VINGT-HUITIÈME LEÇON
(16 juin 1S88.) ANTISEPSIE Di; TUBE DIGESTIF
Abondance des microbes dans le tube digestif : causes qui favorisent leur développement. — Obstacle apporté par l'acide chlorhydrique du suc gastrique aux fermentations microbiennes dans l'estomac. Rôle faiblement antiseptique de la bile dans l'intestin. — Microbes parasites. Microbes auxiliaires de la digestion, utiles, mais non indispensables. — Substances chimiques fabriquées par les microbes dans le tube digestif. Toxicité des matières fécales. Origines de cette toxicité.
Défense de l'organisme contre l'auto-intoxication d'origine intestinale dont il est sans cesse menacé. — Elimination des poisons intestinaux par les urines. — Protection exercée par le foie. Expériences de Schiff, Heeger et G. Roger. — Oxydation dans le sang et combustions interstitielles. — Signes de l'auto-intoxication par fermentations putrides excessives dans l'estomac ou l'intestin.
J'aborde aujourd'hui l'antisepsie du tube digestif, la première conquête dans les essais de désinfection du milieu intérieur.
Le tube digestif est la partie du corps où se trouve le plus de microbes : il en reçoit incessamment du dehors par l'air, par les aliments, par les boissons; il en vient des cavités qui sont en communication avec l'œsophage, bouche, fosses nasales, pharynx, poumons. Si quelques espèces ne sont que de passage dans l'intestin, d'autres espèces nombreuses l'habitent d'une façon continue. Les microbes sont en petite quantité dans l'estomac, il y en a beaucoup plus dans l'intestin grêle, mais c'est dans le gros intestin qu'il en existe une quantité énorme, on peut les évaluer parfois au tiers de la masse totale du
contenu de cet intestin. Outre ceux qui se trouvent dans le canal digestif môme, on en trouve encore dans les glandes qui lui sont annexées.
Cette abondance de microbes dans le tube digestif n'a rien qui doive surprendre, puisque là se trouvent réunies toutes les conditions qui favorisent leur développement : provision de matière non digérée et éminemment fermentescible, matière déjà digérée, la peptone en particulier, qui est leur milieu de culture de prédilection; humidité, chaleur constante.
Toutefois dans l'estomac les fermentations ne s'opèrent pas facilement, du moins quand il contient un suc gastrique normal; quand ce liquide possède sa teneur physiologique en acide chlorhydrique (plus de 1 gramme p. 1000 d'HCl anhydre), il est un obstacle absolu aux fermentations microbiennes.
Dans Tintestin grêle se trouve d'une façon intermittente un liquide qui semble, lui aussi, antiseptique; la bile est pourtant capable elle-même de se putréfier, mais elle intervient pour une part dans la protection des matières digérées.
Les microbes habituels de l'intestin se nourrissent de ce que nous avons préparé pour notre propre nourriture; ils sont nos commensaux ou nos parasites et vivent de la portion de nos aliments que nous ne consommons pas, clients qui mangent les reliefs de la table. Quelquefois ils peuvent travailler pour nous et il est probable que quelques-uns d'entre eux jouent un certain rôle dans les transformations digestives que subit la matière alimentaire.
C'est un rôle sur lequel M. Duclaux a insisté, il paraît s'exercer par l'intermédiaire de ferments solubles sécrétés par ces microbes. La caséine se coagule ainsi par l'action d'une de leurs espèces; d'autres gonflent, hydratent, dissolvent, peptonisent les matières albuminoïdes ; d'autres transforment l'amidon, intervertissent le sucre de canne, font fermenter la glycose, etc.
Ils peuvent donc quelquefois suppléer à l'insuffisance de nos sucs digestifs; ce sont des auxiliaires utiles à certains moments, mais non indispensables. Je crois que la digestion peut être