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C. Les hypertrophies cardiaques

a) Hypertrophie de croissame. — Richard Pfaff [loc. ni. 1860), le premier, a fait la remarque qu'à la puherU' et dans le travail de développement qui la prépare, il se produit une véritable diathèse de maladies du cœur. « J'ai fait si souvent cette observation, dit-il. que je considère presque comme la règle à cette période de la vie la présence de l'hypertrophie du cœur, le plus souvent excentrique, à des degrés divers d'intensité, et je tiens pour une exception le fait d'un cœur entièrement normal à cette même époque. Dans ces circonstances, ajoute-t-il, on ne peut rien attendre d'utile de la digitale ; au contraire, elle est beaucoup plus nuisible qu'utile, et bien loin d'obtenir la sédation désirée du cœur et du système artériel, je n'ai pas rencontré dans les malades de cette catégorie, moins de six cas dans lesquels, après l'administration de la digitale à dose élevée, il s'esl produit une excitation du système artériel. »

Cette cardiopathie existe en effet, mais on ne sait pourquoi Pfaff déclare qu'elle est surtout propre au sexe féminin. G. Sée, depuis, a bien étudié cette hypertrophie de croissance qui donnerait lieu surtout aux trois signes suivants : augmentation de volume du cœur, souffle systolique el arythmie. D'après Huchard, elle serait due à l'exagération primitive de la tension artérielle avec hypertrophie cardiaque secondaire. Quoi qu'il en soit, la digitale ne ferait ici qu'exagérer fâcheusement l'énergie contractile du cœur; la médication qui s'impose doit être, au contraire, calmante, sédative ; elle s'obtiendra par l usage du valérianate d'ammoniaque, des bromures alcalins et de l'aconit.

h) Hypertrophie de la ménopmm. — En regard de

DIGITALE DANS LES ANÉVHYSMES DE l' AORTE 105

l'hypertrophie du cœur due à la croissance, il y a lieu de signaler les troubles cardiaques de la ménopause Clément, de Lyon), causés en partie par une hypertrophie véritable du cœur, due sans doute à l'accroissement de la tension artérielle par artériosclérose ; la digitale, qui ne ferait qu'augmenter encore cette tension vasculaire, est contre-indiquée formellement.

r) HypertropMe des athèromateux. — A moins d'arythmie, la digitale y est inutile pour les. mômes raisons que dans l'artériosclérose.

Hypertrophie dan h les anèrrysmes de. V aorte. — On a dit souvent : la digitale est utile dans le traitemen des anévrysmes de l'aorte quand on cherche à obtenir un état sédatif du cœur. A vrai dire, elle élève la tension artérielle, mais, à tout prendre, l'excès permanent de tension artérielle est moins préjudiciable aux parois de l'anévrysme que les grandes oscillations et la pression sans cesse variable qu'engendrerait l'arythmie cardiaque ; elles fatigueraient singulièrement la paroi vasculaire. En second lieu, en ralentissant les contractions cardiaques, on favorise la stagnation du sang dans la poche anévrysinale, et, par suite, la formation de caillots oblitérants.

Malgré ces arguments qui ont une valeur réelle, je crois qu'il faut être très circonspect dans l'emploi de la digitale, car l'excès de tension artérielle qu'elle produit, expose certainement aux ruptures du vaisseau artériel.

e) Hypertrophie du cœur dam h mal de Briyht. — Pendant la période d'état de la maladie de Bright, la tension artérielle est considérablement augmentée, et le cœur gauche, dont l'hypertrophie est constante, suffît amplement à sa besogne. Donner la digitale à cette période serait exagérer encore l'élévation do la

lOCi IIKIITALIÎ liANS IJ:S DILATATIONS CAHDIAgUKS

lonsion vasciilairc dnjà trop (M(îvée, d, par suite, augiiiciiler li-avail du coiiir. Mais peu à peu, avec les progrès de la lualadie, le eonir s'allaiblil, ei S(mi muscle a perdu de son énergie contractile. Déjà sirmiiii l'est eut quelriues symptômes d'hyposystolie : léger (H(lème périmailéolaire, traces de congestion u'démateuse des poumons, foie un peu gros, etc.; les malades k cette période sont moins des rénaux proprement dits que des cardiaques en imminencid'asystolie ; dès lors, ils sont justiciables des bons eflets de la digitale.

D. Les dilatations cardiaques. — a) des surmené^. — Associée au repos, la digitale peut être utile: elle ranime l'énergie cardiaque et la circulation périphérique, elle diminue le travail du cœur. Mais bientùl son action a besoin d'être complétée par les toniques et les stimulants.

/;) d'orUjim hronrho-pulmomire. — Dans ces aflections cardiaques, la digitale est indiquée surtout lorsque les causes de dilatation (bronchite chronique, emphysème, sclérose pulmonaii-e, etc.) se montrent chez les individus dont le muscle cardiaque est déjà affaibli par la sénilité ou par le surmenage.

e) â'onjiwafiastro-Mpatiqve. — Ladigitale ne produit dans cette cij'constance que des effets nuisibles ; le traitement consiste surtout, ainsi que nous le verrons plus loin dans le régime lacté exclusif d'abord, complété plus tard par un régime alimentaire sévère.

E. Les myocardites scléreuses. — Le muscle cardiaque est ici cousidérablement affaibli, le pouls est petit, arythmiqu'e; les attaques d'asystolie fréquentes et produites par des causes occasionnelles souvent

niGlTALE DANS LE COKUK GUAS

foli légères. Par leur répétition et par la marche même de l'atlection, les malades arrivent peu à peu à un état d'atVaiblissement définitif du myocarde, et il l'asthénie cardio-vasculaire. La digitale est ici indiquée absolument; mais, à un degré plus avancé de la maladie, le myocarde, profondément dégénéré cl souvent en dégénérescence graisseuse, cesse de répondre à l'action digitalique ; poursuivre l'emploi de la digitale deviendrait même un danger : dans quatre cas de ce genre, la mort est survenue rapidement. Le mieux à faire est de s'adresser à la caféine; malheureusement son action est précaire.

1\ Adipose et dégénérescence graisseuse cardiaques.

Dans la surcharge graisseuse du cœur, la digitale peut rendre des services dans les attaques d'hyposystolie qui traversent la longue évolution de la maladie; aune période plus avancée, son action est souvent impuissante, et les insuccès sont fréquents.

Dans la dégénérescence graisseuse, la digitale échoue, et cette absence d'effet peut servir jusqu'à un certain point de diagnostic anatomique; d'après Penzold, en effet, quand la digitale n'agit plus, dans les trois quarts des cas le cœur serait graisseux. Cette proposition ne peut être prise dans un sens absolu, car nous avons vu précédemment que les cas d'insuccès de la digitale tenaient à des causes multiples et diverses.

Cnt'éine.

La caféine est un alcaloïde extrait du café et du thé; c'est une substance qui cristallise en aiguilles blanches, soyeuses et brillantes; elle estsoluble dans l'eau et dans l'alcool.

ACTION PHYSIOLOGIQUE. — L'accord n'est point fait encore entre les auteurs, au sujet de l'action physiologique du médicament qui agit probablement à la fois sur l'appareil circulatoire et sur le système nerveux.

A. Action sur la circulation. — Elle se manifeste

par des effets difi'érents suivant les périodes durant * lesquelles on l'étudié. Dans un premier stade, on observe de l'accélération des battements du eu-ur (Leven, Bennett, Méplain). Pour Riegel (1884) et Leblond (188G), Rummo et Ferrannini, au contraire, le> battements cardiaques se ralentiraient en même temps que la pression sanguine deviendrait plus élevée. Le stade suivant serait marqué par un abaissement de la pression sanguine.

Quant aux effets cardiaques proprement dits, ils ne sont pas mieux élucidés, la plupart des auteurs s'accordent à reconnaître que la caféine a sur le minime action ionique et stimnlantè bien manifeste ; chez les animaux, Leven a constaté une exagération évidente des contractions cardiaques. Dans des recherches récentes (1893), Pavinski, de Varsovie, a montré que la caféine administrée à haute dose a

ACTION PHYSIOLOOIOUIÎ lOi)

généralement pour effet d'augmenter l'énergie des contractions cardiaques.

On a comparé quelquefois la caféine àla spartéine; mais, ainsi que nous le disons plus loin, la différence «ntre ces deux substances consiste surtout dans leur manièred'agirsur les nerfs et sur les muscles : tandis que la spartéine influence surtout l'excitabilité neuromusculaire, la caféine porte ses effets sur la contraclilité du muscle cardiaque.

B. Action sur Tappareil musculaire strié. — Après une injection de caféine chez la grenouille, on constate que les muscles striés voisins de la piqûre, subissent une contraction énergique, deviennent rigides et se raccourcissent de presque la moitié de leur longueur.

C. Action sur le système nerveux. ■ — Les auteurs accordent à la caféine une action sur les vaso-moteurs ; pour G. Sée, il y aurait vago-dilatation des vaisseaux encéphaliques, mais la plupart des observateurs pensent qu'il s'agit plutôt d'une vaso-constrictionpar excitation du centre vaso-moteur lui-même. Quoi qu'il en soit, à dose thérapeidigue, la caféine stimuh^ le système nerveux et augmente l'activité cérébrale. A haute dose, elle détermine une excitation exagérée du système nerveux et de l'appareil vasculaire : en même temps qu'on observe de la tachycardie, de l'accélération et parfois de l'arythmie du pouls, on note de la céphalalgie, des vertiges, des bourdonnements d'oreille, de l'insomnie tenace, de l'excitation générale et du délire. A haute dose, la caféine esl donc un dépresseur de l'activité cérébrale. Tous ces phénomènes pourraient être rapportés, pour G. Sée. il la vaso-dilatation encéphalique.

D. Action sur la respiration. — Au début, la respi- CŒUR RT AORT*: 7

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ration s'accélère sous l'influence de la caféine, plus lard elle se ralentit, el peut même se suspendre (Aubcrt).

E. Action sur la sécrétion nriuaire. — Elle a été bien étudiée par Gubler [Soc. de thérap.^ 1S77). Cette diurèse est abondante et apparaît rapidement; elle se distingue donc de celle de la digitale qui ne survient que le deuxième et même le plus souvent le Iroisième jour.

L'urine renferme un excès d'éléments solides el d'urée : la caféine est donc un diurétique véritable, ([uoique C. Paul ait récemment [Soc. thérap.^ novembre 1893) soutenu le contraire. Binz a prétendu que la diurèse caféique était due à une élévation de la pression sanguine, mais n'a pu en fournir la |)reuve; au contraire, Schrœder [Arch. /. ez/y. jxith.. 1886), ayant annulé la pression en injectant à un lapin une forte dose de chloral, dépresseur considérable, vit que la sécrétion urinaire n'était nullement diminuée, bien que la tension vasculaire fût considéral)lement abaissée. De même, cette diurèse est indépendante du système nerveux rénal, car le rein énervé continue encore à sécréter; la diurèse caféique paraît donc produite directement par irritation de l'épilhélium du rein.

F. Action sur la tempcratnpc. — A dose modérée.

la caféine élève la température d'un demi-degré environ; à dose toxique, la température augmente de plus d'un degré et demi, puis tend à tomber; mais en même temps apparaissent les accidents d'intoxication surtout du côté du sytème nerveux.

L'action physiologique de la caféine nous explique maintenant son rôle d'agent de soutien musculaire dans la fatigue corporelle, et pourquoi le café est

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proscrit avec tant de succès dans les armées en campagne et rend de signalés services chez les ouvriers chargés de rudes travaux manuels. La caféine relève en efl'et l'excitabilité du système nerveux central, de la moelle, et favorise dans les muscles le passage de la tlaccidité à l'état de raccourcissement et de contraction,

PHARMACOLOGIE. POSOLOGIE. — La caféine est un agent de stimulation générale, mais son effet paraît passager, peu durable. De plus, lorsqu'on donne ta caféine à petite dose, son action sur le cœur est presque nulle ; c'est là un point fort important connaître si l'on ne veut pas s'exposer à des insuccès ; il a été bien établi à la fois par Huchard et son élève Leblond {Th. Paris, 1883), par Lépine et son élève Giraud [TIl. Lyon, 1883). Ils ont montré que la caféine jouit d'une action puissante à condition d'être donnée à doses assez élevées. Enfin si l'on veut obtenir un efïet utile, il ne faut faire usage que de la caféine seule, et non des sels de caféine (bromhydrate, citrate, valérianate, etc.) peu stables et se décomposant dès qu'ils sont mis en présence de l'eau.

Quelle que soit la forme sous laquelle on administre la caféine, on se rappellera qu'elle s'élimine rapidement en nature, et qu'elle ne provoque point d'effets accumùlatifs comme la digitale; on peut donc en prolonger l'administration pendant un temps assez long, et à- dose croissante si cela est nécessaire. On voit combien son emploi diffère de celui de la digitale.

La caféine est soluble dans l'eau : 93 grammes d'eau à 12° dissolvent un gramme de caféine. La forme liquide du médicament est la meilleure de

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