RECHERCHE DES ÉQUIVALENTS TOXIQUES
subslances qui n'est pas nuisible à riioinme. La connaissance de Y équivalent toxique doit suivre la notion de l'équivalent antiseptique.
Depuis longtemps déjà on a comparé les activités toxiques des médicaments et on a reconnu qu'il faut prendre pour termes de comparaison les doses qui agissent sur l'unité du poids du corps, c'est ce que j'ai appelé équivalents toxiques. Il ne suffit pas en effet de dire qu'il faut plus de poison pour tuer un éléphant que pour tuer une souris ; il ne s'agit pas de savoir quelle est la dose de poison qui peut tuer l'homme en général ; il faut rechercher quelle quantité tue un kilogramme de matière vivante.
Et ce n'est pas suffisant encore ; car tout est complexe en thérapeutique. La dose qui tue un kilogramme de matière de telle espèce animale n'est pas celle qui lue un kilogramme d'un animal d'autre espèce ; il y a des espèces qui offrent une résistance spéciale à certains poisons (le lapin à la belladone et à la morphine).
Le degré de toxicité varie suivant les âges et suivant les individus. Il varie chez un même individu suivant les jours. 11 y a des poisons auxquels l'homme peut s'habituer très rapidement; l'accoutumance à la morphine est telle qu'on peut arriver au bout de quelques semaines, après avoir commencé par 1 centigramme, à en tolérer 1 gramme par jour. J'ai vu deux médecins qui s'en injectaient 3 grammes par jour sans éprouver aucun phénomène physiologique d'intoxication actuelle, sans narcose, sans vomissements.
La détermination de la toxicité d'une substance ne doit pas être limitée seulement à la recherche de la dose qui tue. J'ai systématisé cette étude et j'ai indiqué la nécessité de tenir compte de la dose qui provoque les premiers symptômes physiologiques, les premiers troubles fonctionnels ; en d'autres termes, outre les équivalents toxiques, il faut rechercher les équivalenh thérapeutiques; ceux-ci sont naturellement représentés par des chiffres toujours inférieurs aux premiers.
Quand on fait une injection intra-veineuse d'un médicament,
ABSORPTION LENTE DES POISONS PAR L'ESTOiMAC 217
on observe à un moment donné un premier eiïet : avec l'alropine, c'est la dilatation pupillaire; avec l'alcool, la narcose; la dose qui a été injectée à ce moment précis, est l'équivalent thérapeutique. Je vais expliquer comment il m'a paru nécessaire d'employer la méthode des injections intra-veineusespour déterminer les équivalents thérapeutiques et toxiques.
La dose qu'il importe de connaître, ce n'est pas celle qui a été introduite dans telle ou telle partie de l'économie, mais c'est la dose qui se trouve répartie dans l'ensemble des tissus au moment où apparaît le premier effet physiologique; nous avons intérêt à savoir non pas ce qui a été mis dans le corps ou ingéré, mais ce qui a été absorbé et se trouve actuellement présent quand surgissent les accidents d'intoxication.
Pour cette raison la voie digestive, excellente en thérapeutique, est absolument défectueuse en physiologie. Une substance introduite dans le tube digestif est absorbée quelquefois très lentement et, au fur et à mesure de l'absorption, elle est détruite ou éliminée; ainsi les petites quantités successivement absorbées et éliminées sont en partie perdues pour l'expérience. On ne sait jamais exactement quelle est la quantité totale contenue dans le sang, lorsque surviennent les premiers phénomènes physiologiques.
Voici un exemple de la lenteur avec laquelle des poisons sont quelquefois absorbés. M. Morel-Lavallée a communiqué il y a peu d'années le fait suivant à la Société Clinique : à 2 heures du matin un homme avait ingéré 60 grammes de laudanum; à 8 heures on pratique le lavage de l'estomac et on retire une quantité de laudanum qu'on a pu évaluer à /|5 grammes par la méthode colorimétrique. Ainsi, en 6 heures, un quart seulement de la quantité de poison ingérée avait été absorbé.
On peut faire ingérer en quantité énorme du sucre ou des aliments transformables en sucre sans voir apparaître la glycosurie; car les quantités absorbées sont au fur et à mesure détruites; si au contraire on injecte 1 gramme de sucre dans les veines, une minute après, Turine contient du sucre.