MÉDICATION ÉMÉÏIQUE ET PURGATIVE
Mead, dans la dysenterie chronique, donnail chaque jour un lavemenl ainsi composé :
Eau 100 gr.
Glycérine 15 —
Chlorate de potasse 2 —
L'injection de ce mélange explosible (1] était fort douloureux au début, mais l'accoutumance ne tardai! pas à se Paire.
Nous renverrons aux chapitres consacrés à l'entérite chronique et à la diarrhée chronique des pays chauds. On y trouvera des renseignements susceptibles d'être appliqués an traitement de la dysenterie chronique. On sail du reste que, pour beaucoup d'auteurs compétents, la diarrhée des pays chauds esl de même nature que la dysenterie Chronique.
(h Le chlorate de potasse joint à la glycérine constitue un mélange détonant.
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Diarrhée chronique des pays chauds,
Un a désigné sous des dénominations difiEêréhles (1) une maladie grave des pays chauds que caractérise surtoul La diarrhée chronique. Elle sévil en
particulier dans l'Extrême-Orient, non seule al
sur les Européens, mais même sur Les Indigènes. Celle entérite chronique, lorsqu'elle ne guéril pas. aboutit à la longue à l'épuisement complet de L'organisme,àla cachexie età la mort.
Les auteurs ne sonl pasd'accord sur sa nature: ils se divisent en deux camps principaux, opposés I un à l'autre, suivant qu'ils admettent que la dysenterie el La diarrhée chronique ne sont que deux modalités Q'UI1e même maladie, ou suivant qu'ils y voient deux maladies distinctes.
Dans un travail très intéressant, M. de Santi, qui, en sa qualité de médecin militaire, a eu l'occasion d'étudier longuemenl et de 1res près L'entérite chronique en Cochinchine et au Tonkin. défend l'unicité par des arguments qui sont, il faut le reconnaître, très séduisants (2).
(1) Diarrhée de Cochinchine. — Diarrhée chronique des pays chauds. — Athrepsie coloniale alrophique (Oorre). — Enterorolite chronique endémique des pays chauds (Bertrand et l?onun). Dysenterie chronique (Corre). - Entérite chronique
paludéenne (de Santi). ... „ j.-„\.
(2) De Santi, De Ventérile chronique paludéenne ou dmi-
rhée de Cochinchine, 1892.
Les dualistes se baseul siirtoul sur l'absence des manifestations dysentériques dans la diarrhée chronique (ténesme, épreintes, selles sanglantes, etc. . el sur l'absence de l'épaississement de la muqueuse el des ulcérations. Dans l'entérite chronique, la muqueuse serait au contraire amincie. Les unicisles font remarquer que les phases de diarrhée et de dysenterie peuvent se succéder l'une à l'autre, qu'un ne trouve jamais un diarrhéique qui n'ait eu à un moment donné des manifestations dysentériformes,, que la diarrhée chronique succède assez souveni à la dysenterie aiguë ou subaiguë. A l'argument atiatomo-pathologique, ils répondent que l'épaississement de la muqueuse colique et les ulcérations peuvent se voir dans la diarrhée chronique.
Celle-ci, pour M. de Santi, serait dans les pays chauds l'aboutissant commun de toutes les entérites que l'on y peut rencontrer, y compris la dysenterie : l'impaludisme chronique serait la cause prédisposante habituelle de beaucoup la plus importante.
Il conviendrait donc, au point de vue prophylactique, de prendre non seulement les précautions hygiéniques signalées à propos de la dysenterie; mais encore les précautions utiles contre le paludisme: éviter de boire les eaux des ruisseaux ou des rivières — de certaines rivières surtout — non filtrées el non bouillies; ne pas se baigner dans ces mêmes eaux; ne pas coucher sur la terre nue; éviter avec grand soin le refroidissement nocturne; ne sortir ni pendant les grandes ehaleurs ni pendant les grandes pluies d'été.
Dans ses traits essentiels, voici comment se comporte la diarrhée chronique des pays chauds. Au début, c'est le plus souveni une diarrhée bi-
lieuse, comme en ont souvent les personnes atteintes par la malaria dans ces régions. Les selles sont plus ou moins nombreuses. Les poussées successives surviennent à des intervalles plus ou moins longs; quelquefois des malades guéris après un séjour plus ou moins prolongé en Europe sont de nouveau repris de crises diarrhétiques à leur retour en Orient. La diarrhée finit par devenir habituelle; les selles cessent d'ôtre bilieuses, elles deviennent plus grasses, plus pâles, moins liquides, moins copieuses: le mucus plus abondant leur donne un aspect col! oïde , m ucilagi neux.
Ce ne serait encore que de la diarrhée chronique palustre (de Santi) traversée de temps en temps par des poussées bilieuses aiguës.
Souvent cette diarrhée assez, peu gênante esl complètemenl négligée, c'est chose si commune 'lances pays!
On peut observer encore des crises de coliques extrêmement pénibles, de la diarrhée cholériforme, de l'entérite hémorrhagique ou même gangréneuse. Le malade peut être enlevé par une poussée aiguë de ce genre, après une période pinson moins prolong!', de diarrhée chronique en apparence peu inquiétante et facilement négligée.
Quel qu'ait été le début, à la période d'état, la maladie est caractérisée par des selles diarrhéiques pas très fréquentes (en général A à 6 dans les 24 heures) ne s'accompagnantpas de coliques, précédées seuleni par un besoin avertisseur douloureux et urgent. Les matières sont en purée très claire, huileuse, jaunâtre, parfois verdâtre, qui tend à se décolorer peu à peu. Parfois même, les selles sont blanches, couleur mastic, ou plâtreuses, ce qui
résulte sans doute de la suppression de La bile. Leur odeur eslassez particulière, rappelant à la fois l'aigre et le pourri, assez semblable à l'odeur des écoulements cancéreux du col de L'utérus (de Santi). Les malades présentent des phénomènes de dyspepsie stomacale plus ou moins accentuée; cependant l'appétit est conservé. La soif vive. L'amaigrissement devient excessif, l'anémie est extrême, la peau est terreuse, sècbe, ridée, chagrinée, squameuse. On observe assez souvent des éphélides, de La furonculose, quelquefois des ulcérations. Lamprt résulte généralement de cet affaiblissement progressif; elle survient dans le coma. Quelquefois elle est le fait de complications. La maladie peut durer des mois et des années; dans les formes graves la mort peut avoir lieu au bout de quelques semaines.
Les malades rapatriés à temps guérissent presque toujours : c'est là une notion d'une importance qui n'échappera pas.
Nous pourrons être brefs pour ce qui concerne le traitement prophylactique ; nous avons, en effet, parlé déjà du rôle prédisposant de l'impaludisme et des précautions qu'il impose. On pourra, d'autre part, se reporter à ce que nous avons dit dans Le chapitre précédent à propos de la dysenterie.
Les personnes exposées à contracter la diarrhée chronique des pays chauds éviteront surtout les refroidissements et les indigestions. Elles devront s'abstenir des mets fortement épicés et des boissons alcooliques, i lon t on abuse volontiers dans les régions dangereuses. Elles éviteront les viandes noires, les régétaux riches en albumine : elles y substitueront les viandes blanches, volaille et poisson, le riz, les végétaux usités dans Le pays. La meilleure boisson
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sera < 1 l'eau minérale venue d'Europe — on en fa il. en Extrême-Orient une consommation considérable — ou, à son défaut, de l'eau du pays filtrée ou bouillie. Il semble que les indigènes, qui fonlun si grand usage du thé, aient; par tradition, connaissance de la valeur protectrice de t'ébullitioti préalable de la boisson.
Comment traiter la diarrhée chronique dès qu'elle
s'esl établie?
La première mesure à prendre est de rapatrier les individus atteints de diarrhée rebelle, même avant qu'elle ail pris tous les caractères de la diarrhée chronique des pays chauds, même avanl qu'il y ail eu des accidents graves. Plus tard, il es! souvenl trop lard.
Il faut avant tout, toutes les luis que eeia est possible, soustraire les malades au milieu dans lequel ils ont contracté la maladie.
On a essayé contre la diarrhée des pays chaùds une très grande variété de médicaments, à peu près Ions ceux que nous avons enuinérés à propos de la dysenterie.
On a beaucoup employé le sous-nitrate de bismuth e| les astringents. Le bismuth peut rendre quelques services, surtout dans les formes légères ou au début de la maladie: quant aux astringents, ils sont rejetés paT un bon nombre d'auteurs compétents (Routf, Bertrand et Fonfan, de Santi >.
L'opium et la morphine, L'opium surtout, ont été Largemeni employés; ils sont utiles pour le hautement de la douleur plus «pie pour le traitement de la maladie elle-même. Les médecins français commen" ceraient, paraît-il, à faire fréquemment usage de la chlorodyne; cette mixture, donl nous avons donne la
formule dans le précédent volume, est très employée dans tous 1rs pays de Langue anglaise. Elle aurait le même inconvénienl que L'opium; celui-ci réussi! forl bien à La première période, à, La période prémonitoire de la diarrhée bilieuse ; plus lard, lorsque La diarrhée chronique est réellement constituée, il suspend momentanément l'évacuation des matières, mais celles-ci restent enfermées dans l'intestin, et, de temps en temps, il se fait des débâcles qui démontrent que l'amélioration obtenue était plus apparente que réelle.
M. de Santi déclare avoir retiré le plus grand bénéfice de l'injection sous-cutanée d'une solution saturée de sulfate de magnésie ; cette méthode est due à Luton. Grâce à elle, on obtiendrait rapidement une diminution considérable du nombre des selles. La dose est de un ou deux centimètres cubes par jour.
Depuis les récents travaux entrepris sur l'antisepsie intestinale, on a eu tout naturellement tendance à en appliquer les principes au traitement de celte variété de l'entérite chronique. Il conviendrait donc d'employer le salicylate de bismuth, le salol, le benzonaphtol, les grands lavages intestinaux.
Les grands lavements modificateurs à la teinture d'iode, au nitrale d'argent, au permanganate de potasse à 2 pour 1000 (Bérenger-Féraud), à l' acide salicylique, à l'acide borique (Feris), à l'eau sulfoconjuguée, d'autres encore ont été successivement mis en œuvre. Cependant nous avons dit que les grandes ulcérations font le plus souvent défaut, el, dans ces conditions, il semble qu'il soit plus logique d'avoir recours plutôt simplement aux grands lavages par entéroclyse. On obtiendrait ainsi, dans une cer-
laine mesure, l'antisepsie mécanique, et, sous L'influence de l'eau chaude, une action calmante de L'inflammation.
Le régime lacté peut rendre de grands services dans ces conditions; il contribue en effet à réaliser l'antisepsie intestinale, tout en fournissant des substances alimentaires d'une digestion et d'une assimilation faciles. Pour le surplus, en ce qui concerne l'alimentation, on se conformera aux règles énoncées primitivement, en particulier pour le traitement de l'entérite chronique. Le régime représente peut-être
du reste la partie la plus importante du traite nt.
La climatothérapie el L'hygiène générale sont aussi à mettre en première ligne.
L'acide chlorhydrique serait utile en favorisaul la digestion des albuminoïdes.
Pour lesmalades améliorés mais non guéris complètementel Les convalescents, certaines cures d'eaux minérales seraient particulièrement bienfaisantes : Vichy, Pougues, Bussang. Vichy conviendrait surtout Lorsqu'il y a «les manifestations hépatiques.
Les iodures de potassium et de sodium ont été conseilles dans L'espoir d'agir sur Les Lésions de l'intestin. L'arsenic a été donné pour remonter l'état général; nOUS croyons peu, pour notre pari, a I efficacité de ces médicaments, qui auraient facilemenl le torl de fatiguer inutilement l'estomac.