la Société clinique (12 mars i8S3 ; anal, in Encéphale, i883, III, pag. 763) un cas d'hémiplégie d'origine syphilitique et coïncidant avec des plaques muqueuses.
Voy. aussi : Churton ; Soc. med.-chirur g . de Leeds (anal, in Semaine médicale, i885, n°6, pag. 49); Gaudichier ; Thèse citée ;
Morel Lavai. lée ; Des formes graves de la syphilis, in Gazette des Hôpitaux, i3 octobre 1888.
Darier (in Thèse de Baudouin, Paris, 1889) a l'ait l'autopsie d'un sujet mort
éclatent en général de la troisième à la dixième année après la contamination (surtout la troisième ou quatrième année chez l'homme, la septième ou huitième année chez la femme, d'après Gaudichier). Quelquefois ils sont beaucoup plus tardifs, jusqu'à trente ans après le chancre.
Fournier s'est demandé si toutes les syphilis disposent également aux manifestations cérébrales, et conclut : i. Toute syphilis, bénigne, moyenne ou grave originairement, peut être suivie d'accidents cérébraux; 2. La bénignité originelle d'une syphilis (traitée ou non) n'est en rien une garantie contre l'éventualité d'accidents cérébraux ultérieurs1 ; 3. Même, d'après les faits réunis aujourd'hui, ce sont les syphilis originairement bénignes ou moyennes qui, proportionLellement, fournissent le plus fort contingent aux accidents de cet ordre (peut-être parce que ce sont elles qui passent le plus facilement inaperçues). Broadbent arrive aussi à conclure que les sujets le plus exposés aux accidents du système nerveux sont ceux chez qui les symptômes secondaires ont été transitoires et légers2.
Analomie pathologique *. — La syphilis produit dans le cerveau des lésions analogues à celles des autres viscères. C'est toujours de la méningite ou de l'encéphalite, aboutissant à la gomme ou à la sclérose.
l. La gomme'' se présente sous deux formes, qui se trouvent fréquemment réunies sur le même sujet : a, masse blanc rougeàtre, ou gris rougeàtre, ou grise, humide, ayant la consistance de la gélatine ferme, demi-transparente sur des coupes minces, "passant graduellement au tissu sain ambiant; 6, substance blanche plus ferme, souvent de dureté cartilagineuse, sèche, présentant à la coupe une matière homogène caséiforme, en tumeurs circonscrites plus ou moins grandes.
a. La masse gris rougeàtre est constituée par des cellules rondes et
de syphilis cérébrale huit mois après l'apparition du chancre initial; il a trouvé de la méningite et de l'artérite cérébrale. — Mauriac {Archives de Médecine, juin 1889) a observé des troubles cérébraux intenses au sixième mois de la syphilis. — De Francesco {Gaz. degli Osped., i8g3 ; Revue Neurologique, 3o octobre 1893, n° 20, pag. 571) a vu survenir une céphalée intense, des attaques convulsives et des phénomènes paralytiques avec aphasie, quatre mois après l'infection.
1 « Une syphilis qui commence bien n'en est pas moins exposée à mal finir » (Fournier).
2 Les principaux facteurs de gravité de la syphilis sont, d'après Fournier : l'alcoolisme, la scrofulo-tuberculose, l'âge avancé du sujet, le paludisme, le surmenage et la misère, l'absence ou l'insuffisance de traitement au début. — Gémy (d'Alger) y ajoute la •< qualité de la graine », qui se transmettrait avec la virulence acquise, d'où le conseil (un peu théorique) donné par cet auteur : « Si vous devez contracter la syphilis, prenez-la à une source largement, longuement et profondément mercurialisée » (in Revue de Morel Lavallée).
3 Voy. Obermeier; Deut. Zeits f. Nerven., 1892, 1 à 3.
* Voy., sur l'anatomie pathologique des gommes syphilitiques: Marfan et Toupet ; Annales de Dermatologie el de Syphiligraphie, août-septembre 1890.
des noyaux avec quelques cellules étoilées ou fusiformes disséminées ; elles sont dans les mailles du tissu originaire, dont les éléments normaux forment la substance intercellulaire, avec quelques capillaires souvent très larges. La tumeur est plus ou moins molle ou dure, suivant la laxité plus ou moins grande du tissu dans lequel elle s'est développée (espace sous-arachnoïdien ou dure-mère). Ces cellules embryonnaires sont probablement des éléments sanguins migrateurs; les éléments fusiformes, plus avancés, viendraient du tissu conjonctif voisin. La richesse sanguine, comme la consistance de la tumeur, dépend de la région où elle se développe. A la périphérie de la tumeur, on retrouve tous les termes de transition dans l'infiltration cellulaire jusqu'au tissu sain.
b. Les masses plus fermes sont formées, au centre, soit de restes des éléments normaux comprimés, soit de cellules de néoi'ormation agglomérées et atrophiées. Il y a une masse de cellules granuleuses dans les mailles du tissu originaire, autour de laquelle on trouve, soit une capsule de tissu conjonctif scléreux, soit du tissu gris rosé de la première forme. La substance granuleuse est formée des détritus des cellules rondes, de quelques amas pigmentaires et de granules graisseux. C'est la caséifîcation, l'atrophie, la dégénérescence granuleuse des cellules, avec une prolifération conjonctive active tout autour.
Les deux sièges de prédilection pour les gommes sont : la dure-mère et l'espace sous arachnoïdien. Dans la dure-mère, on ne rencontre pas la forme molle, mais la tumeur sèche, qui se trouve souvent entre les feuillets, dans les replis de la dure-mère. L'os avoisinant (frontal, pariétal, ethmoïde) peut être rongé ; c'est une sorte de carie sèche. Dans l'espace sous arachnoïdien, les lésions s'étendent beaucoup plus; la plupart des syphilomes cérébraux naissent là, à la surface, et se propagent ensuite vers le centre. A la convexité, la dure-mère est intéressée et toutes les méninges adhèrent au cerveau, toute la lésion formant une masse unique : c'est l'ankylose méningée ou cérébro-méningée de Fournier. A la base (localisation la plus habituelle) ', la dure-mère peut rester intacte, la lésion s'infiltrant facilement dans les dépressions et les sillons de la région. Dans les deux cas, au lieu de tumeurs circonscrites, on peut avoir une infiltration diffuse : méningite gommeuse.
Dans des cas rares seulement, la tumeur syphilitique prend la forme de nodules miliaires ; Engelstedt et Lancereaux en ont décrit des exemples.
Les tumeurs développées dans l'intérieur même du cerveau, sans relations avec les méninges, sont de grandes raretés. Ainsi, sur 45 cas,
' Oppenheim ; Berl. kl. Woch., 1889, a0' 48 et 49 ;
Uharcot; Leçon publiée par Souques, in Clinique des Maladies du Système nerveux, 1891, tom. I, pag. 3?2.
ou n'en trouve que 3 : un de Lallemand, un de Zambaco et un de Lancereaux '.
Quelquefois la tumeur a pris naissance au niveau du quatrième ventricule (toujours la pie-mère).
Fournier professe la même opinion que Heubner sur la fréquence de l'origine périphérique de ces gommes; il ajoute que, quand on les observe dans les parties centrales, c'est presque toujours dans les portions grises des ganglions centraux. Hanot en a vu avec Charcot une développée entre les deux noyaux du corps strié. Le système vasculaire, dont nous allons étudier les lésions, donnerait peut être l'explication de ces origines spéciales (Hanot).
2. Les vaisseaux peuvent participer à ces altérations et même être le siège particulier, indépendant, de ces lésions, que nous décrirons d'après Hanot -.
Wilks, en i863, et l'Ecole anglaise ont fortement attiré l'attention sur cette question toute contemporaine des gommes vasculaires, et l'École allemande, avec Heubner, a complété l'étude histologique de cette artérite syphilitique, dont nous avons déjà dit quelques mots à la page 126, du tom. I.
La sylvienne, le tronc basilaire, les vertébrales et les cérébrales postérieures sont les plus fréquemment atteintes, et symétriquement ; le vaisseau n'est habituellement frappé que dans la première partie de son trajet3.
La lésion se localise dans la partie non vasculaire de la paroi artérielle, immédiatement sous l'endothélium, au-dessus delà membrane fenêtrée. Ce sont d'abord quelques noyaux disséminés dans la substance amorphe trouble, puis de longs éléments fusiformes provenant de l'endothélium vasculaire. La prolifération est active et sépare l'endothélium de la membrane fenêtrée. Quelquefois une petite tumeur fait saillie dans la
1 Récemment Klippel et Pactet (Société anatomique, janvier i8g3) ont observé une infiltration gommeuse massive dans tout le lobe moyen de l'hémisphère cérébral gauche.
2 Voy. Thibierge ; Les lésions artérielles de la syphilis. Revue générale, in Gazette des Hôpitaux, 26 janvier 1889;
Joffroy ; Archives de médecine expérimentale, 1891 ;
Dieulafoy ; De V artérite cérébrale syphilitique. Leçon publiée par Charrier, in Gazette hebdomadaire, 3 décembre 1892, pag. 579 ;
Stanziale ; Ann. di Neurol., i3g3 {Revue Neurologique, 3o septembre 1893, n" 18, pag. 5o3) ;
Brousse; Médecine moderne, 1893, n° 66; — cl Nouveau Montpellier médical, 1 juillet 1893, pag. 608.
Voy., en outre, le chapitre Artérite syphilitique, in Manuel de Médecine de Debove et Achard, i8g3, tom. II, pag. 38i.
L'artérite syphilitique des artères rétiniennes a été récemment signalée (Voy. Ostwalt ; Thèse de Paris, 1891).
SYPHILIS. 937 lumière du vaisseau, sur un point, rarement sur toute la circonférence, et un thrombus finit par se former
Le néoplasme peut s'organiser et même se vasculariser ; c'est une sorte de véritable membrane sous l'épitbélium, formée de cellules géantes à la partie interne, d'éléments connectifs à la partie moyenne et à la partie externe. D'autres fois, il y a rétraction inodulaire, avec atrophie des cellules et oblitération totale du vaisseau.
Ce processus diffère de l'athérome par la rapidité de son évolution (il dure des mois au lieu de durer des années) et par l'organisation en néoplasme, que ne présente jamais l'athérome. Corail'2 a toutefois démontré que l'artérite syphilitique peut aboutir à l'athérome.
En France, Lancereaux a publié des observations analogues sur ces lésions 3. Dans un fait de Charcot et Pitres, cité dans la thèse de Rabot, il y aurait eu aussi périartérite syphilitique : nodosités conjonctives paraissant avoir leur point de départ dans la tunique externe.
Baumgarten, Lancereaux, font jouer le principal rôle à cette périartérite, que Rumpf et Stanziale rattachent à l'altération initiale des vasa vasorum.
Du reste, ce n'est peut-être pas là la seule lésion vasculaire que la syphilis puisse produire ; on a observé la dégénérescence graisseuse, les anévrismes A, etc. ; mais ce sont là des faits moins fréquents.
3. Nous avons ensuite la sclérose cérébrale, l'inflammation non gommeuse6 ; nous venons déjà de trouver ce processus dans les vaisseaux.
Il s'agit ici de l'encéphalite hyperplastique scléreuse, que nous avons décrite plus haut, d'après~Hayem. En général mal limitée, diffuse, elle est presque toujours partielle, circonscrite par exemple à une circonvolution. Elle peut être aussi répandue par plaques sur diverses portions du cerveau et même de la moelle, comme dans une observation de Charcot et Gombault.
Assez fréquente dans la dure-mère, elle y constitue la pachyméningite membraneuse ou hyperplastique, dans une partie restreinte de la dure-mère, qui peut prendre une épaisseur sextuple. Quelquefois, sous forme de nodules gommeux, caséeux, jaunâtres, parsemés, elle constitue la «pachyméningite scléro-gommeuse» de Fournier. L'arachnoïdite hyperplastique a été également observée.
1 Voy. le cas récent de Joffkoy et Lé tienne, in Archives de Médecine expérimentale, mai 1891 , n" 3.
2 Cornil ; Journal des connaissances médicales, 1886.
3 Rabot ; Thèse de Paris-, 1873; — et Congrès pour l'avancement des Sciences,
4 Lancereaux ; loc. cit.; Verdie ; Thèse de Paris, 1884 ;
Spillmann ; Annales de Dermatologie et de SyphiligrapJiie, novembre 1886. s Voy. Lancereaux; L'encéphalite syphilitique, in Archives générales de Médecine, avril-mai 1891.
Grasset, 4e édit., tom. II. 60
4- Le ramollissement se présente chez les syphilitiques consécutivement aux lésions artérielles décrites, comme après l'alhérome1; il ne présente rien de spécifique.
5. Les auteurs rapportent aussi des cas dans lesquels on a trouvé des lésions de méningo-encéphalite diffuse, comme dans la paralysie générale, mais toujours sous la dépendance de la syphilis (pseudoparalysie générale syphilitique). Le rôle de la méningite serait ici plus prépondérant que dans la paralysie générale, d'après Fournier ; mais, en somme, c'est le même processus2.
Que conclure de tout cela? En résumé, il n'y a pas de lésion spécifique.
Nous repoussons la division de Heubner en lésions gommeuses syphilitiques spécifiques et lésions inflammatoires. Tout est inflammation, prolifération, infiltration, diapédèse, retour à l'état embryonnaire; il n'y a rien d'histologiquement spécifique. C'est toujours de l'inflammation, qui peut, suivant les cas, aboutir à la dégénérescence granuleuse ou à la sclérose, atteindre les vaisseaux et entraîner le ramollissement, frapper les méninges et le cerveau ; elle varie dans sa marche, ses modes et son agencement, mais histologiquement c'est toujours de l'inflammation .
C'est la confirmation du principe général que nous avons souvent rappelé : les lésions, pas plus que les symptômes pris isolément, à un instant donné de leur évolution, ne spécifient une maladie. Leur succession, leur arrangement seuls caractérisent et distinguent les divers états morbides.
Symptômes . — Par la diffusion extrême des lésions et par les sièges très variés qu'elles peuvent occuper, on doit prévoir les nombreux types cliniques que la symptomatologie présentera. Fournier les ramène à six : formes céphalalgique, congestive, convulsive ou épileplique, aphasique, mentale, paralytique.
1 . La céphalalgie 3 est un symptôme si fréquent dans la syphilis cérébrale que, pour Heubner, ce serait même là un prodrome commun à toutes les formes ultérieures de la maladie. Elle s'allie d'habitude à l'insomnie.
On l'observe sous trois types qui peuvent du reste s'associer : a. douleur gravative, avec pesanteur, alourdissement; 6. douleur constrictive produisant la sensation d'une forte pression (étau) ; c. douleur de martellement. — Elle est circonscrite et fixée à un point de
1 Voy. la pag. 125 du tom. I.
2 Nous avons déjà parlé (tom. I), et reparlerons plus loin, des pseudo paralysies générales, et du rôle que joue la syphilis dans l'étiologie de la paralysie générale et du tabès.
3 Voy., sur la cép/tedée syphilitique : Lionnet ; Thèse de Lyon, 1892.
la tête (tumeurs), ou générale et diffuse dans diverses régions crâniennes (frontale ou fronto pariétale surtout).
Elle présente des caractères particuliers sur lesquels insiste Fournier : intensité, exacerbation pendant la nuit, persistance et longue durée. Quelquefois atroce, elle peut entraîner le délire, même furieux. La céphalée secondaire serait exclusivement nocturne et la céphalée tertiaire continue. Elle peut durer jusqu'à dix ans, avec des crises dépassant six mois.
« Un mal de tête intense, dit Fournier, violent, à exacerbation nocturne, à durée longue, chronique, et à retours fréquents, est un symptôme qui atteste presque infailliblement la vérole, qui doit toujours, pour le moins, en éveiller le soupçon. »
2. Dans la forme congestive ', on observe d'abord des phénomènes congestifs passagers : des vertiges, puis des troubles des sens (obnubilations passagères, bourdonnements, etc.) ; des troubles subits et passagers de la molilité (ictus apoplectique, ballottement, titubation) ; des troubles également fugaces de l'intelligence (absences).
Ces phénomènes aboutissent ensuite à une sorte d'état congestif habituel, presque permanent, caractérisé par les mêmes phénomènes exagérés d'intensité et de fréquence. On observe alors une lourdeur de tête ordinaire, des vertiges fréquents, intenses, se répétant plus ou moins souvent, et pendant lesquels le malade peut tomber. A cela se joindront : des troubles sensoriels, des troubles moteurs (torpeur, faiblesse musculaire), de la faiblesse intellectuelle, des troubles de sensibilité (fourmillements), des vomissements (en fusée), des troubles génito-urinaires (miction difficile, impuissance).
Ces accidents peuvent être suivis d'accès congestifs (engourdissement subit des membres, attaques partielles et peu durables de parésie) ou bien même de paralysies définitives.
C'est dans cette forme de Fournier que rentre la méningite syphilitique subaiguë de Taylor.
3. La forme convulsive ou épileplique se produit quand les lésions sont périphériques (ce qui est fréquent) et rentre dans la symptomatologie des lésions corticales. C'est Yépilepsie syphilitique, qui, comme l'épilepsie ordinaire, se manifeste par le haut mal et le petit mal. L'intérêt principal ici est de donner les caractères spéciaux différentiels de cette épilepsie syphilitique, d'après les travaux de Fournier et de Charcot -.
1 (Jhauvet est tenté d'attribuer cette forme dite congestive plutôt à une anémie cérébrale qu'à une congestion.— Fournier. lui-même reconnaît, du reste, que cette forme est attaquable au point de vue anatomique et pathogénique. Il ne faut donc considérer ces diverses formes que comme des types cliniques. Voy. encore, sur Yépilepsie syphilitique :
Périer ; Thèse de Paris, i88i,n" 70 ;
Barbier ; Thèse de Paris, i885 ;
D'après Fournier : a. l'altaque d'épilepsie syphilitique, quelque forme qu'elle affecte, ne se distingue par aucun signe propre, pathognomonique, de l'attaque d'épilepsie vulgaire ; il y a de simples nuances, comme l'absence plus fréquente du cri et la fréquence plus grande des paralysies ; mais ces signes n'ont rien d'absolu ni de suffisant; — b. il n'y a aucune particularité spéciale, non plus, comme mode d'apparition et d'évolution de l'attaque ; ■ — c. il y a quelques caractères différentiels dans l'épilepsie syphilitique envisagée dans son ensemble : Ainsi, « dans l'épilepsie syphilitique.les intervalles des crises sont moins complètement exempts de troubles morbides que dans l'épilepsie commune ; |3. l'épilepsie syphilitique, pour peu qu'elle date d'un certain temps, est fréquemment associée à divers phénomènes cérébraux, notamment à des paralysies ou à la névrite optique d'origine cérébrale; y. elle se distingue par les conditions dans lesquelles s'est produite la maladie (antécédents de syphilis) ; 3. elle peut guérir par le traitement antisyphilitique.
En somme, on voit que ce sont là les signes de l'épilepsie avec lésion cérébrale, avec les antécédents et l'efficacité du traitement en plus.
Charcot a insisté sur ce point que l'épilepsie syphilitique est généralement partielle ou hémiplégique ; la syphilis, nous l'avons vu (pag. 288 du tom. I), est le principal facteur de l'épilepsie jacksonnienne. Elle débute le plus souvent par un des membres supérieurs ou par un côté de la face, plus rarement par un membre inférieur. Elle est quelquefois précédée par un certain nombre d'accès d'épilepsie vulgaire.
Cette épilcpsie correspondrait, d'après Charcot, à la pachyméningite gommeuse circonscrite, avec participation des membranes sous-jacentes. Dans les premières périodes, la substance grise cérébrale ne serait le siège que d'altérations dynamiques transitoires. D'après Hughlings Jackson, ce serait un emmagasinement, une accumulation de force ; puis, à certains moments, surviendrait une décharge brusque, une dépense par explosion dans les membres, du côté opposé à la lésion. Un épuisement temporaire survient ensuite, d'où les paralysies momentanées observées souvent dans les parties convulsées. A la longue, par la répétition même de ces actes, les lésions de l'écorce 1 s'établissent définitives, avec dégénérescences secondaires, d'où une hémiplégie permanente et indélébile. On comprend, dans ces cas, l'importance d'un traitement rapide.
4- V aphasie peut être un phénomène précoce ou tardif de la syphilis;
Bigorre ; Thèse de Paris, 1887; Fédou ; Thèse de Montpellier, 1888 ; Mallet ; Thèse de Paris, 1891 ;
Kowalbwsky ; Archioes de Psychiatrie, de Neurologie et de Médecine légale, 1893 {Revue Neurologique, i5 août 1893, n° i5, pag. 420I.
1 Voy. une communication de Rosenthal à la Société império-royale des médecins de Vienne (anal, in Semaine médicale, i885, n° i3, pag. 806) sur la Syphilis du cerceau et sa localisation.
elle peut se présenter seule, isolément ; plus souvent, elle fait partie d'un ensemble et figure dans la syphilis cérébrale au milieu d'autres phénomènes, parmi lesquels et en première ligne la paralysie à droite. Il n'y a, du reste, rien de spécial comme symptômes qui différencie cette aphasie de l'aphasie vulgaire, dont elle peut reproduire les types variés.
Elle est transitoire ou durable. Elle peut ètredueàun ramollissement de la troisième circonvolution frontale gauche par artérite syphilitique, ou à une méningo-encéphalite gommeuse détruisant plus ou moins la circonvolution sous-jacente à ce même niveau (Fournier) .
Tarnowsky avait déjà bien étudié cette aphasie en 1870, et Mauriac a insisté sur la forme intermittente qu'elle peut présenter. Nous avons observé un remarquable exemple de ce type ; l'histoire complète en a été publiée, dans la Thèse du Dr R. Caizergues ; nous y reviendrons à propos de la syphilis héréditaire1.
5. Dans la forme mentale, Fournier distingue des troubles intellectuels de deux ordres : a. les premiers, les plus fréquents, sont à évolution lente, chronique, et à type dépressif; c'est une sorte d'hébétude intellectuelle progressive, a. L'hébétude peut être simple, avec dépression intellectuelle, changement de caractère, affaiblissement de la mémoire continu et progressif, se faisant quelquefois par saccades, exceptionnellement d'une façon subite, presque instantanée, la mémoire des choses anciennes étant souvent conservée ; |3. ou c'est une hébétude déraisonnante, incohérente (incohérence dans les paroles et dans les actions, délire systématisé, délire mélancolique ou hypochondriaque, tendance au suicide); b. les seconds consistent en manifestations aiguës apparaissant subitement ou acquérant d'emblée une haute intensité : phénomènes d'exaltation ou d'excitation, de manie, de folie véritable (suractivité mentale, suractivité physique correspondante, hallucinations, manie vulgaire).
Certains cas peuvent se présenter absolument comme la folie commune : c'est une chose importante à savoir pour le traitement-.
La paralysie générale se développe chez les syphilitiques, mais tout le monde n'est pas d'accord pour reconnaître entre les deux éléments une relation de cause à effet. Magnan pense que la paralysie générale précoce, de 25 à 35 ans, serait le plus souvent syphilitique. Fournier
1 Voy., récemment, sur l'aphasie syphilitique :
Gharcot ; Bulletin médical, 1891, et Leçon recueillie par Souques, in Clinique des maladies du Système nerveux, 1891, pag. 385;
Heilbronner; Allg. Zeits f. Psych., 1893 (Revue Neurologique, i5 octobre i8g3, n° 19, pag. 535).
2 Ghantemesse a publié (France médicale, 1882) un cas intéressant de syphilis cérébrale, à symptomatologie surtout intellectuelle, qui a été entièrement guéri par le traitement spécifique.
Voy. Hewth ; Folie syphilitique, in Lancet, i5 octobre 1892 ; Kowalewski; Troubles mentauv dans la syphilis, in Allg. Zeits. f. Psych., 1893, L, noî 1 et 2.
a d'abord admis (il est aujourd'hui moins absolu clans sa manière de voir à ce point de vue) que la paralysie générale syphilitique n'est pas la paralysie générale commune, et il a indiqué des différences, dont voici les principales :
««■ Comme (roubles intellecluels, les syphilitiques ont rarement un délire expansif, lypémaniaque ou mégalomaniaque ; ils sont abrutis, slupides, parfois extravaganls, mais toujours relativement humbles, modestes, dans leurs conceptions délirantes. — b. Le tremblement est plus rare chez les syphilitiques: il n'est pas aussi intense ni aussi permanent ; il n'a pas l'allure si caractéristique de la trémulence qu'on observe aux lèvres et à la langue dans la paralysie générale. — c. Dans la syphilis, les paralysies sont beaucoup plus accentuées que dans la paralysie générale. Dans la syphilis, les troubles intellecluels succèdent fréquemment à une ou plusieurs attaques apoplecliformes ou épileptiformes, tandis que dans la paralysie générale c'est ordinairement l'altération des facultés qui attire d'abord l'attention. Contrairement à ce qui arrive pour la syphilis, l'évolution de la paralysie générale se fait par stades définis et dans des limites de tempsassez restreintes. Dans la paralysie générale, l'état de l'ensemble est excellent ; dans la syphilis, il y a altération de la santé, quelquefois même état cachectique. La guérison, possible dans la syphilis, est impossible dans la paralysie générale. — d. Les lésions diffèrent également. Dans la paralysie générale, la lésion de la substance grise domine, les lésions de la pie-mère sont subordonnées : dans la syphilis, la lésion des méninges prédomine; la pie-mère est toujours notablement épaissie et souvent dégénérée en membrane fibreuse, coriace, quelquefois aponévrotique. Ce qui domine ici, c'est la méningite hyperplastique. »
Et Fournier conclut de tout cela : « La paralysie générale syphilitique n'est pas la paralysie générale commune».
Chauvet a longuement repris toute celte question des rapports de la syphilis avec la paralysie générale et est arrivé aux conclusions suivantes :
«La syphilis seule ne peut pas produire la méningo-périencéphalite diffuse.
«La syphilis peut produire dans l'encéphale des lésions variées, comme siège, comme étendue (tumeurs, artérile avec ramollissement, etc ), qui dans quelques circonstances pourront se traduire symptomatiquement par une sorte de paralysie générale
1 Voy. encore sur la pseudo-paralysie générale syphilitique : Rivaud ; Thèse de Paris, 1880, n° 173; Negresco ; Thèse de Montpellier, 1882, n° 44 5
Charpentier ; Société médico-psychologique, 3o juillet i883 (anal. in Archives de Neurologie, i883, VI, 43) ; — et la discussion consécutive ;
Althaus ; Centralbl. f. Nervenk., i883 (anal, in Archives de Neurologie, i885, IX, 64) ;
6. On observe des paralysies de différents ordres : hémiplégie1, qui n'a d'ailleurs rien de pathognomonique, si ce n'est la conservation fréquente de la connaissance et l'invasion souvent progressive ; paralysies partielles des membres et des nerfs crâniens, sur lesquelles nous reviendrons à propos de la syphilis des nerfs.
Du reste, comme le dit Lancereaux, ce serait une erreur de croire trouver dans tous les cas l'un ou l'autre des groupes symptomatiques en question. De même que l'on observe fréquemment la coexistence des différentes lésions dont il a été parlé, de môme il n'est pas rare de rencontrer simultanément les divers désordres qui viennent d'être énumérés.
2° Moelle. — La question de la syphilis spinale ou médullaire est beaucoup moins étudiée que celle de la syphilis cérébrale ; on trouve beaucoup moins de documents pour la traiter. C'est ce qui a fait le très grand intérêt de la Thèse de Caizergues, qui est le premier travail d'ensemble entrepris sur les localisations de la syphilis sur la moelle2.
Morel Lavallée et Bélières ; Académie de Médecine, 1889 ;
Régis ; Archives cliniques de Bordeaux, juillet 1892;
Mairet ; Leçons sur V Aliénation mentale syphilitique, i8g3.
Moeel Lavallée ; Paralysie générale et syphilis, in Revue de Médecine, 1893.
Voy. aussi le chapitre de la paralysie générale, dans le tom. I.
Aujourd'hui la plupart des auteurs semblent admettre que la syphilis peut donner naissance, tantôt à la paralysie générale vraie, tantôt à une pseudo-paralysie générale répondant à la description de Fournicr.
1 Beslin (Encéphale, 1881, 1, pag. 257) a observé une hémiplégie complète chez un syphilitique sans lésion à l'autopsie : mais il n'y a pas eu d'examen microscopique.
Voy. encore, sur 1' 'hémiplégie syphilitique : Pitres ; Leçons, 1888.
2 R. Oaizergues ; Des myélites syphilitiques. Thèse de Montpellier, 1878; Voy. plus récemment; Julliard ; Thèse de Lyon, 1879;
Savard ; Thèse de Paris, 1881, n» 447;
Jurgens ; Deut. med. Zeit., 7 avril 1887 (France médicale, 5 juillet 1887) ;
Discussion à la Société de médecine interne de Berlin sur les affections syphilitiques de la moelle épinière, in Berl. kl. Woch., mai-juin 1888 (Revue des Sciences médicales, XXXIII, pag. i83) ;
Schmaus; Deut. Arch. f. ld. Med., 1889, n° 3 (Revue des Sciences médicales, XXXIV, pag. 202) ;
Gilbert et Lion; Syphilis médullaire précoce, in Archives générales de Médecine, 1889; — Société médicale des Hôpitaux, n juillet 1890;— De la pluralité des lésions de la syp/iilis médullaire, in Société de Biologie, 22 avril 1893 (Gazette médicale de Paris, 6 mai 1893, pag. 208) ;
Mœller; Arch. f. Derm.und Syph., 1891, XXIII, 2;
Houlloche ; Annales de Dermatologie et de Syph ili graphie, octobre 1891 Darier ; art. Syphilis médullaire du Manuel de Médecine de Debove et Achard, 1893 ;
Lamy; De la ménin go-myélite syphilitique, in Nouvelle Iconographie de la Salpêtrière, 1893, — et Thèse de Paris, juillet 1893 ; Kasimir ; Thèse de Paris, juillet 1893 ;
Nous ferons naturellement de nombreux emprunts à ce mémoire, qui contient une bibliographie très complète et est basé sur une centaine d'observations, dont seize personnelles.
Anatomie pathologique. — 1. La néoformation syphilitique {gommé) se développe de préférence à la périphérie, de la moelle et entraîne la jonction et l'adhérence des trois méninges avec la moelle. Le tissu nouveau peut se?présenter ici en tumeur circonscrite, en infiltration, sous forme de gélatine gris rougeâtre ou de masse sèche caséeuse. Ainsi, Zambaco a vu une production gommeuse annulaire autour de la partie inférieure de la moelle dorsale et de la moelle lombaire, exerçant une pression sur cet organe ; Wilks, une gomme à la moelle lombaire enveloppant les racines postérieures et adhérant à la moelle. Wagner rapporte un cas de gomme centrale ; c'est le seul exemple que connaisse Heubner. Lancereaux en a cité un autre analogue de Mac Dowel.
A la forme en foyers petits, multiples et disséminés, appartient un cas de Engelstedt.
2. La sclérose syphilitique est formée de plaques de tissu conjonctif induré, que Heubner regarde comme des cicatrices de néoformalions gommeuses. Virchow décrit une plaque épaisse englobant les méninges et la moelle, à la région cervicale ; Charcot et Gombault1 ont observé un beau cas de myélite diffuse partielle en foyers disséminés sur tout l'axe cérébro-spinal.
L'inflammation diffuse de la moelle peut encore être produite secondairement, à des lésions osseuses delà colonne vertébrale. Ainsi, Minich (de Padouey et Piorry ont cité des faits d'exoslose. Dupuytren, Montfalcon, Leprestre, etc., ont observé la carie vertébrale syphilitique (Lancereaux) -.
Mourek ; Archives bohèmes de Médecine, 1893, — etMonat. f. prakt. Derm., 1 septembre i8g3 (Revue Neurologique, 3o septembre 1893, rT 18, pag. 5oi) ;
Gerhardt; Société de médecine berlinoise, i5 novembre 1893 (Semaine médicale, 22 novembre 1893, pag. 535; — et Revue Neurologique, i5 février 1894, n° 3,
Goldflam; Wiener Klinik, 1893 (Revue Neurologique, 3i mars i8g3, n° 5,
Reiner, Hock, Erkmann; Discussion au Club médical de Vienne, le 14 février 1894 (Semaine médicale, 21 février 1894, pag. 87).
Voy. aussi la très remarquable étude de P. Marie sur la Syphilis de la moelle, in Semaine médicale, 25 janvier i8g3, pag. 34.
1 Charcot et Gombault ; Archives de Physiologie, 1873.
Voy. encore sur!a myélo-encéphalopathie syphilitique diffuse: Mme Hérodinoff; Thèse de Paris, 1887.
2 Voy. aussi la Thèse de Levot sur les Lésions syphilitiques dxiraclvis (Paris, 1881, n° 219).— D'après Jurgens (Deut. med. Woch., 1888, n° 25), les ostéo-chondrites et périostites syphilitiques seraient fréquentes chez les enfants.
Voy. encore Jasinski: Arch.f. Derm. und Sypli., 1891, pag, 4o8 ; Darier; Bulletin de la Société anatomique, i8g3, pag. 22.
Le simple ramollissement de la moelle a été également observé sous l'influence de la syphilis. Lancereauxen cite un cas de Steenberg. Une s'agit pas d'un ramollissement ischémique, comme celui que l'artérite syphilitique produit dans le cerveau ; c'est le ramollissement inflammatoire, précédé et accompagné d'hyperémie 1 .
En un mot, la syphilis peut développer tous les genres de myélite diffuse aboutissant, soit à la sclérose, soit au ramollissement, suivant les cas. Outre les observations déjà citées, Caizergues a encore réuni les faits suivants, tous avec autopsie : Tillot (service de Gosselin) note une congestion intense, avec diminution de consistance de la moelle ; Mollière2, une hyperémie de la moelle; Homolle3, une myélite diffuse corticale ; Winge 4, une méningo-myélite ; Moxon 5, Meyer, Westphal fi, des myélites en foyers disséminés.
En dehors de ces cas, qui sont les plus fréquents, on observe aussi des myélites systématisées ; mais l'existence du groupe est plutôt démontrée par la clinique (comme nous le verrons tout à l'heure) que par l'anatomie pathologique. Nous citerons cependant le fait de Déjerine7, qui trouva une atrophie simple avec altération vacuolaire et pigmentaire des cellules motrices des cornes antérieures du renflement lombaire, sans inflammation de la névroglie et avec intégrité de la substance blanche.
Nous parlerons enfin, à la Symptomatologie, de faits dans lesquels, malgré un examen microscopique très précis, on n'a trouvé encore aucune lésion : tel est le cas de Déjerine et Gœtzs.
Voilà, si l'on veut rester sur le terrain des faits et des autopsies, ce que l'on pouvait dire, il y a quelques années, de la syphilis médullaire au point de vue de l'anatomie pathologique.
Ces derniers temps, on s'est beaucoup occupé du rôle des lésions vasculaires dans la genèse des accidents médullaires de la syphilis. Dans notre pays, Lancereaux0, Marinesco1", Déjerine et Sottas ", Lamy
Gilbert et Lion (loc. cit.) ont récemment insisté, après Pierret et Jarisch, sur cette forme, qu'ils ont dénommée méningo-myélite hyperémique et nécrobiotique. Ils distinguent, en outre, trois autres variétés de syphilis médullaire précoce: la méningo-myélite diffuse embryonnaire, la méningo-myélite diffuse scléreuse, la méningo-myélite gommeuse.
2 Mollière ; Annales de Dermatologie, II.
I Homolle ; Progrès médical, 1876.
4 Winge ; Dublin med. Presse, IX, pag. 65g,
5 Moxon ; Guy's Hosp. Rep., XVI, pag. 217, 1871.
6 Westphal; Char. Ann., 1876, pag. 420.
' Déjerine ; Archives de Physiologie, 1876.
Voy. encore sur ce point, Lamy; loc. cit.
s Déjerine et Gœtz ; Archives de Physiologie, 187G.
:l Lancereaux; Semaine médicale, 11 avril 1891, pag. 149.
10 Marinesco; Wien.med. Woch., 1S91 (Revue des Sciences médicales, XXXIX,
II Déjerine et Sottas ; Société de Biologie, 1893.
11 Lamy ; loc. cit.
ont bien mis en lumière l'action de l'endarlérite ou de l'endophlébite oblitérantes1, des gommes vasculaires et même de la dégénérescence hyaline des vaisseaux médullaires.
Symptômes. — Nous retrouvons ici d'abord tous les signes des myélites diffuses, variant suivant le siège, l'étendue, etc., de la lésion.
D'une manière générale, il y a une première période d'excitation : douleurs de genre et de siège variés (rachialgie), et en même temps sensations anormales diverses de fourmillement, engourdissement, etc.; raideur jusqu'à la contracture dans quelques groupes musculaires ; crampes douloureuses, etc.2. — Ce stade prodromique , ou mieux méningitique, peut durer des semaines et même des mois, avec des phénomènes de paralysie plus ou moins entremêlés. — Puis survient la paralysie franche, en général progressive, paraplégique ou partielle, suivant le siège de la lésion.
A côté de ce tableau général, nous prévoyons toutes les variétés particulières que l'on peut rencontrer. Ce ne sont pas là de simples vues de l'esprit. Caizergues a pu réunir des observations correspondantes à chacun des groupes que nous avons établis dans la classification des myélites diffuses.
Ainsi, d'abord pour les myélites diffuses aiguës, nous en avons de circonscrites et d'envahissantes. Dans les premières, Rollet et Philipson3 ont vu des myélites lombaires ; Caizergues4 et Philipson, des myélites dorso-lombaires; Homolle, une myélite dorsale ; Valdemar5, Leubuscher6 et Drysdale des myélites cervicales. Si l'on considère leur délimitation dans le sens transversal, Valdemar, Caizergues 7 et Charcot ont vu des monoparaplégies, et Folets une hémiparaplégie avec hémianesthésie croisée; Philipson et Homolle, des myélites corticales superficielles ; et Caizergues, William Moore 0 et H. Mollière, des myélites centrales profondes. — Dans le second groupe des myélites envahissantes ou généralisées, Moxon et Westphal en ont vu en foyers disséminés ; Bayer l0, Chevalet" et Déjerine en ont observé à progrès ascendant continu.
Avant de passer aux myélites chroniques, nous dirons un mot, d'après
1 Siemerling ; Arch. f. Psych., XXII, î et 2.
2 Charcot a insisté sur le caractère vespéral ou nocturne de ces phénomènes douloureux (Voy. Londe ; Médecine moderne, i8(j3).
1 Rollet et Philipson ; The Lan cet, 1878, 3o.
4 Caizergues ; Obs. I, pag. 39.
5 Valdemar; Med.-chir. Revieio, 1861.
(; Leubuscher; Anal, in Gazetie hebdomadaire, 1861.
' Caizergues; Obs. XI, pag. io3.
" Folet ; Bulletin de Thérapeutique, 1SG7.
'■> William Moore ; Dublin quai t . Journal, mai 1866.
,u Bayer ; Anal, in Union médicale et Bulletin de Thérapeutique, 1869.
" Chevalet ; Bulletin de Thérapeutique, 1869.
Heubner, d'une forme particulière et grave, la paralysie ascendante aiguë à marche rapide et sans lésion appréciable à l'autopsie1. Cetle maladie se développe en général à un stade moins avancé de la syphilis, le plus souvent dans la première année de l'infection, en môme temps que les éruptions de la période secondaire. Elle apparaît sans prodromes, sans les phénomènes méningitiques des autres formes ; tout au plus, le jour du début de la paralysie, y a-t-il des douleurs vagues dans diverses parties du tronc ou des extrémités.
Le début est marqué par la paralysie, notamment la paraplégie ; Kussmaul a vu cependant la paralysie frapper un bras et la jambe du côté opposé ; en môme temps, le malade éprouve des fourmillements et des frémissements dans les membres atteints, sans altérations plus intenses de la sensibilité. Souvent ensuite, on observe certains troubles dans la sécrétion urinaire, incontinence ou anurie ; la paralysie s'étend rapidement de bas en haut et d'un côté à l'autre, et devient très vite complète ; cependant elle peut rester pendant quelque temps encore à ce haut degré d'extension sans frapper les muscles de la respiration.
Mais la vie est bientôt menacée d'une autre manière : le décubitus se produit, devient profond, entraîne l'infection seplique, et tue en 3, 4 ou au plus 6 à 7 semaines. Jusqu'à présent, dans le petit nombre de cas publiés, la guérison a paru difficile, sinon impossible.
Cette dernière assertion de Heubner est trop absolue. Caizergues a cité en effet deux cas, l'un de Bayer, l'autre de Chevalet, dans lesquels un traitement énergique par les frictions mercurielles amena la guérison d'une paralysie ascendante aiguë d'origine syphilitique.
Pour les myélites diffuses chroniques, Caizergues a également réuni des observations correspondant à chacun des types de notre classification. Ainsi, dans les myélites circonscrites hémilatérales, Charcota vu une hémiparaplégie avec hémianesthésie croisée2; Drysdale 3 et Owen Rees4, des monoparaplégies; Wilks, Wagner et Mac-Dowel, des gommes à siège hémilatéral ; Homolle, Zambaco etBuzzard5, des myélites corticales superficielles: Caizergues, Charcotet Richet des myélites centrales profondes (variété antérieure) ; Lacharrière6, une myélite centrale profonde (variété postérieure) ; Albutt 7 et Lacharrière, des myélites centrales profondes (variété latérale).
' A l'époque où ces lignes ont été écrites, l'attention n'était point attirée comme aujourd'hui sur l'état des nerfs périphériques, en sorte que cette affirmation perd une partie de sa valeur. Il est même probable que, dans les cas où le syndrome de la paralysie ascendante ne s'est accompagné d'aucune altération des centres nerveux, il s'agissait d'une polynévrite plus ou moins généralisée.
2 Voy. aussi Hektel ; Charité Annalen, 1890, Bd, XV.
3 Drysdale; The Lancet, 1878.
4 Owen Rees ; Guy's Hosp. Rep., XVII.
5 Zambaco et Buzzard ; The Lancet, 1873.
6 Lacharbière ; Thèse de Paris, 1861.
"' Albutt ; New-York Journ., 1870.
Passant aux myélites Iransverses, Henoch, Drysdale et Valdemar, ont observé des myélites cervicales; Mauriac, Charcot, Westphal et Waldemar, des myélites dorsales ; Caizergues et d'autres, des myélites lombaires '.
Parmi les myélites envahissantes, les unes sont continues, ascendantes (Gros, Lancereaux et Landry), les autres descendantes (Hallopeau), d'autres enfin en foyer disséminés (Meyer, Westphal).
Si l'on y ajoute les faits de paralysie générale dont nous avons déjà parlé, les faits de tabès dont nous reparlerons, et les faits de lésions disséminées observés par Charcot et Gombault, Meyer, Westphal, Lagneau et Lyman, on voit que la série est complète et que la syphilis peut réaliser toutes les formes ordinaires de myélites diffuses -.
Mais ce n'est pas tout. Si les lésions syphilitiques diffuses sont les plus fréquentes et le plus communément décrites, il y a aussi cependant des myélites systématisées de même nature.
Ainsi, Fournier3 a fortement attiré l'attention sur Vataxie locomotrice syphilitique ; elle présente les symptômes de l'ataxie vulgaire. Mais cet auteur répond aux objections de ceux qui, à cause de ces analogies ne veulent pas admettre un tabès de nature syphilitique. Ainsi, cette maladie n'a pas de symptômes propres; mais la paraplégie ou la cirrhose syphilitiques n'en ont pas non plus.
Si la lésion n'est pas propre, elle est du moins dans l'ordre des lésions habituelles (sclérose) de la syphilis. La maladie est trop fréquente chez les anciens syphilitiques pour n'être qu'une coïncidence. Ainsi, sur 3o ataxiques, Fournier compte 24 fois une syphilis antérieure ; Féréol en trouve 5 sur 11 ; Siredeyô sur 10. L'insuccès du traitement antisyphilitique vient de ce qu'on s'y prend trop tard ; mais il réussit souvent, et on cite des observations à l'appui.
1 Voy. le récent travail de Erb sur la paralysie spinale syphilitique, in Neurol. Centr., i5 mars 1892.— Cette entité morbide débute insidieusement par delà parésie ou des troubles vésicaux, quelquefois des douleurs ou des paresthésics. Après des mois ou des années, on se trouve en présence d'une parésie spasmodiquc bilatérale des membres inférieurs, avec exagération des réflexes et trépidation épileptoïde, mais sans contractures fixes. Les troubles sensitifs (douleurs, anesthésies) sont variables et inconstants ; le fonctionnement des sphincters est habituellement défectueux (incontinence ou rétention); la puissance sexuelle est diminuée ; les troubles trophiques sont rares, les réactions électriques normales. — Il s'agirait là d'une myélite transverse dorso-lombaire.
Voy. aussiGiLLES de la Tourette etHuDELO ; Nouvelle Iconographie, iSg3, n" 1. Sidney Kuh ; Deut. Zeits. f. Nerven., i8g3, pag. 359 (Revue Neurologique, i5 octobre 1893, n° 19, pag. 54o).
2 Voy. encore un fait de Greiff, in Arch. f. Psych. u. Nervenkr., XII, 3 (anal, in Archives de Neurologie, i883, VI, pag. io5).
Gerhardt (loc. cit.) a désigné sous le nom de « triplégie » la coexistence d'une monoplégie d'un membre supérieur avec une paraplégie ; cette association serait, d'après lui, presque caractéristique de la méningite cérébro-spinale syphilitique.
1 Fournier; Anal, in Revue des Sciences médicales, IX, pag. 228.
Déjà, en i858, Duchenne avait attiré l'attention sur la fréquence de la syphilis dans l'ataxie locomotrice progressive; puis Greppo 1 a cité un cas d'ataxie des membres inférieurs guéri par les antisyphilitiques ; plus tard Moore2 publie une observation analogue guérie par l'iodure de potassium ; Dreschfeld 3 parle d'un ataxique atteint de syphilis et guéri presque entièrement par le même remède. Puis vient le travail de Fournier dont nous avons parlé ; Drysdale * a encore dans un travail plus récent, confirmé cette étiologie. Comme Fournier, il a vu s'arrêter et guérir sous l'influence de l'iodure de potassium à hautes doses, cette maladie réputée incurable ; dans la discussion qu'a soulevée son étude, Wiltshire et Bloxam ont fortement appuyé son opinion. Ce dernier a été témoin, à Charing-Cros-Hospital, de plusieurs guérisons définitives d'ataxie syphilitique. Albert Reder 5 a publié sous le nom de tabès syphilitica la guérison radicale par le traitement spécifique d'un homme syphilitique depuis quatorze ans, qui ne présentait que des troubles sensitifs et une légère incoordination des membres inférieurs : c'était une forme fruste de la maladie.
Enfin Caizergues6, auquel nous empruntons tous ces documents, a publié trois observations nouvelles d'ataxie locomotrice syphilitique. Dans l'une, le début se fit par des symptômes médullaires moteurs ; dans une autre, par des troubles médullaires douloureux; et dans la troisième, par des troubles céphaliques et oculaires.
Chauvet a nié l'existence du labes syphilitique : c Nous affirmons donc, dit-il (pag. 55), que la syphilis ne donnera jamais lieu au développement d'une sclérose primitive des zones radiculaires postérieures» .
Nous ne pouvons nous ranger à celte manière de voir. L'argument unique est celui-ci : il n'est pas dans les allures de la syphilis de se cantonner anatomiquement dans un système. Qu'est-ce que nous en savons pour la moelle ? Là est la question.
De ce que la syphilis produit des lésions diffuses dans le cerveau, cela ne prouve nullement qu'elle ne puisse pas développer des lésions systématiques de la moelle.
Nous avons fait l'autopsie d'un de nos malades dont Caizergues avait rapporté l'observation dans sa Thèse : l'étiologie syphilitique était manifeste; le tableau de l'ataxie locomotrice complet aux membres inférieurs; il y avait en plus des signes de paralysie générale (délire ambitieux) . A l'autopsie, nous avons trouvé: au cerveau des lésions diffuses de méningo-encéphalite, et à la moelle des lésions systématisées très remarquables, qui, au-dessous du renflement brachial, occupaient tout
1 Greppo ; Gazette médicale de Lyon, août 1809.
2 Moore; Dublin quart. Jour n., 1866.
Dreschfeld; The Practit., 1870.
Drysdale ; Med. Soc. of London, avril 1878.
5 Albert Reder; Vierteljahrsc/tr., 1874, 29. b Caizergues; Obs. IV, V et VI, pag. 72.
l'espace compris entre les cornes postérieures, et au-dessus du renflement étaient limitées aux cordons de Goll '.
Nous croyons donc qu'ici les démonstrations de la clinique doivent l'emporter sur les appréciations de l'analomie pathologique, et nous maintenons nos premières conclusions.
Un grand nombre de travaux ont paru, depuis notre dernière édition sur l'origine syphilitique du tabès. Nous avons déjà cité les livres de Fournier et la statistique réunie par Raymond dans son article du Dictionnaire encyclopédique Enfin nous "avons signalé au chapitre du tabès (pag. 5oi du tom. I) les travaux les plus récents sur celte question et les arguments qui ont été récemment fournis pour et contre l'hypothèse des tabès syphilitiques2.
Les cordons postérieurs peuvent aussi être atteints secondairement. Broadbent avait noté la fréquence de celle lésion ; Homolle et Charcot les ont vus nettement altérés à la suite d'une myélite diffuse a.
Les cordons de Goll peuvent être atteints dans les mêmes circonstances. Homolle en offre un exemple curieux et unique au point de vue anatomique. Il n'y avait eu cliniquement ni ataxie ni tendance au recul. Moore a vu un cas d'ataxie avec tendance au recul, dans lequel on peut supposer une lésion des cordons de Goll, par analogie avec le fait de Pierret dont nous avons parlé ailleurs.
Enfin, on observe des ataxies, formes spinales de la paralysie générale ; Caizergues en cite un exemple*.
Les cellules motrices des cornes antérieures peuvent aussi êlr^ atteintes primitivement ou secondairement dans la syphilis. Déjerine a publié un cas remarquable de lésion primitive avec autopsie très soi-
1 Voy. la communication faite par Estorc sur ce cas, au Congrès de Reims, août 1880.
2 Voy. tout récemment, sur le tabès syphilitique :
Adler ; Deut. med. Woch., i8g3, n° 26, pag. 6o5 (syphilis héréditaire) ;
Sachs ; Assoc. Amer, de Neurol., i8g3 (Semaine médicale, 16 août 1893, pag. 400);
IsaaC ; Société de Dermatologie de Berlin, 1893 (Revue Neurologique, i5 sept. 1893, n° 17, pag. 484);
Mœbius ; Centr.f. Nerven., septembre 1893, pag. 401. — Cet auteur, entièrement inféodé aujourd'hui à l'idée de la spécificité du tabès, exige de ses contradicteurs, pour modifier son opinion, la révélation d'une «vierge tabétique ».
11 Ewald (Berl. kl. Woch., 20 mars 1893, n° 12, pag. 273) a trouvé récemment, dans un cas qui avait entièrement revêtu la sympLomatologie du tabès (signes de Romberg et Westphal, troubles pupillaires, artbropathies), une arachnilis spinale chronique, fibreuse et gommeuse, avec myélite interstitielle chronique diffuse, liée à de l'endartérite et de la phlébite.
1 Caizergues; Obs. VII, pag. 81.
Voy. encore, sur les relations du tabès et de la paralysie générale (tubes cérébrospinal),\vs pag. 498 et 867 du tom. 1, et, tout récemment : Raymond ; Bulletin médical, i3 avril 1892, pag. 749; Fournier ; Bulletin médical, 11 juin 1893, pag. 541 ;
Lévi ; Livorno, 1893 (Revud Neurologique, i5 juillet i8g3, n° i3, pag. 355) ; Stojanowitch ; Thèse de Paris, 1893, n° 240.
gnée ; Rodet, Niepce, Caizergues', en ont observé des cas suivis de guérison par le traitement antisyphilitique ou non encore terminés. Lancereaux et Caizergues 2 ont vu des exemples de lésions secondaires de cette même région, succédant à une myélite diffuse; Ramskill3, Foville et Siredey 4 ont constaté des atrophies compliquant des lésions cérébrales, etc.
Enfin, les lésions des noyaux bulbaires, que tout rapproche des précédentes, ont été observées, par Mauriac notamment (paralysie labioglossodaryngée). Cela nous conduirait aux altérations syphilitiques du mésocéphale, dont Philipson a rapporté un exemple remarquable5.
Restent enfin les cordons antéro-latéraux. Caizergues n'a pas trouvé d'exemple authentique de lésion primitive (tabès dorsal spasmodique ou sclérose latérale amyotrophique); on cite seulement quelques faits de tremblement avec contracture ;Sehutzenberger, Aparicio, Weis , dont la nature n'est pas suffisamment démontrée. Mais les exemples de ces lésions secondaires sont assez nombreux, soit à la suite de lésions cérébrales (Lancereaux, Hanot, Broadbent, Lacharrière, Westphal, Caizergues), soit après des myélites diffuses (Portai, Knorre, Zambaco, Cirillo, Allain, Homollej, ou systématisées (Greppo, Caizergues0, etc.j.
Il n'est pas besoin d'insister davantage pour montrer que toutes les formes de myélites, diffuses ou systématisées, peuvent être produites par la syphilis, constituer une manifestation de cette diathèse. Il faut se rappeler seulement que chacun des types décrits est rarement seul ; ils s'associent le plus souvent de diverses manières. Ainsi, la division même si utile des myélites en diffuses et systématisées s'applique à des lésions beaucoup plus qu'à des maladies. On observe très souvent des lésions systématisées, très rarement des maladies systématisées 7.
3° Les nerfs peuvent aussi être atteints par la syphilis, et cela de diverses manières. Quelquefois une exostose, une gomme de voisinage, entraînent une compression qui produit l'excitation et puis la dépression du nerf; ou bien il y a névrite avec dégénérescence plus ou moins
; Caizergues ; Obs. II, pag. 6i.
Voy. tout récemment Raymond ; Société médicale des Hôpitaux, 3 février i8cj3 ; Poussard ; Amyotrophie spinale primitive chez les syphilitiques. Thèse de Paris, i8g3.
1 Lancereaux et Caizergues ; Obs. III, pag. 63.
3 Ramskill ; Annales de syphiligrapliie, I.
4 Foville el Siredey; Gazette hebdomadaire, mars iS5ç). à Philipson ; The Lancet, juin 1878.
Voy. aussi Hoppe; Berl. kl. Woch., 6 mars i8y3, pag. 233 (Revue Neurologique, 3i mars 1893, n° 5, pag. 112).
6 Sottas (Société de Biologie, 25 novembre 1893) a récemment observé, dans 4 cas de myélite transversc syphilitique, une dégénérescence ascendante, rétrograde et centripète, à développement probablement tardif, du faisceau pyramidal. Voy Gazette hebdomadaire, 1878, n» 8, pag. 11G.
étendue du nerf; ou encore la néoformation gommeuse se propage au nerf, ou même elle se développe directement et primitivement dans le cordon nerveux.
Les nerfs crânienssonl le plus souvent atteints, et, parmi eux, les nerfs moteurs oculaires sont le plus fréquemment lésés (oculo-moteur commun 2, moteur oculaire externe, pathétique). Souvent partielles (parcellaires: Fournier), les paralysies n'affectent pas tout le domaine de distribution du nerf; elles sont même quelquefois incomplètes, au pointde passer inaperçues. Cependant la diplopiene ferait jamais défaul.
En même temps, plusieurs paralysies coexistent sur un œil ou surles deux yeux. Ainsi, on observe la paralysie de la troisième et de la sixième paire du même côté, ou la paralysie de la troisième paire à droite et à gauche, ou encore la paralysie de la troisième paire à gauche et de la sixième à droite. D'après Fournier, ces paralysies oculaires auraient une grande valeur diagnostique, et 75 fois sur 100 témoigneraient d'une origine syphilitique. Il faut cependant se méfier, comme Charcotle fail remarquer, du début d'une ataxie locomotrice possible. Fournier ajoute que plusieurs paralysies oculaires associées signifient plus sûrement syphilis qu'une paralysie oculaire isolée. — Ces paralysies sont habituellement curables.
La paralysie faciale est moins fréquente et, en tout cas, a une moindre valeur diagnostique.
Le trijumeau peut aussi être atteint, quoique plus rarement ; ce sont des névralgies et souvent de l'anesthésie dans une moitié de la face ou du front, ou dans des points plus circonscrits. Quelquefois tout le nerf peut être frappé ; on a aussi observé, soit des convulsions, soit des paralysies dans les muscles masticateurs.
Les troubles de la vue apparaissent dans les formes initiales de la syphilis. Un de leurs caractères, d'après Fournier, c'est qu'ils portent habituellement sur les deux yeux ; ils sont progressifs. Il y a trois degrés comme intensité : affaiblissement léger de la vision, amblyopie vraie, cécité presque complète 3 . Ces troubles, quelquefois isolés, sont plus
: La syphilis peut èlre considérée (à titre de maladie infectieuse,) comme un générateur do polynévrite généralisée ou partielle. — Voy. le chapitre consacré aux polynévrites en général.
2 Voy. Fournier; Bulletin médical, 1887 ;
Uhthoff ; Soc. op/ttalm. d'Heidelberg, 1892 {Semaine médicale, 17 août 1S92, pag. 329).
3 Oppenheim (Bei'l. kl. Woc/i., 1887, n° 36) afaitressortirlavaleurdel7iémjano;jsi'e bitemporale pour le diagnostic de la méningite syphilitique de la base au niveau du chiasma optique.
Voy. aussi Vialet ; Les Centres cérébraux de la vision et l'appareil nerveux visuel intracérébral. Traité, i8g3 ; — Semaine médicale, 28 octobre i8g3.
Ce remarquable travail eût mérité d'être analysé avec soin au chapitre des lésions corticales ou dans le paragraphe IV du chap. V (tom. I, Art. IV) où nous nous sommes occupés de l'amblyopie croisée et de l'hémianopsie. Ces passages de notre
souvent associés à d'autres phénomènes tels que céphalée, accès épileptiformes, vomissements. Ils dépendent d'une névrite optique ; c'est la névrite optique d'origine centrale qui accompagne les tumeurs cérébrales et les méningites delà base. Du reste, cette névrite optique peut aussi exister sans troubles physiologiques notables (Jackson, Galezowski, Abadie). Il faut donc toujours examinera l'ophlalmoscope les yeux des syphilitiques '.
Il peut y avoir des paralysies partielles des membres. Broadbenl a signalé des paralysies n'atteignant que quelques doigts de la main. Incomplètes, elles peuvent se réduire à un simple engourdissement ; passagères, elles peuvent ne durer que quelques heures ; mais ce sont là le plus souvent des accidents très graves, comme avant-coureurs de phénomènes bien autrement sérieux-.
3° Névroses. — Enfin, la syphilis peut se localiser sur le système nerveux sans y produire de lésion appréciable. Nous avons déjà cité les faits de paralysie ascendante aiguë sans altération connue de la moelle. Pour le cerveau, il en est de même ; Heubner a réuni 11 cas assez récents sans lésion anatomique appréciable. De même encore pour les nerfs ;î.
Diverses névroses sont également produites par la syphilis '. Nous avons parlé de l'épilepsie syphilitique.
L'hystérie, la chorée 5 , la neurasthénie (Fournier), etc., peuvent être aussi de même nature.
Nous avons vu récemment un docteur en médecine de 35 à 4o ans qui présentait une paralysie agitante limitée de nature syphilitique. Dans sa famille, plusieurs membres avaient été atteints de tremblement sénile. Lui-même, fort et vigoureux, avait eu quinze ans aupa-
Trnité étaient déjà imprimés quand a paru le travail de Vialbt, dont nous ne pouvons que recommander la lecture à ceux qu'intéresse cette question de localisation sensorielle.
1 Voy. Ostwalt ; Berl. kl. Woc/i , n° 45, j888;
Hirsberg; Société de Médecine berlinoise {Semaine médicale, 24 octobre 1888) ; Alexander ; La syphilis de l'œil, Wiesbaden, 1888 ;
Abadie; Congrès de Dermatologie et de Syphiligraphie, 1891 (Semaine médicale, 8 avril 1884, pag. i45) ; Badal ; Journal de Médecine de Bordeaux, 29 mars 1891 ; BoÉ ; Bulletin médical, 2 octobre 1892 ;
Uhthoff, Mendel, Bruns ; Congrès des naturalistes et médecins allemands i8g3 (Revue Neurologique, 3o novembre 1893, n° pag. 641).
2 Fournier a signalé, il y a longtemps, l'analgésie du dos de la main chez les femmes syphilitiques. - Schmitt (Revue médicale de l'Est, octobre 1888) ne l'a que rarement observée.
3 Voy. Diffre; Névralgies sypliilitiques. Thèse de Montpellier, 1884, n" 12; Dubois ; Sciatique syphilitique. Thèse de Paris, 1884 ;
Vairo ; ld.t in Progresso medico, 10 mars 1892.
4 Voy. Fournier ; Gazette des Hôpitaux, 23 août 1888. > Francesghi; London med. Rec, i5 janvier 1887.
Grasset, 4e édit. , tom. II. 61
95 'i MANIFESTATIONS NERVEUSES DES MALADIES GÉNÉRALES.
ravantun chancre qui fut suivi de diverses manifestations syphilitiques (taches sur la peau, plaques muqueuses, exostose au tibia, etc.). Ces symptômes durèrent cinq ans. Puis, pendant sept ans, il y eut un calme relatif, marqué uniquement par des douleurs rhumatoïdes revenues à diverses reprises. Enfin, il y a trois ans, le tremblement actuel débuta; il est devenu beaucoup plus fort depuis quinze mois ; il est limité au bras gauche et présente tous les caractères de la paralysie agitante.
Toutes les manifestations étudiées jusqu'ici sont relativement tardives; elles appartiennent à ce que l'on appelle la période tertiaire; elles n'arrivent guère que deux ans après le chancre. Nous devons dire un mot maintenant de quelques manifestations dites secondaires' .
D'abord on observe des névralgies; ce ne sont pas des douleurs vagues, mais de vraies névralgies, surtout du front à la tête. Sans caractères spécifiques, ordinairement fugaces, elles apparaissent au début ou dans le cours des syphilides exanthématiques. Des paralysies (paralysie faciale, hémiplégie, paralysies oculaires! peuvent également naître en même temps que les premiers symptômes secondaires. Et Lancereaux cite un petit nombre d'observations de lésions secondaires des centres nerveux, se traduisant par des symptômes peu différents d i ceux des phlegmasies subaiguës des centres Enfin les troubles vasomoteurs et sécrétoires (refroidissement partiel ou sensation de froid, frissons ou sueurs nocturnes, bouffées de chaleur) ne sont pas exceptionnels.
Voici ce que Caizergues écrit des myélites de cette période : « L'histoire des lésions nerveuses à la période secondaire manque de faits et de dates, disait Hutchinson. Aujourd'hui, grâce aux travaux et aux observations de Broadbent, Wilks, Homolle et Philipson, cette étude, que Vidal et Lancereaux avaient commencée, se perfectionne et se complète. Broadbent (1874) assimile ces myélites aux complications viscérales de la variole à sa période d'éruption générale. Ce sont, dit-il, des manifestations d'intoxication aiguë, et il fait ressortir à ce
' Les principaux troubles nerveux de la période secondaire sont, d'après Fournier {Gazette médicale de Paris, ^décembre 1888): la céphalée, des troubles du sommeil, l'asthénie nerveuse, des névralgies, des troubles de sensibilité, des névroses générales (hystérie) ou localisées (viscérales). 11 insiste sur l'asthénie, plus fréquente chez la femme et qui peut être définie: une débilité musculaire accompagnée de courbature.
Schmidt (Revue médicale de l'Est, octobre 1888) a attiré l'attention sur les anest/tésies et analgésies précoces de la syphilis.
Enfin Zabourine (Annales de Dermatologie, juillet 1893, pag. 840) a récemment établi que les réflexes tendineux sont d'abord exagérés, puis diminués ou abolis, au cours de la syphilis secondaire.
Voy. aussi VÉtiologie de la Syphilis cérébrale.
sujet l'analogie remarquable qui existe entre la syphilis et les fièvres éruptives.
ïCes myélites affectent en général la forme diffuse. Elles se propagent en effet par la névroglie, dont les éléments sont à l'état embryonnaire. Superficielles, souvent elles constituent des méningo-myélites, comme dans le cas de Homolle.
«Leur début est assez brusque , parfois sans autres symptômes qu'une céphalée intense et un état général fébrile subaigu. Leurs tendances sont envahissantes : tel est le cas de Chevalet et le nôtre. Leurs symptômes sont plutôt bruyants que dangereux ; leur marche est rapide vers le bien comme vers le mal : telle est l'observation de paralysie ascendante de Déjerine. Elles sont facilement vaincues par une thérapeutique rationnelle, encouragée ici par les données de l'anatomie, qui trop souvent ailleurs conduit au scepticisme le plus complet1. »
Gaizergues complète cette description par le récit d'une observation personnelle2.
On trouve enfin des altérations de la syphilis héréditaire sur les centres nerveux. Robin a vu, dans un cas de cet ordre, une sclérose cérébrale, et Potain une sclérose de la moelle.
Hénoch a observé eii 1861 deux cas de paralysie syphilitique chez des nouveau-nés : 1. Un enfant de 2 mois, atteint d'éruptions syphilitiques, de coryza et d'adénites, présente une paralysie des deux membres supérieurs prédominant sur les fléchisseurs ; il guérit par le traitement spécifique ; 2. Un autre enfant, atteint de roséole, de coryza, de rhagades, est paralysé des extrémités supérieures ; tous les muscles sont notablement atrophiés ; il guérit par le mercure3. Ces lésions ner-
1 Nous reproduisons ici encore nos restrictions sur le rôle possible de la névrite dans les cas de cet ordre ; la syphilis secondaire peut être considérée comme une maladie infectieuse en période aiguë, et ce sont bien les meilleures conditions pour le développement des polynévrites (Voy. Bonnet ; Thèse de Lyon, i8tj3).
2 Voy., plus récemment :
Déjerine ; Myélite aiguë centrale survenant chez les syphilitiques à une époque rapprochée du début de l'affection, m Reoue de Médecine, 1884, n° 1, pag. Go; Breteau ; Myélites syp/tilitiques précoces. Thèse de Paris, juillet 1889; Moinet ; Id., Thèse de Lyon, 1890-91 ; Surmont ; Bulletin médical du Nord, 1892, pag. 364.
3 Voy. aussi sur ce point : Parrot ; Leçons sur la syphilis héréditaire, m Progrès médical, 1878, 20.
Fournier ; La syphilis héréditaire tardive, 1886;— L'Hérédité syphilitique. Traité, 1891 ;
Ma.rf an ; Annales de Dermatologie et de Syphiligraphie, septembre 1887 ;
Siemerling; Centr. f. Nerven., i5 janvier 188S, — et Arc h. f. Psycli. und Nerven., 1889, XX, pag. 102 (Reoue des Sciences médicales, XXXV, pag. 218) ;
Hudélo ; Lésions oiscérales delà syphilis héréditaire. Thèse de Paris, février 1890;
D'Astros; Association française pour l'aoancement des Sciences, 1891 (Semaine médicale, 3o septembre 1891) ;
veuses , ajoute Caizergues, sont encore soigneusement étudiées en Angleterre, où Hutchinson et Jackson admettent l'existence des dépôts syphilitiques dans la moelle. Barlow a noté l'atrophie des cylinderaxis, remplacés par une génération nouvelle de cellules rondes. . . . Dans un cas de Dowse, des gommes furent trouvées dans la région motrice corticale, ce qui expliquait l'aphasie et la paralysie limitée du bras droit signalées durant la vie. Le Bulletin de Thérapeutique cite le cas d'un enfant de 10 ans devenu paraplégique, avec conservation de la sensibilité de la vessie et du rectum, guéri en dix jours par l'iodure de potassium.
Zambaco nous parle d'un homme de 26 ans, sans chancre antérieur, dont le père et la mère étaient syphilitiques, dont la sœur était née avec des accidents congénitaux ; à 12 ans, il eut une ulcération rapide du voile du palais. Le médecin de son pays lui disait qu'il avait eu trois fois la rougeole et la variole. Cet homme perd connaissance et tombe sans mouvement et sans cri. Deux mois après, il était paraplégique. Il guérit par le mercure.
Enfin Caizergues, à qui nous avons emprunté les documents précédents, a ajouté une observation personnelle très curieuse d'un homme qui, en possession d'une syphilis héréditaire, a commencé à présenter à l'âge de 18 ans une série d'attaques d'aphasie intermittente avec hémiplégie droite, répondant complètement au type décrit par Mauriac.
Nous voyons donc que la syphilis congénitale ou héréditaire peut produire des accidents très variés du côté du système nerveux, et cela à des âges divers de la vie, jusqu'à 18 et 26 ans.
D'Astros, qui a, tout récemment, bien étudié les manifestations de la syphilis cérébrale héréditaire précoce, insiste d'une part sur la forme anatomique des lésions (épeudymite avec hydrocéphalie, plutôt que méningite avec formation gommeusejet, d'autre part, sur les symptômes cliniques qui traduisent cette altération (apparition précoce et développement rapide d'une hydrocéphalie accompagnée de convulsions, de contractures, de tremblement, de strabisme, etc.).
En somme, ce qui doit frapper dans cette Revue, nécessairement raccourcie, sur la syphilis nerveuse, c'est que cette diathèse peut produire une série de symptômes et de lésions qui n'ont en soi rien de spécifique. Tout ce que nous avons étudié jusqu'ici peut être manifestation de cette maladie, dont la nature à part est cependant incontestée.
Ces exemples suffiraient déjà à établir la thèse que nous soutenons, à savoir : que ce ne sont pas là de véritables maladies, pas plus les
Stœber ; Accidents méningitiques de la syphilis héréditaire. Thèse de Paris, mars 1891 ;
Blocq; Revue Neurologique, 3o janvier 1894, n° a,pag. 3g.
Il ne faut pas confondre avec la paralysie syphilitique des nouveaux-nés certains décollements épiphysaires dont on a démontré la fréquence chez les jeunes syphilitiques (Voy. Marie ; Leçons sur les maladies de la moelle, 1892, pag. 440-
myélites que la sclérose cérébrale, pas plus l'ataxie locomotrice que la méningite ; ce ne sont que des manifestations morbides, puisqu'elles peuvent être des symptômes de la syphilis.
Sauf les caractères que nous avons indiqués pour certains accidents particuliers, le Diagnostic se fera principalement par les antécédents du sujet et les autres signes antérieurs ou actuels de syphilis 1 . Dans les cas douteux, on peut essayer le traitement spécifique et en faire un moyen de diagnostic -.
Le pronostic de la syphilis nerveuse est grave, surtout quand l'affection se traduit par des lésions organiques (gommes, sclérose, ramollissement) du côté des centres nerveux. Fournier. sur 90 cas de syphilis cérébrale, a vu 47 fois survenir la mort ou des infirmités dihnitives ; 3o fois seulement, la guérison a été complète. Sous l'influence d'un traitement approprié on peut voir rétrocéder les symptômes morbides ; Leudet et Dieulafoy (nous l'avons dit plus haut, pag. 1 4 1 du tom. I) ont pu apprécier jour par jour la résolution progressive d'une artérite oblitérante périphérique. — Les gommes, la sclérose, sont donc susceptibles de rétrocession; mais ce qui ne revient pas, ce qui demeure définitif, ce sont les lésions secondaires ou consécutives, par exemple les lésions destructives des centres ou troncs nerveux ischémiés ou trop longtemps comprimés. D'où l'insuccès du traitement dans bien des circonstances *. D'après Naunyn5, les formes les plus curables sont: l'épilepsie, l'irritation cérébrale (céphalée, vertiges avec accès syncopaux, vomissements et périodes d'agitation) et certaines lésions des nerfs (névralgies, ophtalmoplégies, paralysie des nerfs de la base du crâne) ; les monoplégies, l'hémiplégie, la paraplégie, seraient bien plus rebelles; quant au tabès et à la paralysie générale, ils seraient incurables.
Au point de vue du Traitement, on est généralement d'accord aujourd'hui pour dire qu'il faut traiter vite et énergiquement la syphilis des centres nerveux, même soupçonnée, et l'attaquer parle traitement mixte rigoureusement dirigé.
1 Voy. aussi sur ce point : Gkarcot ; Gazette des Hôpitaux, 1878, i5 ; La.ncerea.ux ; Leçons sur les Paralysies toxiques et la Syphilis cérébrale,
Paris, 1882 ; — Clinique médicale, 1892;
Altha.us ; Société de Médecine de Londres (anal, in Semaine médicale, 1880, n» 19, pag. i63);
Mac (Jallanderson ; Assoc.med. Britann., 1888 (Semaine médicale, i5 août 18S8); Hudelo ; Hystéro-sypkilis simulant la syphilis cérébrale, in Bulletin de la Société française de Dermatologie et de Syp/iiligraphie, 1892, pag. 371.
2 Voy. Éloy ; Union médicale, i883, n° 16.
1 Voy. Morel-Lavallée ; Gazette des Hôpitaux, i3 octobre 1888. 4 Voy. Amidon ; Med. Neujs., 16 janvier 1886 (Revue des Sciences médicales, XXVlil, pag. 243).
> Naunyn; Berl. kl. Wocli., i3 août 1S88 (lbid., XXXIV, pag. i3i).
Sans insister sur les détails, nous signalerons le procédé que Charcot emploie dans les formes graves. Il pense que l'administration immédiate de closes élevées peut triompher rapidement là où l'action prolongée de doses moyennes est insuffisante; il procède donc par «attaques de vive force» et cherche à brusquer le dénouement. On fait des frictions chaque jour avec 5 ou 6 gram. d'onguent napolitain ; en même temps l'iodure de potassium est administré à la dose de 6 à 8 ou 10 gram. par vingt-quatre heures, en partie par la bouche, en partie en lavement. Ce traitement est maintenu, autant que possible, dans toute sa vigueur pendant vingt-huit jours environ, suspendu ensuite complètement pendant quelques jours, rétabli de nouveau de la même façon, et ainsi de suite à trois ou quatre reprises (Hanot) ' .
Les injections hypodermiques de sels solubles (calomel, huile grise) ou solubles (peptonate, salicylate, biiodure, sozoiodolate) de mercure2 trouvent clans la syphilis cérébrale leur indication la plus justifiée.
Enfin la médication dérivative (vésicatoires, cautères à la nuque ou sur le crâne), l'emploi des calmants dans les phases d'excitation, des toniques à toutes les périodes, seront également de mise. On aura soin, en outre, de soustraire le sujet à toutes les influences morales ou intellectuelles susceptibles de développer le surmenage cérébral.
Nous avons, pour notre part 3, l'habitude de prescrire, dans la syphilis cérébrale :
î. Faire tous les jours une application et une friction avec l'onguent napolitain (gros comme une noisette), le matin sous les jarrets, le soir sous les aisselles.
Continuer cela pendant dix jours ; reposer dix jours, puis reprendre. Et ainsi pendant deux mois.
Ou, pendant ces mêmes deux mois, faire tous les huit jours une injection hypodermique profonde, intra-musculaire), d'huile grise :
1 Voy. la Thèse de Raylac (Montpellier, i883, n° 34) sur le Traitement de la syphilis du cerveau.
Naunyn; Pronostic et Thérapeutique de la syphilis nerveuse. Traité, Leipzig, 1888 ;
Mauriac ; Société de Dermatologie et de Syphili graphie, 1890 (Semaine médicale, 19 novembre 1890, pag. 427) > Fournier ; Traitement de la syphilis. Traité, i8g3;
Kowalewskï ; Erganz . zum Arch. f. Demi, und Syph., 1S93, hcft 1, pag. i55 (Revue Neurologique, i5 mars 1S93, n° 3, pag. 86).
2 Voy. Raymond ; Les injections mercurielles dans le traitement de la syphilis. Revue générale, in Gazette des Hôpitaux, 9 juillet 1892 ;
Endlitz ; Thèse de Paris, mars 1893;
Sacaze et Magnol ; Annales de Dermatologie et de Syphiligraphie, aoûtseptembre i8g3.
3 Consultations médicales, 2e édit., 1893.
Mercure pur. . .
Lanoline
Vaseline liquide
20 gram.
Injecter chaque fois un 10e de centim. cube, soit o,o5 centigr. de mercure.
Chlorate dépotasse, 4 grarn. par jour, en gargarisme et boisson.
2. En même temps, et à la suite, prendre deux cuillerées par jour de
Eau 3oo centim. cubes.
Iodure de potassium 3o gram.
Augmenter d'une cuillerée tous les cinq jours jusqu'à six par jour, et continuer à cette dernière dose (soit 9 gram. par jour) jusqu'à 60 jours de traitement ioduré.
3. Après ces deux mois de traitement mixte, tout suspendre pendant
un mois et donner simplement trois cuillerées à café par jour de
Teinture de kola ) „ „ , . ,
. aa 00 centim. cubes.
— de coca . . )
Acide citrique 1 gram.
Arséniate de soude ogr,io