PREMIÈRE PARTIE
LES MÉDIC AIHEi\TS CARDIAQUES
I — TONIQUES DU CŒUR Digitale
HISTORIQUE. — La digitale a élû décrite pour la première fois, en 1533, par Léonard Fuchs, professeur à l'Université de Tubingue {De Imtoria Stirpimn lommmtar. imcujo^^^ i54.9), qui lui donna le nom qu'elle l)orte en botanique et qui n'est que la traduction de l'appellation vulgaire souslaquelle elle était connue: Fingerliut ou encore Fingerkraut, Dé, Doiglier, Ganf:a:CR et aortiî 1
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lelel, Gant de bergère, Herbe à doigt; en France, Gant de Notre-Dame.
Les premiers effets de la digitale qu'on ait constatés, furent ceux d'une vive irritation des voies digestives, aussi ce l'ut d'abord à titre d'éméto-catliartique qu'elle fut employée, mais les doses prescrites étaient telles, qu'on observa souvent des accidonls graves d'intoxication." C'est pourquoi la digiUile. inscrite depuis longtemps déjà dans la pharmacopée du Wurtemberg, et en 1721 seulement dans celle de Londres, fut retirée bientôt de cette dernière, à cause des dangers qu'elle présentait. Elle resta ainsi bannie jusque vers 1785; à cette époque William Withering, seul d'abord, puis en collaboration avec CuUen [An account on the foxglove (Digital, purpur. etc.) and some of its med. uses. Londoii 1785], signala les propriétés hydragogues de la digitale et son action si remarquable sur la circulation, qu'il donna à cet agent le nom d'opmm dii cœur-, dès lors la digitale rentra en scène, ettît détinitivemenl son apparition dans la pharmacopée française, grâce surtout au patronage de Bidault de Villiers [Essai sur les propriét. mèd. de la digitale. Fructidor an XII, Paris).
Depuis cette époque l'étude de la digitale a été l'objet de nombreux travaux qui ont mis en lumière les principaux effets physiologiques de ce ])récieux médicament : Kinglake (1801) lui reconnaît la propriété de ralentir les mouvements du cœur, <'l plus tard Hutchinson, Sandras (1833) reviennent de nouveau sur cette propriété; Mac Donald (1801). Homollc et Quévenne (18i5), Hirtz (18G8), G. Paul (1868) étudient son action sur le pouls ; Vacca Berlinghieri (1800), Lauder Brunton (1808), Lozes(i87o),
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Cazin (187G), Trousseau, etc., insislcnl sur son pouvoir diurétique.
Il convient encore de citer les travaux importants de Traube (1850), de Vulpian (1855-1863), de Fonssagrives (1867), de Gourvat (1870), de Fothergill (1871), de Mégevand (1872), d'Ackermann fl872), de Teissier {(^om/rès de VAssoriat. franc, avanœmmt Sf: 1878), de Potain [Lee. clin.', Hôpit. Necker 1879- 1880), et plus récemment, l'intéressant mémoire de H. Huchard [Rea.yén. de Clinig . et de Thèrap . 1887).
BOTANIQUE. — ^. La digitale est une plante bisannuelle, de la famille des scrofulariées, répandue dans la plus grande pai'tie de l'Europe, dans l'Asie occidentale et moyenne et dans les îles occidentales du nord de l'Afrique. Elle croit dans les terrains argileux, siliceux et granitiques, mais ne pousse point dans les terrains calcaires. Elle est cultivée quelquefois comme plante d'ornement dans les jardins, mais elle se plaît de préférence au bord des buissons, sur les collines boisées et sauvages et dans les endroits déserts.
On en connaît plus de quinze espèces [Digitalis lutea.^ aurea., (jrandiflora^ orientalis, etc.), mais la principale de toutes, et la seule véritablement employée en médecine, estla. J^iffitalis picrpurea, digitale pourprée. La seconde année, sa tige est élevée de 50 centimètres à un mètre au plus ; elle est simple, droite, cylindrique et velue. L'inflorescence occupe tout le haut de la tige, et forme nue longue grappe de fleurs, à pédicelles penchés et garnis de poils très fins.
Le calice est formé de cinq sépales oblongs et unis à la base.
La corolle, gamopétale et campanulée, est glabre au dehors, el d une foioraliou rose pourpre ; elle est recouverte à l'intérieur de taches pourpres entourées d'une aréole blanche.
L'androcée est composé de quatre étamines, incluses, fortement didynames.
Le gynécée est formé d'un ovaire biloculaire chargé de poils blancs. Le fruit est une cap.sule conique biloculaire, à déhiscence septicide renfermant un grand nombre de graines insérées sur des placentas épais. Les feuilles sont alternes, lancéolées, un peu torses el crénelées, d'un vert brunâtre àleur face supérieure, grisâtres et couvertes d'un léger duvet à leur face inférieure; elles deviennent graduellement de plus en plus petites et se transforment peu à peu en bractées dans l'aisselle desquelles naissent les fleurs. L'odeur des feuilles fraîches est herbacée et désagréable, mais disparaît à la dessiccation ; la saveur en est très amère.
Toutes les parties de la digitale sont actives, mais en médecine on emploie presque exclusivement les feuilles. Celles-ci doivent être choisies de préférence parmi les plus grandes et surtout vers le haut de la tige. L'âge des feuilles el l'époque de leur récolte aune influence considérable sur leur activité. On recommande de ne cueillir que les feuilles de seconde année, et au moment de la floraison, on les fait sécher à l'étuve et on les conserve dans des vases bien bouchés ; malgré tout, leur altérabilité est grande, aussi ne doit-on pas prolonger leur conservation au delà d'une année. Recueillies, desséchées et soigneusement inondées de leur pétiole et de leurs nervures, les feuilles servent à préparer une poudre jaune verdâlre, très active, dont nous indiiiuerons
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ultérieurement l'usage et les divers modes d'emploi.
ACTION PHYSIOLOGIQUE. — A. — Effets sur les voies digestivcs. — Ingérée à dose tliérapeutique : iO centigrammes par exemple, la digitale est d'abord bien supportée ; mais si l'usage en est continué, une semaine par exemple, elle détermine de l'anorexie, delà pesanteur à l'estomac, des nausées, des vomissements et de la diarrhée. On arrive au même résultat, lorsque le médicament est donné immédiatement en une dose massive, par exemple à 75 centigrammes de poudre de feuilles en infusion. Quoi qu'il en soit, ce phénomène, attribué à une action irritante du médicament sur la muqueuse stomacale, pourrait être rattaché aussi à l'influence qu'il exerce sur les centres nerveux, car les vomissements au lieu de se produire rapidement, ce qui arriverait s'il s'agissait simplement d'une action irritante locale, ne surviennent en général que 2i ou 36 heures après l'ingestion du médicament.
D'après Lauder Brunton, le vomissement digitalique se distingue des autres vomissements par la violence des efforts et l'épigastralgie qu'il laisse après lui, ainsi que par sa tendance à reparaître.
La diarrhée ne s'observe guère que sous l'influence de doses toxiques, ou après l'usagé prolongé du médicament; dans quelques cas seulement, à dose thérapeutique, elle a pu provoquer une diarrhée légère, mais c'est là un fait peu habituel ; bien plus, L. Brunton, sur des expériences pratiquées sur lui-môme, a noté une constipation tenace, à la suite de la digitale absorbée à petites doses.
B. Effets sur la circnlation. — J» AcTION SUR LE l'OULS.
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Witherinfî, le premier, a établi (I78r3) que la digitale, administrée à doses modérées à l'homme on étal de sunlé, diim'mie la frèqumre du ponls ; cell(! observalion a été confirmée depuis par de nombreux travaux : Schiemann (1780), Joret (ArrJi. de MM. 1834). Ândral [BulM. dctiiêrap. 1834), Bouillaud [Trait, dm . des malad. du cœur, 2« édit., t. II, p. 5tM , 1841), etc.
Cette diminution dans la fréquence du pouls ne so produit que le deuxième ou le troisième jour de l'administration dumédicament, se maintienlencore pendant deux ou trois jours après la cessation de celui-ci et peut-être môme encore au bout de liuit à dix jours, d'après le témoignage de Hirtz. On a pu ainsi, sans compromettre la santé, faire tomber le pouls de 60 à "i(>. •40, et même 35 pulsations à la minute (Wilhcring).
D'api'ès certains auteurs (Hutcliinson, Sanders (Ati inquiri/ conccm. BiijU. Edimh.^ 1808;; Sandras {Biillct. de thèraf..^ 1833) ; Homolle [Ann. dethènip.^ 1845), etc., le ralentissement du pouls serait précédé d'une accélération préalable, pendant une ou plusieurs heures, et même plusieurs jours, surtout lorsque la dose prescrite est forte (Bouley et Reynal, Rec. de Mèd. vétérin.., t. IV, p. 297, 1849) ; avant eux, Laënnec professait aussi cette opinion : « J'ai remarqué, dit-il, avec plusieurs praticiens qui se sont occupés des propriétés de la digitale, que, dans les premiers jours de son administration, elle accélère souvent les battements du cœur. » [Trait, de Tomrulf. médiat., t. II, p. 735, 1820.) Cette accélération primitive a été niée par d'autres physiologistes, et L. Brunton, d'après ses expériences personnelles, a remarqué avec raison, combien il est difficile d'être fixé sur ce point; les causes d'erreur sont extrêmement nom-
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hreuses, et on voit, chez le même individu, la fré- ([uence du pouls varier suivant l'état de plénitude ou de vacuité de l'estomac, suivant l'état de la digestion, de la station debout ou couchée, de l'état d'impressionnabilité du sujet, etc.
En résumé, il est possible que cette accélération primitive du pouls se montre chez quelques sujets, mais seulement dans les cas où des doses fortes de médicament ont été prescrites d'emblée. A dose normale, thérapeutique, il ne peut y avoir que précipitation de quelques pulsations sous l'influence d'un éclat de toux, d'une émotion, d'un elTort, d'un mouvement, etc., à laquelle succède rapidement un ralentissement durable, dès que le sujet garde le repos (Beddoes).
En même temps que la digitale ralentit le poids, elle éVeve la tension artérielle ; cette action remarquable a cependant été niée d'abord par Giacomini, qui déclarait que le ralentissement du pouls coïncide avec la diminution de force, ralfaiblissement et l'irrégularité de la pulsation, et par Traube {Charité-Annal. 1850-1851), qui professait que la lenteiir du pouls coïncide avec une diminution très marquée de la pression artérielle. Plus tard, il est vrai [Berl. Klin. WocJiemchr., 31, 33, 1871), revenant sur son opinion première, il déclara que les petites doses élèvent la pression et diminuent la fréquence du pouls. On sait aujourd'hui que l'augmentation de la tension artérielle marche parallèlement à la diminution de fréquence du pouls, à condition que la digitale soit administrée à faible dose; le contraire se produit si on donne des doses toxiques. Il est donc absolument nécessaire, si l'on veut se rendre compte exactement do l'action physiologique de la
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digilale, de distinguer les doses petites des doses massives ot des doses toxiques.
L'élévation de la tension artérielle sous l'inlluencc de la digitale a été démontrée directement, chez l'animal à l'aide de l'hémodynamomètre, cliez l'homme par les caractères du pouls, les !racés sphygmographiques,et par la mensuration de la pression sur l'artère elle-même, par le sphygmonianomètre. Sur les animaux, des expériences nombreuses, dues principalement à Traube {loc. cit.) qui opéra sur des chiens, à Ackermann {Deitisch. Arch. f. KVm. Med. VI, 3" part., décembre 1872), à Gourval (Arf. }>h?jsioloff. de la dk/ifale, th. Paris, 1870), ont donné des résultats variables, mais confirmatifs du iail physiologique. Chez l'homme, les tracés sphygmographiques de' Marey, de ^nvàiev [Bidlet. thérapeat., t. LXXIV, 1868), de Ferrand, de Legroux [Esaai si/r la dif/itah, etc., th. Paris, 1867), de Lorain {Fiitd. dp Méd. cUniq. — Le poids^ 1870], ne sont pas moins nets.
■ La figure 1 donne le tracé d'un pouls normal ;
Fig. 1.
Si on le compare attentivement au pouls digitalique représenté iigure 2, on voit que celui-ci se fait remarquer : 1° par sa régularité; 2" par sa ligne d'ascension brusque; 3° par sa ligne d<'