RECHERCHE DES ÉQUIVALENTS TOXIQUES
Par la voie inlra-veineuse la matière toxique est répartie instantanément et uniformément dans tout l'organisme. On peut donc savoir exactement quelle quantité est présente à un moment donné. Aucune partie n'a pu s'échapper, à cause de la soudaineté avec laquelle le médicament est introduit et distribué, et aussi à cause de la rapidité avec laquelle les symptômes apparaissent et se succèdent.
L'injection ne peut pas être faite indifféremment dans tous les points du système vasculaire. Si l'injection est faite par une branche de la veine porte, voie que suit naturellement toute substance introduite par le tube digestif, une quantité beaucoup plus grande, quelquefois double, de substance toxique est nécessaire pour produire les phénomènes physiologiques; car elle se trouve obligée de traverser le foie, d'entrer en conflit avec les cellules hépatiques qui peuvent la transformer en des matières moins toxiques. Il est donc nécessaire d'éviter le foie et on fait l'injection par une veine périphérique.
On doit toujours faire ces expériences sur la même espèce animale pour pouvoir comparer exactement les résultats; je me sers du lapin, chez, lequel l'injection est facile à faire par la veine marginale postérieure du dos de l'oreille.
Il est nécessaire de pousser l'injection rapidement et avec une vitesse constante (f en 1 ou 2 secondes).
Il ne faut pas trop diluer les solutions; on ne doit pas injecter plus de âO" de la solution par kilogramme d'animal. La masse du sang est de 77 grammes par kilogramme. On peut augmenter cette masse de moitié sans inconvénient. Les effets obtenus par l'injection, tant que cette dose n'est pas dépassée, ne peuvent être attribués qu'à l'action du médicament même; car, pour tuer par action mécanique, il faut que la masse du sang soit sextuplée. Il faut injecter près de /lOC'' par kilogramme (exactement SOG*"') d'eau additionnée de 7 de chlorure de sodium pour 1000. A ce moment la pression intra-vasculaire est assez forte pour repousser le piston de la seringue. A ce moment aussi apparaissent des épistaxis, des hémorrhagies pulmonaires, d'autres sugillations sanguines.
INJECTION INTRâ-VEINEUSE 221
L'injection intra-veineuse pourrait-elle agir physiquement en dissolvant les globules? Assurément; mais il faut introduire 90"^*= d'eau distillée pour faire apparaître les premiers symptômes fâcheux, et la mort n'arrive que si on injecte 120 à 122". Cependant, si ces dernières quantités peuvent produire la mort immédiate, on voit les animaux succomber tardivement quand la quantité d'eau injectée a dépassé /iO''°.
Avec le sang défibriné il faut, pour tuer, injecter 126"=; avec le sérum naturel, 125*='=; avec le sérum artificiel, dont j'ai donné la formule, 396'''=. C'est donc ce dernier que je recommande comme dissolvant, en ne dépassant pas ZiO''^ On évitera ainsi les accidents primitifs et même les accidents tardifs, tels qu'albuminurie et hémoglobinurie.
YINGT-TROISIÈME LEÇON
(2 juin 18SS.)
VALEtfR THÉRAPELTIQIK DES AATISEPTIQIES ÉTl DIÉE PAR I.XJECTIOXS IXTRA-VEI.XELSES
Liquides ([ui peuvent véhiculer les substances qu'on veut injecter dans le sang. Alcool. Degré de dilution convenable. Différences entre les toxicités des divers alcools et aldéhydes. — Glycérine; sa toxicité. — ■ Les injections intra- veineuses ne peuvent être utilisées thérapeutiquement que dans des cas exceptionnels; c'est une méthode de laboratoire.
Tableaux comparatifs du pouvoir antiseptique et du pouvoir toxique des corps suivants : bichlorure de mercure, naphtol a, naphtol p, créosote, acide phénicpie.
Je vous ai montré qu'en regard des équivalents antiseptiques il était indispensable de dresser la liste des équivalents thérapeutiques. Je tiens à préciser le sens de ce que j'entends par équival(Mils thérapeutiques, le mot n'étant peut-être pas bien choisi; il ne faut pas croire que toutes les substances rangées dans cette liste s'équivalent par la nature de leurs effets physiologiques, ni qu'elles produisent les mêmes effets thérapeutiques. Les équivalents thérapeutiques sont, pour les divers médicaments, les doses auxquelles ces substances commencent seulement à produire des phénomènes physiologiques sans risquer encore d'être toxiques; ce sont les doses maniables en thérapeutique, sans crainte de produire l' empoisonnement. J'ai donc employé le mot dans un sens totalement différent de celui que lui donne M. R. Dubois, quand il cherche, par exemple, quelle est la dose de chloroforme qui produit la même narcose que telle dose d'éther ou telle autre dose d'alcool.