‹ Thérapeutique des maladies infectieuses antisepsie; cours de pathologie générale professé a la Faculté de médecine de Paris pendant l'année 1887-1888Chapitre 112 sur 151 · ANTISEPSIE DU TUBE DIGESTIF · texte numérisé non relu

ANTISEPSIE DU TUBE DIGESTIF

On sait qu'après la ligature de la veine porte le lapin meurt en 30 à AO minutes, le chien en 1 heure ou 2. Schiff prétendait que les animaux meurent alors empoisonnés par les principes qui auraient dû être détruits par le foie. Il injecte dans les sacs lymphatiques d'une grenouille privée de foie le sang d'un chien, aucun accident ne se manifeste; il pratique au chien la ligature de la veine porte, le chien présente des accidents généraux auxquels il succombera; son sang injecté à la grenouille sans foie la tue. M. Roger a varié l'expérience en injectant au lapin différents sangs veineux du chien. Il a étudié comparativement la toxicité du sang de la veine porte, des veines sus-hépatiques et de la circulation générale. Pour tuer 1 kilogramme d'animal il faut IS^'^ de sang porte, TS'-" de sang sushépatique et 25"" de sang pris dans une veine périphérique. La comparaison de ces chiffres met en lumière la destruction de poison accomplie par le foie.

L'injection d'extrait de matières fécales à une grenouille sans foie montre qu'il faut moins de poison pour la tuer qu'il n'en faut pour tuer une grenouille normale.

En résumé, le rôle du foie comme destructeur de beaucoup de poisons venus de l'intestin est incontestable.

Le système de défense de l'organisme contre les poisons est enfin complété par l'oxydation, par la combustion qui s'effectue dans le sang et dans toutes les cellules de l'organisme.

Mais, si tout ce système de défense suffit dans les conditions normales où l'organisme ne reçoit pas une quantité de poison plus considérable qu'il n'en peut détruire , il peut arriver, il arrive souvent que le poison est retenu plus longtemps dans l'intestin ou fabriqué en quantité surabondante; il est alors, par suite de -putréfactions plus intenses, absorbé en excès.

L'empoisonnement se manifeste par des symptômes variables suivant le siège de la rétention ou des fermentations excessives.

Les fermentations exagérées dans l'estomac produisent une intoxication lente, chronique, attestée par la céphalée, la lenteur intellectuelle, certains troubles de la nutrition.

FORMES DIVERSES D AUTO-INTOXICATION INTESTINALE 27o

Les fermentations anomales de l'intestin grêle, telles qu'elles résultent d'une obstruction, donnent lieu à une intoxication violente, suraiguë : outre les vomissements, la petitesse du pouls, la sécrétion de sueurs froides et visqueuses, les crampes en sont les principaux symptômes. La rétention des matières fécales dans le gros intestin produit la céphalée, l'amertume de la bouche, le teint terreux, Thypochondrie.

Il y a d'innombrables degrés dans l'intoxication d'origine intestinale : depuis l'embarras gastrique jusqu'au botulisme qui n'est pas un empoisonnement direct par les matières toxiques contenues dans les viandes gâtées, mais une véritable infection avec sa période d'incubation , infection par les saprophytes préexistant dans la viande altérée qui se multiplient dans l'intestin et y fabriquent leurs alcaloïdes toxiques. Toute la série croissante de ces empoisonnements vous la trouverez encore depuis la constipation simple jusqu'à l'obstruction intestinale : c'est toujours de l'empoisonnement putride sous des formes diverses.

Outre l'intoxication par simple excès de fermentations putrides, il y a lieu d'envisager des fermentations exceptionnelles qui s'accomplissent au cours de maladies spéciales, aiguës ou chroniques, du tube digestif, dans la dilatation gastrique ou la simple dyspepsie, dans l'ulcère et surtout dans le cancer de restomac, dans les diarrhées aiguës ou chroniques, dans la dysenterie; de même dans certaines maladies générales à détermination intestinale telles que la fièvre typhoïde. Dans toutes ces maladies, l'atTection principale peut se compliquer d'auto-intoxicatiou par putréfactions intestinales.

Pour toutes ces maladies, dans toutes ces circonstances, il y a lieu de faire de l'antisepsie du tube digestif; elle est indiquée comme une nécessité toutes les fois que l'homme subit une auto-intoxication par suite de fermentations excessives ou anomales dans son tube digestif, toutes les fois aussi que, par suite d'un trouble dans ses organes protecteurs (rein, foie), il est devenu incapable de se défendre efficacement contre cette auto-intoxication.

VINGT-P^EIVIEME LEÇON

(19 juin 188S.) AATISEPSIE I\TESTI\ALE

Complexité des causes d'auto-intoxicalioii. R(Me de l'insuffisance liépatique et de rinsnffisance rénale. — Analyse des causes de l'indigestion; analogie syniptoniatique de cet état morbide avec l'empoisonnement par les viandes gâtées. Variabilité du tableau clinique. — Coma dyspeptique au cours de l'ulcère ou du cancer de l'estomac. Démonstration de la nature toxique de ces accidents. Part qui revient aux réflexes. Vertige.

Intoxication dans l'obstruction intestinale : utilité du lavage de l'estomac. Indications de faire l'antisepsie gastrique dans les ulcérations simples ou cancéreuses de l'estomac. — Antisepsie dans les maladies ulcéreuses de l'intestin grêle; — dans les opérations sur Tabdomen, la laparotomie; — dans les maladies du gros intestin. — Relations de la chlorose avec Tautointoxication intestinale. Antisepsie intestinale dans certaines opérations qui se pratiquent sur le rectum; — dans diverses alTections d'organes voisins du tube digestif et capables de l'infecter secondairement.

Antisepsie intestinale dans les maladies du foie, des reins, dans les fièvres, dans l'asphyxie chronique.

Ainsi l'organisme se défend contre rauto-intoxication d'origine intestinale par un ensemble de moyens que je résume : l'intestin expulse les matières toxiques qu'il contient, mais une partie est absorbée chemin faisant; de cette partie, le foie arrête ou détruit la moitié; ce qui lui échappe est détruit dans le sang et dans les tissus, ou s'élimine par le rein.

Mais tout est complexe en biologie et surtout en pathologie. Dans l'auto-intoxication on doit compter avec d'autres poisons que les poisons putrides et que ceux qui sont venus de l'intestin. Le foie exerce son rôle de destructeur sur une portion de la bile qui est résorbée et sur les poisons de la désassimilation

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