INSUFFISANCE HÉPATIQUE, INTOXICATION AMMONIACALE
cellulaire générale. Il est des poisons qui échappent à son action, les poisons minéraux, par exemple, en particulier la potasse, celle qui vient de l'alimentation et celle qui est livrée par la désassimilation. Aussi, lorsque, dans le cours des maladies où le foie cesse de fonctionner, surviennent des phénomènes toxiques, il est bien difficile d'apprécier quelle espèce de poison en est la cause; il est bien rare surtout qu'un seul poison puisse être incriminé.
En 1886, j'ai rappelé, dans mon cours sur le rôle du foie dans les maladies, des travaux fort importants de Schrôder et de Minkowsky. La désassimilation des matières albuminoïdes engendre de l'ammoniaque et c'est par la transformation de cette ammoniaque que le foie fabrique l'urée. Or, si on enlève le foie à des animaux, à l'oie en particulier, ou si le foie est malade chez l'homme, on observe des phénomènes d'intoxication, et les urines éliminent des quantités considérables d'ammoniaque. Les recherches cliniques de Hallervorden montrent que les accidents graves de l'insuffisance hépatique s'expliquent par une intoxication ammoniacale. Ces phénomènes d'intoxication se comprennent facilement si l'ammoniaque de désassimilation ne passe pas à l'état d'urée : car un poids donné d'azote est, comme je l'ai établi, quarante fois plus toxique à l'état d'ammoniaque qu'à l'état d'urée.
La connaissance de ces faits doit rendre circonspect dans l'appréciation de la cause des accidents qui se montrent chez des individus qui ont le foie malade, et on ne peut pas se promettre avec, certitude d'arrêter ces accidents en soumettant le malade à l'antisepsie intestinale; car celle-ci ne détruira qu'une partie des poisons et ne pourra rien contre les autres. Le même raisonnement est applicable aux cas où le rein cesse de fonctionner; l'empoisonnement urémique ne dépendant que pour une part de l'empoisonnement putride intestinal, on ne peut demander à l'antisepsie intestinale de mettre fin par elle seule à l'urémie.
Je fais toutes ces réserves; car je ne veux pas que vous pensiez que tout le danger vient de l'intestin dans toutes les
maladies auxquelles, vous ai-je dit, l'antisepsie intestinale est applicable.
Revenons pourtant aux fermentations qui s'accomplissent dans l'intestin. Les fermentations normales , par le seul fait qu'elles deviennent excessives, peuvent réaliser l'empoisonnement, soit qu'on ait introduit dans le tube digestif des aliments en état de putréfaction, soit que les organes où s'opèrent les fermentations ne fonctionnent plus comme à l'état physiologique. Si la pullulation des microbes ne subit plus de frein, ceux-ci réalisent des intoxications depuis le degré le plus atténué jusqu'au degré mortel; ainsi pour l'estomac, tant que le suc gastrique contient de l'acide chlorhydrique dans la proportion de 1 gramme pour 1000, les microbes n'y peuvent pulluler et les aliments ingérés sont digérés; une partie est immédiatement absorbée, une autre partie passe dans l'intestin pour y subir les transformations ordinaires.
Mais il en est tout autrement, lorsqu'il se produit un changement dans les conditions normales, quand la production du suc gastrique se trouve suspendue ou quand il renferme moins d'acide chlorhydrique. Or, pour que ces perturbations apparaissent, il suffit chez certaines personnes d'une émotion, d'un coup de froid ; il est vrai que, pour d'autres, le ciel pourrait s'écrouler sans troubler leur digestion. Chez les premières, il se produit alors ce que nous appelons une indigestion, c'està-dire une succession de phénomènes qui rappellent exactement l'empoisonnement par les viandes gâtées.
L'indigestion n'est pas uniquement le fait de ne pas digérer, mais bien l'ensemble des phénomènes qui résultent de ce qu'on n'a pas digéré, c'est-à-dire l'empoisonnement par ce qu'on n'a pas digéré. En effet, les aliments non digérés dans l'estomac, s'ils étaient dans un milieu antiseptique, pourraient y séjourner longtemps sans inconvénient, sans déterminer de symptômes plus pénibles qu'une pesanteur d'estomac.
Mais, en raison de l'absence ou de l'insuffisance des sucs digestifs normaux, ces aliments sont envahis par les microbes que l'acide chlorhydrique ne refrène plus ; ces microbes pullu-