‹ Thérapeutique des maladies infectieuses antisepsie; cours de pathologie générale professé a la Faculté de médecine de Paris pendant l'année 1887-1888Chapitre 70 sur 151 · LA VACCINATION PEUT-ELLE DONNEK LA RAGE · texte numérisé non relu

LA VACCINATION PEUT-ELLE DONNEK LA RAGE

De toutes ces statistiques il résulte avec évidence que Tiuoculation préventive de la rage après morsure est efficace.

Mais, si vous conservez des doutes sur la valeur des statistiques, laissons-les de côté et cherchons à établir noire jugement d'après les constatations de la pathologie comparée.

50 chiens bien portants sont vaccinés avec le virus rabique, 50 chiens non inoculés servent de témoins; tous les 100 sont ensuite inoculés sous la dure-mère. Parmi les 50 premiers, pas un seul ne succombe; les 50 autres meurent tous de la rage. Quelle objection faire à cette expérience? Ne démontre-t-elle pas d'une manière incontestable l'efficacité de la vaccination rabique?

Mais, si on peut préserver de la rage par l'inoculation, ne risque-t-on pas de tuer l'inoculé? Théoriquement, oui. Rien ne s'oppose à ce qu'on admette la possibilité du développement de la rage par l'inoculation de virus rabique non atténué. Mais, si cette éventualité est théoriquement admissible, voyons en fait quelle est la limite du danger. Il y a des médecins qui ont été inoculés sans avoir subi de morsures et uniquement par mesure de précaution contre les accidents possibles d'inoculation, pendant la manipulation des moelles virulentes. De ces médecins vaccinés depuis bien des mois, il y en a parmi vous qui m'écoutez; il y en a à Odessa, à Varsovie, à Saint-Pétersbourg. Parmi eux pas un seul n'est devenu enragé.

On a dit que, dans deux cas, des hommes étaient morts de la rage par le fait de l'inoculation, et on a invoqué comme preuve l'existence de douleurs ayant débuté aux points d'inoculation, sorte d'aura partie des parois de fabdomen où les injections avaient été faites.

Je dis que c'est là une preuve tout à fait insuffisante. Je ne concède nullement aux détracteurs de la méthode que ces deux morts lui soient imputables; mais je n'affirme pas que finoculalion à l'homme de la moelle plus ou moins desséchée du lapin rabique ne pourra jamais produire la rage. On peut se poser la question; mais rien n'autorise à la trancher par l'affirmative. D'ailleurs on ne doit pas oublier que les inoculés avaient été mordus. Mais, fussent-ils même morts du fait de l'inoculation.

BOCCOARD. Maladies infcrlieuses. 12

celle-ci ne serait encore responsable que de deux décès sur 6000 inoculés.

On a encore avancé que la rage qui survient chez l'individu vacciné est une maladie particulière, une rage transformée, un type morbide créé par la médication; c'est une rage paralytique, a-t-on dit, c'est donc la rage du lapin, une rage de laboratoire.

Cette accusation a été réfutée d'une manière décisive. L'homme qui a succombé à la rage paralytique n'avait pas la rage du lapin, puisque son bulbe inoculé n'a provoqué l'apparition de la rage qu'après une incubation de beaucoup plus prolongée que la courte incubation de la rage du lapin. .J'ajoute que la rage paralytique chez l'homme est bien connue; elle a été vue par Velpeau, Brouardel, Gamaleïa, par nous tous. On l'avait observée avant la méthode de M. Pasteur, on la voit encore aujourd'hui chez desrabiques qui n'ont pas été inoculés. C'est un des caractères cliniques les mieux établis de la rage que la mobilité des symptômes et leurs groupements variés : à côté de la forme hydrophobique, il y a toujours eu une forme paralytique, qui peut être plus ou moins précoce, se montrer d'emblée ou succéder à la première.

Je conclus que rien ne prouve que la rage ait été jamais transmise à l'homme par la vaccination. Rien non plus n'autorise à dire qu'il est impossible que l'inoculation donne la rage. Comme dans toute question humaine, il y a une inconnue. Mais en admettant que tous les cas de mort chez les inoculés soient imputables à l'inoculation, puisque la mortalité n'est plus en définitive que de 0,73 p. 100 au lieu des 16 p. 100 qu'on observait et qu'on observe encore chez les non-inoculés, qui peut contester sérieusement les bénéfices de l'inoculation '?

1. Dans son discours à l'inauguration de l'Institut Pasteur, M. Granclier a donné le recensement total des inoculations faites à Paris jusqu'au !<"■ juillet 1888, avec les résultats arrêtés au 31 octobre 1888. Il s'exprime ainsi :

<> Le nombre des personnes traitées à Paris, pendant les années 1886-188" et la première moitié de 1888, s'élève à 5374. En 1886, où l'affluence des étrangers était considérable, nous avons inoculé 2682 personnes, 1718 en 1887 et 91'i jusqu'au le-" juillet 1888.

« Le taux de la mortalité, en comptant tous les morts, même ceux pris de rage le lendemain du traitement, est, poux 1880, de 1,34 p. 100. pour 1887, de 1,12 p. 100, et pour 1888 de 0,77. »

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