‹ Thérapeutique des maladies infectieuses antisepsie; cours de pathologie générale professé a la Faculté de médecine de Paris pendant l'année 1887-1888Chapitre 25 sur 151 · NEUVIÈME LEÇON · texte numérisé non relu

NEUVIÈME LEÇON

i2i avril 1888.)

ACTIO:\ DES POISOAS FABRIQUÉS PAR LES IIICROBES SUR L'ORGAMSJIE

Mes recherches sur la présence dans les urines de poisons fabriqués par les microbes au cours des maladies infectieuses : choléra, tétanos, pneumonie. — Transmission des symptômes de la maladie pyocyanique au lapin par injection d'urine de ces animaux atteints de la maladie. — Expériences de Roux et Chamberland avec la culture stérilisée du vibrion septique. — Inconvénients de la stérilisation par la chaleur. — Expériences négatives relativement à la toxicité des cultures charbonneuses stérilisées, positives (juant à la présence de poison dans la sérosité de l'œdème charbonneux.

Lésions anatomiques locales causées par la maladie infectieuse et continuant à évoluer pour leur propre compte après la yuérison. — Réactions provoquées au sein des tissus par les produits de la vie des microbes. — Hypothèses relatives à la nature de ces produits : ferments solubles agissant immédiatement sur- les cellules du voisinage; poisons agissant à distance par l'intermédiaire de la circulation.

Réaction vitale de la cellule animale et de l'oi'ganisme entier contre les poisons fabriqués par les microbes. — Exemple tiré de la maladie pyocyanique relativement aux lésions qui persistent après la guérison de la maladie. — Exemples tirés de la pathologie humaine. ■ — La connaissance des réactions de l'organisme contre les causes morbifiques est encore aujourd'hui, comme au temps d'Hippocrate, l'essence même de la médecine.

J'ai commencé dans la dernière leçon à exposer les documents d'ordre expérimental qui sont de nature à faire admettre que, non plus seulement dans les infections putrides, mais même dans les maladies virulentes proprement dites, une part des accidents est imputable à l'intoxication par des poisons sécrétés par le microbe. La preuve décisive et définitive a été donnée par M. Charrin quand il a produit, avec l'injection de culture filtrée du bacille pyocyanique, les mêmes symptômes caractéristiques, les mêmes lésions que quand il inocule le

bacille lui-même. Aucune démonstration aussi probante n'avait été faite avant, aucune plus probante n'a été faite depuis.

Bien que cela puisse paraître superflu, j'apporterai comme complément à cette démonstration quelques expériences personnelles que je crois d'ailleurs intéressantes à un autre point de vue.

Les poisons solubles produits in vitro par le bacille pyocyanique produisent des paralysies spéciales. Le bacille introduit dans le corps de l'animal provoque l'apparition des mêmes paralysies. Il est probable qu'il les provoque en sécrétant dans le corps le même poison qu'il fabrique dans les cultures. Cette probabilité, je démontre qu'elle est une réalité. Si on rend la maladie pyocyanique assez violente et assez courte pour que la mort arrive avant l'époque où les paralysies apparaissent, on peut recueillir le poison sécrété par les microbes, dans l'intérieur du corps, pendant cette courte maladie. Ce poison débarrassé de tout microbe, je l'injecte chez un autre animal et je le vois provoquer chez le second la paralysie qu'il n'avait pas eu le temps de déterminer chez le premier. Ce poison, je le recueille dans les urines de l'animal infecté. C'est l'application à une autre maladie de la méthode que j'ai suivie pour démontrer l'existence d'un poison morbide dans le choléra.

Mes injections d'urines cholériques démontrent l'existence d'im poison cholérique, mais ne démontrent pas l'origine de ce poison ; elles prouvent en tout cas que ce poison ne reste pas dans l'organisme, qu'il s'élimine par les émonctoires comme les autres poisons que l'organisme fabrique incessamment à l'état normal; que le rein enfin expulse aussi bien les poisons morbides que les poisons normaux.

On comprend que j'ai dû être tenté de vérifier si cette fonction du rein permettrait de découvrir le poison morbide dans les autres maladies infectieuses. L'expérience m'a prouvé qu'il ne faut s'avancer dans cette voie qu'avec beaucoup de prudence et de réserve. Au début j'avais conçu de grandes espérances ; l'illusion n'a pas été de longue durée.

Dans un cas de tétanos de l'homme, ayant injecté dans les

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veines d'un lapin l'urine de ce tétanique, j'ai vu éclater des convulsions avec opisthotonos. Jai pu croire à ce moment que je tenais le poison élaboré par Tagent infectieux. Mais j'ai pu me convaincre que les accidents produits par cette urine étaient analogues, mais non semblables aux symptômes de la maladie elle-même. Au cours des maladies s'accomplissent dans l'intimité des tissus des phénomènes chimiques qui échappent longtemps à notre attention ; telle est la mise en liberté d'un excès de potasse par excès de consomption fébrile. C'est celte potasse qui, se trouvant éliminée en plus grande abondance par les urines, produisait la convulsion ; car j'ai pu me convaincre par des expériences ultérieures que, dans presque toutes les maladies fébriles intenses à dénutrition rapide, les urines ont la propriété convulsivante ; avec l'injection d'urine de pneumonique, j'ai obtenu les mêmes convulsions suivies de mort par arrêt du cœur que j'avais constatées avec les urines de tétanique. J'ai refaitl'expérience avec les urines de beaucoup d'autres maladies rapidement consomptives et toujours abouti au même résultat. Ainsi il ne faut pas systématiser ce que j'ai dit à propos du choléra. Bien souvent on croit découvrir un poison morbide, alors qu'on se trouve en présence dun poison normal.

Ces réserves faites, je maintiens que, indépendamment des auto-intoxications par des poisons normaux fabriqués dans l'organisme en quantité normale, mais retenus d'une façon anomale par l'imperméabilité rénale, indépendamment d'autres anto-intoxications produites par l'excès de poisons normaux, comme cela arrive par la destruction trop rapide de nos cellules ou par la puUulation trop intense de nos microbes intestinaux, je maintiens, dis-je, qu'il y a des auto-intoxications dues à des poisons morbides qui sont sécrétés dans le corps par les microbes pathogènes des maladies virulentes. Je crois enfin que ces poisons peuvent, comme les autres, s'éliminer par les émonctoires et que quelques-uns de ces poisons en particulier peuvent se rencontrer dans les urines.

L'expérience dont je veux vous parler a été instituée de la façon suivante : Un assez grand nombre de lapins sont soumis

à ralimentalion exclusive par le lait, ce qui se réalise très facilement et ce qui a pour avantage de donner des urines très abondantes et des urines très peu toxiques, d'une façon relative et d'une façon absolue, l'alimontation végétale par la grande quantité de potasse qu'elle introduit donnant aux urines du lapin une très forte toxicité qui disparaît en grande partie par la substitution d'une alimentation pauvre en potasse.

Chaque jour deux ou trois de ces lapins sont mis en expérience, ils reçoivent par une veine de l'oreille un demi-centimètre cube de culture de bacille pyocyanique, puis sont placés dans une cage commune disposée de telle sorte que les urines peuvent être récoltées sans mélange et en totalité. Chaque jour de nouveaux lapins inoculés de la même façon remplacent les précédents qui ont succombé : la survie dans nos expériences ne dépassait pas vingt-quatre à trente-six heures. Le mélange des urines sécrétées par ces lapins pendant leur courte maladie était fdtré au filtre de porcelaine et on vérifiait chaque fois par un essai de culture qu'aucun microbe n'avait franchi le filtre. Cette urine ainsi préparée était injectée sous la peau à des lapins sains à la dose quotidienne moyenne de SC^*". Trois de ces animaux, dont l'un reçut 205'^', le second 145'^% le troisième 1W% ont présenté au bout de douze à quinze jours les signes non douteux de la paralysie pyocyanique. Tous ont présenté pendant la période des injections un certain degré de malaise, de la diarrhée, de l'albuminurie, de l'amaigrissement. Un certain nombre d'animaux ont succombé à la suite d'inoculations dont je vous parlerai plus tard, d'autres sont morts spontanément, quelques-uns qui avaient reçu des doses relativement faibles ont guéri. Je savais depuis longtemps que l'injection des urines humaines ne produisait rien de semblable; je me suis assuré que l'urine normale du lapin ne produit pas non plus les phénomènes paralytiques spéciaux à la maladie pyocyanique.

Je vais maintenant vous faire connaître, c<»mme j'en ai pris l'engagement dans lavant-dernière leçon, comment il a été démontré que les accidents généraux produits par le vibrion

POISON SÉCRÉTÉ PAR LE VIBRION SEPTIQUE 79

septiqiie sont de nature toxique. La septicémie qu'il produit est celle que Kocli et Gaffky appellent Toedème malin; c'est la gangrène gazeuse de MM. Ghauveau et Arloing. MM. Roux et Ghamberland ont publié, dans le numéro de décembre 1887 dos Annales de l'hutitut Pasteur, le travail que je vais résumer. Dans une première expérience, MM. Roux et Ghamberland ont pris du bouillon de culture de vibrion septique. stérilisé par le chauffage à 110"; puis dans la cavité péritonéale d'un cobaye ils en ont introduit une dose considérable, le 1/10 du poids de l'animal. Gelui-ci a éprouvé du malaise, son poil s'est hérissé, il était certainement malade; il y avait donc quelque chose de toxique dans la matière qu'on lui avait fait absorber.

Dans une seconde expérience, ils ont employé de la culture, non plus chauffée, mais débarrassée des microbes par une filtration au fdtre de porcelaine. Les animaux ont été plus malades; leur aspect était celui des animaux inoculés avec le virus lui-même.

Enfin MM. Roux et Ghamberland ont pris le poison dans le corps même d'un animal infecté; ils ont recueilli par pression la sérosité de l'œdème, l'ont filtrée et se sont assurés par la culture comme par l'inoculation que le liquide ainsi obtenu ne contenait plus de microbes. Ils en ont injecté la même dose que dans les expériences précédentes, le 1/10 du poids de l'animal. Au bout de quelques minutes, celui-ci avait le poil hérissé, il titubait, puis entrait en convulsions et mourait. Donc, quand le vibrion septique est cultivé dans un milieu vivant, il fait plus de poison que dans le bouillon de culture.

En injectant seulement 1/20 du poids , ils ont obtenu les mêmes symptômes, mais la mort est venue plus tardivement.

En diminuant encore la dose, ils ont provoqué une maladie encore grave, mais qui a guéri.

Il y a plusieurs enseignements à tirer de ces expériences. D'abord il est bon de varier les milieux de culture et de s'adresser de préférence aux milieux vivants; ensuite, il y a des procédés de stérilisation qui valent mieux que d'autres, parce qu'ils altèrent moins la matière toxique fabriquée par

les microbes. Le liquide le plus toxique est celui de l'œdème même, celui que le microbe sécrète quand il se développe dans l'animal vivant; puis viennent par ordre d'activité décroissante le bouillon de culture filtré et enfin le bouillon chauffé.

J'ai observé quelque chose d'analogue pour les cultures du bacille pyocyanique. Quand par des ensemencements successifs dans le même bouillon on est arrivé à rendre ce bouillon stérile, de telle sorte que, filtré au filtre de porcelaine et ensemencé à nouveau, il ne produit aucune végétation, si on porte ce bouillon à la température de 100", on ne remarque rien; si on le porte dans l'autoclave à la température de 115", alors on constate qu'il s'est fait un précipité floconneux d'une matière d'apparence albuminoïde. Si alors on ensemence de nouveau le bouillon ainsi modifié, il n'est plus stérile. La chaleur, en enlevant une substance qui était peut-être défavorable au microbe, a rendu de nouveau possible la vie de ce dernier. Or cette matière ne préexistait pas dans le bouillon, elle est un produit de la vie du niicrobe. On risque donc, quand on veut se débarrasser des microbes par la chaleur, de faire disparaître aussi, ou de neutraliser certaines substances sécrétées par les microbes. Pour les recherches dont nous nous occupons, il sera donc préférable d'avoir recours à la filtration.

J'arrive maintenant à une maladie où le poison morbide a été depuis longtemps affirmé ou recherché. Je vous ai signalé l'hypothèse de M. Chauveau et j'ai rapporté l'expérience négative de Tiegel et Zahn. J'ai vérifié plusieurs fois cette expérience et me suis convaincu que, si le charbon est une maladie où le microbe fabrique du poison dans le corps de l'animal, du moins il ne le fabrique pas hors du corps. Les cultures filtrées ne sont pas toxiques, ou du moins leur toxicité ne dépasse pas sensiblement celle du bouillon naturel. Le sang charbonneux est-il plus toxique que le sang normal, je ne le sais, et l'expérience de M. Chauveau ne pourrait nous renseigner que si les 70'=*^ de sang qu'il a injectés avaient été débarrassés par la filtration de leurs 200 milliards de bactéries.

J'ai recherché si la sérosité de l'œdème charbonneux était

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