‹ Thérapeutique des maladies infectieuses antisepsie; cours de pathologie générale professé a la Faculté de médecine de Paris pendant l'année 1887-1888Chapitre 59 sur 151 · PROPRIÉTÉS VACCINANTES DES URINES INFECTIEUSES · texte numérisé non relu

PROPRIÉTÉS VACCINANTES DES URINES INFECTIEUSES

assez de matière vaccinante pour conférer une immunité complète. ?sous pouvons maintenant conclure :

Si la propriété vaccinante et la puissance toxique appartiennent à la fois à une môme matière, la propriété vaccinante de cette matière est incomparablement plus énergique que son activité toxique, à tel point que le onzième d'une dose qui n'est nullement toxique est encore complètement vaccinant, auquel cas on ne peut pas dire que cette matière est vaccinante parce qu'elle est toxique.

Si au contraire, ce qui me semble plus probable, deux matières différentes sont sécrétées par le microbe, l'organisme de l'animal infecté élimine plus facilement, ou plus vite, ou plus abondamment, la matière vaccinante que la matière toxique.

Ai-je besoin de dire que je me suis assuré que l'urine normale, injectée dans les mêmes conditions, ne vaccine pas cet animal contre le microbe pyocyanique"? Dans un grand nombre d'expériences, nous avions utilisé, M. Gharrin ou moi, pour l'inoculation pyocyanique des animaux qui, dans des expériences antérieures, avaient reçu des quantités considérables d'urines de l'homme sain ou malade : ces animaux mouraient comme les autres. Chez trois lapins j'ai inoculé la culture de bacille pyocyanique par les veines à la dose de 0'',3 et O'^f,^, deux et trois jours après leur avoir injecté sous la peau de 20'='' à 30'='^ d'urine de lapin bien portant. Les animaux inoculés ont succombé au bout de 36 à hS heures. Un témoin qui n'avait pas reçu d'injection d'urine et auquel on avait inoculé O'''',^ de culture de bacille pyocyanique est mort dans les Zi8 heures.

Ce que j'ai fait pour la maladie pyocyanique, je l'ai fait pour d'autres maladies, mais avec des résultats différents.

J'ai tenté de faire la vaccination contre le charbon avec les urines des animaux charbonneux, j'ai toujours échoué. Une seule fois, un lapin qui avait reçu graduellement 200<== d'urine de lapin charbonneux, a été inoculé avec le virus fort et a survécu.

Mais, réinoculé au bout de 15 jours, il est mort avec des bactéridies dans le sang. Peut-être l'immunité est-elle de courte durée et ne peut-elle être obtenue que par de fortes doses.

J'ajoute qu'il serait désirable que ces essais fussent repris chez le mouton auquel on donne l'immunité plus facilement qu'au lapin.

J'ai fait la même expérience pour la rage ; mais l'animal que j'avais tenté de vacciner avec les urines rabiques a été inoculé avec le bulbe de ce lapin mort déjà depuis plusieurs heures et a succombé à la septicémie le lendemain de Tinoculation comme ceux dont je vous ai déjà parlé.

J'ai entrepris aussi de chercher si les urines de la septicémie du lapin conféraient l'immunité; mais je n'ai pas réussi à dépouiller l'urine des organismes pathogènes qui s'y trouvaient. Mes meilleurs filtres laissent passer le microbe de la septicémie du lapin.

La recherche des matières vaccinantes dans les urines des animaux atteints du choléra des poules ne m'a donné que des résultats négatifs. Un lapin reçoit chaque jour, pendant trois jours, 20'^'' d'urine tiltrée au filtre de porcelaine et fournie par neuf lapins inoculés de douze en douze heures avec le sang de lapins morts après injection sous-cutanée d'une culture virulente de choléra des poules. Trente-quatre heures après la dernière injection d'urine, ce lapin est inoculé, en même temps qu'un témoin, avec une goutte de sang de la rate d'un lapin mort depuis une demi-heure d'un choléra des poules très violent dont la durée, incubation comprise, a été seulement de 9 heures et demie. Le lendemain matin les deux animaux, témoin et vacciné, sont trouvés morts. On trouve chez les deux les lésions du choléra des poules et on constate chez les deux la présence du bacille dans la rate, dans le foie, dans le rein, dans l'urine et dans le sang du cœur.

Enfin, après ces échecs successifs, j'ai obtenu un résultat positif dans une maladie qui offre plus d'intérêt pour nous, dans la fièvre typhoïde.

Trois souris blanches reçoivent en sept jours, par six injections sous-cutanées, les deux premières Zi",l, la dernière 3", 5, d'urine filtrée fournie par un malade atteint de fièvre typhoïde. Vingt-quatre heures après la dernière injection, chacune de

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€es trois souris et deux autres souris témoins reçoivent dans le péritoine dix gouttes de culture virulente du bacille d'Eberth. Le lendemain les cinq souris paraissent malades; le surlendemain les deux témoins sont morts; le troisième jour les trois souris vaccinées sont bien portantes; elles restent bien portantes.

Une autre série d'expériences a donné un résultat négatif qui ne me paraît cependant pas capable d infirmer le résultat positif de la précédente. Onze souris blanches reçoivent sous la peau de l'urine d'homme typhique, quatre succombent au cours de ces injections. Les huit autres ont reçu, en dix-huit jours, par huit à neuf injections, les unes 72, les autres 80 gouttes d'urine. Deux jours après la dernière injection, ces huit souris et deux témoins sont inoculées dans le péritoine avec douze gouttes de culture virulente. Le lendemain toutes les souris vaccinées ou témoins sont trouvées mortes, La survie a été de moins de 17 heures. Je suis porté à croire, en raison de cette très courte durée, que l'inoculation du bacille d'Eberth n'a pas été la cause de la mort, ou du moins n"a pas été la cause unique.

Ce qui ressort clairement de mes expériences, c'est que les urines peuvent emporter au dehors la matière vaccinante fabriquée dans le corps par les microbes; que par conséquent cette matière ne peut pas s'accumuler dans l'économie; qu'elle ne peut pas y rester à demeure et à perpétuité; que si, par conséquent, dix ans après la guérison d'une maladie infectieuse et la disparition des microbes, un homme est incapable de contracter à nouveau la même maladie, cela peut être dû à ce qu'il a été impressionné il y a dix ans par une matière vaccinante; mais cela n'est pas dû à ce qu'il y a actuellement dans son corps une matière toxique pour les microbes, qui y aurait été déposée, il y a dix ans, par des microbes de même espèce.

Je maintiens donc l'opinion que j'exprimais tout à Theure. La matière vaccinante agit en modiflant la nutrition; et cette activité vitale nouvelle devient durable, et crée un état constitutionnel comparable à l'immunité naturelle.

Bouchard, Mala.Hcs infectieuses. 10

Malheureusement raction sur la nutrition n'a pas toujours un eflet exclusivement utile. La cellule déviée de son type nutritif peut procéder vers l'état pathologique. Il n'y a plus ni microbes ni substance soluble, il y a des cellules animées d'une vie anomale; l'organisme continue la maladie pour son compte. Voyez ce qui se passe dans la maladie pyocyanique. Longtemps, trois ou quatre mois après l'infection, le système nerveux se montre atteint dans son intégrité , on voit apparaître des paralysies spasmodiques, puis une albuminurie tardive par sclérose rénale avec hypertrophie du ventricule gauche, et l'urémie termine la scène.

Dans les expériences de MM. Chantemesse et Widal, les animaux n'ont pas été suivis aussi longtemps. On sait cependant que chez le cobaye, qui est naturellement réfractaire au bacille d'Eberth, l'injection de la culture stérilisée produit une intoxication attestée par l'amaigrissement, la dégénérescence graisseuse du foie, la tuméfaction de la rate, la néphrite épithéliale. Je sais bien que dans ces expériences de vaccination par les matières solubles sécrétées par le bacille pyocyanique et par le bacille d'Eberth on n'a pas séparé les matières vaccinantes des matières toxiques. Mais est-on sur de pouvoir jamais le faire? Est-on sûr même que la matière vaccinante à l'état de pureté ne produira pas sur l'organisme, à côte d'un effet utile, certains effets fâcheux?

Il ne faut procéder qu'avec une extrême réserve dans les applications qu'on pourra tenter chez l'homme. J'ai même la pensée que ces matières chimiques seront plus souvent employées comme médicaments pour arrêter l'évolution d'une maladie déjà commencée que comme vaccins véritables. Mais nous n'en sommes pas encore là et je crois devoir terminer par une parole de prudence : la vaccination par les produits solubles est pleine de promesses; mais elle est encore grosse de dangers.

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