TRAITEMENT ANTISEPTIQUE DES
PÉRITONITES
de l'ascite par la ponction, quand le chirurgien pratique la laparotomie, tous deux doivent observer minutieusement les précautions nécessaires pour prévenir l'infection, c'est-à-dire s'assurer de l'asepsie du tégument, des instruments, de leurs mains et faire des pansements qui s'opposent à la contamination par l'air.
Si pendant l'opération un liquide non septique, comme du sang en petite quantité, s'épanche dans le péritoine, le mieux est de n'y pas toucher; s'il y en a trop, on fait la toilette du péritoine, au moyen d'épongés aseptiques imbibées d'eau bouillie.
Si l'infection est réalisée, si le péritoine contient du pus ou des agents infectieux venus de l'intestin ou de l'utérus, il est nécessaire de faire un nettoyage avec des solutions antiseptiques, de bi chlorure de mercure, d'acide phénique, avec l'eau naphtolée, comme l'ont fait quelques chirurgiens dans ces derniers temps.
La laparotomie est en général réservée au diagnostic et au traitement de maladies ou de tumeurs de l'utérus, des trompes, des ovaires, du foie, de l'intestin, de la sténose pylorique. Mais elle est applicable aussi au traitement de la péritonite que provoquent les plaies perforantes de l'intestin, les épanchements septiques ou suppurés dans le péritoine.
Lorsque quelque matière septique a pénétré dans la cavité péritonéale par une perforation de l'intestin ou de l'utérus ou par l'orifice externe des trompes, il se fait une péritonite qui, au début, est encore localisée. On doit se préoccuper d'en prévenir autant que possible la généralisation. Mais il faut d'abord s'être rendu compte de la manière dont cette généralisation s'effectue. Il y a en médecine des mots malheureux qui empêchent de comprendre les choses qu'ils ont la prétention de désigner : on dit d'une péritonite qu'elle s'étend, qu'elle gagne de proche en proche, qu'elle se renforce on parle d'une inflammation comme s'il s'agissait d'une personne. Défions-nous de ces métaphores.
Au fond, l'extension d'une péritonite consiste en une succession d'inoculations résultant des mouvements de l'intestin, qui
nécessité d'immobiliser l'intestin 305
brassent les matières septiques épanchées entre les circonvolutions, ou l'exsudat liquide sécrété parla séreuse et contenant les agents pathogènes. Ce sont les intestins qui transportent euxmêmes les organismes septiques et les disséminent. On doit donc se proposer d'empêcher ce transport en immobilisant l'intestin, afin que la péritonite reste circonscrite; c'est là de l'antisepsie indirecte.
Ainsi il faut supprimer toute cause capable de solliciter les mouvements intestinaux exagérés. Les purgatifs doivent donc être interdits, car ils ont justement pour effet de généraliser la péritonite qu'ils prétendent enrayer. Yous ne sauriez croire combien l'intervention du médecin est fatale dans beaucoup de péritonites par suite de ces purgatifs intempestifs. J'en connais de nombreux exemples.
Pour empêcher les mouvements de l'intestin, il faudrait pouvoir supprimer les aliments et les boissons. Cependant, direzvous, ne faut-il pas nourrir le malade? D'abord cela n'est pas si nécessaire; dans la péritonite, les malades ne réclament pas l'alimentation avec tant d'insistance. Quand le médecin les oblige à prendre des aliments, ils les vomissent, et les secousses que le vomissement imprime au contenu de l'abdomen sont mauvaises.
Si cependant vous croyez nécessaire de donner quelque alimentation, recourez à de petits lavements de peptones, additionnés d'opium, véhiculés dans une très petite quantité de liquide et administrés avec lenteur.
Mais les boissons sont nécessaires dans une certaine mesure. Le malade peut se passer de manger pendant quelque temps; les boissons ne peuvent pas être supprimées plus de 24 heures sans danger. Or il faut plus de 24 heures pour obtenir la formation d'adhérences entre les anses intestinales et les feuillets du péritoine, adhérences qui limiteront le processus inflammatoire. On peut donner quelque boisson, mais à la condition de n'en donner qu'une petite quantité. Si on fait prendre de l'eau glacée par cuillerées à bouche tous les quarts d'heure, on arrive à faire absorber 1440 grammes de liquide en 24 heures. Mais 400
BOUCHARD. Maladies infectieuses. 20