LA VACCINATION ANTIRABIQUE EST UN BIENFAIT
D'ailleurs on ne se fait inoculer en général que quand on a été mordu. Mais, dans d'autres maladies pour lesquelles on se fait vacciner préventivement, n'y a-t-il pas toujours des risques à courir? L'inoculation de la variole, quand on la pratiquait, avait ses accidents fréquents; elle tuait quelquefois. Elle était pourtant déjà un bienfait sans nul doute. Et notre vaccine elle-même est-elle exempte d'inconvénients? Outre la possibilité de transmettre la syphilis, on ne peut nier qu'elle expose parfois à des accidents, à des phlegmons, à des ulcérations, à la pourriture d'hôpital, à l'érysipèle, à la mort même. Cependant quel homme de bon sens rejetterait pour ces motifs l'inoculation vaccinale? Eh bien, les accidents imputables à la vaccination rabique ne sont pas encore démontrés et, en mettant les choses au pis, ils ne sont rien comparés aux chances funestes de la maladie que l'inoculation doit combattre; et cette maladie n'est pas dans les éventualités possibles ou probables de l'avenir; elle est en nous, prête à nous étrangler.
Quand on a été mordu par un chien enragé, on a une chance de mourir sur six; quand mordu on se fait inoculer, on n'a pas une chance de mourir sur cent. Aussi voici ma conclusion définitive : je ne me ferais pas vacciner en vue d'une morsure possible ; mais je n'hésiterais pas à me faire inoculer après morsure.