POISONS FABRIQUÉS DANS LE TUBE DIGESTIF
complète et parfaite sans leur secours. Je n'en veux pour preuve que les cas dans lesquels j'ai fait chez l'animal l'antisepsie intestinale à outrance, l'obligeant à ingérer 40, 50 fois plus d'antiseptique qu'il n'en faut pour supprimer toute fermentation microbienne dans le tube digestif; cependant l'animal continuait à augmenter de poids, poursuivait sa croissance en conservant tous les attributs extérieurs de la force et de la santé. On ne peut donc objecter à l'antisepsie intestinale la nécessité de laisser travailler dans notre tube digestif certains microbes utiles : ils peuvent nous être utiles, j'en conviens; mais ils ne nous sont pas nécessaires. Si accessoirement ils travaillent pour nous, souvent ils agissent manifestement contre nous.
Car ce sont eux qui fabriquent incessamment dans le tube digestif les acides acétique, butyrique, valérique, lactique, les hydrogènes sulfuré et carboné, l'ammoniaque, les ammoniaques composées, la leucine, la tyrosine, l'indol, le phénol, le crésol, le scatol, les alcaloïdes divers qui font que la matière putréfiée est toxique et qui, pour cette raison, font que la matière fécale aussi est toxique. C'est là un côté de la question des microbes du tube digestif qui n'est certes pas négligeable.
Le contenu du tube digestif est toxique, la matière fécale notamment est toxique. Stich avait déjà démontré en 1853 qu'elle est toxique pour un autre animal; il tuait un animal en lui injectant la matière fécale d'un autre. Mais la matière fécale est également toxique pour l'animal lui-même, je l'ai démontré en 1882.
J'ai tué les animaux par intoxication en leur injectant l'extrait aqueux et l'extrait alcoolique de leurs matières fécales, qui empoisonnent encore même quand on les a débarrassées des substances minérales, de la potasse, de l'ammoniaque.
Les poisons que contient la matière fécale sont d'origines diverses; une partie est représentée par les substances minérales des aliments, notamment par la potasse qui n'a pas été absorbée pendant la digestion : on sait que les sels de potasse à acides non toxiques peuvent tuer 1 kilogramme d'animal à des doses qui varient de 8 à 19 centigrammes.
Toxiques aussi sont les sécrétions qui éliminent des poisons préexistants dans le sang, nés de la désassimilation ou fabriqués par certains organes sécrétoires. La bile, pour ne prendre qu'un exemple, est toxique, et sa toxicité est complexe; elle n'est pas due seulement aux sels biliaires; sa matière colorante, la bilirubine, est 10 fois plus toxique que les sels biliaires, et la bile contient encore quelque chose de toxique dont je ne connais pas la nature, mais qui constitue l'appoint de sa toxicité totale. Il est vrai que dans le tube digestif les acides biliaires et la bilirubine se précipitent en partie et échappent ainsi à l'absorption intestinale, mais cependant il y en a une partie qui est résorbée.
Les produits des fermentations putrides qui s'accomplissent dans le tube digestif, et qui sont l'œuvre des microbes, contribuent aussi à la toxicité des matières fécales. Leur rôle est-il prépondérant? Je ne sais, mais la toxicité de la matière fécale n'est pas la même que celle de la matière putride : elle est moindre et surtout plus variable. L'extrait de 2gr,50 de viande putréfiée tue 1 kilogramme d'animal; il faut l'extrait de 17 grammes à Iib grammes de matière fécale pour tuer un kilogramme de matière vivante. Il y a encore cette différence que l'extrait alcoolique de matière putride est peu toxique et que celui des matières fécales l'est beaucoup. Quoi qu'il en soit, notre tube digestif contient beaucoup de poisons, et cependant nous ne sommes pas d'ordinaire intoxiqués.
Pourquoi? D'abord parce que l'absorption ne s'exerce que lentement sur le contenu de l'intestin; parce que les matières pâteuses ou dures contenues dans le côlon n'arrivent que par leur surface au contact de la muqueuse et que les matières toxiques qui sont au centre du bol fécal sont expulsées avant d'avoir pu être absorbées ; parce que enfin l'organisme travaille incessamment à se débarrasser du poison qu'il reçoit ainsi; les reins l'éliminent lentement, mais d'une manière continue.
L'expérimentation a permis d'établir que les poisons fabriqués par les microbes dans l'intestin se retrouvent dans les urines. L'intestin fait une incessante tentative d'empoisonné-