INJECTIONS D'ANTISEPTIQUES INSOLUBLES DANS LE POUMON
rimenté riodoforme et le naphtol pulvérisés, maintenus en suspension dans l'eau ; j'ai employé aussi le naphtol en solution alcoolique; il se précipite au contact des tissus. Je n'injectais jamais que 1 ou 2 gouttes dans le même point. L'infarctus produit par cette matière pulvérulente provoque fort peu de réaction autour de lui. Au bout de 1 mois 1/2 il ne restait plus aucune trace de la substance antiseptique, et je n'ai pas constaté qu'un travail de sclérose se fût fait en ce point, comme cela se produit dans le foie quand on y introduit le naphtol par la veine porte. L'avantage de l'antiseptique insoluble serait de modifier le processus infectieux par un contact incessant. Mais je n'ai fait encore ces injections que sur l'animal sain; je n'ai pas tenté l'emploi de cette méthode dans les maladies pulmonaires des animaux; c'est dire qu'il me faudrait encore une longue série d'expériences heureuses pour que je me crusse autorisé à faire aucune tentative de ce genre sur l'homme.
On a encore utilisé pour l'antisepsie des voies aériennes les médicaments qui, introduits dans le sang soit par la voie digestive, soit par d'autres, font de l'antisepsie générale d'abord et ensuite, pour quelques-uns, de l'antisepsie locale, lorsque le sang les apporte dans le poumon et qu'ils s'éliminent par la surface des alvéoles ou par les glandes de la muqueuse bronchique. Tels sont les baumes, les essences (térébenthine, tolu, copahu, eucalyptus, benjoin et benzoates), le goudron, la créosote, l'hyposulfite de soude qui a été préconisé par M. Lancereaux contre les bronchites fétides, la quinine qui a une efficacité particulière dans la grippe, le soufre et les sulfures, les eaux sulfureuses, l'acide sulfhydrique.
Outre les voies digestives on a utilisé le rectum pour l'introduction de ces médicaments. M. Bergeon a vanté et essayé de vulgariser l'emploi des lavements d'acide carbonique mélangé d'acide sulfhydrique ou de sulfure de carbone. Absorbés par le sang, ces gaz devaient, disait-on, s'éliminer rapidement par la surface des alvéoles et réaliser ainsi l'antisepsie du poumon; mais ce n'est pas dans les cavités alvéolaires ou bronchiques qu'il importe d'apporter le médicament, c'est, pour la tuberculose
au moins, dans le tissu interstitiel. L'acide sulfhydrique apporté par l'artère pulmonaire s'élimine, dit-on, par les alvéoles. Alors il n'arrivera pas au cœur gauche et ne pourra pas être distribué par les artères bronchiques dans le tissu interstitiel. Dans le traitement de la phthisie, la méthode préconisée par M.Bergeon n'a donné aucun résultat. Elle en pourrait donner peut-être pour les catarrhes superficiels, mais alors les inhalations agissent de la même façon et plus sûrement.
Enfin on s'est servi de la voie sous-cutanée pour conduire les antiseptiques dans le poumon par l'intermédiaire du sang; c'est ce qu'a fait le premier M. Déclat, en se servant de l'acide phénique, c'est ce que fait actuellement M. Filleau. J'ai fait autrefois, chez les phthisiques, des injections sous-cutanées de créosote en dissolution dans l'huile à 50, puis à 25 p. 100, j'injectais par chaque piqûre de 1 à 4CC et j'ai poussé jusqu'à 3 injections par jour. Cette méthode est douloureuse et provoque des nodosités qui se dissipent lentement; je n'y ai plus recours que dans des circonstances tout à fait exceptionnelles.
M. Gimbert, à l'aide d'un dispositif particulier, réussit à injecter en une fois 30cc d'une solution huileuse de créosote à d/15e sans provoquer de phénomènes locaux incommodes.
On a injecté sous la peau de l'eucalyptus en solution dans l'huile de vaseline. C'est une expérience que je n'ai point faite et que je ne puis pas faire tant que j'ignore ce que devient cette vaseline, qui ne se détruit pas, dont je ne conçois même pas chimiquement la destruction et que cependant je ne vois pas sortir.