ACTION SUR LA SÉCRÉTION URINAIRE
La diurèse digitalique s'établit en général du deuxième au troisième jour après l'administration du médicament; le plus souvent elle apparaît rapidement sous forme d'une véritable débà«le : la quantité de liquide peut atteindre journellement la proportion de 4, 6 et 8 litres, et persister durant huit, dix, douze jours, à un chiffre bien au-dessus de la normale. Par ce caractère important, la digitale se sépare d'autres médicaments cardiaques, tels que la Calëine et le Strophantus, qui produisent également de la diurèse, mais d'une façon continue, régulière, sans passer par cette sorte de débâcle.
Après la cessation du médicament, la diurèse digitalique persiste encore durant 2, 4 jours et plus.
D'après Lorain, la quantité d'urée éliminée en 'li heures ne varie point, quelle que soit la quantité d'urine excrétée, mais ici les résultats sont fort variables et dépendent, d'après Van Bœck, des effets produits sur la circulation : quand la pression est élevée, l'urée augmente pour diminuer dès que la tension sanguine commence à s'abaisser. Ainsi se comprend sans doute pourquoi Mégevand {loc. cil., et Art, de la dirjit. sur la nutrition, Gaz. hehdomad. p. 500, t. VII, 1870) a noté, avec la diurèse, une diminution dans la densité de l'urine et dans le taux de l'urée /.) à 20 0/0 environ), alors que, dans d'autres cas, on a vu la densité (Gubler, Homolle) et l'urée s'élever avec la diurèse. Notons encore que dans ces variations dans la quantité d'urée excrétée, on a relevé, d'après Stadion [Ad. phyH. de la diyit. dam ses rapp. avec la quant, et la compos. des urines. PraguCj 1S()2), une augmentation de l'acide urique,
Hirtz, qui ne regarde pas la digitale comme un diurétique direct, capable, dans l'état de santé, d'aug-
mentor La sécrétion urinaire, a déclaré encore qu'ellf ne produit la diurèse ni dans l'ascite symptomalique d'une lésion du foie, ni dansl'anasarquebrightique, et que l'hydropisie dépendant d'une maladie du cœur est seule justiciable de son action. Fonssagrivcs s'est élevé contre cette opinion qu'il regarde comme <( plus ingénieuse que fondée » ; il estd'avis que l'eficl de la digitale, incontestable dans les hydropisics cardiaques, est très réel « dans toutes les autres formes d'hydropisie, et cite, à ce propos, plusieurs cas d'épanchemenls séreux, d'ascites, empruntés ;i Gruveilhier, Christison, Falot, etc., guéris par la digitale. Malgré cette affirmation, il est incontestable, ainsi que Lorain l'a établi d'une façon très nette, que c'est chez les cardiaques que la diurèse digilalique s'observe d'une façon réelle, et cela, avec une intensité vraiment remarquable; toutefois, d'après Sidney Rïngev (On etnploi/m. of diffit. in dis. of thehearf. Prad. 1, p. 14; C'mstaff, 1, p. 359,1870), l'hydn.pisie est une condition indispensable, car lorsqu'elle n'existe pas l'action diurétique ne se montre point.
Lorain etLozesont étudié avec beaucoup de soin ce point de cardiothérapie; ce dernier a pu établir, par des pesées successives chez les malades, que le poids d'un hydropique varie en raison inver.se du volume de l'urine qu'il émet, c'est-à-dire qu'il perd en poids ce que la diurèse a gagné ; un malade de Lorain a perdu ainsi en cinq jours près de vingt livres. Chez les cardiaques hydropiques, les urines sont rares ; c'est que les malades retiennent dans leurs tissus l'eau de l'urine qu'ils n'excrètent pas; on pourrait dire avec quelque raison que les hydropiques urinent dans leur tissu cellulaire, ou encore
ACTION SUR LA SÉCRÉTIOiN URTNAIllE
avec Lorain : « C'est parce qu'ils ne pissent pas que les malades deviennent hydropiques ». Cependant la réciproque est vraie, et on pourrait avec Potain retourner la proposition et déclarer, avec non moins de justesse, qu'on n'urine pas assez parce qu'on esL liy- (Iropique. Quoiqu'il en soit, en cette circonstance, la digitale est d'un effet considérable, elle n'exerce point son action diurétique sur le rein, mais elle agit sur la circulation périphérique ; elle va véritablement recueillir le liquide partout où il est infiltré, dans le tissu cellulaire et dans les séreuses, et le fait rentrer dans le courant sanguin. Tant qu'il y a de la sérosité il vider, la digitale n'agit point sur le cœur; mais dès que le liquide est évacué, de suite l'action sur 'le cœur se fait sentir, et le pouls commence à se ralentir. Cette action si curieuse est un argument de première valeur pour la théorie qui veut que l'action première du médicament soit périphérique et non centrale.
Sous l'influence delà diurèse digilalique, on voit disparaître en quelques jours des infiltrations, des hydropisies, souvent considérables, mais dès que i wdème a disparu il faut songer à supprimer ou tout au moins à diminuer la dose prescrite, à cause du -p(m\oiT acamulai if (Mégeyand) du médicament, et des accidents d'intolérance digitalique qui en pourraient résulter; nous insisterons plus longuement sur ce point de pratique quand nous étudierons le mode d'emploi de la digitale.
Si l'action de la digitale sur les œdèmes cardiaques est particulièrement nette et active, il faut savoir par fontre que son action est à peine appréciable et même souvent nulle dans le cas d'œdème énorme, d'anasarque (Lozes). C'est que dans ces cas les vais-
3i lilTETS SUR LE SYSTÈME NERVEUX
seaux largement distendus et encombrés, de m<Mn( que les capillaires comprimés de toute part, par i'inliltration séreuse, ont perdu leur contractilité ft n( répondent plus à l'action du médicament; dans ce cas il faut, pour que la digitale reprenne son action, pratiquer quelquefois au préalable une déplétion veineuse, par une saignée, ou ce qui suffit souvent, diminuer les résistances périphériques par une sérii' de mouchetures sur les membres infiltrés.
13. Effets sur le système nerveux. — A dose llicrapeutique la digitale, surtout si elle est continuée pendant un court laps de temps, ne produit aucune modification appréciable. Mais si la dose est forte, ou que le médicament soit continué pendant une période trop longue, on ne tarde pas à voir subvenir des accidents d'intolérance. On observe ainsi de la céphalalgie, des vertiges, des hallucinations, des bourdonnements d'oreille, des troubles de la vue avec ou sans dilatation de la pupille, des fourmillements des extrémités, du délire nocturne, des syncopes et du coma. Bouillaud [Trait, din. des maUol. du cœiir^ t. II, p. 591) est un des premiers qui aient observé du délire et des hallucinations chez un jeune rhumatisant atteint d'endopéricardite; il a fait remarquer qu'il faut, dans ces cas, « suspendre l'administration de la digitale jusqu'à ce que l'accident ;ul disparu ».
Le délire nocturne digitalique, étudié parDuroziez [Gaz. hehd. mèd. et de Oldrurg..^ n. -49, 1874), puis par Clœtta, de Zurich {Corr. Bl. f. Schumz. Aerz. p. m. n» 16, aoiill87o), offre mainte ressemblance avec le délire alcoolique. Ce dernier auteur en rapporte quatre curieux exemplesdont lesuivant est le plus intéressant. Unhommede 58 ans, atleintd'insuffisance
EFFETS Sun LA TEMPÉnAïURE Sî)!
inilrale, prend durant quinze jours 50 centigrammes de poudre de digitale en infusion. Une nuit, il est |)ris brusquement de délire aigu avec agitation maniaque. Le pouls, la veille encore à 90 ou 100 pulsations, tombe tout à coup à -48-52. Le malade présente du refroidissement de la peau, de la dilatation de la pupille, pas de vomissements. Après quatre jours, il revient peu ù peu à lui et présente une diurèse abondante.
Galan a signalé encore (1865) une diminution où môme la perte totale de la propriété excito-motricc de la moelle, avant que les muscles soient frappés de paralysie. Ceux-ci répondent encore à l'excitalion galvanique alors que « la moelle et les nerfs i\m en émergent sont frappés de paralysie ».
E. Effets sur la températnre. — A dose thérapeutique, la digitale abaisse la température (Schvi'ili^'ué); l'abaissement se produit en effet, au fur et à mesure que la circulation périphérique diminue. 11 commence au bout de 24 à 48 heures, et précède quelquefois le ralentissement du pouls (Trousseau).
Cette action antipyrétique de la digitale a été mise à profit depuis longtemps dans les maladies aiguës, dans l'espoir de diminuer la phlegmasie, en: abaissant la température. C'est pourquoi, depuis Rasori. la digitale a été préconisée, dans le traitement de la pneumonie (Traube, Wunderlich, Hirtz), de la lièvre typhoïde, de l'érysipèle, du rhumatisme articulaire aigu. Sans doute la digitale a pu abaisser la température et ralentir le pouls, mais il ne paraîl ])as que la marche et la durée de ces maladies, pas I)lus que la moyenne de la mortalité, aient été mo-, (lifiées sensiblement par son action. D'ailleurs depuis., que l'origine microbienne de ces affections a été éta-.