INFLUENCE DES SUBSTANCES UTILISÉES EN MÉDECINE
Il faut créer ici deux grandes catégories : celle des médicaments qui provoquent des variations quantitatives (cholagogues faibles et énergiques, médicaments diminuant la quantité de bile, auxquels seront comparés les médicaments indifférents); celle des agents qui produisent des variations qualitatives.
A. Oholagogrues faibles. — Nul n'osait jadis mettre en doute laclion cholagogue des Alcalins^ et le jour où les physiologistes sont venus déclarer que le bicarbonate de soude et les médicaments similaires n'étaient pas susceptibles d'activer les fonctions biligéniques, le jour où il a fallu chercher une explication nouvelle aux bienfaits incontestables de Teau de Vichy, les médecins ne se sont pas tenus encore pour battus. Quelques-uns ont déclaré que, forts de l'expérience clinique, ils refusaient de s'incliner devant les conclusions du laboratoire, les animaux sains fistules ne pouvant être comparés aux hommes malades.
D'ailleurs, les expériences récentes de Lewaschew sont favorables à l'opinion ancienne. Ce physiologiste, opérant sur des chiens à fistule biliaire, a constaté que les alcalins augmentaient réellement la sécrétion; au début, la bile était riche en sels caractéristiques, puis son degré de concentration s'afi^aiblissait et tombait au-dessous de la normale ; l'eau éliminée par le foie s'accroissait, il y avait un véritable lavage des voies biliaires. Avec la collaboration de son compatriote KlikoWitch, Lewaschew a
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c'est donc l'eau de la bile qui fait les frais de Texpérience. Nissen pense que les alcalins enlèvent de l'eau à tous les organes et notamment au foie; en diminuant Teau, ils atténuent la pression qui règne dans les canaux biliaires.
Thomas s'appuie sur ses expériences pour déclarer que Teau de Carlsbad, comme l'eau pure, estincapable d'influencer la biligénie.
Le Sulfate de soude ^ donné au chien n° 1 de Prévost et Binet à la dose de 2 grammes dans 40 grammes d'eau, ne produisit ni augmentation ni diminution de Id bile ; une dose de 8 grammes, également sans effet biligénique, provoqua des vomissements. La dose de 2 grammes administrée à l'autre chien doubla momentanément le taux de la bile, qui revint très vite à son chiffre primitif.
Le Phosphate de soude est considéré par Rutherford comme un cholagogue, à condition que la dose employée n'amène pas d'effet purgatif. Baldi, Stadelmann lui refusent toute propriété de ce genre. Deux expériences de Prévost et Binet sur leur second chien, à l'aide d'un gramme et de cinq grammes de phosphate de soude, sont restées absolument négatives; on a même noté la première fois, au bout d'une heure, la diminution de la bile excrétée.
Le Chlorure de sodium trouve sa place parmi les cholagogues faibles. Le chien n** 1 de Prévost et Binet ayant ingéré 2 grammes de sel de cuisine, on a vu au bout d'une heure se produire une faible augmentation de la bile sécrétée (0,51 au lieu de 0,37). Vingt minutes plus tard on retombait à 0,32.
Le Sel naturel de Carlsbad devrait, d'après Rutherford, ses propriétés cholagogues au sulfate de soude qui entre dans sa composition. Prévost et Binet l'ont
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tion des gouttes de bile d'avoir induit Rôhrig en erreur. Cependant, si Ton analyse les résultats de Uutherford, on découvre que parfois la quantité de bile excrétée a triplé sous l'influence de Thuile de croton. Paschkis n'attribue à cet agent qu*un effet passager et faible; Técouiement se produit immédiatement, puis s'arrête.
Le Podophyllin a été accusé par Hughes Bennett de diminuer la sécrétion biliaire . Uutherford a constaté au contraire son action cholàgogue dans les cas où il produisait peu d'effets purgatifs ; que si le podophyllin purgeait violemment, son action sur le foie s'atténuait; quand la ligature du cholédoque s'opposait au passage de la bile dans l'intestin, le podophyllin perdait de son efficacité. Paschkis a injecté la solution alcoolique de podophyllin dans le duodénum du chien sans constater d'action cholàgogue ; môme résultat avec le podophyllotoxin. Tandis qu'Ewald prend la défense du podophyllin, Stadelmann lui refuse, comme à tous les autres purgatifs, l'inscription sur la liste des cholagogues.
La i?Aw&flrôe, injectée dans le duodénum, se retrouve en petite quantité dans la bile, au bout de cinq minutes, d'après Lafter. Prévost et Binetont fait ingérer au chien n® 2 un gramme de rhubarbe ; il n'y a eu ni diarrhée, ni troubles intestinaux ; au bout de cinq heures, ils ont constaté une augmentation notable de la bile excrétée, puis, au bout d'une heure et demie, le taux descendait au-dessous de la normale. La bile ne se teintait pas en rouge par l'addition de l'ammoniaque comme cela arrivait pour l'urine.
VAlois est considéré par Rohrig comme un excellent cholàgogue ; cet auteur a vu la sécrétion biliaire arrêtée se manifester de nouveau au bout d'une
28 FONCTION BILIGÉMQUE
Unchien adulte de petite taille fut chloralisé parles mêmes observateurs, puis on ouvrit Tabdomen et on fendit le duodénum pour mettre à nu les orifices des canaux excréteurs; cela fait, on injecta dans une veine 40 grammes de décoction de séné; il n'y eut ni hypersécrétion de l'intestin qui resta sec, ni écoulement du suc pancréatique, ni écoulement de la bile.
Le Boldo^ considéré en Amérique corncne un stimulant et un tonique et préconisé contre les affections du foie, n'est, aux yeux de Dujardin-Beaumetz et Verne [BulUtinde TViJm/;., 1876), qu'un médiocre cholagogue. Prévost et Binet ont fait ingérer au chien n® 2 une infusion de 10 grammes de feuilles de boldo dans 50 grammes d'eau; ils ont vu la sécrétion biliaire diminuer à la suite de cette première expérience. Trois jours plus tard, ils ont repris les feuilles qui, utilisées déjà pour l'infusion de la première expérience, avaient macéré dans l'eau froide depuis ce moment. L'animal ayant ingéré d'abord 50 centimètres cubes de la macération n*eut qu'un flux biliaire légèrement augmenté ; au bout de 50 minutes une nouvelle ingestion de 75 centimètres cubes de la même macération porta le taux de la bile à 0,80 (au lieu de 0,33 au point de départ) ; une demi-heure plus tard le chiffre n'était plus que de 0,45 ; l'animal urinait abondamment.
V Antipyrine, administrée à la dose d'un gramme chez les chiens de Prévost et Binet, ou injectée sous la peau à la dose de 20 centigrammes, n'a produit que de faibles variations du taux de la bile. Le médicament a passé dans l'urine, mais il n'a pu être retrouvé dans la bile. Aux yeux de Stadelmann, son action est douteuse.
La Mmcarine, alcaloïde non cristallisé extrait de
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excrétée en cinci minutes s'élevait de 0,50 àO,îfi, puis il s'abaissait à 0,iO. Le âO janvier, ranimai subissait une ingestion de 50 centi^ammes i midi ; à midi 20, le chiffre de la bile s'élevait de 0,30 à 0,83; h 3 heures, on notait 0,93; à 3 heures 27, on notait 1,50; à 3 heures 45, la sécrétion se ralentissait (0,43 seulement). Le 21 janvier, ingestion d'un gramme à midi, sans augmentation considérable de la bile (0,45 à 3 heures); nouvelle ingestion à 3 heures "20, même dose; la quantité de bile ne dépasse pas 0,()0; le résultat est donc moins bon que les jours précédents. D'ailleurs, pas de trouble digestif, pas de diarrhée, conservation de Tappétit. Au point de vue de Paction cholagogue, on voit qu'il s'est produit le troisième jour une accoutumance défavorable.
La Térébenthine communique à la bile une odeur résineuse particulière : aussi Mosler n'hésitait-il pas à déclarer qu'elle passait dans le liquide. Handfield Jones lui attribua le pouvoir d'exciter les mouvements péristaltiques des canaux biliaires et d'activer ainsi Texcrétion. Paschkis a injecté dans le duodénum des chiens 60 centigrammes à i gr. 20 d'essence de térébenthine mélangée à l'huile d'olive sans augmenter le flux biliaire. Prévost et Binet, ayant injecté dans l'estomac du chien n° 2 un centimètre cube et demi d'essence, ont vu la quantité de bile augmenter d'un tiers environ ; résultat un peu meilleur avec 3 centimètres cubes; avec 5 centimètres cubes la bile est devenue deux fois et même trois fois plus abondante qu'à l'état normal. En outre, les résultats ont été durables : l'ingestion effectuée à midi, par exemple, a provoqué entre 3 et 5 heures une abondante sécrétion biliaire. En
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il se forme un précipité de biliverdine qui empêche d'apprécier les couh'urs; il faut donc faire bouillir la bile avec du noir animal pur, filtrer et chercherU réaction dans U* liquide décoloré. Rabuteau admettait d'ailleurs Télimination du chlorate de potasse par la bile. Isambcrt, ayant examiné la bile de trois sujets morts en cours de traitement par le chlorate de potasse, n'avait trouvé ce médicament qu*une fois.
Le Benzoah de soiidr a été placé par Rutherford dans la catégorie des cholagogues. Prévost et Binet ont pratiqué, chez le chien n° 1, une injection hypodermique de oO centigrammes; la sécrétion biliaire a doublé au bout de trois heures. L'ingestion stomacale de ^ grammes a produit le même résultat en 45 minutes; une heure plus tard la quantité de bile avait triplé. Le liquide était resté visqueux. Sur le chien n*' 2 l'ingestion de 2 grammes a doublé la quantité de bile au bout de .*J0 minutes; une autre fois l'auge mentation a été légère.
La bile des deux animaux a été évaporée au bainmarie en consistance sirupeuse, puis additionnée de plâtre et^d'acide acétique. Le résidu a été desséché, puis pulvérisé et épuisé par l'éther; l'étherétant évaporé et le résidu repris par l'eau, on a concentré l'eau au bain-marie; impossible de découvrir les réactions chimiques de l'acide benzoïque et de Tacide hippurique; même résultat négatif de l'examen histologique. Au contraire, l'urine contenait de Tacide hippurique.
De même Mosler a recherché vainement Tacide benzoïque dans la bile après Tingestion du benzoate de soude.
Le Salicylate de soude a été vanté par Rutherford en 1880; mais déjà Blanchier [Gaz. méd, de Paris ^ 1879)
3i FONr.TKiN BlUr.ÉMOUE
injçérée fut d'un grainiiie h; 3 mai elle 4 mai. Le premier jour on ronstata au bout de 15 minutes 0,77 de bile au liiîu do (),iO (chiffre moyen normal pour 5 minutes, tandis que le liquide, primitivement foncé, d(»venait clair et limpide. La réaction parle perchlorure de fer s'accusait nettement dans la bile au bout de TiO minutes. Le second jour, le chiffre de la bile fut ])orté, au bout de ^0 minutes, de 45 à 1,28; en même l(?mps la réaction chloruro-ferrique se produisait beaucoup plus fortement que la veille dans le liquide i>iliaire; l'acide salicylique existait nellemeul aussi dans l'uriiie. Au bout d'une heure la quantité de bile sécrétée était encore de 0.93 en .*) minutes.
Les chiens fistules qu'observaient Doyon et Dufourt ont fourni, sous l'inlluence d'une dose de 1 gr. 50 au minimum, une bile moins dense mais légèrement plus abondante qu'à l'élat normal; en réalité, résultat médiocre.
Dans les expériences de Stadelmann au contraire, le salicylate de soude augmentait de 00 à 70 % le flux biliaire qui devenait fortement aqueux.
Le Salol a augmenté rapidement la sécrétion biliaire dans les expériences de Prévost et Binet. Le chien n"* 2 a reçu dans Teslomac, à midi, 75 centigrammes de salol ; à 3 heures après midi, on notait 1,15 de bile en cinq minutes, au lieu de 0,60 (chiffre noté avant l'expérience) et de 0,40 (chiffre normal moyen) ; à cinq heures, on notait encore 0,80. La bile ne contenait pas d'acide salicylique ; au contraire, Turine donnait une réaction vive.
Le même chien, deux jours plus tard, subit en deux fois Tingestion de 3 grammes de salol mêlés à l'eau, à 11 h. 30 du matin. A 3 h. 15 après midi, la
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chol.'itr (I(* soii(i(> «'i -i % . Au boni do 30 secondes, U st'crrtioii hiliain» (ii'viciU doulilo de ce qu*elle était aiitrriciirrincnt, et t'cla pt^nflant une heure environ. Parfois le j»li»'MHmi«''in* m» s'ohserve qu'au bout de dix ininuli'S: au <niilrainî, W Klvcocolle et la taurine ne (loniifMit aucun rcsullnt.
Los exprTij'nrrs <li* Itosonkranz, d*IIuppert, de Wfiss al)ouliss(M)( à des conclusions analogues.
Très rcinanjuahics sont les résultais de Prévost el Binet. Ces auteurs se son! st»rvis débiles empruntées au porc, au mout(»n, au chien ou au bœuf; ils n'ont prali(|uéni injcition sous-cutanée, ni injection intraduodénale, mais se s«)nl contentés de faire passer dans l'estomac dos chiens tantôt la bile en nature, tantôt un extrait pn'paré par é va po ration et dessiccation au hain-marie et repris par Teau. Dans tous les cas ils ont vu survenir une augmentation considérable de la sécrétion biliaire, débutant très rapidement (5 oulOminutes après l'ingestion stomacale) et se prolongeant pendant plusieurs heures.
Aucun médicament n'a produit de pareils effets. Les chiffres des 12 expériences relatées mériteraient d'être cités. Voici un exemple :
Chien pesant 7,000 grammes; 0" expérience le 15 mars :
à 11 h. 44, bile excrétée en ;J minutes 40
à 11 h. 50, ingestion stomacale de 4 grammes d'extrait de bile de mouton dans 40 centimètres cultes d'eau.
à 12 h. 3 bile excrétée en cinq minutes 1 50
à 2 heures, — — 1 84