‹ Thérapeutique des maladies du cœur et de l'aorteChapitre 15 sur 112 · INSUCCÈS DE LA DIGITALE · texte numérisé non relu

INSUCCÈS DE LA DIGITALE

Rabuteau déclare en efleL que l'action digilalique trop prolongée peut amener chez cet animal une dégénérescence graisseuse du cœur.

Le mode d'emploi de la digitale que nous venons d'indiquer a besoin maintenant d'être complété par une recommandation pratique qui s'applique à tous , les cas. Lorsqu'on se propose de prescrire la digitale, il est nécessaire cm;préalnbh de délivrer le système circulatoire des entraves qu'il présente, en diminuant le trop-plein vasculaire et les résistances périphériques : congestions viscérales, hydropisies, etc., qui sont une cause de surcroît de travail pour le cœur. On y arrivera par l'usage d'un purgatif salin tel que le sulfate de soude ou de magnésie ou encore de certaines eaux naturelles purgatives. Il sera préférable souvent de recourir à un drastique : la scammonée, la teinture de jalap composée, etc. Parce moyen, non seulement on produit une déplétion utile du système circulatoire, mais, de plus, on facilite l'absorption du médicament par les voies digestives et on augmente ainsi son effet utile.

Causes d'insuccès de la digitale. — Elles SOUt de plusieurs sortes :

a) Voici un malade présentant de l'infdtration œdémateuse, des congestions viscérales, des urines rares et de l'arythmie cardiaque; la digitale, absolument indiquée en pareille circonstance, semblerait devoir réussir, et cependant il n'en est rien. C'est que le malade est atteint d'embarras gastrique depuis quelque temps déjà, qu'il a perdu tout appétit, se plaint de nausées, de vomissements peut-être. Ce qui s'impose en pareil cas, c'est une purgation énergique qui doit marquer le début du traitement; dès que la voie gastro-intestinale

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sera déblayée, la digitale reprendra toute son action ij) Une seconde cause d'insuccès de la digital peut être la suivante : On se trouve en face d'un ma lade en liyposystolie profonde : il présente un œAdm, énorme des membres inférieurs, du scrotum de I; paroi abdominale et de la région lombaire, de l'ascile, de l'hydrothorax et des congestions viscérabmultiples. Dans ce cas, la stase veineuse est considérable, les vaisseaux sont distendus et encombrés par la masse sanguine de retour, et les capillaires comprimés par l'infiltration séreuse (Bernheim> F,, |>areil cas, le cœur s'épuise en vain à lutter contr,. < el obstacle périphérique formé de barrages circulatoires partiels et multiples (Peter) insurmontables et la digitale perd toute action sur la contractilil.. cardio-vasculaire. Bien plus, si la diurèse ne s'établit pas et qu'on persiste à donner la digitale, on produira des accidents d'intoxication, car en agissani ainsi c'est, suivant l'heureuse comparaison de C.Paul comme si on bourrait de charbon, à la faire éclater une machine à vapeur dont les tuyaux d'échappemenl seraient obstrués. Ce qu'il faut ici, c'est faire d'emblée une large déplétion du système veineux en pratiquant une saignée de 200 à 300 grammes, et de la laire suivre le lendemain ou le surlendemain d'une révulsion énergique sur les voies digestives par les drastiques. D'autre part, en cas d'oedème énorme des extrémités, on diminuera la résistance périphérique par quelques mouchetures disséminées sur les membres inférieurs, et pratiquées avec une antisepsie parfaite. S'il y a de l'ascite ou de l'hydrothorax. même en quantité médiocre, on évacuera le liquide. Après avoir agi ainsi, c'est-à-dire en amoindrissani les obstacles qui exigeaient de la part du cœur un

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surcroit de travail énorme, on prescrira la digitale, et il est rare alors qu elle ne produise pas les efl'ets attendus.

La digitale est encore impuissante dans les accidents ultimes de l'asystolie. Dans ce cas, il s'agit presque toujours de cardiaques malades depuis de longues années et ayant présenté, à des intervalles plus ou nioins rapprochés, des attaques d'asystolie dont la digitale avait triomphé jusqu'alors. Cependant, peu à peu, le myocarde, épuisé parcelle lutte incessante, linit par succomber et cela d'autant plus qu'il a subi graduellement une désorganisation profonde dans sa musculature. Du côté des vaisseaux périphériques l'affaiblissement n'est pas moins grand, en sorte que le malade présente un véritable état de racTiexie cardiaque, par asthénie cardio-vasculaire profonde. La digitale ne peut rien contre cet état ; le seul médicament qui puisse encore agir, et celad'une façon relative et toute précaire, c'est la caféine.

A un autre pointdevue, l'impuissance digilalique, en pareil cas, sert en quelque sorte de jnerre de touchf au pronostic, en ce sens qu'elle montre que le malade est arrivé à la cardioplégie linale, et que set; jours sont comptés.

d) Il existe une A'ariété d'affection du cœur droit pouvant aboutir à l'insuffisance tricuspidienne, signalée par le P' Potain et que nous avons, avec lui, longuement étudiée ailleurs (E. Barié. Bech. sur les accid. card.^ulm. consécut. aux troub. gastr.-héjmtiq. Revue de Médecine 1883) ; elle reconnaît pour cause des troubles fonctionnels de l'estomac et du foie. Donner la digitale d'emblée dans des cas pareils, ce serait exposer le malade à une recrudescence d'accidents dyspeptiques : vomissements, diarrhée, etc., alors

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que le repos el la tlièle lactée, véritables moyens de traitement, feront disparaître rapidement tous les accidents.

e) De même, dans certains cas de palpitations nerveuses ou toxiques, de tachycardies secondaires la digitale échouera parce qu'elle n'est point indiquée et que son action peut même être nuisible. '

/) D'autres causes d'insuccès peuvent tenir encore aux doses insuffisantes ou trop élevées, aux modes d administration mal choisis ou mal réglés : doses croissantes, doses continues, doses décroissantes doses massives, etc. Enfin, pourse mettre àl'abri des insuccès thérapeutiques, il faut éviter d'administrer avec la digitale les médicaments regardés comme antagonistes : tels sont le tannin, les iodures l'ammoniaque, l'opium, l'alcool et les stimulants ditiusibles.

Mort subite ou rapide. — Chez quatre malades atteints de dégénérescence profonde du myocarde observés par Huchard (1892), l'administration de k digitale fut suivie de mort subite ou rapide.

Elle serait due à la dilatation excessive du cœur, résultant de la prolongation des diastoles. Chez ces quatre malades, on avait observé au cœur le rythme couplé et tricouplé alternant (voir p. 12); faut-il en conclure que ce signe est une contre-indication à 1 emploi de la digitale?

PHARMACOLOGIE. - POSOLOGIE. - Les seules parties employées de la digitale pourprée sont les feudles. Les racines, la tige, les pétioles et les nervures renferment peu de principes actifs; les lleurs en contiennent une petite quantité; cependant les semences contiendraient une quantité de digitaline supérieure à celle renfermée dans les feuilles (Bochner).

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En France tous les produits digitaliques dérivent des feuilles. D'après Schneider, les plus actives sont celles qu'on récolte en août etën septembre pendant la première année de végétation, sur les rosettes qui l'année suivante porteront la lige florifère. Cependant telle n'est point la pratique généralement acceptée, et on procède presque toujours en suivant les indications données avec le plus grand soin par Hepp (de Strasbourg) [iSioUonspharmaceut. sur la clujit. BuUet.de thérap., t. LXII, 1802]. On doit cueillir les feuilles de la seconde année un peu avant la floraison, on les fait sécher à l'ombre d'abord, puis dans une étuve à 40°. On les choisit soigneusement à la main, puis, après enlèvement des nervures médianes, on les conserve dans des boîtes de fer-blanc, ou des bocaux de verre bien bouchés, à l'abri de l'air, de la lumière et de l'humidité. On ne doit en- .suite les réduire en poudre qu'au fur et à mesure des besoins de la consommation. Hepp renouvelait sa provision tous les ans et n'employait jamais de feuilles ayant plus d'une année ; dans de semblables conditions, il estimait que les feuilles renferment .') grammes de digitaline par kilogr., ce qui revient à dire qu'un gramme de poudre de feuilles repré- .sente environ 5 milligrammes de digitaline.

La digitale est un médicament héroïque s'il est bien préparé, nul ouinsuffisant dans le casconlraire, a dit Hirtz, et rien n'est plus vrai. Il importe donc de bien connaître les meilleures préparations de ce précieux médicament, et d'en régler l'emploi et les doses d'une façon judicieuse.

Il est incontestable que les préparations liquides sont de beaucoup préférables à la forme pilulaire. En efl'et les pilules, préparées avec la poudre de

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feuilles, sont en général niail tolérées par l'osloinac à cause de l'action irritante du médicament; de plus, elles peuvent s'accumuler dans l'organisme et produire à un moment donné, par accumulation d(! doses, des accidents toxiques, que le médecin n";! ])as toujours pu prévoir.

Les préparations liquides de digitale sont les IIsanes, Vakoolature, les teintures, les sirops et certaines prèparatiuns composées dans lesquelles la digitale occupe une des places les plus importantes.

A. Tisanes.

La plupart des médecins s'accordent à reconnaître que ia. mad'rationchim(dre(hfeuiUe!<eiii la meilleure (les préparations de digitale (Héi-ard, Moutard-Martin, Dujardin-Beaumete). Elle sera préparée, ou bien avec des feuilles choisies avec soin, privées de leurs nervures et conservées suivant le procédé de Hep]). ou le plus souvent, avec des feuilles réduites en poudre par contusion dans un mortier de fer, peu d'instants avant de les employer, et passées au tarais. Bouillaud, qui avait reconnu le pouvoir diurétique de cette préparation, faisait macérer pendant douze heures 30 centigrammes de poudre de feuilles dans 1 litre d'eau, et le faisait boire comme tisane. Mais c'est là une quantité de liquide bien considérable à absorber, et il sera préférable de recourir à la préparation suivante :

Slucération de dig^itale.

Poudre de feuilles de digitale 0 gr. 23

Eau froide " 200

Faire mach-er pendant 12 lieures, filtrer pour empcrher que les parcelles de •poudre restent en suspension, et produisent, par leur action locale sur /« muqueuse gastriijuc.

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lies natisèes et des vomissements. A prendre en 5 ou 6 Jok dans la journée.

Hérard.

llérard employcait d'abord 50 à 75 centigrammes de feuilles dans 200 grammes d'eau, plus lard il reconnut qu'il obtenait le môme effet avec 25 centigrammes seulement et proposa la formule ci-dessus. J3ucquoy prescrit pendant 5 à 0 jours de 50 à 75 centigrammes de poudre de feuilles dans 200 grammes d'eau. C. Paul conseille une dose plus faible et administre 30 à 50 centigrammes de feuilles dans un litre d'eau à prendre dans la journée. Quelques praticiens commencent par 50 centigrammes pendant les premières vingt-quatre heures, le surlendemain ils . abaissent la dose à iO centigrammes, le lendemain : à 2o centigrammes, et continuent ensuite pendanl un à deux jours, pour supprimer le médicament

• et recommencer s'il y a lieu, de la même façon, pendant un temps plus ou moins long. A mon avis, la dose de 50 centigrammes est un peu forte ;de-

I puis longtemps je m'arrête à 40 et souvent encore à ; 30 centigrammes dans 150 à 200 grammes de véhi- ' cule et m'en déclare satisfait; c'est pourquoi je ne

• saurais accepter sans protester l'opinion de Petresco (de Bucharest) qui conseillait récemment les doses de

; 10 à 12 grammes de feuilles de digitale en infusion.

. et celle de Masius qui adopte couramment la dose de iàGgrammes. Chez le cheval (Trasbot, Soc. thérap., avril 1893}, il est nuisible de dépasser la dose de 4 à 5 grammes qui représente la quantité maximum.

IPour cet animal d'ailleurs comme pour l'homme, la

I tolérance varie pour l'animal sain et pour ranimai

! malade.

La macération de digitale a un goût fort désagréable, aussi pourra-l-on la sucrer avec un sirop diurétique tel que le sirop d'uva-ursi par exemple, ou bien le sirop des cinq racines que j'emploie do préférence. On pourrait encore, à l'exemple de Bouillaud, ajouter des tranches de citron à la macération, ou plus simplement quelques gouttes de jus de citron au moment de boire. Suivant le conseil d'Hérard, on fera boire le tout, en cinq à six fois, dans les

24 heures, ou par gorgée de temps en temps (Moutard-Martin). D'après Potain, l'action serait plus intense en la prenant en deux fois seulement, le matin à jeun.

Quelques médecins pensent qu'il est préférable de faire prendre le médicament à doses décroissantes. Dujardin-Beaumetz donne une macération avec 7S centigrammes le premier jour (ce qui semble une dose trop forte), 50 centigrammes le second jour, et

25 centigrammes le troisième et les jours suivants. Huchard recommande 10 centigrammes le premier jour, 30 centigrammes le second, 20 centigrammes le troisième; 10 centigrammes le quatrième. Cette manière de faire présente des avantages. Blondeau et E. Labbée [Suc. de thèrap.., nov. et déc. 1877) pensent que l'administration du médicament au moment des repas n'a aucun inconvénient et favoriserait même la tolérance ; cependant, à cause de son action nauséeuse, la digitale sera prise de préférence en dehors des repas. Quelque soit le mode d'administration, on cessera en moyenne le médicament de tontt> façon vers le cinquième ou sixième jour.

La macération de digitale, prescrite et préparée de la façon qui vient d'être indiquée, est un médicament excellent qui trompe rarement l'espérance du mé-

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