MÉDICAMENTS QUI PEUVENT LA RÉALISER
créosote, l'acide salicylique, l'eau chloroformée, qui procurent souvent un soulagement passager; je préfère de beaucoup le naphtol, associé ou non au salicylate de bismuth; d'ordinaire je me contente de l'antiseptique normal de l'estomac, je fais prendre aux repas, pendant quelques jours, comme unique boisson, la solution d'acide chlorhydrique du commerce à la dose de k grammes pour un litre d'eau.
On ne peut espérer obtenir l'asepsie du gros intestin qu'à la condition de faire au préalable l'antisepsie des parties supérieures du tube digestif; on arrive à la rendre non pas parfaite, mais suffisante, en la complétant par des irrigations d'eau contenant des acides phénique, salicylique, borique, du borate de soude, du benjoin. Il faut être prudent dans remploi de l'acide borique et ne pas s'en servir d'une façon trop fréquente, il amène la desquamation du gros intestin; les malades rendent alors de grandes peaux, qui sont constituées par des débris épithéliaux et une sécrétion muqueuse. A ces lavements, j'ai substitué la solution aqueuse de naphtol à 0,20 pour 1000.
Ce qui importe surtout, c'est de réaliser l'antisepsie dans toute la longueur du tube digestif. On l'obtenait, sans s'en douter, avec le calomel et le sulfure noir de mercure, mais bien incomplètement. Plus tard on a pensé la réaliser avec le chlore, l'iode, les sulfites et les hyposulfites alcalins, la créosote, l'acide phénique, l'acide borique, le sulfure de carbone en solution aqueuse très diluée. M. Dujardin-Beaumetz se loue beaucoup de ce dernier médicament.
Les indications qu'il est nécessaire de remplir pour réaliser effectivement l'antisepsie du tube digestif sont toutes spéciales.
Voilà 13 ans que j'ai entrepris cette étude, et j'ai parcouru plusieurs étapes.
J'ai d'abord employé le charbon végétal ; 100 grammes par jour suffisent à désodoriser et à décolorer les garde-robes, mais ce résultat ne serait pas suffisant et, si je n'avais pas obtenu davantage, M. Peter aurait eu raison quand il a dit plaisamment que l'avantage de l'antisepsie était d'être obligeante pour l'entourage du malade. Mais j'ai obtenu mieux, et je puis dire
BOUCHARD. Maladies infectieuses. 19
que l'antisepsie est également obligeante pour le malade, puisqu'elle amoindrit la toxicité de ses matières fécales et de ses urines. Le malade absorbe donc moins de poisons et, dans la fièvre typhoïde par exemple, les principaux avantages de l'antisepsie sont la suppression des accidents nerveux et d'autres signes d'intoxication, comme la coloration terreuse des téguments, la sécheresse de la langue, etc.
J'ai formulé au Congrès de Copenhague les principes de l'antisepsie vraie du tube digestif. L'antiseptique doit être insoluble, afin que, n'étant pas absorbé graduellement dans son parcours, il puisse exercer son action dans toute la longueur de l'intestin jusqu'à l'anus. Il doit être en poudre ténue, afin que la multiplicité de ses particules lui permette d'être en contact avec toute la surface de la muqueuse et toute l'épaisseur du contenu. Il doit être administré à doses fractionnées et souvent répétées, pour que, malgré les mouvements péristaltiques de l'intestin qui font sans cesse cheminer son contenu, il y ait toujours une certaine quantité de la substance antiseptique dans tous les points. Ces préceptes, Rossbach les a formulés presque dans les mêmes termes.
Quels sont les médicaments qui peuvent le mieux satisfaire à ces indications ?
J'ai, après Yulpian, employé le salicylate de bismuth et l'iodoforme; j'ai utilisé la naphtaline après Rossbach. Longtemps la naphtaline, malgré ses inconvénients, a été mon antiseptique de prédilection; je lui ai substitué le naphtol ,3. Indépendamment de ces quatre substances, j'ai expérimenté chez l'animai le naphtol a et l'acide oxynaphtoïque, l'iodol, le salol, le mercurenaphtol-calomel, le mercure-phénol-calomel, le sulfure noir.
Parmi ces corps, plusieurs ont été éliminés promptement. Le sulfure noir est trop peu antiseptique; or les ferments de l'intestin sont précisément très actifs et très résistants. Le calomel n'est pas non plus suffisant, et en outre il a un degré de toxicité trop élevé. Le salicylate de bismuth n'est pas vraiment antiseptique, mais je l'ai gardé comme auxiliaire d'un antiseptique vraiment efficace, comme témoin du degré d'anti-