‹ Thérapeutique des maladies infectieuses antisepsie; cours de pathologie générale professé a la Faculté de médecine de Paris pendant l'année 1887-1888Chapitre 62 sur 151 · VACCINATION ET IMPRÉGNATION · texte numérisé non relu

VACCINATION ET IMPRÉGNATION

maladie dans un organe sans importance physiologique (c'est le cas pour la péripneumonie épizootique). Pour ces doux maladies inoculées, la bénignité est obtenue grâce au soin qu'on a pris de circonscrire le développement du virus. Si la dissémination avait pu se faire d'emblée dans toute l'économie, si le contage avait été injecté dans les veines, on aurait eu dans un cas la pneumonie avec toute sa gravité au lieu d'un phlegmon gangreneux facile à guérir; ou bien on aurait eu une variole générale d'emblée, plus grave que la variole naturelle, de même que la variole fœtale ou la syphilis congénitale sont plus graves que les mêmes maladies développées chez l'adulte dans les conditions habituelles de la contagion. Pour certains virus, tout c; qui facilite leur diffusion rapide augmente la gravité de la maladie, tout ce qui la circonscrit assure la bénignité du mal sans amoindrir l'immunité qu'il confère.

On dit alors que pendant cette maladie locale il y a eu imprégnation de l'économie. On ne croyait pas si bien dire; mais cette métaphore a été une divination. Il y a dans ce mot une théorie qui restait vague et incertaine dans l'esprit de ceux qui l'ont ainsi exprimée et qui est cependant vraie à la lettre. Ce n'est pas la maladie locale qui vaccine, c'est bien l'imprégnation de toute l'économie.

Quand M. Pasteur inocule le virus atténué du choléra des poules, il fait à la place de la maladie générale qui tue, une maladie locale qui ne tue pas; et l'animal est vacciné. On ne peut pas affirmer que l'immunité est due à ce que la maladie a été locale. Quand M. Charrin inocule au cobaye la culture de bacille pyocyanique non atténué, il provoque une lésion locale; il nous dira quelque jour si à la suite de cette lésion l'animal est vacciné. Mais, quand il inocule le même virus à un lapin sous la peau, il ne produit pas de lésion locale et cependant l'animal est vacciné. Ce n'est donc pas par la lésion locale nécessairement que certains virus confèrent l'immunité. Cette immunité qui dépend forcément d'une action générale, on a pu l'interpréter en disant, conmie je vous l'ai fait remarquer il y a quelque temps, que l'inoculation sous-cutanée

THÉORIE DE L'iMPRÉGNATIOiN 161

n'est en somme qu'une inoculation intra-veineuse faite indirectement, lentement, graduellement et à plus petite dose; que les microbes déposés dans le tissu cellulaire peuvent y pulluler et y provoquer la lésion locale, mais que quelques-uns de ces microbes, s'engageant dans les voies lymphatiques, arrivent dans le sang, que ceux-là se répandent partout et peuvent ainsi impressionner la totalité de l'économie; que c'est à ces microbes migrateurs seulement qu'il faut attribuer la vaccination générale. Vous savez quelle réponse a été faite à cette théorie : on injecte inditféremment sous la peau ou dans les veines la ■ culture filtrée, débarrassée de tout microbe, et l'animal se trouve être immédiatement tout aussi bien vacciné que par l'injection sous-cutanée suivie ou non de lésion locale, compliquée ou non du passage de quelques microbes dans les veines. Dans les quelques maladies où l'expérimentation a pn être poussée jusqu'à ce point, ce qui vaccine, ce n'est donc pas la substitution d'une maladie locale à une maladie générale, ce n'est pas davantage la distribution discrète et restreinte de quelques microbes répandus dans toute l'économie, c'est la production d'une matière soluble vaccinante, fabriquée par les microbes là où ils se trouvent, dans la lésion locale ou dans tout l'appareil circulatoire, matière qui, en raison de sa solubilité, diffuse, se répand, est emportée partout et imprègne toutes les cellules.

La théorie est facile à formuler et elle est légitime pour quelques maladies seulement, pour celles où l'expérience a démontré que le microbe fabrique une matière vaccinante ; ce n'est que par analogie, et par une extension qui ne sera peut-être pas justifiée, qu'on appliquerait cette théorie à la variole et à la péripneumonie. Dans cette hypothèse on pourrait dire que l'imprégnation a été insuffisante pour la variole inoculée et suffisante pour la péripneumonie, puisque l'éruption des pustules varioliques primaires n'a pas empêché la maladie de se généraliser ultérieurement, ce qui prouverait que l'immunité n'était pas encore totalement acquise, tandis qu'après le développement du phlegmon gangreneux de l'extrémité de la queue, le

lîOUCHARD. Maladies infectieuses. 11

Page 1