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ANTISEPSIE ET CARIE DENTAIRE

commensaux, nos hôtes ordinaires; il y a aussi des microbes pathogènes; on trouve celui que M. Pasteur a rencontré d'abord dans la salive d'un enfant enragé et qui produit chez le lapin cette septicémie que Raynaud et M. Lannelongue ont étudiée. On trouve encore dans la bouche les microbes de la suppuration, ceux qui provoquent accidentellement des maladies buccales.

MM. Galippe etMalassez ont montré que la périostite alvéolodentaire, cette gingivite par suite de laquelle l'expulsion spontanée des dents s'accomplit sans douleur, est de nature parasitaire. Cette gingivite expulsive est fréquente surtout chez les arthritiques et les diabétiques; elle suppose une altération préalable des humeurs qui favorise le développement du microbe, mais, quand une personne est en état d'opportunité morbide particulière, elle s'expose à contracter la maladie par des contacts buccaux intimes avec une autre personne atteinte déjà de cette maladie, ainsi que M. Galippe en a vu des exemples. Cette contagion n'est pas fatale, l'état de santé parfait met à l'abri contre elle.

Pour guérir cette maladie, on a vanté les attouchements des gencives avec l'acide chromique, l'acide picrique, l'acide phénique concentré; d'autres ont préféré des solutions de menthol, de thymol, d'acide salicylique, d'acide benzoïque. Tous ces topiques peuvent améliorer ou masquer l'état des gencives pendant quelques jours, mais le microbe est trop profondément entré pour que les antiseptiques puissent l'atteindre. Améliorer l'état général du malade est quelquefois la meilleure thérapeutique; instituer le traitement de son diabète, combattre le ralentissement de sa nutrition, en un mot le rendre mieux portant, c'est combattre plus efficacement le microbe que de le poursuivre avec des antiseptiques ; c'est faire de l'antisepsie indirecte.

La carie dentaire ne reconnaît pas pour cause un microbe unique, elle est le résultat de l'intervention d'agents infectieux multiples; les fermentations incessantes qui s'opèrent dans la bouche aux dépens des débris alimentaires donnent naissance-

à des acides tels que l'acide acétique, l'acide butyrique, qui décalcifient les couches superficielles de la dent et mettent à nu la dentine; les canalicules de la dentine se trouvent alors ouverts à des agents microbiens spéciaux qui s'y insinuent et achèvent la dissociation de la gangue calcaire, le squelette organique de la dent reste seul, la partie minérale ayant été soustraite par la carie chimique.

Avant qu'on eût soupçonné la nature microbienne de la carie dentaire, on avait déjà appris par tâtonnements à la combattre par certaines substances, qui sont précisément des antiseptiques. Il y a 50 ans que la créosote a été employée, aussitôt que Reichenbach l'eut découverte; puis on a essayé le permanganate de potasse. Ce sont des moyens insuffisants, défectueux, qui suspendent seulement les douleurs, mais n'arrêtent pas la carie commencée.

Les véritables indications thérapeutiques sont celles qui, s'adressant à l'état habituel de la bouche, empêchent la carie de commencer. Il en est de la carie comme du muguet, son développement suppose une acidité préalable de la bouche, puis les micro -organismes interviennent. En alcalinisant la bouche, on peut prévenir l'altération dentaire qui leur ouvre les canaux de la dentine. Au lieu de neutraliser les acides on peut quelquefois, par des lavages antiseptiques minutieux et répétés, s'opposer aux fermentations qui si souvent donnent naissance à ces acides.

Il est donc utile de faire l'antisepsie de la bouche pour prévenir la carie dentaire. Or, en prévenant celle-ci, on empêche d'autres maladies de se réaliser; la carie porte à la santé une atteinte plus grave qu'on ne le croit en général, elle entrave la mastication, c'est-à-dire le premier acte de la digestion, elle mène donc à la dyspepsie; or j'ai la conviction, comme Beau, — d'ailleurs c'est une idée bien ancienne et même antérieure à Hippocrate, — que l'existence de troubles dyspeptiques prolongés engendre toute une série de maladies.

Que fait-on cependant pour empêcher la carie? Elle débute souvent chez les enfants que personne n'instruit de ses dan-

IMPORTANCE DE L'ANTISEPSIE BUCCALE 2oD

gers; les adultes prennent contre elle certaines précautions, mais le plus souvent insuffisantes; il ne faudrait pas accumuler comme à plaisir les causes de fermentation dans la bouche par un excès d'aliments sucrés aussi bien chez les enfants que chez les adultes. On devrait imposer aux enfants dès le premier âge les soins hygiéniques de la bouche. On se dit souvent que, les dents de lait étant destinées à tomber, il n'importe guère que la carie les enlève un peu plus tôt; mais la chute prématurée des dents de lait compromet l'éruption des dents définitives. On fait la purification de la bouche au réveil, c'est bien; mais c'est surtout après les repas et avant le sommeil qu'elle devrait être pratiquée. Cette question de l'antisepsie de la bouche est donc une grave question d'hygiène dans laquelle toute la responsabilité incombe aux parents qui lavent tout chez leurs enfants, et je les en félicite, mais qui oublient la bouche. L'adolescent, comme l'enfant, néglige les soins de la bouche, jusqu'au jour cependant où il arrive à considérer les dents par le côté esthétique.

De tout temps, pour purifier la bouche, on a fait usage des antiseptiques; tous les dentifrices sont des mélanges dans lesquels entrent des essences, des baumes (styrax, benjoin). Il y a des peuples qui mâchent toujours quelque chose, j'ai peine à croire que ce soit uniquement pour cracher, colorer leur salive ou teindre leurs dents ; il est probable qu'à l'origine on a dû rechercher une action de purification en se servant d'une substance antiseptique comme le mastic de Ghio, qui est toujours en honneur dans le Levant comme substance masticatoire.

L'antisepsie de la bouche doit être faite plus soigneusement encore dans le cours des maladies fébriles, chez l'homme malade que chez l'homme sain, en vue de le préserver de maladies secondaires qui peuvent être rapidement mortelles. Ainsi, dans la fièvre typhoïde et dans les pyrexies graves qui amènent la sécheresse de la bouche, la parotidite suppurée qui quelquefois survient et emporte le malade, est une maladie infectieuse causée par des microbes venus de la cavité buccale

et qui remontent le canal de Sténon. En nettoyant soigneusement la bouche des typhiques et en l'humectant avec de la glycérine additionnée de substances antiseptiques, on pourrait éviter cette grave complication.

Quand j'ai dit, il y a huit ans, que la parotidite était une maladie infectieuse, quand j'ai dit aussi à la même époque que les amygdalites sont toujours des maladies infectieuses, j'ai provoqué l'hilarité. Ce sont aujourd'hui notions tellement acquises que nul ne voudrait y contredire; les rieurs d'hier sont les fervents d'aujourd'hui et parmi eux plusieurs me traitent de rétrograde; je ne dis pas cela pour récriminer, mais pour bien montrer le chemin parcouru en si peu d'années.

Pour revenir aux amygdales, je crois qu'elles se contaminent plus souvent par l'intérieur que par la cavité buccale, c'est moins la pénétration des microbes par les cryptes que leur arrivée par le sang qui met les amygdales aux prises avec les agents infectieux. J'ai dit par quel mécanisme elles prenaient part au phagocytisme; retenant et détruisant des microbes, elles en souffrent de temps en temps. Si l'antisepsie peut quelque chose contre les amygdalites, c'est surtout l'antisepsie générale. L'antisepsie intestinale a permis à M. Ruault d'empêcher la suppuration d'une amygdalite intense qui, selon toute apparence, devait être inévitable. Mais c'est encore au sulfate de quinine qu'on s'adresse de préférence, en pareil cas.

L'existence de grosses amygdales chroniquement enflammées est donc un indice de microbisme latent; dans ces foyers d'infection se font des réveils fréquents d'une inflammation mal éteinte; il est prudent de les détruire par l'ignipuncture. On pourrait éviter ainsi les déterminations secondaires infectieuses qui peuvent se faire à distance, comme la néphrite infectieuse qui guérit souvent en peu de jours, mais qui peut récidiver au bout de quelque temps, sans que pour cela l'amygdalite récidive, et qui peut devenir chronique.

Je dirai peu de chose de l'antisepsie du pharynx. Les règles qui lui sont applicables sont celles de l'antisepsie des surfaces en général.

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C'est dans la diphlhérie qu'on se préoccupe surtout de réaliser l'antisepsie du pharynx; on a essayé dans cette terrible maladie tous les antiseptiques connus, je citerai seulement les mercuriaux, tous les composés de l'iode. On a vanté je ne sais pourquoi l'iodure de potassium sous prétexte qu'il dégagerait de l'iode; je range les iodures alcalins au nombre des plus mauvais antiseptiques : pour stériliser un kilogramme de matière, il faut liO grammes d'iodure de potassium ou 42 grammes d'iodure de sodium. Dans le bromure de potassium qui a été préconisé, c'est Faction du brome qui peut être utile, et il est regrettable qu'on n'ait pas poursuivi des tentatives faites avec Tiodure de brome qui est un antiseptique.

Je citerai encore parmi les agents antiseptiques vantés dans la diphlhérie les sulfites et les sulfures, l'acide phénique cristallisé uni au camphre et dont M. Gaucher seconde l'action par des moyens mécaniques détersifs énergiques. J'ai entendu vanter beaucoup cette méthode. J'ai employé avec succès la solution de naphtol dans le camphre qui est moins douloureuse.

J'ai appris aussi que les pulvérisations créosotées, telles que les emploie M. Legroux, donnent de bons résultats.

Il est difficile de porter un jugement définitif; chacun se loue de l'antiseptique qui lui est familier et l'avenir dira quel est le meilleur. On est entré, je crois, dans la voie véritable; la diphthérie n'est pas une maladie générale d'emblée, c'est une infection locale qui se généralise. Elle réclame un traitement antiseptique local; mais ce traitement ne saurait être efficace que s'il est appliqué alors que le mal est encore local.

BOUCHARD. Maladies infectieuse;

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