‹ Thérapeutique des maladies des l'intestinChapitre 41 sur 79 · EMBARRAS GASTRO-INTESTINAL · texte numérisé non relu

EMBARRAS GASTRO-INTESTINAL

sur les auto-intoxications ont permis de donner une j formule plus scientifique.

1° Éliminer atissi rapidement que possible les substances nuisibles de V estomac et de V intestin. — Le vomissement et la diarrhée mettent si souvent fin spontanément à. L'indigestion et à l'embarras gastrique, que Le médecin n'a eu à ce point de vue qu'à copier la nature : il a provoqué le vomissement dans les cas où l'estomac était ou paraissait surtout en cause, Lapurgation lorsque c'était l'intestin. Parfois, par l'emploi des éméto-cathartiques on a appelé à la fois le vomissement et la diarrhée.

C'est le traitement traditionnel de l'embarras gasJ trique etintestinal : il n'y a aucune raison d'y renoncer, tout le monde sait qu'il donne le plus souvent des résultats aussi bons que rapides.

Quelles sont les raisons qui amèneront à se décider plutôt en faveur du vomitif ou du purgatif? L'état nauséeux, l'inappétence, la langue saburrale, sans diarrhée, appellent surtout le vomitif classique. La constipation, surtout avec tendance aux débâcles diarrhéiques, le tympanisme abdominal, la diarrhée fétide indiqueront de préférence les purgatifs.

Ce sont les purgatifs salins qu'il faut employer en cas semblables : le sulfate de soude, le sulfate de magnésie, le citrate de magnésie, sont à juste t Unies plus usités. On peut se servir aussi des eaux minérales purgatives; on n'a à ce point de vue que L'embarras du choix. (Voir l'Appendice.)

Il faut cependant signaler quelques cas particuliers : l'embarras gastrique peut se reproduire avenue fréquence anormale chez certains malades, chez ceux surtout qui ont tendance à l'atonie et à la stasj gastriques et chez ceux qui ont de La constipation

habituelle. Il est évident, dès lors, que c'est l'atonie ^gastrique et L'atonie intestinale qu'il conviendra avant tout de traiter. Il faudra souvent aussi viser l'état de névropathie protopathique, la neurasthénie en particulier.

2° Réduire à son minimum /' intoxication d'origine alimentaire.— Le régime lacté pourvoit admirablement à cette indication. L'alimentation sera, du reste, réduite à son minimum et composée de mets d'une digestion facile, les œufs à la coque sont très utiles en cas semblable. A propos du régime et de l'antisepsie gastro-intestinale, nous avons donné ailleurs des indications auxquelles nous ne pouvons que renvoyer.

3° Faire ïantisejjsie du fuie digestif. — Les vomitifs, les purgatifs la réalisent déjà mécaniquement; dans certains cas, on pourrait y adjoindre le lavage de l'estomac chez les dilatés atoniques. Quand il y a tendance marquée aux. vomissements, on pourra donner de l'eau chloroformée. Contre l'hypochlorhycdrie et les fermentations organiques de l'intestin, llorsqu'ily a des aigreurs, des vomituritions acides, (de l'odeur acide ou fétide de l'haleine, on donnera 'de la limonade chlorhydrique ou de la limonade lac- I tique. Par les alcalins, on arriverait sans cloute à un résultat analogue en les donnant à faible dose eet de préférence a jeun. On sait qu'on donne souvent, dans ces conditions, les alcalins sous forme d'eaux minérales ajoutées au lait : il est possible que leur utilité s'explique précisément parce qu'ils rappellent la sécrétion momentanément tarie de l'HCl. On a vu du reste que, d'après les recherches • de von Pfungen que nous avons précédemment citées, le bicarbonate de soude tend à restreindre

IQ'l EMBARRAS GASTRO-INTESTINAL

La formation des acides sulfo-conjugués qui mesurent dans L'urine Les putréfactions intestinales.

La diarrhée, et surtout la diarrhée fétide, appellera, après la purgalion, une désinfection ])lus directe de l'intestin par le salol, le naphtol, le salicylate de bismuth et de préférence encore, pour les misons données ailleurs, par le benzonaphtol.

¥ Aider V élimination des toxines. — Ce n'est pas toul que d'empêcher de se produire des toxines nouvelle^ par le régime et l'antisepsie gastro-intestinale, que d'évacuer physiquement celles qui séjournent dans Le tube digestif: il faul aider à l'élimination par les reins de celles qui ont pénétré dans l'organisme. 11 faut donc provoquer la polyurie. Le lait, les eaul alcalines, remplissent très bien relie indication, et c'est une raison nouvelle qui justifie leur emploi. 11 n'est pas besoin d'avoir recours à d'autres diurétiques.

Telles sont les indications principales du traitement de l'embarras gastrique et de l'embarras gastrointestinal. Pour terminer, nous ajouterons encore quelque chose.

Parfois les vomissements qui mettent naturellement tin à l'embarras gastrique, ont tendance à prendre une intensité excessive, ou à durer plus qu'il ne serait utile. Dans ces conditions on les < nmbattra par la glace, les boissons glacées, la classiqufe et parfois si utile potion de Rivière, par l'eau chloroformée, la cocaïne, le menthol.

L'embarras gastrique est quelquefois suivi d'une anorexie plus ou moins prolongée. Il conviendra alors d'avoir recours aux teintures amères, à la teinture de noix vomique, et surtout aux teintures inoffensives, non toxiques (teinture de gentiane, de Colombo, etc.),

additionnées d'une faible dose de teinture d'ipéca. C'est après le repas, pendant la digestion, beaucoup plus qu'à jeun, comme on le fait habituellement, que nous luisons prendre ces teintures.

L'usage exclusif des boissons chaudes aux repas psi souvenl très utile chez les personnes qui ont tendance à l'atonie nervo-motrice de l'estomac.

CH APITRE VII

Entérite muco-membraneuse.

Cette affection, encore incomplètement étudiée, a été observée depuis longtemps : c'est la diarrhée glutineuse de Van Svieten (1). Elle a du reste reçu des divers auteurs des dénominations en rapporl avec l'idée très variable qu'ils se faisaient de sa nature^

On retrouve dans les ouvrages anciens, dans Morgagni et dans Fernel, des observations qui se rapportent évidemment à des faits d'entérite muco-membraneuse. Plus récemment l'attention 3 été plus spécialement attirée sur celte affection par les communications et les travaux de Perroud, Siredey, Guyot, Vanebroucq, Lasègue, G. Sée, Potain, Dujardin-Beaumetz, et de plusieurs auteurs anglais el américains (2).

Voici, au point de vue clinique, en quoi consiste l'entérite pseudo-membraneuse, qu'il vaut mieux appeler, avec G. Sée, entérite muco- ou mucino-membraneuse.

(1) Diarrhée glulineuse (Van Svieten;. Entérite glaireuse (Nonat). Diarrhée tabulaire (Good). Affection muqueuse (le l'intestin (Witehead). Entérite membraneuse (Da Costa). Affection membraneuse de Vintestin (Goss). Affection douloureuse de Vintestin (Powell). Croup intestinal (Clemens). llerpetide exfolialrice (Gigot-Suard). Colique muqueuse (Notuagel). Diarrhée fibrineuse (Grantiiaus). Entérite interstitielle (Y\ aneuroucq). G. Lyon, in Gazelle des hôpitaux, p. 491, 1889.

(2) Voir pour la Bibliographie les Comptes rendus médicaux de la guerre dcSécession d'Amérique.

Au début, et dans les cas les plus légers, l'affection est caractérisée simplement par l'apparition, Btvec les selles, chez les constipés de mucus transparent, glaireux, qui se montre surtout dans la dernière partie des matières expulsées.

Ainsi se présente l'entérite muco-membraneuse dans sa forme la plus simple, en dehors des poussées aiguës et des formes chroniques graves dont nous parlerons plus loin.

Dans d'autres cas, le mucus se concrète, et prend l'aspect soit de frai de grenouille, soit de fragments d'albumine de l'œuf à demi cuit. Parfois encore c'est une couche blanchâtre étalée à la surface des matières ou des fragments blanchâtres, irréguliers ou membraneux. Ils peuvent ainsi simuler le taenia, les lombrics, et l'erreur a été assez souvent commise, non seulement par les malades, mais même par les médecins. Plus rarement ce sont des fragments tabulaires pris souvent pour des morceaux de la muqueuse sphacélée et détachée, soit pour des fausses membranes croupales

L'examen liistologique et chronique amontré qu'il y avait dans les matières glutineuses ou membraneuses expulsées surtout du mucus, des débris épithéliaux, une énorme quantité de microbes, surtout des colibacilles, une certaine proportion d'albumine mais pas de fibrine (Kitawaga) (1).

L'absence de fibrine indique qu'il ne s'agit pas d'une production inflammatoire croupale (dans le sens allemand du mot). C'est une sécrétion catharrhale avec hypersécrétion muqueuse du gros intestin ne correspondant pas à une lésion profonde, dans

(1, Zlschr. f. Klin. rncdic, Bd XVIII, p. P.

les cas récents tout au moins; du reste il n'y a que rarement du sang en quantité notable dans les matières évacuées : on en trouve cependant au moment des poussées dysentériformes chez quelques malades.

Lasécrétion fournie par l'intestin est probablement constituée par des glaires muqueuses; leur dessèchement par résorption de l'eau qu'elles renferment leur lionne l'aspect glutineux, puis membraneux.

Dans quelques cas, cependant, on a signalé une inflammation plus profonde, interstitielle, susceptible de devenir réellement ulcéreuse vVanebroucq, Cornil); mais on est à se demander s'il s'agit bien de la même maladie, etsi celte colite ulcéreuse, pseudomembraneuse, n'appartient pas à des variétésmorbides différentes ; cela parait assez vraisemblable.

Dans l'entérite muco-membraneuse vraie, l'inflammation est tellement superficielle que son existence a été souvent mise en doute et qu'on s'esl de* mandé s'il ne s'agissait pas surtout d'une névrose spasmodique et seçrétoire.

Dans plusieurs autopsies, l'intestin a été trouvé complètement exempt de toute lésion inflammatoire ou ulcéreuse.

L'entérite muco-membraneuse se rencontre souvent chez les personnes de tempérament nerveux dont les troubles intestinaux exagèrent encore la névropathie. Elle est en tout cas liée intimement à la constipation et plus particulièrement encore à ces formes de constipation clans lesquelles on constate une contracture spasmodique du côlon, surtout du côlon ascendant et du côlon descendant. Assez souvent, au moment des poussées aiguës ou subaiguës, en particulier des débâcles glaireuses, on rencontre-

dans les selles des boules dures de matière fécale on des fragments de scybales ovi liées. Ces boules et ces fragments de boules caractérisent une constipation que masque parfois une apparente diarrhée. Faute de reconnaître leur présence et de leur attribuer leur signification réelle, on traite comme diarrhéiques des malades qui sont en réalité des constipés. La chose est fréquente en particulier chez les entants.

Les malades atteints d'entérite muco-membraneuse sont sujets du côté de l'abdomen à des manifestations douloureuses dont la signification est assez souvent méconnue. Après le repas ils ont fréquemment de la pesanteur, du gonflement, des renvois gazeux, de la pesanteur gastrique. Trois ou quatre heures après le repas, ils sont pris, au voisiinage de l'ombilic, vers la partie inférieure du creux épigastrique, de sensations plus ou moins pénibles qui suivent parfois d'une façon manifeste la direction du côlon transverse. C'est une sensation de colique, de brûlure, de tension, de tortillement, que les malades définissent et décrivent assez difficilement ; quelquefois ils éprouvent en môme temps une sensation de nausée, de vide abdominal, de vertige, de malaise général. Quelques-uns d'entre eux accusent une constriction pénible en ceinture. L'état nauséeux masque assez souvent, chez les femmes surtout, la faim et les besoins de défécation.

Chez certains malades, les douleurs se montrent la nuit, surtout de J heure à 3 ; elles les réveillent et les tiennent éveillés.

Par l'examen du ventre on constate souvent l'existence de la corde colique ascendante, transverse ou descendante. Le spasme du côlon est tantôt localisé,

surtout au caecum et à l'S liaque, tantôt presque généralisé. La pression exercée sur le trajet du côlon provoque parfois de la douleur ; elle dévoile de temps à autre l'existence de scybales isolées ou disposées en chapelet. Plus nous allons, plus nous sommes persuadé que ce spasme du gros intestin joue un rôle important dans la physiologie pathologique de cette singulière affection.

La maladie est sujette à des exacerbations plus ou moins accentuées. Chez certaines personnes elle est réellement continue, et il n'y a que «1rs rémissions incomplètes. L'existence et la persistance de n - sensations pénibles dans l'abdomen retentissent d'une façon fâcheuse sur lasanté généraleet sur le système nerveux, surtout chez les neurasthéniques.

Les malades perdent le sommeil, ils maigrissent, ils se tourmentent, s'absorbent dans L'analyse de Leurs malaises, dans L'interprétation des symptômes de Leur maladie ; cesont devrais hypochondriaques.

Parfois surviennent des poussées aiguës qui modifient singulièrement l'aspect de la maladie. A.prè| une période prolongée de constipation, surviennent les crises dysentèrif ormes, bien décrites par Lasègue. On les a prises souvent pour de la dysenterie sporadique : selLes fréquentes, douloureuses, épreinles. ténesme, matières sanguinolentes, rien ne manqué pour rendre la ressemblance plus complète. Entr| les grandes crises dysentériformes et la constipatiofi avec mucosités il y a, du reste, tous les intermédiaires, et, en particulier chez les enfants, les débâcles consécutives àla constipation s'accompagnenjl volontiers d'unpeu de ténesme eldurejetde quelques glaires sanguinolentes.

Lesmaladesatteints d'entérite muco-membraneuse

sont encore sujets à d'autres accidents. Us ont, avec des douleurs intestinales plus ou moins vives et de la diarrhée, des poussées fébriles qui ont fait penser parfois à la lièvre typhoïde. C'est le résultat de la désagrégation de matières riches en substances toxiques, et dans lesquelles pullulent les bactéries : y a-t-il, en cas semblable, simplement intoxication par absorption des substances chimiques, ou pénétration de bacilles, du colibacille peut-être, parla muqueuse érodée ? On l'ignore. Toutefois la nature infectieuse de ces accidents et leur point de départ colique ne sont point douteux.

Assez souvent, chez les enfants surtout, ces poussées aiguës sont annoncées par du malaise général, de l'anorexie. La langue devient blanche, il y a des sueurs nocturnes, de la fièvre.

Cerlainesformes chroniques sontvérilÀb\emenl(/rai'cs. Il y a chaque jour d'une façon continue, ou par séries de plusieurs jours, plusieurs selles liquides, muqueuses, chargées de peaux, de pellicules, de membranes, de détritus blanchâtres comparés souvenl à de la lavure de chair. Les coliques, les douleurs abdominales sont réveillées par chacun des repas. Les malades, très hypochondriaques, maigrissent notablement, leur peau prend parfois une teinte terreuse. Leur aspect cachectique fait volontiers penser au cancer lorsque la fièvre fait défaut, à la tuberculose lorsqu'elle se montre. L'apparition de fragments de matières stercorales ovillées vient souvent démontrer qu'il y a en réalité non pas diarrhée, mais stase stercorale et constipation. Le tableau clinique présenté par la maladie peut donc être très variable. Dans les cas bénins extrêmement fréquents, elle passe à peu près inaperçue. Les ma-

tières sont enveloppées par du mucus ou plus ou moins mélangées de glaires ; plus souvent encore une petite quantité de mucus est rejetée après les matières. Dans ces conditions la constipation compliquée de ce léger degré d'entérite muco-membraneuse n'est guère plus grave que la constipation simple.

Chez d'autres malades apparaissent des périodes d'exaccrbation avec douleurs abdominales, dépression générale, anorexie, tendance à la neurasthénie. Chez d'autres encore ces crises aiguës se dessinent plus nettement : elles sont d'aspect dysentérique ou typhique.

Enfin, dans les cas les plus graves la colite est véritablement chronique; jamais elle ne disparaît complètement. Les malades ne cessent presque jamais entièrement de souffrir; ils maigrissent, se cachectisent, et on l'on en arrive à se demander s'ils ne sont pas atteints de cancer ou de tuberculose de l'intestin. Entre ces différents types tous les intermédiaires se peuvent rencontrer.

L'entérite ou mieux la colite muco-membraneuse est, avons-nous dit, d'observation très commune; elle se voit plus souvent encore chez la femme que chez l'homme. La femme y est prédisposée par sa constipation habituelle, par sonnervosisme fréquent, par les lésions inflammatoires de l'utérus et de ses annexes. L'entérite muco-membraneuse n'est pas très rare chez les enfants, surtout les enfants des villes, ce qui parait altribuable à leur alimentation trop richement azotée, à la constipation qu'elle entraîne, au manque d'exercice au grand air.

Cette affection accompagne souvent les diverses formes de la dyspepsie gastro-intestinale ; on la ren-

Page 1