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PREMIÈRE LEÇON

(22 mars 1888.)

LES DOCTRINES MICROBIENNES ET LA THÉRAPEUTIQUE DES MALADIES INFECTIEUSES

Définition de la maladie. — Rôle de la réaction de l'organisme dans l'évolution des maladies. Réactions locales et générales. Réaction salutaire tendant à la guérison. Insuffisance de l'effort curateur aboutissant à la mort. La chronicité dans les maladies est produite par la permanence des causes morbifiques : lésion organique reliquat d'une maladie ancienne ; trouble permanent de la nutrition; persistance dans l'organisme d'agents pathogènes animés.

Triomphe de la conception microbienne dans la pathogénie des maladies infectieuses. — Progrès réalisés en thérapeutique sous l'influence de cette doctrine.

Succès remarquables obtenus par le traitement local des maladies infectieuses chroniques. — Évolution de la thérapeutique dans le sens chirurgical. Nécessité pour le médecin d'acquérir l'habileté manuelle et de se familiariser avec la pratique de l'antisepsie locale.

L'antisepsie générale pourra-t-elle obtenir des succès équivalents à ceux de l'antisepsie locale? — Objections principales faites à l'antisepsie générale. Réponse à ces objections. — La médecine a été éclairée, mais non simplifiée par les doctrines microbiennes. — La thérapeutique antiseptique jugée par l'étude de la thérapeutique des maladies infectieuses.

Il y a quatre ans, j'ai consacré mon cours tout entier à l'étude des maladies chroniques, vaste domaine, que je suis loin encore d'avoir complètement exploré. Ce que j'ai étudié alors, c'était la diathèse et la thérapeutique des maladies diathésiques; mais il y a bien des maladies, qui, tout en étant

BOUCHARD. Maladies infectieuses. 1

chroniques, ne sont pas diathésiques ; ce sont surtout quelquesunes de ces dernières, que je veux étudier maintenant avec vous, parce que j'espère y trouver l'occasion de juger bon nombre de questions de thérapeutique générale.

Permettez-moi d'abord de vous tracer les grandes lignes suivant lesquelles je dirigerai mon enseignement et de vous montrer l'enchaînement qui relie ce que j'ai fait jusqu'à présent et ce que je veux faire dans l'avenir.

J'ai défini autrefois la maladie V ensemble des actes fonctionnels et secondairement des lésions anatomiques qui se produisent dans r économie, subissant à la fois les causes morbifiques et réagissant contre elles.

Ce dernier terme assigne à la réaction sa place légitime, tout en évitant l'exagération des Écoles pour lesquelles la maladie est tout entière dans l'effort curateur.

Nature médicatrice, effort curateur, tendance naturelle à la guérison, travail de réparation, évolution naturelle, sous quelque nom qu'on la proclame ou qu'on la dissimule, la réaction vitale est une réalité. Ce n'est pas toute la maladie, mais c'est une partie de la maladie et, lors même qu'elle n'apparaît pas clairement dans tous les cas, il est toujours facile cependant de la soupçonner.

Tantôt cette réaction provoque un réflexe nerveux qui met en jeu le fonctionnement des grands appareils. De leurs efforts combinés, il résulte une protection pour l'organisme total et une assistance pour la partie lésée. Tantôt la réaction est locale, élémentaire, limitée aux particules organiques du tissu qui a subi l'atteinte de la cause morbifique; elles réagissent pour leur propre compte sans le secours du système nerveux.

Rappelez-vous cet exemple, que je vous ai bien des fois cité, l'irritation expérimentale de la cornée; si vous pratiquez sur le pourtour de la cornée une incision circulaire portant sur la moitié de son épaisseur, et coupant par conséquent tous les nerfs qui pénètrent dans cette membrane, et si vous touchez avec le nitrate d'argent le centre de cette cornée ainsi énervée, vous verrez les cellules se gonfler, se multiplier autour du point

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