ANTISEPSIE DANS L'ALBUMINURIE DYSPEPTIQUE, L'ACNÉ
uretères dans le cancer de l'utérus; je comprenais toutes les maladies qui peuvent se compliquer d'urémie, puisque l'intoxication intestinale compte au nombre des intoxications partielles qui constituent l'urémie. L'antisepsie intestinale a paru paradoxale à un moment donné dans cet état morbide, mais vous voyez qu'elle se légitime.
Parmi les maladies du foie, je veux vous citer encore la congestion hépatique si souvent méconnue dans les dyspepsies, dans la dilatation de l'estomac, cette congestion qui, répétée plusieurs fois par an, finit par amener la luxation du rein droit chez les personnes dont le thorax est habituellement comprimé à sa base par un lien, chez les femmes et les militaires.
Je citerai encore un autre accident fréquemment méconnu de la majorité des praticiens, l'albuminurie dyspeptique ; l'albuminurie existe une fois sur cinq chez les dyspeptiques; Sénator l'a signalée. On ne trouve pas de cylindres dans les urines, mais elle s'accompagne parfois des même accidents cardiaques, de l'œdème et de l'anasarque que l'albuminurie des néphrites. On peut souvent la faire disparaître en quelques jours par l'antisepsie intestinale. C'est bien quelque chose au point de vue du pronostic et de la thérapeutique, de savoir que ce symptôme, si mal famé près du public et des médecins, perd son importance quand on lui a découvert cette condition pathogénique, puisqu'on peut le faire disparaître en supprimant les putréfactions intestinales.
Il y a des maladies de la peau qui sont provoquées ou entretenues par les fermentations du tube digestif; parmi elles je citerai l'acné rosée, l'acné indurata. L'antisepsie intestinale en triomphe le plus souvent au bout d'un temps qui n'est pas très long; elle fait disparaître aussi ces rougeurs de la face qui surviennent après les repas chez beaucoup de femmes dyspeptiques. J'ai soigné une malade atteinte d'une anémie grave avec acné indurata épouvantable; sa face était une écumoire dont chaque trou suppurait ; on l'avait envoyée vainement à toutes les eaux thermales et à toutes les stations d'altitude réputées. Sa faiblesse était telle qu'elle ne pouvait plus aller
d'un fauteuil à l'autre dans sa chambre. Ayant reconnu chez elle l'existence d'une vaste dilatation gastrique, j'essayai l'antisepsie intestinale dont le succès fut tel, qu'au bout de quelque temps on la voyait avec surprise se promener dans sa ville, presque guérie de son acné; anémie et acné ont fini par disparaître complètement. On peut encore guérir par l'antisepsie certains eczémas circonscrits, certaines urticaires (il y a des urticaires qui ne dépendent pas du tube digestif, mais souvent chez les enfants comme chez les adultes l'urticaire peut être attribuée à l'auto-intoxication intestinale).
Vous m'avez entendu deux fois citer la furonculose comme justiciable de l'antisepsie intestinale, et cela paraît absurde au premier abord d'opposer l'antisepsie intestinale à cette infection qui est contagieuse d'un homme à un autre et, pour le même individu, d'un point de sa peau à un autre. Absurde, c'est possible, mais ce n'en est pas moins vrai. Réfléchissez d'ailleurs que cette maladie infectieuse, parasitaire, ne se développe pas chez tout le monde. Il y a des conditions d'ordre général qui rendent cette infection plus facile. L'individu qui par accident s'inocule un furoncle destiné à rester isolé, n'est pas dans le même état de santé que celui qui a d'incessantes poussées furonculeuses ; ceux qui sont exposés à ces furonculoses interminables sont les diabétiques, les arthritiques, les cachectiques et les dyspeptiques. A coup sûr la putréfaction du tube digestif ne remplace pas le microbe et c'est bien lui qui est la cause de la suppuration gangréneuse du follicule pileux et du tissu sousdermique adjacent; mais le microbe, il est constamment à notre portée; il est même en nous, on le trouve dans notre bouche, et, pour qu'il réussisse à infecter un grand nombre de points de la peau, il faut que l'organisme ait subi une détérioration spéciale. Une des conditions qui rendent nos humeurs plus favorables à la pullulation du microbe, c'est leur imprégnation par les matières putrides produites par la fermentation intestinale ; ce n'est pas la seule cause, mais c'en est une.
Je connais l'observation d'une femme qui prit la furonculose de son mari, ayant pratiqué ses ablutions dans un vase où
DANS LA FURONCULOSE, LES BRONCHORRÉES, ETC. 287
lui-même avait fait le pansement d'un furoncle; elle eut plus de quarante furoncles du même coup; aussi, au début, la contagion est indubitable, mais un mois après, à l'occasion des règles, apparition de nouveaux furoncles, et à chaque période cataméniale pendant 4 ou 5 mois il en fut de même. Je constatai chez elle une dilatation de l'estomac; je ne considérai pas pour cela que l'état intestinal eût été seul en cause, il s'y adjoignait l'état humoral particulier de la période cataméniale. Ne pouvant agir sur celui-ci, je fis du moins l'antisepsie intestinale, les nouvelles règles survinrent sans ramener aucun furoncle et il en fut ainsi pendant quelques mois; il suffisait que l'antisepsie fût reprise quelques jours avant l'époque des règles. Mais voici qui complète la démonstration : deux fois cette femme supprima l'antisepsie ; deux fois les furoncles revinrent.
J'ai été consulté pour un collégien qui depuis trois mois avait incessamment des furoncles ; je lui fis prendre les médicaments avec lesquels je réalise l'antisepsie intestinale ; les furoncles disparurent sans retour.
Un artilleur qui ne s'occupait en rien de sa personne était couvert d'anthrax et d'abcès furonculeux ; trois jours après qu'il eut été soumis à l'antisepsie intestinale, aucun nouveau furoncle n'apparaissait.
Je pourrais citer dix autres faits analogues. C'est donc pour moi une vérité absolument démontrée que l'on peut obtenir la guérison de la furonculose par l'antisepsie intestinale. Je fais une réserve pour les diabétiques.
L'antisepsie intestinale peut encore guérir certains coryzas à répétitions, fréquents chez les dilatés, des bronchorrées, des accidents asthmatiques ou nerveux comme la toux gastrique, des palpitations et des intermittences cardiaques.
Je joins à cette énumération des maladies de la nutrition générale. Certaines variétés de rhumatisme déformant peuvent être améliorées ou parfois guéries uniquement par l'antisepsie intestinale. J'ai fait l'antisepsie contre des déformations des doigts avec déviations et nodosités, des arthrites déformantes
du poignet ou des genoux; les douleurs ont d'abord cessé, puis j'ai constaté le retour graduel des mouvements et la diminution des déformations articulaires. Un malade qu'on avait apporté dans mon service incapable de marcher, est, il y a quelques jours, reparti à pied; mais j'ai en ce moment dans mes salles deux femmes atteintes de rhumatisme noueux chez lesquelles je n'ai rien obtenu. Ces faits, joints à beaucoup d'autres, me confirment dans l'opinion que le rhumatisme déformant comprend des maladies multiples dont la genèse est différente.
J'insiste enfin sur les céphalées habituelles des dyspeptiques et sur certains états douloureux de la tête ressemblant singulièrement à la migraine, qui peuvent être améliorés ou guéris par l'antisepsie intestinale. Je sais un cas où un état migraineux, qui revenait deux ou trois fois par semaine depuis des années, disparut après 17 jours d'antisepsie intestinale.
Puisque tant de maladies réclament l'antisepsie intestinale, comment la réaliser?
Pour l'estomac, on peut facilement évacuer son contenu : c'est un procédé antiseptique que la médecine a de tout temps réalisé inconsciemment à l'aide des vomitifs et des purgatifs.
Maintenant nous faisons le lavage de l'estomac, on en a même abusé pendant quelques années ; aujourd'hui on le restreint de plus en plus. Il doit être limité à un petit nombre d'indications. Une indication formelle est l'existence d'une obstruction intestinale avec reflux dans l'estomac des matières putrides retenues en arrière de l'obstacle. Dans la dilatation de l'estomac beaucoup de médecins, sans raison suffisante, font encore du lavage une panacée; il n'est cependant nécessaire que dans un cas, c'est lorsque, 6 ou 7 heures après les repas, le suc gastrique n'agissant plus, il reste dans l'estomac des aliments qui ne peuvent plus être digérés et qui subissent la fermentation putride ; il convient de les évacuer. On peut faire les lavages avec les liquides antiseptiques, l'acide borique par exemple; mais cela importe peu, l'important est d'évacuer et de laver.
On a utilisé pour l'antisepsie de l'estomac l'iodoforme, la