ALOÈS
purger sous un petit volume etsurtoutsous la forme pilulaire, particulièrement commode. Il a l'inconvénient de provoquer le gonflement des hémorrhoïdes : aussi l'a-t-on employé souvent dans un but thérapeutique pour rappeler le flux hémorrhoïdaire lorsque, celui-ci ayant disparu, certains accidents congesLifs paraissaient s'être produits.
L'aloès congestionne du reste à peu près au môme lilre les organes du petit bassin ; de là une contreindication particulière lorsqu'il existe quelque maladie inflammatoire de ces organes, lorsqu'il y a chez le vieillard, par exemple, des accidents prosta- . tiques.
La dose laxative est de 5 à locentigrammes. L'effet ne se produit qu'assez tardivement, au bout de dix à vingt heures. Les coliques sont en général peu marquées. Avec 30à 60 centigrammes on obtient une purgation plus énergique, qui peut aller, avec des doses plus élevées encore, jusqu'à produire des effets véritablement drastiques.
On attribue à l'aloès à faible dose une action apéritive et excitante de l'estomac, qui semble être très réelle; de là son emploi presque traditionnel dans la dyspepsie. Son action irritante, congestionnante, vers le rectum, fait qu'on tend souvent à donner la préférence à des laxatifs qui n'ont pas cet inconvénient.
L'aloès est pris surtout sous forme de pilules, le nom de certaines d'entre elles est bien connu.
Les pilules ante oibum renferment 10 centigrammes d'aloès pulvérisé, et 5 centigrammes d'extrait de quinquina. On en donne une ou deux au commencement du repas.
Les pilules écosaises ou pilules <i: An (1er son renferment à la fois 10 centigrammes d'aloès et 10 centi-
grammes de gomme-gutle. La présence de la gommegutle, substance drastique, les rend notablement plus actives, que les précédentes.
Le savon médicinal est un bon véhicule pour
l'aloès :
Aloès pulvérisé i gr.
Savon médicinal 1
pour 10 pilules.
M. Lutz a donné la formule de pilules qui sonl d'une excellente action et que nous recommandons :
Résine d'aloès
— de scammonée
— de jalap I fr
Lessive des savonniers j
Glycérine 0,50
pour 20 ou 25 pilules ; en prendre une le soir en se couchant. Nous savons qu'un certain nombre de personnes font usage de ces pilules depuis de longues années à leur entière satisfaction, et sans en éprouver le moindre inconvénient.
Huile de ricin. — L'huile de ricin donnée a faible dose, par cuillerées et même par demi-cuillerées a café, est un des meilleurs laxatifs que nous connais*1 sions. Elle peut être prise pendant très longtemps sans inconvénient, elle n'amène pas de constipation consécutive.
Son goût désagréable peut être masqué par du cale noir, du cassis, du jus d'orange. On peut aussi la prendre en capsules le matin. On trouve dans le commerce des capsules d'huile de ricin, de dimensions très variables. Elles sont très commodes pour ceux qui peuvent les déglutir.
Formes cliniques particulières. — Après avoir
énuméré les divers moyens hygiéniques, physiques
ou médicamenteux 'qui peuvent être usités contre la constipation, il convient d'indiquer quels sont ceux de ces moyens qu'il conviendra le mieux d'employer dans telle ou telle forme clinique.
Nous ne reviendrons pas sur les variétés atonique et spasmodique sur lesquelles nous avons suffisamment insisté plus haut.
Nous examinerons successivement ainsi :
1° La constipation par hygiène vicieuse;
2° La constipation chez les enfants;
3° La constipation chez les dyspeptiques gastrointestinaux ;
4°Laconstipation chez les en téroptosésetles obèses;
o° La constipation chez les vieillards.
Chemin faisant, il nous arrivera de recommander du reste, à propos de ces formes cliniques, des moyens thérapeutiques dont il n'a pas été question jusqu'à présent.
1° Constipation par hygiène vicieuse. — C'est celle qu'amène, surtout chez les prédisposés, l'abus des aliments azotés et l'absence d'exercice. C'est surtout au régime et aux moyens hygiéniques qu'il faut s'adresser ; il faut faire entrer dans l'alimentation les légumes verts, les fruits, les pruneaux. On considère comme laxatives les substances suivantes : 1rs graisses, les huiles, le pain de seigle, le pain d'épice, le cale noir additionné de chicorée, le miel, le jus d'orange, le sucre de lait, le petit-lait. On pourra recommander encore l'emploi de la graine de lin ou de psyllium qui agissent à la façon des végétaux à résidu alimentaire plus ou moins considérable.
Dans ces conditions, surtout, il ne faut se servir (pie le moins possible des laxatifs artificiels.
Voici, à titre d'échantillon, la carte alimentaire que Rosenheim propose pour les constipés (1):
Sept heures et demie, un verre d'eau froide.
Huit heures, 200 grammes de calé au lait avec du sucre, 20 grammes de beurre, 200 grammes de pain.
Dix heures, 300 grammes de petit-lait.
Midi, 200 grammes de bouillon, 200 grammes de rôti, 250 grammes de légumes, 100 grammes de compote, 300 grammes de vin blanc.
Deux heures, une tasse de calé.
Quatre heures, 300 grammes de képhir, avec 50 grammes de pain.
Sept heures, 120 grammes de viande, 30 grammes de beurre, 200 grammes de pain, fruits.
Neuf heures, un verre de bière.
En admettant que ce régime donne de bons résultats, il est certain qu'il ne convient pas à tous 1rs constipés.
Du régime de ces derniers on éliminera le thé, les gâteaux, le vin rouge, le riz, le chocolat, le cacao, qui sont doués de propriétés resserrantes.
L'exercice, la gymnastique prendront tout naturellement place dans le plan du traitement, chez, les constipés de cette catégorie.
Si tout cela ne su (lit pas, force sera d'avoir recours aux lavements et aux laxatifs faibles : cascara sagrada, magnésie, tamarin, bourdaine, pilules de Lutz. Leur emploi ne sera continué que le moins longtemps possible, et on essaiera toujours d'en revenir aux simples moyens hygiéniques.
Dans les cas de constipation plus tenace, interviendront le massage, l'électricité, surtout chez les
(i) Kraukheîten des Donnes, p. 511.
neurasthéniques et hystériques avérés, plus ou moins combinés aux divers laxatifs. L'huile de ricin est ici particulièrement recommandable.
Les purgatifs salins seront donnés d'une façon passagère, lorsqu'il y aura quelque signe d'embarras gastrique ou d'auto-intoxication, de \ façon à faire en quelque sorte l'antisepsie par un véritable balayage de 1 intestin.
2° Constipation chez les enfants. — Chez les tout jeunes enfants, la constipation est fréquente. Ces jeunes êtres ne pensent pas à aller à la selle, naturellement, et pour peu que le besoin s'émousse, ils sont constipés. Certains moyens usités par les nourrices agissent simplement en réveillant ce besoin émoussé.On introduit dans l'anus un corps uni, une petite tige de persil ou de cerfeuil, et le résultat cherché est obtenu. Les suppositoires au savon sont aussi très en faveur près des nourrices: on peut leur substituer avec avantage de petits suppositoires au beurre de cacao ou à la glycérine solidifiée. Quelquefois on devra donner de petits lavements, soit à l'eau bouillie, soit à la glycérine ou à l'huile émulsionnee.
Chez les enfants plus âgés, la constipation n'est pas rare non plus, surtout dans les villes. 11 n'est pas très rare encore qu'elle amène des poussées d'entérite muco-membraneuse, avec débâcles pseudodiarrhéiques. C'est la diarrhée que craignent et que ëombattent quelquefois la famille et le médecin, c'est en réalité la constipation qu'il faudrait viser. Il est donc bon de surveiller avec soin l'apparition du mucus dans les selles chez les enfants.
C'est encore aux lavements, c'est à la manne, à la magnésie, à l'huile de ricin à faible dose qu'on aura Recours. Ou fera naturellement tout son possible
pour que l'hygiène suffise pour faire disparaître la const ipai ion.
En cas de débâcle, avec ou sans mucus, on pourra donner avec avantage du calomel, à la dose de 10 à 20 centigrammes dans du miel.
On fabrique des biscuits de calomel, qui sont chez les enfants difficiles d'un usage assez coïnmode,
Lapurgation parle calomel ne peut, cela va de soi, être renouvelée qu'à des intervalles assez éloignés; on prendra, lorsqu'on fera usage du calomel, Les précautions de rigueur.
3° Dy&p&psië f/f/sfro-in/catmale.. — La constipation est fréquente dans les différentes formes de la dyspepsie. Los indications sont, d'une façon générale, celles que nous avons données à propos de la constipation par hygiène vicieuse. Cependantilyaquelquesremarques particulières à faire. Chez les hypersécréteurs avec hyperchlorhydrie, il faudra réduire au minimum l'irritation de l'estomac; aussi l'aloès, le séné, la scammonée ne leur conviennent -ils guère. On ne peut pas non plus leur laisser manger une quantité consi- . dérable de légumes verts à cause de la stase qui existe ou tend à exister chez eux, et de l'excitation sécrétôire que produisent les résidus alimentaires.
Les dilatés avec stase permanente ne peuvent pas, pour la même raison, prendre de légumes verts ni de graines inertes.
La magnésie à dose un peu élevée convient aux hyperchlorhydriques; à dose faible, elle convient, mieux aux hypochlorhydriques, parce que les alcalins à faible dose excitent la sécrétion de l'HCl.
D'après M. Hayem, l'usage prolongé du sulfate de soude amènerait une hypochlorhydrie et même une anachlorhydrie prolongées, sinon définitives : nou-
velle raison pour ne pas abuser, chez les dyspeptiques surtout^ des eaux purgatives.
• 4° Constipation chez les entèroptosês et Us obèses. — Ce sont précisément les eaux salines purgatives que M. Glénard recommande dans l'entéroptose. Il est vrai qu'on peut se trouver là quelquefois dans des conditions semblables à celles qui se rencontrent chez les obèses, qui ont un degré plus ou moins marqué de pléthore abdominale. Les cures d'eaux minérales sont très usitées du reste dans le traitement de l'obésité à Brides en Savoie et, en Allemagne, à Tarasp-Schuls, à Marienbad, à Carlsbad, à Elster.
5° Constipation des vieillards. — Les vieillards sont très sujets à la constipation. C'est chez eux, surtout chez les femmes, qu'on observe le plus souvent des scybales indurées échelonnées le long du côlon. La constipation, en vertu de l'atrophie des tuniques musculaires de l'intestin, peut amener de véritables accidents d'obstruction (Thibierge). Nous nous en occuperons plus loin.
Quand l'hygiène seule ne suffit pas, il faut, aux vieillards, recommander les lavements, les suppositoires, l'huile de ricin à petites doses, et passagèrement les purgatifs salins, le massage.
Complications. — La constipation par viciation de la motricité intestinale, que nous avons eue surtout en vue, peut s'accompagner de complications très variées. Laprésence des fèces plus ou inoins indurées, l'obstacle mécanique qu'elles apportent à la progression des matières, augmentent encore l'atonie et la flatulencence gastro-intestinale. Les matières fécales, lorsqu'elles son1 dures, présentent peu de danger au point de vue de l'auto-intoxication, la résorption des substances toxiques étant ainsi rendue à peu près
nulle. Mais il n'est pas rare que des poussées de diarrhée, d'origine inflammatoire, succèdent à la constipation : c'est alors qu'apparaissenl Les phénomènes d'embarras gastrique qui dérivent certainement de L'auto-intoxication. On sail, en effet, quelle est la richesse très grande des matières stercorales en substances toxiques.
Certaines autres complications sont surtout d'origine mécanique : les matières indurées provoquent parleur présence L'inflammation superficielle de La muqueuse, c'est là une des causes de la colite chroniqueîet de l'entérite muco-membraneuse. Les matières ont tendance à s'accumuler surtout dans le caecum et dans YS iliaque : elles y provoquent des accidents différents, en rapport avec la conformation anato inique et le rôle physiologique de ces segments de l'intestin.
Les recherches récentes et surtout les Laparotomies pratiquées sur le vivant ont démontré la rareté de la typhlite par engorgement stercoral du caecum, et la fréquence de l'appendicite ulcéreuse. On en est arrivé à mettre en doute l'existence même de la typhlite par boudin caecal. En tout cas l'appendicite est un accident à l'usage presque exclusif des constipés, et, le plus souvent, la cause de l'inflammation de l'appendice vermiculaire est une petite boulette de matière stercorale venue du caecum.
L'accumulation des scybales dans Y S iliaque en amène la dilatation et quelquefois L'inflammation. (A. Mayor, de Genève.) De là un obstacle quelquefois insurmontable, et des accidents d'obstruction intestinale. 11 arrive aussi que YS iliaque distendue par les matières tombe en avant en tournant autour de son axe, et amène ainsi une occlusion par torsion de l'intestin.
FORMES CLINIQUES «o
Les efforts répétés que nécessite la défécation chez les constipés, la gène de la circulation veineuse intestinale, l'irritation inflammatoire causée parle contact et le passage plus ou moins violent des matières, demeurent une cause d'hèmorrhoïdœs, qui, par un cercle vicieux, vont augmenter encore la constipation en opposant un obstacle mécanique à l'évacuation des matières.
Enfin la sortie violente de fèces indurées, volumineuses, amène quelquefois des érosions de l'anus et des fissures douloureuses : les fissures et les hémorrhoïdes coïncident souvent.
Nous allons, dans des chapitres particuliers, exposer le traitement médical des hèmorrhoïdes et la thérapeutique de l'entérite muco-membraneuse.
Les fissures anales peuvent être traitées par les astringents, mais la dilatation forcée de l'anus amène seule la guérison radicale dans les cas graves, avec spasme très douloureux. Nous donnerons au formulaire l'indication d'une sériede suppositoires calmants que l'on pourra utiliser dans tous les cas de douleur anale vive ; quelques-uns pourront agir aussi comme calmants généraux.